4. Une aventure spirituelle
Tout chemin spirituel est “de conversion”. Suivre le Christ, c’est un jour “être mis avec lui sur la Croix” et participer au mystère pascal. L’oeuvre du Christ est “pour nous” et “pour toute l’humanité”. Ainsi, toute union sacramentelle reçoit-elle “grâce sur grâce” de l’unique sauveur. Elle peut également participer à l’acte sauveur de l’Epoux. Le Christ sauve l’amour dans le mariage: ce salut touche les époux, la famille et les associe également au salut de tous. Les voies d’union à Dieu se rencontrent au pied de la croix et à l’aube de Pâques. La communion voulue par Dieu dans l’ordre de la création s’accomplit en Lui, l’unique rédempteur. La vie de prière, de services et la “pratique” sacramentelle sont les armatures de tout “édifice spirituel” des membres de la famille. “Les sacrements ont pour fin de sanctifier les hommes, d’édifier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu; mais, à titre de signes, ils ont aussi un rôle d’enseignement. Non seulement ils supposent la foi, mais encore, par les paroles et par les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l’expriment; c’est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi” [26]. Par le sacrement, l’amour du Christ et de l’Eglise pénètre le coeur d’un homme et d’une femme et leur permet de s’aimer non plus seulement d’un amour humain qui est le leur, mais d’un amour reçu, celui du Christ pour son Eglise. Cet amour sauveur est à la source de toutes les aventures spirituelles.
Dans l’Evangile, le Christ renvoie souvent ses interlocuteurs à la Genèse et à la Création pour ce qui concerne le dessein de Dieu sur l’homme et la femme. Il en montre par la Tradition la bonté et la beauté. La réalité du péché est cependant bien concrète dans l’histoire personnelle et du peuple élu. L’amour doit être sauvé: le Christ en témoigne et “vient chez les siens” en vue de cette oeuvre de salut. Que la vie sociale encourage les familles chrétiennes ou opère un véritable travail de destruction, l’affirmation d’un sauveur demeure vraie et actuelle: “Comment le coeur de l’homme peut-il être changé au point qu’il puisse aimer d’un amour pur et désintéressé et qu’il soit capable d’entrer dans ce mystère d’union décrit par le Christ, à l’image de l’amour du Christ et de l’Eglise? Comment un couple ainsi uni trouve-t-il la liberté là où certains ne voient que l’esclavage, le bonheur là où certains ne rencontrent que le malheur? Comment l’homme et la femme peuvent-ils ensemble entrer dans ce mystère de rédemption?”[27].
C’est par grâce que les conjoints sont associés à l’oeuvre de rédemption du Christ. Ils sont constitués comme “sanctuaire de l’Eglise à la maison” et entraînés à un dépassement et à une prise de distance par rapport aux échecs et aux difficultés. Ce dépassement, loin de détruire l’amour, lui donne une fécondité insoupçonnée. La charité dont ils sont appelés à vivre, n’est pas destruction de soi, mais don de soi. Se perdre pour porter du fruit. Se perdre pour tout gagner. Se perdre et mourir à soi pour mieux se trouver. Le mystère pascal, rendez-vous “obligé” de toute union à Dieu, donne à l’amour conjugal une saveur de résurrection, d’humilité par le pardon et le salut accueilli, de joie et de paix dans la rencontre et le désir de l’autre tel qu’il est. “Telle que tu es et tel que je suis, Dieu nous a réunis pour être dans ce sacrement de mariage le signe du Christ, de son amour pour l’Eglise son Epouse, et pour vivre le mystère de la rédemption à l’intérieur de notre couple, non pas seulement pour notre couple, mais pour le salut du monde”[28].
La vie conjugale peut donc s’avérer un vrai chemin spirituel personnel et communautaire. L’Eglise en perçoit de mieux en mieux les enjeux et accueillent les charismes qui sont nécessaires à cet accompagnement. De nombreux courants spirituels sont éveillés à la découverte et à l’enseignement des familles et des couples. Soulignons quelques critères de discernement pratique:
4.1. Spiritualité et sainteté
La spiritualité conjugale est l’appel à la sainteté, commun à tous les fidèles, mais vécu et réalité de manière conjugale et familiale, non pas au-delà de l’humain (car il ne faut pas dépasser l’humain pour devenir chrétien, ni dépasser le mariage chrétien pour devenir des époux chrétiens), ni non plus malgré l’humain (en le niant ou en l’éliminant), mais au coeur de l’humain. Le mariage est bien sûr un lieu sociologique, économique, juridique, institutionnel, mais il est aussi un lieu théologal. Cette dimension n’est pas à côté des autres dimensions, mais à l’intérieur de toute la vie humaine. La vraie spiritualité est “intégrative” à partir du coeur de Dieu et de celui de l’homme, dans le dialogue d’alliance qu’il expérimente. Les nouveaux époux sont toujours “enfants de Dieu”, mais ils sont renouvelés en Christ: ils participent de sa royauté d’amour dans le monde et pour l’Eglise. Dans le rite orthodoxe, le “couronnement” (une des définitions du sacrement) consacre cette grâce nouvelle: couronnes de joie, mais aussi de martyre, car l’amour qui sanctifie est un amour qui va jusqu’au bout de lui-même pour accomplir en l’autre cette prophétie du prophète Isaïe: “On t’appellera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur énoncera. Tu seras une couronne de splendeur dans la main du Seigneur, une tiare de royauté dans la paume de ton Dieu. On ne te dira plus: “l’Abandonnée”, on ne dira plus à la terre: “la Désolée”, mais on t’appellera “Celle en qui je prends plaisir”, et ta terre “l’Epousée”, car le Seigneur mettra son plaisir en toi et ta terre sera épousée” (Is 62,2-5).
4.2. Spiritualité et vie morale
La spiritualité conjugale ne s’identifie pas à une vie morale parfaite ou à la réflexion éthique cohérentes sur les exigences des relations familiales et des relations familles-sociétés. Elle repose plutôt sur la vie dans l’Esprit et la sacramentalité du mariage comme tel. En fonction de ce qu’est le mariage, du dessein de Dieu sur la relation conjugale et parentale, les hommes et les femmes de notre temps sont susceptibles d’en vivre et d’en comprendre toutes les exigences. La présence de Dieu peut prendre des formes différentes, même dans un couple. L’histoire de l’alliance de Dieu et de son peuple est une histoire d’une fidélité divine sans repentance. Cette fidélité est lumière pour la vie des hommes et leur permet, à travers des chemins contrastés, de rejoindre l’unique sauveur de tout amour. Dans l’amour, il convient de percevoir que nous sommes toujours précédés par Dieu. Nous sommes en “obligeance” parce que sauvés, pardonnés, aimés les premiers. La vie chrétienne surgit de cette reconnaissance première d’un pardon déjà offert, qui nous donne d’exister et d’aimer. Une aventure spirituelle n’est pas une “histoire parfaite”, mais une “histoire d’amour” dans laquelle cette reconnaissance d’un don inaliénable et antérieur à nos “agir humains” informe notre vie humaine de tous les jours.
4.3. Une communion plus large que la famille
“Un couple seul”, “Une famille isolé” sont en danger de mort. La vie chrétienne est toujours ouverte à une communion plus large que celle de la famille. Cette prise de conscience doit se faire rapidement sinon les habitudes et les rythmes de vie s’imposent. La liturgie familiale fleurit et s’alimente dans la liturgie de l’Eglise, la formation chrétienne se fortifie dans des lieux différents d’enseignements, les diverses manières de prier s’enrichissent et se fortifient mutuellement en paroisse, dans des mouvements de spiritualité, dans des récollections et des pèlerinages, les services rendus prennent une ampleur significative en alliance avec d’autres chrétiens ou personnes de “bonne volonté”. La sainteté joyeuse dépasse le cercle privée de la famille et s’ouvre à la pluralité des richesses et des traditions de l’Eglise universelle.
4.4. La place d’un accompagnement spirituel
Dès qu’il existe l’assurance existentielle (et la conscience personnelle) d’une relation personnelle entre Dieu et chacun de nous, l’aventure spirituelle prend consistance. Notre histoire devient sainte parce qu’elle est illuminée d’une présence divine, parfois lumineuse, parfois obscure. Certains couples aiment rencontrer, parler et prendre conseil auprès d’amis prêtres ou religieux à certains carrefours de leur vie ou pour des décisions délicates. Le prêtre qui a béni leur mariage peut être une référence importante. La perception de certains appels ressentis par le couple gagne toujours à se référer à un témoin ecclésial (adoption d’enfants, changements professionnels, engagements dans l’Eglise). La liberté intérieure de chacun est essentielle dans ces relations ponctuelles dont les enjeux sont importants.
Il existe des formes variées d’accompagnement spirituel. Un couple peut trouver un vrai soutien dans le témoignage d’autres couples plus âgés, de la même paroisse ou communauté, du même mouvement spirituel. Comme chrétiens, nous appartenons souvent à des groupes ou à des équipes de vie. Nous en recevons force et dynamisme missionnaires. Ces équipes sont le plus souvent marquées par un style de vie, une charte, des objectifs, un calendrier, des activités. Celui ou celle qui accompagne ce groupe nous transmet une tradition. Il nous témoigne de sa vie. Il nous mène “toujours plus loin” et nous situe dans l’Eglise comme communauté. Ce groupe peut être d’évangélisation, de service des pauvres, de partage de la Parole, de recherche commune de vocation. Dans tous les cas, l’articulation entre la vie personnelle, familiale et celle des hommes et de l’Eglise est un point incontournable.
Certaines personnes ont été accompagnées spirituellement avant leur mariage et cet accompagnement leur a permis d’être en vérité face au plan de Dieu. D’autres personnes sont invitées dans un mouvement spirituel ou après un événement spirituel fort, une conversion par exemple, à prendre un guide spirituel. Que ce soit avant ou durant le mariage, la réalité d’un accompagnement spirituel pour un et/ou l’autre des conjoints appartient à la tradition de l’Eglise. Elle peut être source d’une grâce. C’est une manière d’intégrer Dieu dans la relation conjugale et de ne pas en faire le “tiers exclus”. Si un seul des conjoints vit une expérience d’accompagnement, l’autre doit en avoir connaissance et l’accepter librement. Une incompréhension ou des réactions de jalousie et de comparaison peuvent surgir ponctuellement. L’accompagnateur doit être d’une discrétion totale et respecter de manière prioritaire le rythme, les options et la liberté du couple comme couple.
L’accompagnement des enfants dans une famille et leur éducation à la foi est de la responsabilité première des parents. L’apprentissage de la prière, l’enseignement de la parole de Dieu et des prières de la tradition, le rappel des engagements chrétiens, le sens du bien et du mal, l’exercice et la pratique des sacrements, les conseils donnés sont la charge prioritaire de la famille. Les premiers guides spirituels des enfants sont leurs parents. Dans le sacrement de mariage, les parents reçoivent la mission et la grâce d’éduquer leurs enfants dans la foi (FC n°36-39). Avec l’accord de ses parents, l’enfant, tout petit (dès qu’il parle et peut se faire comprendre en dehors de sa famille), peut décider de se confier à une autre personne pour parler de sa vie de prière, trouver le sens de ce qu’il vit et suivre les appels personnels du Père des Cieux. La vie de nombreux saints témoigne de l’importance de ces “conseils” extérieurs, amicaux, sacerdotaux. L’âge adulte de la foi n’est pas le même que celui qui est défini dans la société. Du temps de Jésus, l’enfant de 12 ans était “reconnu” adulte dans la foi parce que capable d’un dialogue conscient avec Dieu et de remplir sa responsabilité dans la communauté: commenter l’Ecriture, observer les commandements, prier. Ce n’est donc pas seulement l’âge qui compte, mais l’appel spirituel que l’enfant, le jeune ou l’adulte ressent et qu’il veut vivre et approfondir.
5. Des langages pour une vie d’union à Dieu
Le Christ me regarde, me touche et m’aime par mon conjoint
Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.
Dieu, Trinité des personnes, est présent en nos coeurs, en notre couple, en notre famille.
Notre famille a les traits de l’Eglise, Epouse du Christ.
La vie de Dieu (nature et grâce) nous dépasse et nous traverse de part en part.
Les enfants sont la manifestation la plus lumineuse du caractère sacré de la vie.
L’amour vient de Dieu qui en est la source et il va vers Lui. Il est l’alpha et l’oméga de notre amour conjugal et familial.
N’être qu’un par un libre don mutuel n’est possible seulement qu’à des êtres spirituels (E. Stein).
Nos enfants ne sont pas seulement ce que nous voyons, mais ce que nous croyons: un “mystère insondable”.
Le mariage naît de la patience qu’a Dieu pour l’homme (C. Singer).
La vie, - toute vie humaine-, est confiée à l’amour.
Ce n’est pas un travail vite fait que d’aimer (Marie Noël).
L’amour n’attend pas une justification. Il n’en donne pas non plus.
Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.
Quand je dis “oui” à l’autre, je dis “oui” à Dieu.
Nos enfants nous sont confiés par le Père de “qui vient toute paternité, au ciel et sur la terre”.
Nous sommes responsables de la paternité de Dieu.
L’amour se dit plus dans des actes que dans des paroles.
Toute mission surgit d’un don confié et accueilli .
Non pas d’abord regarder ce qu’il faut faire quand nous sommes mariés, mais contempler ce que nous sommes (notre être).
Les enfants sont confiés à leurs parents. Ils les évangélisent également.
L’amour familial est la révélation de l’amour trinitaire dans l’histoire.
Aimer notre “prochain”, c’est aimer notre “conjoint”.
Une famille est sainte non pas uniquement de par la sainteté de ses membres mais lorsqu’elle accomplit la mission reçue, la volonté du Père.
NOTES
[1]. Pensons particulièrement aux écrits des deux grandes personnalités du Carmel: Thérèse d'Avila et Jean de la Croix
[2]. Ces traits d'une mystique matrimoniale correspondent aux significations essentielles de l'acte conjugal: unitif et procréatif. Il y a d'autres "appels" à l'union à Dieu à l'intérieur de la vie conjugale: le service, le témoignage, la prière du couple. Sans les envisager explicitement, nous ne les mésestimons pas non plus. En ce qui concerne l'aspect de fécondité, nous ne développerons pas longuement le mystère de l'enfant comme don de Dieu.
[3]. G. DANNEELS, Familles Dieu vous aime, Paris, Nouvelle Cité, 1991, p.151-152.
[4]. Relation différente de n'importe quel accouplement animal, elle suppose et promeut l'humanité des "partenaires", l'humanité comme liberté et esprit. "On comprend aussi que des époux refusent de se connaître et de consommer leur union dans leurs corps tant qu'ils ne s'éprouvent pas en état de liberté ou d'harmonie. Leur étreinte serait une trahison et un manque d'amour. Car on ne pénètre pas dans un être par effraction. On ne force pas son intimité, moyennant même son consentement ou son souhait: il n'y aurait là qu'un viol. On ne pénètre absolument un être qu'en épousant l'axe de sa vocation humaine qui passe nécessairement par son esprit et sa liberté intérieure, c'est-à-dire en empruntant le regard de Dieu sur lui" (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.122).
[5]. Jean XXIII, Mater et Magistra, dans AAS 53 (1961), p. 447.
[6]. “ Plus que deux races, ce sont deux univers, résumant tous les ordres de la création, traversés par un élan cosmique qui cherche sa complémentarité à travers l'esprit. C'est une attraction stellaire qui rapproche les sexes où s'expriment des électricités complémentaires, mais aussi un foisonnement végétatif indéterminé, dominé lui-même par une sensibilité animale, souhaitant enfin son couronnement en l'unité consciente et libre de l'esprit. Qu'on ne s'étonne pas que les moments d'amour s'exaltent de lyrisme: c'est qu'en eux des planètes gravitent, des floraisons se conjuguent, et tout l'univers se récapitule afin d'accéder au plan de l'esprit. Mais dans ce rêve géologique c'est aussi la loi animale qui attend d'être surmontée par celle de l'homme, c'est l'instinct qui, en l'homme, va se transmuer en liberté. Si bien que si l'homme perd le nord de son élan spirituel au lieu de poser sur l'instinct un calme regard d'homme, il n'est plus traversé que par un frisson de jungle où toute son humanité s'affole. Il ne sait plus que se coucher à ras de terre pour se laisser traverser par la marée qui monte de la profondeur des âges et des abîmes de la mémoire cosmique ”. (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.110-111).
[7]. R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.118.
[8]. Le mot "Instant" rappelle l'irruption de l'Eternel dans le temps au coeur de l'acte créateur. Le mot "instant" suggère cette action perceptible dans notre temps linéaire.
[9]. JEAN-PAUL II, A l'image de Dieu, homme et femme, Paris, Cerf, 1980, p.85.
[10]. Familiaris consortio n 28. Nous soulignons dans le texte.
[11]. PAUL VI, Allocution aux "Equipes Notre-Dame", dans DC n 1564 (7 juin 1970) col. 502-506, n 10.
[12]. Ibid., n 10.
[13]. M. LAROCHE, Une seule chair. L'aventure mystique du couple, Paris, Nouvelle Cité, 1984, p.135. L'auteur est archiprêtre de l'église orthodoxe. Il est marié et père de deux enfants. Son approche de la mystique conjugale rejoint les points traditionnels de la théologie orthodoxe.
[14]. JEAN-PAUL II, A l'image de Dieu, homme et femme, Paris, Cerf, 1981, p.77, (Catéchèse du 14 novembre 1979).
[15]. Gaudium et spes n 12.
[16]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.131.
[17]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.85.
[18]. PAUL VI, Allocution aux "Equipes Notre-Dame", dans DC n 1564 (7 juin 1970) col. 502-506, n 6.
[19]. Ibid., n 5. "une seule chair, un couple, on pourrait presque dire un seul être, dont l'unité prendra forme sociale et juridique par le mariage, et se manifestera par une communauté de vie, dont le don charnel est l'expression féconde".
[20]. “Le mariage ne donne pas droit à l'acte intime, mais il donne de façon charismatique la possibilité que cette relation devienne incorruptible. C'est pourquoi l'Apôtre insiste en disant: "que la couche nuptiale soit incorruptible" indiquant par là le charisme du mariage mais aussi la liberté de chaque membre du couple de le vivre ainsi. Ainsi, comme l'histoire de Tobie le montre, la "fornication" c'est le désir débridé, non soumis à l'amour véritable qui est don de soi; c'est une relation tyrannique où l'un force l'autre, sans attendre la communion spirituelle” (M. LAROCHE, Une seule chair, p.136).
[21]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.124-125.
[22]. Par exemple, il n'est pas "risible" de penser qu'un tel acte soit précédé ou suivi d'une prière, qu'un tel acte soit prière (cf Tb 8,4-8). Indépendamment du contexte culturel et cultuel de l'époque, la description de la première relation conjugale de Tobie et de Sarah est cependant éclairante. Elle nous montre l'unité d'une "action de grâce" intime, action de grâce incarnée... Cette spiritualisation de l'acte conjugal n'est pas un "abus" idéaliste. D'une part le refus théorique du statut incarné de toute prière serait une contradiction. D'autre part dans notre culture médiatique actuelle, nous sommes peut-être trop "conditionnés" par les techniques de l'exercice sexuel, par les études physiologiques sur la montée du désir, par le caractère irrésistible des pulsions, par l'attention au plaisir (qui est un sentiment différent de la joie), pour "entendre" l'expérience de certains couples qui s'unissent dans une paix physique et une harmonie dont eux seuls ont la secrète expérience. Ils pourraient témoigner d'une manière radicale que l'acte sexuel n'est pas qu'un processus linéaire d'excitation progressive et de jeux sexuels, mais plutôt une décision d'amour qui transforme les relations corporelles et toutes les séductions mutuelles. Décision d'un amour pleinement charnel, chaste dans la passion, conscient et totalement confiant vis-à-vis du corps de l'autre: dans l'acte conjugal, ils goûtent à la fois un plaisir et une joie inconnues d'autres couples: ils rendent grâce. Il leur reviendrait d'en témoigner plus souvent avec leurs propres mots.
[23]. LAROCHE M., Une seule chair, p.137.
[24]. G. DANNEELS, "La famille face aux problèmes d'aujourd'hui", Dossier dans DC n 1795 (2 novembre 1980) col.1003.
[25]. La béatification commune des époux Beltrame Quattrochi manifeste publiquement le souci ecclésial de voir la sainteté conjugale reconnue, appréciée et aimée. Elle ouvre des pistes pour “nommer” les voies de sainteté propres à la vie familiale. Ce n’est pas la première fois que des couples sont béatifiés et canonisés. C’est la première fois qu’ils le sont ensemble et en même temps.
[26]. CEC 1123.
[27]. J.-M. LUSTIGER, “Couples appelés à la sainteté”, dans Le meilleur est pour la fin (2001), supplément à Tychique, Lyon, Communauté du Chemin Neuf, p.91.
[28]. J.-M. LUSTIGER, “Couples appelés à la sainteté”, dans Le meilleur est pour la fin (2001), supplément à Tychique, Lyon, Communauté du Chemin Neuf, p.94.