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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

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Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

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Cours - Couple - Sainteté

Dimanche 19 novembre 2006

Introduction

Dans la "pédagogie" du salut que Dieu a utilisée vis-à-vis de son peuple, l'image de l'époux et de l'épouse occupe une place privilégiée. L'Alliance, proposée par Dieu à Israël tout au long de son histoire et spécialement à travers les prophètes, a les traits d'un dialogue amoureux, d'un engagement fondé sur un amour passionné de l'Epoux pour son Epouse, d'un amour qui pardonne toutes les infidélités. "Eh bien, c'est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur" (Os. 2,16). Les traits nuptiaux de cette alliance ne sont pas "accidentels". Ils donnent à penser... Ils acquièrent une signification nouvelle dans la vie et les paroles même de Jésus: à Cana (Jn 2,1-12), dans ses dialogues avec les pharisiens sur l'unité du mariage (Mt 19,1-12). Ils nous permettent de comprendre le sens profond de sa mission: épousailles de l'humanité à travers le mystère de l'Incarnation, épousailles encore qui donnent corps à l'Epouse qu'est l'Eglise, une Epouse qui ne vit que de l'amour de son Epoux: le Christ. La symbolique du mariage joue donc un rôle essentiel dans la Révélation. Elle imprègne la relation de l'homme à son Dieu. Une étude spirituelle ne peut en faire abstraction. La vie religieuse toute entière comme l'expérience mystique témoignent de l'importance de cette réalité[1].

Si l'image, les traits, le symbole même de la relation conjugale semblent incontournables dans la réflexion sur la Révélation, sur le mystère de l'Alliance de Dieu avec son peuple et avec l'humanité, qu'en est-il de la réalité conjugale en elle-même? Le mariage entre un homme et une femme peut-il être ce chemin d'unification intérieure qui mène à une communion intense avec Dieu? Plus qu'une vie ascétique et soumise à des exigences morales exemplaires concernant la vie affective et sexuelle, l'éducation des enfants, le labeur quotidien, le mariage peut-il être aussi une "vie mystique"? Les deux chemins n'étant pas contradictoires, mènent-ils obligatoirement l'un vers l'autre? N'ont-ils pas une action réciproque l'un sur l'autre? Comment Dieu exerce-t-il sa présence à la fois dans la personne de l'époux, dans celle de l'épouse, dans celle de ce "nouvel être" qu'ils sont depuis leur consentement mutuel? En quoi l'appel divin résonne-t-il avec force et violence dans la vie des époux pour les mener "là où ils ne voulaient pas" (Jn 21,18)? Autant de questions importantes, parfois nouvelles, qui surgissent à l'esprit devant la réalité de ce mystère conjugal.

Plusieurs cours ont essayé de montrer l’originalité de l’état conjugal et matrimonial. Il est à la fois un chemin naturel et un chemin de grâce. La grâce parfait la nature sans s’y substituer. Ainsi le sacrement de mariage est-il une véritable manière de s’unir à Dieu et de grandir en sainteté. Le mariage est un sacrement où une vocation à l’amour s’exprime dans tous les instants. L’amour y a sa source en Christ et se vit dans l’Eglise. La sainteté est au rendez-vous des joies et des peines des époux et des parents. Ils n’ont pas à chercher “ailleurs”, dans un autre état de vie ou différentes activités missionnaires, une identification intime à Dieu. Ils ont simplement à trouver dans la grâce sacramentelle une source toujours nouvelle pour un amour qui lie intimement les deux commandements: “Tu aimeras ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces” et “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. La sainteté est au rendez-vous de tout mariage.

Avec l'aide de l'enseignement actuel de l'Eglise, nous voudrions ouvrir seulement quelques pistes sur la vie "unitive" des époux. Nous aborderons d'abord l'appel à la sainteté qui a retenti pour eux de manière singulière lors du dernier Concile Vatican II. Nous ouvrirons deux voies d’union à Dieu qui nous semblent intrinsèquement liées à l'état matrimonial: mystique de la création, mystique de la communion. Tels nous semblent les deux chemins à baliser [2].

1. Une sainteté renouvelée dans le quotidien

Les chrétiens de tous les temps - l'histoire de l'Eglise en témoigne - n'ont pas "attendu" la publication de Lumen gentium et de Gaudium et spes pour s'engager résolument sur le chemin de la sainteté et du don de soi au Seigneur. L'enseignement du Concile Vatican II présente cependant une particularité singulière dans ses développements et son insistance sur la sainteté de l'Eglise et la sainteté personnelle. Réjouissons-nous de cet appel puissant à la sainteté qui parcourt les documents du dernier Concile: appel et louange pour un don que Dieu fait à son Peuple. Le coeur de la Constitution sur l'Eglise réside dans la doctrine de la vocation universelle à la sainteté. Nous aurions mauvaise grâce de nous plaindre de ce magnifique enseignement de Lumen gentium et du signe qu'il représente pour nos vies. Le nombre de "béatifications et de canonisations" effectuées par Jean-Paul II durant son pontificat participe d'ailleurs de ce désir conciliaire: nous rappeler à tous cette exigence et ce don de sainteté. Le Concile a fait siennes les paroles de Yahvé à Moïse: "Parle à toute la communauté des fils d'Israël; tu leur diras: Soyez saints car je suis saint moi, le Seigneur votre Dieu" (Lv 19,2). Cette "stimulation" apostolique concerne donc l'ensemble du peuple chrétien et tous les états de vie. Elle doit imprégner toutes les spiritualités et toutes les activités des baptisés.

Gaudium et spes naît comme spontanément à l'intérieur du développement du Concile par la nécessité d'expliciter certaines applications pratiques de vérités proclamées par Lumen gentium. Le coeur de la Constitution pour l'Eglise réside dans la doctrine de la vocation universelle à la sainteté. Il ne faut pas s'étonner de voir cet appel résonner au coeur du petit traité sur le mariage que forment les n 47 à 52 de GS. Le n 48,2 de GS n'est-il pas l'écho de Lumen gentium, n 11? Peut-être n'a-t-on pas encore suffisamment perçu l'originalité de cet élan qui nous pousse vers Dieu, vers l'union à Dieu, vers le goût de sa présence, vers la "vision de sa face" (1 Co 13,12) ? Peut-être ne mesure-t-on pas combien cet appel fonde radicalement toute "nouvelle évangélisation"? Jamais peut-être dans l'histoire de l'Eglise, un tel souffle doctrinal et pastoral n'a-t-il été proposé aussi explicitement et dans toute sa beauté pour ceux et celles qui sont appelés au sacrement de mariage.

"Par la vertu du sacrement de mariage, qui leur donne de signifier en y participant le mystère de l'unité et de l'amour fécond entre le Christ et l'Eglise (Ep 5,32), les époux chrétiens s'aident mutuellement à se SANCTIFIER dans la vie conjugale, dans l'accueil et l'éducation des enfants: en leur état de vie et dans leur ordre, ils ont ainsi dans le peuple de Dieu leurs dons propres (1 Cor. 7,7).(...) Pourvu de moyens salutaires d'une telle abondance et d'une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père" (LG n 11).

Dans son regard sur le monde et dans son écoute "attentive" des signes des temps, le Concile ne manquera pas l'occasion de réfléchir et de développer ce chemin de sainteté à l'intérieur du sacrement de mariage. Gaudium et spes naît comme spontanément du désir des Pères conciliaires d'expliciter certaines applications pratiques des vérités proclamées dans Lumen gentium. GS possède en son sein comme un petit "traité" sur le mariage et la famille qui se fait l'écho de cet élan spirituel (des n 47 à 52). Rappelons qu'après la partie doctrinale, le thème du mariage fut abordé le premier parmi les "quelques problèmes plus urgents". Nous y retrouvons cette affirmation:

"De même en effet que Dieu prit autrefois l'initiative d'une alliance d'amour et de fidélité avec son peuple, ainsi, maintenant, le Sauveur des hommes, Epoux de l'Eglise, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement de mariage. Il continue de demeurer avec eux pour que les époux, par leur don mutuel, puissent s'aimer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a aimé l'Eglise et s'est livré pour elle. L'authentique amour conjugal est assumé dans l'amour divin et il est dirigé et enrichi par la puissance rédemptrice du Christ et l'action salvifique de l'Eglise, afin de conduire efficacement à Dieu les époux, de les aider et de les affermir dans leur mission sublime de père et de mère. C'est pourquoi les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial; en accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de ce sacrement, pénétrés de l'Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d'espérance et de charité, ils parviennent de plus en plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle; c'est ainsi qu'ensemble ils contribuent à la glorification de Dieu" (GS n 48,2).

Ce texte est fondateur. Il montre le lien explicite entre le mystère de l'Eglise et le sacrement de mariage. Il manifeste la présence de l'amour divin au coeur de l'amour des époux et de leur vie quotidienne, de l'ensemble de leurs actes. Il souligne aussi que c'est à l'intérieur même de leur état, qu'ils ont à "trouver Dieu", à marcher vers Lui, à s'unir à Lui. L'amour mutuel est POUR une sanctification mutuelle.

Cet appel conciliaire est prophétique: il est nouveau dans sa force et dans son explicitation au coeur du peuple chrétien. Il est un chemin pour le monde d'aujourd'hui et de demain. C'est l'horizon sur lequel devrait se détacher toute la morale conjugale et l'intégration du couple et de la famille au coeur de l'Eglise. Les exigences morales surgissent de l’être familial (sa réalité créée et sauvée) et deviennent dès lors compréhensibles et accessibles. Pour souligner l'actualité de notre propos, n'hésitons pas à reprendre la lecture très personnelle que faisait le Cardinal G. Danneels de l'histoire missionnaire de l'Eglise. Parlant de la vocation et de la mission de la famille, il disait:

"Dans les premiers siècles, on a surtout reconnu le témoignage des martyrs. A ce moment-là les hommes accouraient vers l'Eglise: le fait que les riches, que les pauvres, que les jeunes et les plus âgés étaient capables de donner leur vie pour leur foi constituait la preuve qu'il s'agissait bien d'un message de vie éternelle.

Plus tard, ce sont les moines et les moniales qui ont donné à la société sa culture, la liturgie, l'enseignement, les soins du corps et de l'âme. Ils étaient les témoins de l'amour de Dieu. Ils ont attiré par centaines les hommes vers l'Eglise.

Ensuite, la crédibilité de l'Eglise s'est manifestée dans le monde de la santé et dans le monde de l'école. Au début de ce siècle encore, l'Eglise envoyait ses garçons et ses filles dans les pays de mission pour y combattre l'ignorance, la superstition et la maladie. Beaucoup sont morts jeunes. Mais leur témoignage a été très fort.

Tout ceci continue, mais je suis de plus en plus convaincu d'une chose: aujourd'hui c'est un autre facteur qui joue; c'est le témoignage de la famille chrétienne qui fait la crédibilité de l'Eglise. C'est ici que notre civilisation trouvera ses puits de Jacob pour étancher sa soif et s'abriter de la chaleur. C'est ici que tant d'hommes et de femmes trouvent le remède à la solitude.

En tant que familles, nous devons rendre l'Eglise crédible aux yeux du monde. Si nous parvenons à montrer que la foi chrétienne est capable de créer des foyers heureux, forts et tendres, qui soient des lieux d'espérance et de guérison, alors le monde croira. Et c'est par milliers qu'ils accourront, comme le point d'eau attire les oiseaux du ciel ou les animaux de la forêt" [3].

Cet appel à la sainteté matrimoniale et à son témoignage concerne de façon immédiate la réalité ordinaire de la vie conjugale, puisque la vocation surnaturelle doit diviniser tout l'humain. C'est en s'aimant que les époux deviendront saints: c'est leur amour qui les porte vers Dieu. Il devient chemin de sanctification. La vie familiale, les rapports conjugaux, l'effort déployé pour soutenir économiquement la famille, accroître sa sécurité et améliorer ses conditions d'existence comme aussi les rapports avec les autres composantes de la communauté sociale, tout cela forme les situations humaines les plus communes dans lesquelles les époux sont appelés à se sanctifier. Si mystique conjugale il y a, elle ne sera pas "désincarnée". On comprend mieux dans ce contexte l'importance que GS attribua à l'union personnelle des époux (le terme conciliaire de perfectionnement mutuel apparaît ici dans son sens profond et plénier), à la procréation des enfants et à leur éducation. Dans ce contexte également, le contenu de toutes les fin et des biens du sacrement de mariage sera profondément enrichi.

Cette vocation surnaturelle est également principe d'une mission spécifique que nous trouvons exprimée au n 52 de GS. Elle illumine tout le comportement des époux et révèle le sens de l'union conjugale, des biens et des fins qu'on peut lui reconnaître. Cet appel, nouveau dans sa force et dans son explicitation au coeur du peuple chrétien, jette une lumière précise et toujours miséricordieuse sur la morale conjugale et sur l'intégration du couple et de la famille au coeur de l'Eglise, avec la reconnaissance de la famille comme organisation originaire pour l'Eglise (ecclesiola).

 

2. Une communion avec toute la Création et avec le Créateur

Dans la réflexion chrétienne concernant la Création, soulignons l'aspect de décision divine: "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance" (Gn 1,26) "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa" (Gn 1,27). La gratuité de la création contient en son sein la richesse d'une décision divine et non la nécessité d'un besoin à assouvir. L'Ecriture nous parle souvent d'ailleurs d'un "dessein" de Dieu, d'une volonté d'amour qui s'exprime et qui reste attentive à tout le créé. On est loin d'une chiquenaude initiale, d'un principe abstrait, d'un moteur originel. La création est décision trinitaire dont les conséquences sont assumées dans l'amour, à chaque instant du temps. Elles forment la trame d'une "histoire du salut", d'une "économie" qui est un "mystère" comme dirait Saint Paul et non pas un simple processus mécanique ou biologique. Dieu crée à chaque instant. Nous "existons" et demeurons dans l'existence parce que la relation de Dieu à sa créature ne peut être niée, même si elle peut être refusée. Autrement dit, tout homme est une créature de Dieu: il est et reste dans ses mains. "Où irais-je loin de ton esprit, où m'enfuir pour être loin de ta face? Je gravis les cieux, te voici! Je me couche aux enfers, te voilà! Je prends les ailes de l'aurore pour habiter les mers, là encore, ta main me conduit, ta droite me tient" (Ps 139,7-10).

2.1. La création dans la vie des époux

Il était bon de rappeler quelques traits des conditions créées de l’univers et des êtres humains avant de souligner la place qu'il peut avoir dans la vie mystique des époux. L'homme et la femme vivent de ce mystère puisque, en leur chair, ils éprouvent le don qu'ils sont l'un pour l'autre: la vie et l'amour qu'ils se communiquent et dont ils sont fortifiés à chaque instant. Ils vivent aussi ce mystère d'une manière spécifique à leur couple dans la relation sexuelle. Cette relation les unit au Dieu créateur: ils y sont appelés à découvrir et à promouvoir mutuellement l'un chez l'autre la beauté de leur humanité telle qu'elle est "à sa source" sous le regard de Dieu [4]. La relation conjugale est donc un chemin de croissance dans la prise de conscience par chacun de sa propre humanité et de l'humanité d'autrui.

De plus, sans y épuiser toutes ses significations, elle est aussi une relation "créatrice" puisqu'elle pose dans certains cas les conditions potentielles de l'avènement à l'existence d'un nouvel être vivant, d'une nouvelle personne. Les époux n'ont pas eu de prise sur leur propre conception et - oh paradoxe! - il leur revient de participer avec Dieu à l'avènement à l'existence d'un "autre", inconnu encore, qui n'a d'existence qu'imaginaire ou potentielle. Peu d'actes humains ont une telle densité de créativité, une telle intensité de responsabilité, un tel poids de conséquences à long terme. Comment s'étonner de la charge affective que puisse revêtir un tel acte? Comment ne pas douter des exigences éthiques et spirituelles qui lui sont attachées? Comment ne pas pressentir la beauté dont l'homme et la femme se revêtent à l'intérieur d'une telle relation? Ne sont-ils pas unis à Dieu d’une manière unique et privilégiée dans ces instants?

Avant d'aller plus loin, tâchons de dissiper encore un malentendu et peut-être une objection. L'action des époux ne prend pas la place de celle de Dieu au sens où ils poseraient l'acte créateur responsable de l'apparition d'un nouvel être vivant. Au sens strict du terme, seul Dieu "crée", c'est-à-dire qu'Il est cause de l'être "nouveau" en tant que tel. "La vie humaine est sacrée, dès son origine elle engage directement l'action créatrice de Dieu" [5]. S'il s'agit d'un acte "réservé" à Dieu, c'est parce qu'il faut être l'Etre pour donner l'être. Dans un autre langage, on dira que Dieu est celui qui crée l'âme humaine. Cette création ne fait bien sûr pas abstraction de la matière ou du corps. L'âme ne préexiste pas avant l'existence d'un corps. La difficulté consiste à poser cette action créatrice de Dieu sans l'imaginer, ni surtout sans la situer dans un espace-temps où elle ne peut apparaître que d'une manière extrinsèque, étrangère. Dieu crée en étant présent de l'intérieur, dans l'être, à tout être vivant et à tout acte posé.

La tradition chrétienne a toujours présenté l'acte conjugal et le rôle des époux sous la forme d'une collaboration à l'action créatrice de Dieu. Ils sont des "coopérateurs", des "collaborateurs", des "ministres" du dessein de Dieu. "Nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur" (HV n 13). Le rôle des parents est décrit par les mots suivants: pro-créateurs (de la préposition "pro" qui signifie "pour, à la place de, en faveur de") ou co-créateurs (de la préposition "cum" qui signifie "avec").

Que ce soit dans une mystique naturelle de la vie [6] ou dans la relation de participation personnelle au dessein créateur de Dieu, nous voyons que l'acte conjugal n'est pas un acte indifférent: "Jamais moins que l'infini, voici le sens des sexes, comme des sentinelles pour nous donner le sens divin de l'orientation" [7]. L'acte conjugal convie les époux à une prise de conscience de leur amour, du sens de l'existence, de la définition de l'être, de l'action divine, de la relation avec Dieu, du respect d'un dessein divin.

Précisons encore les traits de cette mystique de la création dans laquelle chaque couple est invité à grandir. Dans nos imaginaires et dans notre réflexion, nous avons parfois de la peine à être de plein pied avec le mystère théologique de la Création. La création fait souvent référence, soit à un événement "archéologique" concernant les origines du monde et de l'espèce humaine, soit à notre propre conception et venue à l'existence. En fait, à l'intérieur de leur amour, les époux sont invités à vivre l'actualité de la création: dans leurs personnes propres et dans l'acte procréateur. Dieu reste créateur à chaque instant. L'aimer, c'est Le connaître comme tel: dans son énergie infinie d'amour qui fait gratuitement toutes "choses nouvelles". La création est dans l'Instant, dans chaque instant [8]. Dans l'acte procréateur, les époux sont "contemporains" de l'acte créateur divin. Ils participent à cette énergie qui fait surgir un monde nouveau, une personne nouvelle. La genèse est "actuelle" dans le geste d'amour des époux. Les époux sont invités à entrer dans le refrain des origines qui scandent par 7 fois: "et Dieu vit que cela était bon" (Gn 1). Cette litanie atteint par ailleurs son maximum d'intensité après la création de l'homme et de la femme: "Voilà, c'était très bon" (Gn 1,31).

Le Dieu créateur les fait entrer progressivement dans son propre regard. Ils apprennent à voir l'autre, l'enfant, le monde avec les yeux même du Dieu qui a créé le monde et qui continue à le créer. La mystique de la création les convie ainsi à poser un regard toujours plus profond sur l'autre, sur le conjoint. Chacun est conduit à travers le don de lui-même à découvrir l'autre dans toute son humanité, dans la beauté de son être créé, de son être-de-don, de son être d'amour. Chacun, éprouvant ce nouveau regard sur soi, est transfiguré et rendu "à la source" de son être, à sa beauté, à sa bonté, à son innocence retrouvée. S'il est vrai que le regard positif d'autrui vous transforme, cette expérience est "on ne peut plus radicale" au sein de la relation conjugale vécue dans le plan et sous le regard de Dieu.

Dans ses catéchèses sur l'amour humain, Jean-Paul II exprime cet élan transformant et créateur de la manière suivante: l'homme et la femme "redécouvrent, pour ainsi dire, chaque fois et de manière particulière, le mystère de la création et retournent ainsi à cette union dans l'humanité ("chair de ma chair et os de mes os") qui leur permet de se reconnaître réciproquement et, comme la première fois, de s'appeler par leur nom. En un certain sens cela signifie revivre l'originelle valeur virginale de l'homme qui émerge du mystère de sa solitude face à Dieu et au milieu du monde. Le fait qu'ils deviennent "une seule chair" est un lien puissant établi par le Créateur à travers lequel ils découvrent leur propre humanité, soit dans son unité originelle, soit dans la dualité d'une mystérieuse attraction réciproque" [9].

Ils savent de plus que de leur union peut surgir un être humain à l'image de Dieu: beauté singulière et unique que cette potentialité qui s'actualise à travers leur corps. La conscience de la grandeur de cet acte ne peut que marquer leur liberté d'une responsabilité digne de l'homme.

Les époux collaborent avec la puissance divine et participent au "dessein" d'amour du Créateur. "C'est ainsi que le but fondamental de la famille est le service de la vie, la réalisation, tout au long de l'histoire, de la bénédiction de Dieu à l'origine, en transmettant l'image divine d'homme à homme, dans l'acte de la génération" [10]. Le mystère de l'origine est présent à chaque génération et la bénédiction divine portant sur l'union conjugale et sur la fécondité (Gn 1,28) ne s'est pas exténuée au fil des âges. Elle est toujours actuelle malgré la faute des premiers êtres humains. Les mots "d'homme à homme" soulignent dans le texte de l'exhortation Familiaris consortio la réalité extrêmement personnelle de cette transmission. Les époux, sans être l'origine dernière de l'image divine, sont responsables de sa transmission à travers leur union. L'acte sexuel est le seul acte humain à avoir cette spécificité.

Si l'acte sexuel unit intimement les époux entre eux, il les unit également à Dieu dans son "désir de paternité". Donation totale de l'un à l'autre, il permet à Dieu de se donner à l'humanité et de se donner des enfants. Les parents ne font pas de la reproduction, mais ils participent à cette passion créatrice de Dieu qui désire appeler à l'être de nouvelles personnes. La capacité procréatrice inscrite dans la sexualité humaine est finalement une coopération avec la puissance créatrice de Dieu. Dieu s'y exprime en vérité comme Créateur et comme Père des hommes. Dans toute conception humaine se conjuguent, mystérieusement mais réellement, la puissance créatrice de Dieu et celle co-créatrice de l'homme et de la femme. Une exigence s'y révèle: en agissant avec et au nom de Dieu, ils rendent visibles les fruits de son activité créatrice. Dieu attend d'eux qu'ils engendrent dans l'amour et pour l'amour une personne qui est appelée à "devenir" indéfiniment ce qu'elle "est" dès l'origine.

La fécondité charnelle a cette noblesse parce que les époux sont appelés à être des "collaborateurs libres et responsables". "Ainsi l'élan qui les pousse à s'unir est porteur de vie, et permet à Dieu de se donner des enfants" [11]. Etonnement, admiration, entrée dans un mystère: tel est le sens de cette procréation des époux. "Devenus père et mère, les époux découvrent avec émerveillement, aux fonts-baptismaux, que leur enfant est dès lors enfant de Dieu, "rené de l'eau et de l'esprit" (Jn 3,5), et qu'il leur est confié pour qu'ils veillent certes sur sa croissance physique et morale, mais aussi sur l'éclosion et l'épanouissement en lui de "l'homme nouveau" (Ep 4,24). Cet enfant n'est plus seulement ce qu'ils voient, mais tout autant ce qu'ils croient "une infinité de mystère et d'amour qui nous éblouirait si nous le voyions face à face". Aussi l'éducation devient-elle véritable service du Christ, selon sa parole même: "Ce que vous faites à l'un de ces tout-petits, c'est à moi que vous le faites" (Mt 25,40)" [12]. Les parents sont donc conviés à aller au-delà des apparences et à englober l'enfant dans leur acte de foi en la présence divine dans leur vie. Insistons brièvement sur cette "transition" de la pensée de Paul VI qui définit l'enfant non plus seulement par la vision ("ce qu'ils voient"), mais par la foi ("ce qu'ils croient"). N'y-a-t-il pas une analogie avec l'expérience de la résurrection que fait Jean penché sur le tombeau vide: "il vit et il crut" (Jn 20,8)? Voir un enfant, c'est être convié à un acte de foi dans ce qu'il est aux yeux de Dieu. L'enfant, tout particulièrement à travers la grâce du baptême est identifié au Christ: c'est le Christ qui vit en lui.

En Dieu, “Etre, Amour et Vie” coïncident. C'est l'horizon de tout acte créateur. La mystique de l'homme et de la femme s'inscrit dans la beauté de ce paysage. Les époux sont invités à écrire une histoire toujours nouvelle. Ils le font en Dieu: “par Lui, avec Lui et en Lui”.

3. Une communion “à deux”, “à plusieurs”

"Aussi l'homme laisse-t-il son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair" (Gn 2,24). Plus qu'une constatation dans le deuxième récit de la création, ce verset est une confirmation du chant nuptial sorti des lèvres et du coeur du premier homme à la vue de la première femme: "Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair" (Gn 2,25). Seul, incapable de trouver "une aide" qui lui soit en vis-à-vis, qui lui soit "accordée" au sens d'être semblable et de même dignité que lui, l'homme vient de recevoir de Dieu ce qu'il cherchait. Cette "communion" à laquelle il aspirait et qu'il ne pouvait trouver parmi les êtres vivants, il sait qu'il pourra la vivre avec celle qui "surgit de son côté". Créé à l'image de Dieu, appelé à l'existence par amour, l'homme est destiné en même temps à l'amour. Cette dynamique de communion s'opère dans l'union entre l'homme et la femme. Communion incarnée qui se vit dans la réalité unifiée de l'homme: corps et âme. La sexualité comme donation et union physique est le "signe" d'une donation personnelle totale.

"Ainsi cet accord de l'âme et du corps est l'un des signes de la communion profonde des deux conjoints. Cela dit, Dieu accorde des arrhes de cette communion profonde dans lesquelles l'homme et la femme reçoivent, par anticipation, ce qu'ils obtiendront plus tard quand leur union spirituelle sera scellée.

Il n'existe pas d'entente physique. Il existe une communion spirituelle qui s'incarne dans la relation intime. Sa pureté vient de ce que les deux âmes unies dans leur amour, qui est une grâce incréée de Dieu, s'élancent l'une vers l'autre, dans la rencontre mystérieuse que célèbre alors leur être entier, âme et corps. N'oublions pas que l'homme n'est pas seulement une âme, mais un composé d'âme et de corps qui reçoit en outre la grâce de l'Esprit divin.

Comment envisager sérieusement et durablement une entente intime qui serait séparée d'une édification commune du couple, d'une vie spirituelle partagée, d'effort de don de soi l'un envers l'autre, enfin d'acte d'amour véritable qui fait que "de deux, ils ne seront plus qu'une seule chair" et "un seul être spirituel" [13].

S'il est vrai que l'homme est créé à l'image de Dieu, il reflète ce mystère de communion trinitaire. L'homme est un être-de-don, capable d'aimer, en attente de se donner aux autres, à l'Autre. La "solitude" de l'homme, dans les premiers chapitres de la Genèse (Gn 2,18), est perception intérieure de cette réalité. L'homme a conscience d'être un être différent des animaux. S'il est fait "à l'image et à la ressemblance de Dieu", cette image est en attente d'une communion. L'homme "devient image de Dieu moins au moment de la solitude qu'au moment de la communion. En effet, dès l'origine, il est non seulement une image qui reflète la solitude d'une Personne qui régit le monde, mais aussi et essentiellement, image d'une communion divine de Personnes" [14]. "Dieu ne créa pas l'homme le laissant seul; dès le début, "mâle et femelle il les créa" (Gn 1,27), et leur union constitue la première forme de communion personnelle" [15]. Ainsi la nouvelle unité formée par les époux ("une seule chair") est AUSSI à l'image de Dieu, de la communion trinitaire. En communiant à l'intimité de leur propre personne, les conjoints sont appelés à communier et à refléter le mystère intime du Dieu Trois fois Saint.

Le couple forme une nouvelle identité singulière. Chaque couple est différent car il est l'alliance de personnes différentes. Chaque couple s'engage sur un chemin d'unité de plus en plus profonde. La monogamie, signe de cette unité du couple, n'est pas qu'une convention naturelle ou culturelle. Elle affirme la grandeur de chaque personne du couple: grandeur inépuisable, ferment d'une unité à la hauteur de l'homme et à la hauteur de Dieu. Cette unité s'enracine dans le don mutuel des époux, don exclusif et définitif. Elle grandit et s'exprime progressivement dans toutes les "zones" de l'être. Elle subit les aléas de l'histoire de chacun, les refus comme les élans.

“Il y a aussi une consolation incontestable dans l'union intime. Lorsque l'un des membres du couple est dans l'angoisse ou l'épreuve, il peut retrouver dans le visage de l'autre, au sein de l'union, la paix qu'il avait perdue, La prière, d'une manière générale, peut même suivre, et pas seulement précéder, l'union intime. Car, dans cette mystérieuse relation, s'il y a des problèmes dans le couple et que ce don réciproque de soi est inspiré et que, le désir est retrouvé, l'homme et la femme se sont unis au sein même de l'unité charismatique du mariage. Ils ont chastement uni leurs corps dans le mouvement d'unité de leurs âmes. Dès lors, leur âme loue le Seigneur dans cette unité retrouvée, et la prière du couple peut être alors très profonde.

Dans des moments de grands difficultés de la vie d'un des deux conjoints, Dieu donne incontestablement des grâces dans l'union chaste du mariage. D'ailleurs pour tous ceux que ce langage choquerait, qu'ils réfléchissent sur l'affirmation de l'Apôtre Paul, qui déclare, comme on l'a vue plus haut: "précieuse et incorruptible est la couche nuptiale". Si l'union de l'homme et de la femme est incorruptible, et précieuse, cela ne vient pas d'eux-mêmes, mais de Dieu, qui est l'unique incorruptible et le seul précieux” [16].

Elle peut s'élargir dans l'accueil de l'enfant et la construction d'une famille.

"Dans cet être unique du couple, quand la femme exprime sa volonté, et l'homme sa volonté, ils n'expriment pas deux volontés séparées, mais une seule et unique volonté. Il n'y a pas au sens humain une volonté soumise de la femme à celle, supérieure, de l'homme. S'il y a divergence, c'est que les conjoints n'ont pas su, ensemble, trouver cette unique volonté et il leur appartient donc, par la prière et l'amour, de la retrouver. Il ne s'agit pas ici des opinions personnelles ou des goûts de l'un ou de l'autre; l'unique volonté du couple engage celui-ci dans tout ce qu'il y a d'essentiel dans son existence. Ceci dit, il faut constater que lorsqu'un couple vit pleinement, une osmose se réalise sur presque tous les plans. L'unique volonté de l'être spirituel du couple est manifestée par l'époux et accomplie par l'épouse. Dès lors que la femme accomplit la volonté de l'être spirituel du couple, elle partage l'autorité et plus encore l'honneur [17].

Il y a donc une conscience commune qui naît dans le couple, conscience de cette nouvelle unité qui les dépassent individuellement. Conscience d'une réalité qu'ils forment à deux en même temps qu'ils restent tout à fait eux-mêmes. S'il faut reconnaître une "existence" nouvelle à cette unité de l'homme et de la femme, une "existence" livrée à leurs libertés, au don qu'ils font d'eux-mêmes à chaque instant, cette union ne dissout pas les éléments qui la composent. Communion dans une distinction des personnes... Communion pour une promotion de l'être personnel de chacun. "Le don n'est pas une fusion, en effet. Chaque personnalité demeure distincte, et loin de se dissoudre dans le don mutuel, s'affirme et s'affine, grandit à longueur de vie conjugale, selon cette grande loi de l'amour: se donner l'un à l'autre pour se donner ensemble" [18]. L'union de l'homme et de la femme est image du Dieu trinitaire, elle en exprime un des visage: pluralité dans l'unité. S'il y a bien un "seul être" [19], les personnes qui le forment ne s'y dissolvent pas. Un des traits de la mystique chrétienne de l'amour est constant: dans l'union à Dieu, l'homme ne se perd pas; il se trouve, il s'accomplit. Analogiquement, l'amour de l'homme et de la femme est promotion mutuelle dans l'être. Ce n'est possible que dans le jaillissement d'amour qui les établit en Dieu.

Cette unité à recevoir et à construire concerne le corps, particulièrement dans la relation conjugale; elle touche l'âme. Il est absurde de parler d'entente physique pour l'homme et la femme (ils sont accordés physiquement!) sans parler d'union des coeurs[20]. L'union charnelle de l'homme et de la femme est l'un des signes sensibles de l'union de leur âme. Le corps "renvoie" la musique des âmes qui vibrent à l'unisson. L'union sexuelle est un reflet de la relation spirituelle des époux.

“Si chaque conjoint a cette attention, dans toute l'existence, sur l'autre, il l'aura aussi dans ses rapports intimes. 'ils agissent égoïstement dans leur vie commune, comment le don de soi serait-il présent dans leur acte d'amour?

La vie intime est le miroir exact de la vie réelle du couple. Des rapports intimes durablement heureux sont à la fois le sceau et le signe d'une union profonde des âmes. Il est totalement légitime que chacun veuille, dans ce désir d'être uni à l'autre, le rendre heureux en connaissant son corps. "Le corps de la femme appartient à l'homme, le corps de l'homme appartient à la femme". L'Apôtre parle clairement et simplement.

Mais ici, il convient de rappeler que cette dimension de "don de soi" dans les rapports intime est liée au charisme même du mariage et à la spiritualité du couple. Il est question ici de la spontanéité d'une relation vécue dans l'amour charismatique de l'unité du mariage et non d'une analyse théorique des rapports intimes du couple”[21].

Elle "scelle" l'union des âmes. Inversement, l'union des coeurs favorisera le développement de relations sexuelles empreintes de beauté, de paix et de joie [22].

Cette communion spirituelle peut se situer sur deux plans.

- Le premier plan, c'est celui de la disponibilité intérieure des deux à leur union intime, qui se manifeste en cet instant privilégié sous le regard de Dieu: pour le reconnaître, c'est une question d'intuition, de communication réciproque. Il est nécessaire de trouver ces moments si importants pour la vie du couple, dans lesquels alors chacun voit le Christ dans le visage de l'autre.

Essayer de s'unir hors d'une telle communion, par simple désir, par habitude, n'est pas bon spirituellement et n'épanouit pas l'être spirituel du couple. Alors qu'une union juste, "en vérité", comme le dit Tobie, donne de grands fruits spirituels.

- Le second plan, inséparable du premier, mais qui voit la progression dans l'harmonie de la vie intime, c'est la longue construction à deux de l'édifice spirituel du couple: si ce mouvement n'est pas engagé, tout est vain” [23].

Ce mouvement, ce chemin est une aventure mystique où l'époux comme l'épouse cherchent à s'unir davantage à leur Dieu en communiant intimement de toute leur personne à l'être de leur conjoint. Cette aventure est l'objet de leurs efforts, de leur responsabilité spirituelle. Elle est bien plus le sujet d'un don, d'une grâce offerte par Dieu, spécialement à travers le sacrement de mariage. L'unité est un Don de Dieu. Dans l'histoire de chacun, le don de l'unité est offert. Les époux en ont à explorer les richesses infinies. Ils sont appelés à en exprimer visiblement les multiples harmoniques.

Ces lignes se font l'écho d'une intervention du Cardinal G. Danneels durant le Synode sur la famille (1980). Le Primat de Belgique exprimait alors ce qui lui semblait devoir être l'horizon à la fois d'une future réflexion doctrinale et d'une action pastorale: "La présentation de la morale conjugale est trop souvent coupée de ses racines doctrinales et spirituelles. Nous faisons trop de morale et nous manquons de mystique. Or, l'être précède l'agir. Des préceptes moraux coupés d'une spiritualité et d'une mystique conjugales aboutissent souvent à la culpabilisation excessive, au découragement ou à l'indifférence. Au lieu d'être pour l'homme un appel à un dépassement et une chance, la morale sans la spiritualité provoque une crispation de la volonté. La loi nouvelle n'est-elle pas l'Esprit Saint" [24]?

Le mot "mystique" désigne à la fois un état et une recherche d'union à Dieu. Plus radicalement, cette union est un "don" offert par Dieu à l'homme et à la femme au coeur de leur aventure spirituelle commune. Dans le "régime" chrétien, la mystique est "nommée", c'est-à-dire qu'elle est en lien direct, conscient et gratuit avec la personne de Jésus Christ, particulièrement dans le mystère de l'Incarnation et le mystère pascal. Elle est un don pour l'Eglise et pour l'humanité. Les traits d’une mystique du mariage sont nombreux et variés: communion au mystère de l'Eglise et de sa mission, représentation "mystérique" de la relation du Christ à son Epouse dans l'être sacramentel, vocation du couple dans le monde, le couple et l'eucharistie... L'Esprit sème avec abondance et nous sommes encore devant un vaste champ "à moissonner"[25].

Quels que soient son histoire et ses développements, il nous semble que toute mystique matrimoniale est "intégrative": elle s'appuie sur l'aventure spirituelle des époux. L'un et l'autre sont fils et fille devant Dieu. Conscience et liberté sont inamissibles. Chacun, en son coeur vit une aventure spirituelle avec son Dieu. Cette singularité personnelle promeut l'union du couple avec Dieu. Le couple lui-même promeut la particularité personnelle de chacun. C'est la loi de l'amour: il engendre une distinction dans l'unité. Inversement toute reconnaissance vraie de l'altérité n'est possible que dans une unité. Ce "cor unum" (Ac 4,12) que les époux construisent librement avec Dieu, par leur consentement, est une "entité de chair" spécifique et spirituelle. Elle est "corps" dans le Corps du Christ. Elle a son dynamisme unitif propre. Dans la relation de couple, les époux symbolisent l'union de Jésus Christ avec son Eglise: ils représentent ce mystère de communion et de mission. Ils collaborent à l'avènement de l'Homme nouveau (Eph 4,24). Ils rendent crédible l'Eglise aux yeux du monde.

[Suite dans Sainteté et union à Dieu dans le couple (2)]

Par Alain Mattheeuws
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Samedi 18 novembre 2006

4. Une aventure spirituelle

Tout chemin spirituel est “de conversion”. Suivre le Christ, c’est un jour “être mis avec lui sur la Croix” et participer au mystère pascal. L’oeuvre du Christ est “pour nous” et “pour toute l’humanité”. Ainsi, toute union sacramentelle reçoit-elle “grâce sur grâce” de l’unique sauveur. Elle peut également participer à l’acte sauveur de l’Epoux. Le Christ sauve l’amour dans le mariage: ce salut touche les époux, la famille et les associe également au salut de tous. Les voies d’union à Dieu se rencontrent au pied de la croix et à l’aube de Pâques. La communion voulue par Dieu dans l’ordre de la création s’accomplit en Lui, l’unique rédempteur. La vie de prière, de services et la “pratique” sacramentelle sont les armatures de tout “édifice spirituel” des membres de la famille. “Les sacrements ont pour fin de sanctifier les hommes, d’édifier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu; mais, à titre de signes, ils ont aussi un rôle d’enseignement. Non seulement ils supposent la foi, mais encore, par les paroles et par les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l’expriment; c’est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi” [26]. Par le sacrement, l’amour du Christ et de l’Eglise pénètre le coeur d’un homme et d’une femme et leur permet de s’aimer non plus seulement d’un amour humain qui est le leur, mais d’un amour reçu, celui du Christ pour son Eglise. Cet amour sauveur est à la source de toutes les aventures spirituelles.

Dans l’Evangile, le Christ renvoie souvent ses interlocuteurs à la Genèse et à la Création pour ce qui concerne le dessein de Dieu sur l’homme et la femme. Il en montre par la Tradition la bonté et la beauté. La réalité du péché est cependant bien concrète dans l’histoire personnelle et du peuple élu. L’amour doit être sauvé: le Christ en témoigne et “vient chez les siens” en vue de cette oeuvre de salut. Que la vie sociale encourage les familles chrétiennes ou opère un véritable travail de destruction, l’affirmation d’un sauveur demeure vraie et actuelle: “Comment le coeur de l’homme peut-il être changé au point qu’il puisse aimer d’un amour pur et désintéressé et qu’il soit capable d’entrer dans ce mystère d’union décrit par le Christ, à l’image de l’amour du Christ et de l’Eglise? Comment un couple ainsi uni trouve-t-il la liberté là où certains ne voient que l’esclavage, le bonheur là où certains ne rencontrent que le malheur? Comment l’homme et la femme peuvent-ils ensemble entrer dans ce mystère de rédemption?”[27].

C’est par grâce que les conjoints sont associés à l’oeuvre de rédemption du Christ. Ils sont constitués comme “sanctuaire de l’Eglise à la maison” et entraînés à un dépassement et à une prise de distance par rapport aux échecs et aux difficultés. Ce dépassement, loin de détruire l’amour, lui donne une fécondité insoupçonnée. La charité dont ils sont appelés à vivre, n’est pas destruction de soi, mais don de soi. Se perdre pour porter du fruit. Se perdre pour tout gagner. Se perdre et mourir à soi pour mieux se trouver. Le mystère pascal, rendez-vous “obligé” de toute union à Dieu, donne à l’amour conjugal une saveur de résurrection, d’humilité par le pardon et le salut accueilli, de joie et de paix dans la rencontre et le désir de l’autre tel qu’il est. “Telle que tu es et tel que je suis, Dieu nous a réunis pour être dans ce sacrement de mariage le signe du Christ, de son amour pour l’Eglise son Epouse, et pour vivre le mystère de la rédemption à l’intérieur de notre couple, non pas seulement pour notre couple, mais pour le salut du monde”[28].

La vie conjugale peut donc s’avérer un vrai chemin spirituel personnel et communautaire. L’Eglise en perçoit de mieux en mieux les enjeux et accueillent les charismes qui sont nécessaires à cet accompagnement. De nombreux courants spirituels sont éveillés à la découverte et à l’enseignement des familles et des couples. Soulignons quelques critères de discernement pratique:

4.1. Spiritualité et sainteté

La spiritualité conjugale est l’appel à la sainteté, commun à tous les fidèles, mais vécu et réalité de manière conjugale et familiale, non pas au-delà de l’humain (car il ne faut pas dépasser l’humain pour devenir chrétien, ni dépasser le mariage chrétien pour devenir des époux chrétiens), ni non plus malgré l’humain (en le niant ou en l’éliminant), mais au coeur de l’humain. Le mariage est bien sûr un lieu sociologique, économique, juridique, institutionnel, mais il est aussi un lieu théologal. Cette dimension n’est pas à côté des autres dimensions, mais à l’intérieur de toute la vie humaine. La vraie spiritualité est “intégrative” à partir du coeur de Dieu et de celui de l’homme, dans le dialogue d’alliance qu’il expérimente. Les nouveaux époux sont toujours “enfants de Dieu”, mais ils sont renouvelés en Christ: ils participent de sa royauté d’amour dans le monde et pour l’Eglise. Dans le rite orthodoxe, le “couronnement” (une des définitions du sacrement) consacre cette grâce nouvelle: couronnes de joie, mais aussi de martyre, car l’amour qui sanctifie est un amour qui va jusqu’au bout de lui-même pour accomplir en l’autre cette prophétie du prophète Isaïe: “On t’appellera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur énoncera. Tu seras une couronne de splendeur dans la main du Seigneur, une tiare de royauté dans la paume de ton Dieu. On ne te dira plus: “l’Abandonnée”, on ne dira plus à la terre: “la Désolée”, mais on t’appellera “Celle en qui je prends plaisir”, et ta terre “l’Epousée”, car le Seigneur mettra son plaisir en toi et ta terre sera épousée” (Is 62,2-5).

4.2. Spiritualité et vie morale

La spiritualité conjugale ne s’identifie pas à une vie morale parfaite ou à la réflexion éthique cohérentes sur les exigences des relations familiales et des relations familles-sociétés. Elle repose plutôt sur la vie dans l’Esprit et la sacramentalité du mariage comme tel. En fonction de ce qu’est le mariage, du dessein de Dieu sur la relation conjugale et parentale, les hommes et les femmes de notre temps sont susceptibles d’en vivre et d’en comprendre toutes les exigences. La présence de Dieu peut prendre des formes différentes, même dans un couple. L’histoire de l’alliance de Dieu et de son peuple est une histoire d’une fidélité divine sans repentance. Cette fidélité est lumière pour la vie des hommes et leur permet, à travers des chemins contrastés, de rejoindre l’unique sauveur de tout amour. Dans l’amour, il convient de percevoir que nous sommes toujours précédés par Dieu. Nous sommes en “obligeance” parce que sauvés, pardonnés, aimés les premiers. La vie chrétienne surgit de cette reconnaissance première d’un pardon déjà offert, qui nous donne d’exister et d’aimer. Une aventure spirituelle n’est pas une “histoire parfaite”, mais une “histoire d’amour” dans laquelle cette reconnaissance d’un don inaliénable et antérieur à nos “agir humains” informe notre vie humaine de tous les jours.

4.3. Une communion plus large que la famille

“Un couple seul”, “Une famille isolé” sont en danger de mort. La vie chrétienne est toujours ouverte à une communion plus large que celle de la famille. Cette prise de conscience doit se faire rapidement sinon les habitudes et les rythmes de vie s’imposent. La liturgie familiale fleurit et s’alimente dans la liturgie de l’Eglise, la formation chrétienne se fortifie dans des lieux différents d’enseignements, les diverses manières de prier s’enrichissent et se fortifient mutuellement en paroisse, dans des mouvements de spiritualité, dans des récollections et des pèlerinages, les services rendus prennent une ampleur significative en alliance avec d’autres chrétiens ou personnes de “bonne volonté”. La sainteté joyeuse dépasse le cercle privée de la famille et s’ouvre à la pluralité des richesses et des traditions de l’Eglise universelle.

4.4. La place d’un accompagnement spirituel

Dès qu’il existe l’assurance existentielle (et la conscience personnelle) d’une relation personnelle entre Dieu et chacun de nous, l’aventure spirituelle prend consistance. Notre histoire devient sainte parce qu’elle est illuminée d’une présence divine, parfois lumineuse, parfois obscure. Certains couples aiment rencontrer, parler et prendre conseil auprès d’amis prêtres ou religieux à certains carrefours de leur vie ou pour des décisions délicates. Le prêtre qui a béni leur mariage peut être une référence importante. La perception de certains appels ressentis par le couple gagne toujours à se référer à un témoin ecclésial (adoption d’enfants, changements professionnels, engagements dans l’Eglise). La liberté intérieure de chacun est essentielle dans ces relations ponctuelles dont les enjeux sont importants.

Il existe des formes variées d’accompagnement spirituel. Un couple peut trouver un vrai soutien dans le témoignage d’autres couples plus âgés, de la même paroisse ou communauté, du même mouvement spirituel. Comme chrétiens, nous appartenons souvent à des groupes ou à des équipes de vie. Nous en recevons force et dynamisme missionnaires. Ces équipes sont le plus souvent marquées par un style de vie, une charte, des objectifs, un calendrier, des activités. Celui ou celle qui accompagne ce groupe nous transmet une tradition. Il nous témoigne de sa vie. Il nous mène “toujours plus loin” et nous situe dans l’Eglise comme communauté. Ce groupe peut être d’évangélisation, de service des pauvres, de partage de la Parole, de recherche commune de vocation. Dans tous les cas, l’articulation entre la vie personnelle, familiale et celle des hommes et de l’Eglise est un point incontournable.

Certaines personnes ont été accompagnées spirituellement avant leur mariage et cet accompagnement leur a permis d’être en vérité face au plan de Dieu. D’autres personnes sont invitées dans un mouvement spirituel ou après un événement spirituel fort, une conversion par exemple, à prendre un guide spirituel. Que ce soit avant ou durant le mariage, la réalité d’un accompagnement spirituel pour un et/ou l’autre des conjoints appartient à la tradition de l’Eglise. Elle peut être source d’une grâce. C’est une manière d’intégrer Dieu dans la relation conjugale et de ne pas en faire le “tiers exclus”. Si un seul des conjoints vit une expérience d’accompagnement, l’autre doit en avoir connaissance et l’accepter librement. Une incompréhension ou des réactions de jalousie et de comparaison peuvent surgir ponctuellement. L’accompagnateur doit être d’une discrétion totale et respecter de manière prioritaire le rythme, les options et la liberté du couple comme couple.

L’accompagnement des enfants dans une famille et leur éducation à la foi est de la responsabilité première des parents. L’apprentissage de la prière, l’enseignement de la parole de Dieu et des prières de la tradition, le rappel des engagements chrétiens, le sens du bien et du mal, l’exercice et la pratique des sacrements, les conseils donnés sont la charge prioritaire de la famille. Les premiers guides spirituels des enfants sont leurs parents. Dans le sacrement de mariage, les parents reçoivent la mission et la grâce d’éduquer leurs enfants dans la foi (FC n°36-39). Avec l’accord de ses parents, l’enfant, tout petit (dès qu’il parle et peut se faire comprendre en dehors de sa famille), peut décider de se confier à une autre personne pour parler de sa vie de prière, trouver le sens de ce qu’il vit et suivre les appels personnels du Père des Cieux. La vie de nombreux saints témoigne de l’importance de ces “conseils” extérieurs, amicaux, sacerdotaux. L’âge adulte de la foi n’est pas le même que celui qui est défini dans la société. Du temps de Jésus, l’enfant de 12 ans était “reconnu” adulte dans la foi parce que capable d’un dialogue conscient avec Dieu et de remplir sa responsabilité dans la communauté: commenter l’Ecriture, observer les commandements, prier. Ce n’est donc pas seulement l’âge qui compte, mais l’appel spirituel que l’enfant, le jeune ou l’adulte ressent et qu’il veut vivre et approfondir.

5. Des langages pour une vie d’union à Dieu

Le Christ me regarde, me touche et m’aime par mon conjoint

Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.

Dieu, Trinité des personnes, est présent en nos coeurs, en notre couple, en notre famille.

Notre famille a les traits de l’Eglise, Epouse du Christ.

La vie de Dieu (nature et grâce) nous dépasse et nous traverse de part en part.

Les enfants sont la manifestation la plus lumineuse du caractère sacré de la vie.

L’amour vient de Dieu qui en est la source et il va vers Lui. Il est l’alpha et l’oméga de notre amour conjugal et familial.

N’être qu’un par un libre don mutuel n’est possible seulement qu’à des êtres spirituels (E. Stein).

Nos enfants ne sont pas seulement ce que nous voyons, mais ce que nous croyons: un “mystère insondable”.

Le mariage naît de la patience qu’a Dieu pour l’homme (C. Singer).

La vie, - toute vie humaine-, est confiée à l’amour.

Ce n’est pas un travail vite fait que d’aimer (Marie Noël).

L’amour n’attend pas une justification. Il n’en donne pas non plus.

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.

Quand je dis “oui” à l’autre, je dis “oui” à Dieu.

Nos enfants nous sont confiés par le Père de “qui vient toute paternité, au ciel et sur la terre”.

Nous sommes responsables de la paternité de Dieu.

L’amour se dit plus dans des actes que dans des paroles.

Toute mission surgit d’un don confié et accueilli .

Non pas d’abord regarder ce qu’il faut faire quand nous sommes mariés, mais contempler ce que nous sommes (notre être).

Les enfants sont confiés à leurs parents. Ils les évangélisent également.

L’amour familial est la révélation de l’amour trinitaire dans l’histoire.

Aimer notre “prochain”, c’est aimer notre “conjoint”.

Une famille est sainte non pas uniquement de par la sainteté de ses membres mais lorsqu’elle accomplit la mission reçue, la volonté du Père.

NOTES

[1]. Pensons particulièrement aux écrits des deux grandes personnalités du Carmel: Thérèse d'Avila et Jean de la Croix

[2]. Ces traits d'une mystique matrimoniale correspondent aux significations essentielles de l'acte conjugal: unitif et procréatif. Il y a d'autres "appels" à l'union à Dieu à l'intérieur de la vie conjugale: le service, le témoignage, la prière du couple. Sans les envisager explicitement, nous ne les mésestimons pas non plus. En ce qui concerne l'aspect de fécondité, nous ne développerons pas longuement le mystère de l'enfant comme don de Dieu.

[3]. G. DANNEELS, Familles Dieu vous aime, Paris, Nouvelle Cité, 1991, p.151-152.

[4]. Relation différente de n'importe quel accouplement animal, elle suppose et promeut l'humanité des "partenaires", l'humanité comme liberté et esprit. "On comprend aussi que des époux refusent de se connaître et de consommer leur union dans leurs corps tant qu'ils ne s'éprouvent pas en état de liberté ou d'harmonie. Leur étreinte serait une trahison et un manque d'amour. Car on ne pénètre pas dans un être par effraction. On ne force pas son intimité, moyennant même son consentement ou son souhait: il n'y aurait là qu'un viol. On ne pénètre absolument un être qu'en épousant l'axe de sa vocation humaine qui passe nécessairement par son esprit et sa liberté intérieure, c'est-à-dire en empruntant le regard de Dieu sur lui" (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.122).

[5]. Jean XXIII, Mater et Magistra, dans AAS 53 (1961), p. 447.

[6]. “ Plus que deux races, ce sont deux univers, résumant tous les ordres de la création, traversés par un élan cosmique qui cherche sa complémentarité à travers l'esprit. C'est une attraction stellaire qui rapproche les sexes où s'expriment des électricités complémentaires, mais aussi un foisonnement végétatif indéterminé, dominé lui-même par une sensibilité animale, souhaitant enfin son couronnement en l'unité consciente et libre de l'esprit. Qu'on ne s'étonne pas que les moments d'amour s'exaltent de lyrisme: c'est qu'en eux des planètes gravitent, des floraisons se conjuguent, et tout l'univers se récapitule afin d'accéder au plan de l'esprit. Mais dans ce rêve géologique c'est aussi la loi animale qui attend d'être surmontée par celle de l'homme, c'est l'instinct qui, en l'homme, va se transmuer en liberté. Si bien que si l'homme perd le nord de son élan spirituel au lieu de poser sur l'instinct un calme regard d'homme, il n'est plus traversé que par un frisson de jungle où toute son humanité s'affole. Il ne sait plus que se coucher à ras de terre pour se laisser traverser par la marée qui monte de la profondeur des âges et des abîmes de la mémoire cosmique ”. (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.110-111).

[7]. R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p.118.

[8]. Le mot "Instant" rappelle l'irruption de l'Eternel dans le temps au coeur de l'acte créateur. Le mot "instant" suggère cette action perceptible dans notre temps linéaire.

[9]. JEAN-PAUL II, A l'image de Dieu, homme et femme, Paris, Cerf, 1980, p.85.

[10]. Familiaris consortio n 28. Nous soulignons dans le texte.

[11]. PAUL VI, Allocution aux "Equipes Notre-Dame", dans DC n 1564 (7 juin 1970) col. 502-506, n 10.

[12]. Ibid., n 10.

[13]. M. LAROCHE, Une seule chair. L'aventure mystique du couple, Paris, Nouvelle Cité, 1984, p.135. L'auteur est archiprêtre de l'église orthodoxe. Il est marié et père de deux enfants. Son approche de la mystique conjugale rejoint les points traditionnels de la théologie orthodoxe.

[14]. JEAN-PAUL II, A l'image de Dieu, homme et femme, Paris, Cerf, 1981, p.77, (Catéchèse du 14 novembre 1979).

[15]. Gaudium et spes n 12.

[16]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.131.

[17]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.85.

[18]. PAUL VI, Allocution aux "Equipes Notre-Dame", dans DC n 1564 (7 juin 1970) col. 502-506, n 6.

[19]. Ibid., n 5. "une seule chair, un couple, on pourrait presque dire un seul être, dont l'unité prendra forme sociale et juridique par le mariage, et se manifestera par une communauté de vie, dont le don charnel est l'expression féconde".

[20]. “Le mariage ne donne pas droit à l'acte intime, mais il donne de façon charismatique la possibilité que cette relation devienne incorruptible. C'est pourquoi l'Apôtre insiste en disant: "que la couche nuptiale soit incorruptible" indiquant par là le charisme du mariage mais aussi la liberté de chaque membre du couple de le vivre ainsi. Ainsi, comme l'histoire de Tobie le montre, la "fornication" c'est le désir débridé, non soumis à l'amour véritable qui est don de soi; c'est une relation tyrannique où l'un force l'autre, sans attendre la communion spirituelle” (M. LAROCHE, Une seule chair, p.136).

[21]. M. LAROCHE, Une seule chair, p.124-125.

[22]. Par exemple, il n'est pas "risible" de penser qu'un tel acte soit précédé ou suivi d'une prière, qu'un tel acte soit prière (cf Tb 8,4-8). Indépendamment du contexte culturel et cultuel de l'époque, la description de la première relation conjugale de Tobie et de Sarah est cependant éclairante. Elle nous montre l'unité d'une "action de grâce" intime, action de grâce incarnée... Cette spiritualisation de l'acte conjugal n'est pas un "abus" idéaliste. D'une part le refus théorique du statut incarné de toute prière serait une contradiction. D'autre part dans notre culture médiatique actuelle, nous sommes peut-être trop "conditionnés" par les techniques de l'exercice sexuel, par les études physiologiques sur la montée du désir, par le caractère irrésistible des pulsions, par l'attention au plaisir (qui est un sentiment différent de la joie), pour "entendre" l'expérience de certains couples qui s'unissent dans une paix physique et une harmonie dont eux seuls ont la secrète expérience. Ils pourraient témoigner d'une manière radicale que l'acte sexuel n'est pas qu'un processus linéaire d'excitation progressive et de jeux sexuels, mais plutôt une décision d'amour qui transforme les relations corporelles et toutes les séductions mutuelles. Décision d'un amour pleinement charnel, chaste dans la passion, conscient et totalement confiant vis-à-vis du corps de l'autre: dans l'acte conjugal, ils goûtent à la fois un plaisir et une joie inconnues d'autres couples: ils rendent grâce. Il leur reviendrait d'en témoigner plus souvent avec leurs propres mots.

[23]. LAROCHE M., Une seule chair, p.137.

[24]. G. DANNEELS, "La famille face aux problèmes d'aujourd'hui", Dossier dans DC n 1795 (2 novembre 1980) col.1003.

[25]. La béatification commune des époux Beltrame Quattrochi manifeste publiquement le souci ecclésial de voir la sainteté conjugale reconnue, appréciée et aimée. Elle ouvre des pistes pour “nommer” les voies de sainteté propres à la vie familiale. Ce n’est pas la première fois que des couples sont béatifiés et canonisés. C’est la première fois qu’ils le sont ensemble et en même temps.

[26]. CEC 1123.

[27]. J.-M. LUSTIGER, “Couples appelés à la sainteté”, dans Le meilleur est pour la fin (2001), supplément à Tychique, Lyon, Communauté du Chemin Neuf, p.91.

[28]. J.-M. LUSTIGER, “Couples appelés à la sainteté”, dans Le meilleur est pour la fin (2001), supplément à Tychique, Lyon, Communauté du Chemin Neuf, p.94.

Par Alain Mattheeuws
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