Bienvenue - Welkom



Soyez le bienvenu sur ce blog

consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


Welkom op deze blog

Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

Verder kunt u ook u bezoek vervolledigen met de website van pater Alain Mattheeuws door te klikken op de volgende hyperlink: http://www.mattheeuws.be/site/

Cours - L'enfant don

Lundi 20 novembre 2006
Nous montrerons l'importance du vocabulaire de la donation qui entoure la réflexion sur l'enfant. Nous aborderons successivement la création comme «acte de don», le don en son corps qu'est l'enfant nouvellement conçu, le don que lui sont et lui font ses parents, sa ressemblance avec le Christ, don du Père. Nous soulignerons pour terminer l'importance de la liberté humaine dans l'accueil ou le refus de l'être-de-don. Telle sera notre recherche du «don qu'est l'embryon humain» dans le mariage. Pour nous y introduire, recueillons ce beau texte de M. Zundel sur le mystère de l'enfant.

«Qui ne s'est senti comme transporté en prière devant le spectacle merveilleux d'un petit enfant qui dort?

La vie en sa fraîcheur intacte y respire avec un suprême abandon. Il semble qu'elle baigne en une tendresse infinie, qu'elle communie à une Présence invisible. Le visage s'éclaire d'un sourire intérieur où passe toute la lumière de l'âme.

Les possibilités innombrables qu'elle enclôt ont la pureté native du don. Rien n'est encore approprié; la grâce de la Source affleure ingénument et glisse en rayons subtils des paupières recueillies sur la rondeur exquise des joues. (...) Ils se sont aperçu un jour qu'étant deux ils étaient trois et que par leur amour une vie nouvelle était entrée dans son cycle mystérieux.

Ils avaient attendu celui qui devait être homme ou femme. Mais lui les attendait-il aussi?

Est-ce eux qu'il aurait choisis s'il avait pu choisir? Quelle serait la rencontre avec cet inconnu dont on ne pouvait qu'imaginer le visage? «Est-ce qu'on se reconnaîtrait?»» [1] .

 

  

 

1. Il est un «don de Dieu»

1.1. Un monde offert gratuitement l’enfant est un don

«Le monde devient illisible s'il n'est pas perçu comme création» [2] . Le concept de création, - du surgissement de l’être à partir du néant -, met en lumière le don de l'être en toutes les créatures. Le monde créé est un monde donné auquel l'homme, être d'esprit et de coeur, est confié et à qui il est accordé pour se donner et devenir lui-même. L'homme n'est pas asservi à ce monde créé. Donné à lui-même, il n'est pas un serviteur servile, mais un être d'esprit capable de donner sens à son existence et au monde. Ce point, sensible à la pensée moderne est juste. L'homme est donneur de sens, mais comme être d'esprit donné à lui-même. Ainsi est-il «confié» au monde. Ainsi l'univers est créé dans la bonté et en son nom. «L'univers a une dimension sacrée parce qu'il est lié à une présence infinie, qui veut se communiquer à lui, à travers nous, mais qui ne peut le faire qu'avec notre consentement» [3] . Toute créature participe au don de l'être. «La créature est ce qui ne peut rien avoir ni être que par la création, mais le Créateur ne la crée que pour tout lui donner, pour se donner soi-même» [4] .

Le monde entier est dans la main du Créateur. Tout ce qui est, vit sous son regard.

«Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hommage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi» [5]

Penser la création et l’acte créateur, ce n’est pas seulement le situer à un moment donné du temps. Car dans l’élan de l’être donné, il subsiste. L'univers créé, reste également dans les mains du Créateur.

«Tout ce qui demeure, demeure par toi; par toi subsiste l'universel mouvement. De tous les êtres tu es la fin; tu es tout être, et tu n'en es aucun» [6] .

L'auteur de cet hymne se demande quel nom donner à ce créateur qu’il décrit comme «au-delà de tout». Nous pouvons suggérer le nom de «Don absolu». Le don en effet imprègne l'univers et toutes les créatures, quelles que soient leurs formes. L'infime comme l'immense, participe du don qu'est l'être. Tout ce qui «est» demeure dans l'être, à cause du Don absolu de ce que nous nommons Dieu.

La création et sa permanence sont marquées par l'abandon de la créature à l'initiative et à l'action du Créateur  [7] . La dynamique de la création est cet accueil du don de l'être dans sa totale gratuité et sa surabondance.

Rien n'échappe à l'action créatrice de Dieu . Si le monde est ainsi dans la main de Dieu, comment penser que le fruit humain de la conception soit «étranger» à son action et à sa connaissance? «Seigneur, tu me scrutes et me connais, tu connais mon coucher et mon lever; de loin, tu discernes toutes mes pensées; tu surveilles ma route et mon gîte, et tous mes chemins te sont familiers». Ces paroles du psaume 139 célèbrent la connaissance, intime et totale de chacun de nous par le Seigneur. Car, parmi toutes les créatures terrestres, Dieu s'attache particulièrement à l'homme. Les premiers chapitres de la Genèse montrent le caractère transcendant de l'homme par rapport à l'univers qui l'entoure. Ainsi lorsque Dieu le bénit en lui disant: «Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la» (Gn 1,28) et lorsque l'homme «donne un nom» à tous les êtres vivants que lui amène le Seigneur sans pour autant lui trouver une aide qui lui soit assortie (Gn 2,19). Dieu a également souci de l’homme et de sa solitude: c’est bien Lui, dans le récit biblique, qui fait surgir Eve du côté d’Adam pendant son sommeil.

L'apparition de l'homme dans l'univers et dans le sein maternel n'échappe pas à l'action ni à la providence divine. Le don de la vie à l'embryon opère le passage du néant à la positivité de l'être. Il est! Personne n'advient à l'existence sans avoir été voulu par Dieu, par don d'amour.  Cette connaissance divine de l’univers, et donc de tout ce qui s’y passe, établit un lien immédiat entre tout embryon humain et le Créateur. Cette connaissance est création, établissement d’une alliance personnelle voulue par Dieu.

«Comme l'affirme le Concile, l'homme est «la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même». La genèse de l'homme ne répond pas seulement aux lois de la biologie, elle répond directement à la volonté créatrice de Dieu, c'est-à-dire à la volonté qui concerne la généalogie des fils et des filles des familles humaines. Dieu «a voulu» l'homme dès le commencement et Dieu le «veut» dans toute conception et dans toute naissance humaines. Dieu «veut l'homme comme être semblable à lui, comme personne. Cet homme, tout homme, est créé par Dieu «pour lui-même»» [8] . Ainsi, avant d'être reconnu par les autres êtres humains - sa mère, son père, les médecins, - l'être-de-don qu'est l'enfant nouvellement conçu est déjà connu de Dieu.

Conclusion. Lorsque nous regardons le monde, l’univers, le cosmos, la foi comme la raison nous poussent à admirer le Créateur de toutes choses. L’infiniment grand comme l’infiniment petit dépendent de Dieu. Parler d’un Dieu Créateur, c’es affirmer non seulement qu’il est à la source de toutes choses, mais qu’il soutient encore et toujours tout ce qui existe. Nous demeurons dans l’ «être» parce que Dieu nous y maintient à chaque instant. Les réalités les plus modestes sont connues de Dieu: «Est-ce que l’on ne vend pas deux moineaux pour un sou? Pourtant, pas un d’entre eux ne tombe à terre indépendamment de votre Père. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez-donc sans crainte: vous valez mieux que tous les moineaux du monde» (Mt 10,29-31). Quand on considère la place de l’homme comme être d’esprit dans la création, il est difficile de penser que la conception de l’embryon humain, sa vie et sa croissance soient ignorées de Dieu. Cette connaissance divine du Créateur de l’univers établit un lien immédiat entre tout embryon et Lui. Dieu est le premier à connaître l’existence de l’embryon humain car c’est Lui qui le crée.

1.2. L'embryon humain dans l'«ordre» du don

1.2.1. Il est «toujours» un don

A l'origine de toute personne humaine, il y a un acte créateur de Dieu. Dans l'ordre du «don», que signifie la création par Dieu de chaque embryon humain sinon que cette venue à l'existence d’un nouvel être vivant est connue, aimée et assumée, par Dieu comme un don? De rien, il est. De rien, l'enfant est pour l'éternité. Dès sa conception, il est ordonné à l'éternité. Il a un commencement et sa fin n’est pas limitée à l’ordre du temps.

«Depuis l'instant de sa conception, puis de sa naissance, le nouvel être est destiné à exprimer en plénitude son humanité, à «se trouver» comme personne. Cela vaut absolument pour tous, même pour les malades chroniques et les personnes handicapées. «Etre homme» est sa vocation fondamentale: «être homme à la mesure du don reçu. A la mesure de ce «talent» qu'est l'humanité même et, ensuite seulement, à la mesure des autres talents. En ce sens, Dieu veut l'homme «pour lui-même»» [9] .

Dieu lui communique ce don de la vie pour faire de lui un être-de-don, capable de se donner aux autres et à Lui. La conception de tout nouvel être humain est le terme d'une volonté d'amour de Dieu quelles que soient les circonstances de cette conception [10] . Il est vrai que la paternité doit devenir humaine et que l'acte d'engendrer peut ne pas être digne de celui qui est conçu [11]. Pour l'embryon humain cependant, au-delà de ses perceptions conscientes ou non, et parfois en contradiction avec la volonté de l'homme ou de la femme qui le conçoivent, «être créé» signifie être voulu par Dieu, remis à lui-même dans sa singularité originelle et concrète, appelé à répondre au «don» par un «don». Au fond, le don révèle une caractéristique particulière de l’existence personnelle ou, mieux, de l’essence même de l’embryon humain.

Soulignons l’importance de cette volonté et de cette connaissance de Dieu à l’origine. Tous les êtres humains expriment le désir d’avoir été désirés par leurs parents, d’avoir été voulus pour eux-mêmes. Ne sommes-nous en droit d’être les enfants de l’amour? Rien de plus désespérant que de savoir ou de s’avouer que notre existence serait issue du hasard, d’un pur déterminisme cosmique ou biologique, d’un acte de violence. Nous rêvons tous d’avoir été conçus par amour et pour l’amour. La réalité n’est pas toujours celle-là, pour toutes sortes de motifs. Affirmer que Dieu est la source ultime de notre existence et qu’il en est l’origine la plus profonde, c’est non seulement faire preuve de vérité, mais c’est fortifier l’être humain dans ce qu’il est profondément et dans ce pour quoi il vit. «La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu» (Donum vitae, Introduction, n°5).

La création de tout être humain entre dans le projet de Dieu et dans sa libre décision de lui offrir son alliance d'amour. Toute conception humaine relève de la puissance créatrice de Dieu. Son Nom n’est-il pas «Père de toute éternité»?Aucun homme ne vient à l'existence par hasard, il est toujours le fruit de l'amour créateur de Dieu». L'être créé dépend du don qu'est Dieu et tient au don de l'être, de la vie et de l'amour accordé en chaque instant [12] . L'acte créateur de Dieu fonde et assure la réalité personnelle du nouvel être humain. «Bien sûr, l'embryon est le fruit d'un acte humain, celui d'un homme et d'une femme qui, dans la conception d'un nouvel être, tiennent la place de véritables causes, mais ces «causes secondes» ne peuvent agir que parce que Dieu, «la Cause première», leur donne d'agir, soutient leur acte, et donne l'être à ce qu'ils conçoivent. Dieu ne se soumet ainsi à l'activité des hommes que parce qu'il veut s'y soumettre. Il en a décidé ainsi dans son amour. En donnant l'être et la vie au fruit d'une conception humaine, Dieu n'agit donc pas parce qu'il le faut bien (...). Supposer cela, ce serait méconnaître la liberté souveraine de Celui qui veut toujours librement tout ce qu'il fait. Dieu veut donc toujours l'embryon qu'il crée» [13].

Cet acte créateur revêt les caractéristiques d'un «don» qui dépasse les personnes humaines comme les circonstances de la conception. Cet acte est appelé à se redoubler en par-don. Ainsi s’exprime ce que certaines philosophes appellent la «miséricorde de l’être» ou la capacité de l’être d’esprit d’être ou de se régénérer malgré les blessures qui l’atteignent et l’handicapent. «A supposer que l'enfant n'ait pas été désiré, il pourra toujours se dire que Dieu, Lui, l'a voulu. En effet, la liberté divine dont nous venons de parler est celle d'une Bonté créatrice et miséricordieuse, qui non seulement accomplit et achève ce que l'homme fait de manière imparfaite, mais même répare de surcroît ce qu'il fait de manière inhumaine et pécheresse» [14] . Cette tranquille assurance est dans la logique de la gratuité de la création, de la surabondance de la puissance d'aimer, qui se donne sans compter ni attendre de retour [15] . Tout enfant révèle une bonté radicale de Dieu qui offre à l’humanité un nouveau visage d’elle-même, unique, singulier... visage qui reflète la joie d’un Créateur qui donne l’être humain à lui-même et qui lui permet d’être substantiellement un don en soi et pour tous.

1.2.2. Il est un «don» pour l'humanité

La création de l'enfant signifie encore la volonté divine de l'offrir comme un don à ses parents et à toute l'humanité pour l'éternité. A chaque conception, ce n'est pas «rien» qui est «offert» au monde. C'est tout un monde dont l'innocence n'est qu'un signe du «don» singulier qu'il est pour tous. Le patrimoine génétique, la croissance programmée, la forme humaine confirment l’enjeu humanitaire de son existence; L’embryon humain est confié aux autres hommes. Son visage n’est pas spectaculaire. Il reste longtemps peu perceptible aux yeux humains et sa pudeur résiste aux longues observations scientifiques.  Pourtant, la seule présence de l'enfant est un rappel du «don de Dieu». L'enfant qui apparaît ne vient-il que pour prendre et non pour donner? Qu'il n'ait pas encore les capacités ni de rendre l’amour reçu ni d'exercer ses puissances personnelles ni d'en manifester toutes les richesses face à nous, ne peut pas oblitérer le don qu'il recèle puisqu'il l'est.

«Le processus de la conception et du développement dans le sein maternel, de l'accouchement, de la naissance, tout cela sert à créer comme un espace approprié pour que la nouvelle créature puisse se manifester comme «don», car c'est ce qu'elle est dès le début. Cet être fragile et sans défense, dépendant de ses parents pour tout et entièrement remis à leurs soins, pourrait-il être désigné autrement? Le nouveau-né se donne à ses parents par le fait même de venir au jour. Son existence est déjà un don, le premier don du Créateur à la créature» [16] .

L'être-là de l'embryon humain n'a encore que ce «statut»: être créé, donné à lui-même et aux autres dans sa pauvreté. Don issu de l'acte créateur, abandonné à l'amour des hommes, muet, l'enfant nouvellement conçu révèle, par sa simple présence, quelque chose de son mystère: «Je suis créé par Dieu». Je suis un «don de Dieu» offert à la reconnaissance [17] .

Chacun est appelé à faire mémoire des premiers moments de son existence et à reconnaître le don de la vie sur lequel il n'a aucune prise: chacun l'a reçu gratuitement et personne ne peut s'en définir propriétaire. Je ne puis être sans confirmer le don reçu parce que ce don définit qui «je» suis [18] .  A l’origine de mon être, ce que je suis est «inappropriable»: cette altérité que «je suis» est le premier don reçu: il s’identifie avec mon existence. Donné à lui-même, l’être humain est un être-en-dette de lui-même. Il sera toujours, pour ce qu’il est, en «obligeance». Le don qu'est l'être humain appelle une attitude de «don» à sa mesure et un accueil inconditionnel. Disposant de soi, parce que donné à lui-même, l’être de don est ainsi rendu structurellement disponible pour autrui, pour toute l’humanité, pour Dieu. Il est en puissance d’agir et de se donner librement.

2. Il est un «don» en son corps

 

La question philosophique sur l'origine de la vie et l'étonnement qu'elle suscite en chacun de nous sont des signes de l'«inconcevable» don reçu [19] . Pourquoi suis-je venu au monde sinon parce qu'un dessein d'amour a présidé à cet événement?

L'embryon humain découvre le don qu'il est à travers la parabole de son corps. Le corps personnel est le lieu visible du don qu'il est en lui-même et pour les autres.

«L'homme ne se donne pas la vie à lui-même. Il la reçoit de ses parents, il naît de leur amour. Cette réception de soi à partir des parents est le signe d'une réception plus haute, car les parents eux-mêmes ont reçu la vie. Ils n'ont fait que la transmettre. Ils renvoient donc à la source transcendante de la vie, source que les croyants identifient comme Dieu, Créateur et Père. Notre corps, avec ses chromosomes et ses gènes reçus des parents, est en nous le témoin que la source de notre vie est hors de nous. Or il ne nous est pas extrinsèque. Il appartient à notre être propre» [20] . C'est l'être de chair et de sang qui est appelé à la communion et à l'alliance éternelle. Il nous faut réfléchir un moment sur le corps humain dès les origines.

Dans son corps, tout homme se découvre donné à lui-même par son Créateur. Ce corps reçu - d'abord comme un amas cellulaire et invisible à l'oeil nu, avec sa puissance de croissance - est le germe et le gage de toute donation de soi. Il en est la condition concrète. L'esprit ne se reçoit pas sans son corps. La liberté se livre en donnant son corps. Ce lien entre les réalités biologiques, l'être de l'homme et sa fin ne sera perçu «que si le corps n'est pas seulement vécu et compris comme une limite arbitrairement imposée à la liberté finie mais comme le lieu où notre liberté se découvre créée, donnée à soi et rendue à sa responsabilité propre par Dieu notre Créateur et Seigneur» [21] .

Ainsi l'embryon humain est-il donné à lui-même comme livré à nos observations à travers son corps. L'embryon s'offre lui-même dans toute la richesse de son être à travers son corps. Pour l'embryon comme pour tout homme, nous pouvons parler d'une “relation” entre son corps-objet et son corps-sujet. L'enfant conçu a un corps, tout en étant EN son corps. L'embryon, comme chacun de nous, est son corps sans s'y identifier totalement.

L'embryon nouvellement conçu a un corps: corps issu d'une rencontre des gamètes issus d'autres corps, corps enraciné dans un patrimoine génétique «qui vient de loin», corps «en voyage» dans les trompes ou fixé dans la paroi utérine, corps «confié» à un autre corps dont il reçoit chaleur et nourriture, protection et oxygène. Ce corps quitte petit à petit l'ombre pour venir à la lumière de la connaissance scientifique. Il devient «visible» par échographie. Le corps peut être extrait, produit, congelé ou réduit. Il peut être évalué et rejeté comme matériel chromosomique déficient ou amélioré [22] , mais le corps ne peut jamais n'être qu'un corps parmi d'autres. Dès la conception, il s’agit chaque fois d’un corps singulier, unique (aux caractéristiques biologiques précises), à protéger comme celui d’une personne. Le mystère du corps «donné» de l'enfant demeure «gardé» en son origine. Il n'est pas qu'un pur «visible». Il n'appartient pas seulement au «monde de l'avoir» et de l'observable. Il est à jamais parce qu'il a été donné pour toujours [23].

Mais comment connaître le corps sinon d'un savoir original, spécifique, propre au corps? Comment l'embryon lui-même peut-il se percevoir comme «don» avant toute construction sensorielle? Tout comme pour l'adulte, il s'agit d'un savoir non pas DU corps, mais un savoir «qui-fait-corps» avec le don qu'il est. Le corps est perçu comme donné puisque l'être-de-don a été reçu avant de le vouloir. Le corps de l'embryon humain, c'est lui. L'embryon humain n'est pas que son corps, cependant il devient «don» dans son corps. Reconnaître l'embryon humain comme un don et l’accueillir de même, c'est découvrir dans le corps et la vie les prémices de la liberté et l'initiation à l'amour. L'embryon humain a et est un corps humain personnel. Il donne les gages de l'incorruptibilité et il l'anticipe.

«Le corps est le gardien de toutes les métaphores vécues», dit P. Ricoeur. Le sens de son être, l'être humain le découvre et le déchiffre dans son corps de chair et de sang. La personne n'est pas et ne «devient» pas sans son corps. La vie dans le corps est donatrice du sens spirituel de la personne et de son acte. Chacun de nous se découvre dans la création comme confié à l'univers, donné aux autres, donné à lui-même. Par son corps, l'embryon plonge ses racines dans le cosmos, dans sa beauté, dans ses contraintes géographiques, génétiques et historiques. Il se découvre homme ou femme, et pas les deux. Le corps signifie à l'être humain qui grandit ces contraintes et ces dépendances, mais il est aussi le lieu de l’admiration et de l’action de grâce où chacun se découvre donné à lui-même, accueilli par autrui dès le sein de sa mère, promis à Dieu son Créateur et son Sauveur.

L'être humain naît donné à son corps par amour et pour aimer. C'est par le corps qu'il est éduqué à l'amour. Si l'enfant porté dans le sein maternel, mis en monde, allaité, ne découvre pas la joie d'être homme en son corps, comment pourra-t-il développer ses puissances et trouver la force d'aimer et de se donner? Notre corps est «mémoire» du don de la vie. Mémoire de l'origine à travers le don mutuel des parents. Mémoire des paroles et des gestes de tendresse dans le sein maternel.

«Le corps de la mère nous a enseigné que dans le corps humain, en commençant par le nôtre, s'expriment, non pas tour à tour, mais simultanément, la communion la plus vive et la séparation la plus dure. Ce faisant, il nous a donné de devenir nous-mêmes, capables de liberté. Il nous a obligés à conjuguer sur le mode juste le même et le différent, l'identité et l'altérité. Il nous a éveillés à Dieu, à la fois le plus proche, puisqu'il a, en son Fils, «revêtu notre chair», et le Tout-Autre. Non pas d'abord parce qu'elle aurait dit oui ou non, non pas d'abord dans la transmission d'une culture, mais par son corps, simplement c'est-à-dire involontairement souvent, la mère joue à l'égard de son petit le rôle du premier signe, du premier témoin, du premier sacrement de la venue de Dieu jusqu'à lui. La catéchèse des corps commence très précocement, bien avant la naissance» [24] .

Physiquement et psychiquement, le corps de l'embryon humain possède une mémoire vive dont il est tributaire pour longtemps. Il est corps livré et confié dès l'origine en signe et rappel permanent de son être-de-don. Le corps de l'embryon, quel que soit le stade de son développement, doit donc être vu, observé, reconnu, entendu, compris à la lumière de sa dignité personnelle et spirituelle.  Cette unité fonde la prise de conscience et le respect de l’identité humaine [25] . La vie corporelle est un «don» qui dispose au «don» de l'alliance personnelle, au «oui» à la vie des enfants de Dieu. Respecter le corps de l'être humain, c'est honorer la promesse de l'alliance. Cette unité «substantielle» du don qu'est l'embryon humain est tellement fondamentale et forte que toucher au corps de l'homme, c'est toucher l'homme. Le corps, c'est la personne déjà visible. Le corps garde et manifeste l'être personnel. Il le dit et le donne. Sans les mots du corps, que saurions-nous de l'embryon humain et de nous-mêmes? A nous d'apprendre la grammaire et le vocabulaire de ce langage. L'embryon humain annonce et prédit la totalité intérieure et extérieure qui s'offre et nous est confiée comme une nouvelle personne.

Concluons, sous forme de transition, avec cette réflexion de J.-L. Bruguès sur le corps:  «Parce qu'à l'origine un homme et une femme se sont donnés l'un à l'autre, chacun de nous a pu venir à la lumière. Il a été donné à lui-même. Le don de l'amour (en sa dimension la plus physique) s'épanouit en don de la vie. En celui-ci, nous pouvons lire la nature humaine et saisir quelque chose de son mystère. Parce que nous avons été donnés à nous-mêmes par nos géniteurs et, à travers eux, par le Dieu, Créateur et Père, nous nous découvrons comme êtres-faits-pour-donner.

Ce don initial recèle une exigence éthique: êtres donnés, nous nous devons de nous donner à notre tour. Le don est constitutif de l'être. Cette intuition ne saurait étonner le chrétien. «Il faut dire qu'il y a dans l'homme image de Dieu à la fois dans la ligne de la nature humaine et dans celle de la Trinité des Personnes, car en Dieu lui-même il existe aussi bien une nature unique qu'une communion des personnes» (Th. d'Aquin, Somme théologique, Ia Pars, Q.93, a.5). Les Personnes divines se donnent l'une à l'autre; le Père donne son Fils aux hommes; le Fils donne sa vie pour la rémission des péchés de la multitude; il envoie l'Esprit sur le monde.

Nous voici donc en mesure de saisir, de la manière la plus rigoureuse, ce que signifie une création à l'image de Dieu: un Dieu qui se donne ne peut que créer un être de don. Lorsque Jésus affirme que ce qui n'est pas donné est perdu, que ce que nous gardons est égaré, que seul ce qui est donné est sauvé (Luc 17,33; Jean 12,25), il ne manie nullement le paradoxe. Il définit la nature des choses. (...) le sens, la valeur et la dignité du corps humain ne peuvent apparaître qu'à celui qui assume sa condition de fils. Se comprendre implique que nous retournions constamment à l'acte fondateur: nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, nous avons été donnés par nos géniteurs. L'estime que nous porterons au corps humain dépendra très exactement de celle en laquelle nous aurons tenu notre mère et notre père» [26] .

 

 

3. Il est un «don» de l'homme et de la femme

Dieu Créateur donne les époux à eux-mêmes. Il les unit également à Lui et à son désir de se «donner» des enfants [27] . Donner la vie est «un geste divin» auquel l'homme «participe» dans la relation conjugale. «L'âme spirituelle de tout homme est «immédiatement créée» par Dieu» [28] . De nombreux auteurs y voient d'ailleurs la source ultime de la dignité intrinsèque de tout être humain.

«L'échange réciproque de l'être dans la chair enrôle homme et femme dans la puissance créatrice. Car de lui procède la reconnaissance mutuelle dans l'enfant. Mais la venue d'un être nouveau, qui fait tout un monde à lui seul, n'est pas sans l'aveu des parents de n'être que procréateurs, agents privilégiées d'une merveille qui les dépasse infiniment, où toutes les forces de la Nature à l'oeuvre glorifient, par leur moyen, par leur amour, le Dieu créateur de l'être d'esprit. Nulle part ailleurs ce qui fait le privilège des hommes et honore leur vie n'est à ce point disproportionné avec ce qui dépend d'eux-mêmes, de leur désir et de leur force. C'est bien pourquoi tout mariage fait une famille selon l'engagement de ses partenaires, mais l'échange du don de soi ne peut pas davantage: à Dieu seul il appartient que le mariage soit une famille avec enfant. Et seul le Christ, fruit éternel du Père, peut signer l'efficace absolue de notre Origine» [29] .

Il est bon de marquer la primauté de l'action divine pour manifester également la vraie responsabilité de l'homme et de la femme. Leur action est collaboration intime dans l'ordre des médiations à cet acte créateur. Cette action  ne prend pas la place de celle de Dieu. Au sens strict du terme, seul Dieu «crée», c'est-à-dire est la Source et la Cause première et dernière de l'être «nouveau». L'action des parents participe aux caractéristiques de générosité et de «gratuité» de Dieu Créateur, mais elle ne s'y substitue pas. Seul L'Etre donne l'être. Il donne l'être et la vie. Dieu «donne» de donner et d'aimer. Dieu est présent dans le don des époux l'un à l'autre [30] .

3.1. L’acte conjugal: un acte de donation qui donne un sens

La vérité de l'amour des époux et de l'acte spécifique où il se «consomme», l'étreinte conjugale, réside dans le don. Même si l'acte premier d'exister est hors d'atteinte de nos puissances de mémoire, nous pouvons le réfléchir et trouver son sens pour notre humanité. Qu'en est-il?

«En «lisant» l'acte sexuel qui nous fonde, il (l'homme de mémoire) prétend déceler le sens de la vie humaine: il prétend donc en dégager une exigence morale. L'acte sexuel représente un acte d'échange, puisque l'homme et la femme mettent leur intimité en commun. Il devient le lieu de la réciprocité et le lieu du don par excellence. Sa plénitude morale ne lui est pas conférée par un enthousiasme ou une réussite psycho-physiologique, qui peut faire défaut, mais par la volonté d'engagement des partenaires l'un envers l'autre. Si l'acte sexuel signifie le don de la personne - affirmation constante de la tradition chrétienne -, on ne peut imaginer, sous peine de le mutiler, que ce don reste partiel ou provisoire: en s'y donnant tout entière, la personne s'y livre pour toujours» [31] .

La manière dont la vie humaine vient au jour exprime sa dignité personnelle et sa différence d'avec les animaux et le monde des objets... L'homme passe l'homme comme un mystère et son origine a le secret de l'amour.  «Les conjoints accomplissent un acte d'amour dans le don réciproque d'eux-mêmes et l'enfant qui peut naître de cet acte est le don de l'amour créateur de Dieu confié aux parents pour qu'ils l'accueillent avec reconnaissance et avec un infini respect» [32] .

En se donnant l'un à l'autre dans l'acte conjugal, les époux donnent plus qu'eux-mêmes. L'amour les  dépasse toujours. Les époux se donnent et ils reçoivent ensemble l'enfant. Telle est la vérité de l'amour conjugal. Il est par nature extatique. L'union des époux est ouverte sur l'infini de son fruit. Les époux s'aiment en se donnant un tiers, en le recevant et en l'aimant. L'enfant est l'horizon de la relation conjugale. Celle-ci en est transie. «Le don réciproque des époux ne demeure fidèle à lui-même qu'en acceptant de se redoubler en ce «don du don» qu'est l'enfant» [33] .

L'acte conjugal est une participation à l'humanité de l'autre: il humanise les conjoints et l'enfant parce qu'il est un lieu privilégié de la reconnaissance de leur humanité commune.

«(...) La relation homme-femme-enfant (qui), dans la génération normale, celle où n'intervient pas l'artifice du manipulateur, est le lieu de la reconnaissance. Et de la reconnaissance doublement: d'une part, parce que l'homme et la femme se reconnaissent, mutuellement, dans l'enfant; et c'est le seul type naturel, le seul exemple, le seul paradigme de la reconnaissance réciproque entre les consciences. Le deuxième point de cette reconnaissance, c'est la reconnaissance de l'enfant par ses parents. Nous devons essayer d'envisager ce que serait notre manière d'exister si nous n'étions pas, dès l'origine de nous·mêmes, reconnus comme la personne que nous sommes par ceux auxquels nous sommes immédiatement confiés, naturellement. De sorte que l'être humain n'étant plus reconnu, sinon par des critères sociaux abstraits et de performance biologique ou économique, risque de ne plus savoir qu'il est bien tel et qu'il n'est pas seulement un exemplaire d'une espèce naturelle» [34] .

L'acte conjugal est un acte d'inauguration du don. Il revêt l'aspect «créateur» présent dans les relations proprement personnelles. Dans d'amour, il y a toujours un surplus, une confirmation de l'amour. «De fait, les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes» [35] . On ne donne jamais en vain, mais le «gain» est un «don» imprévu sur lequel on n'a pas de prise: l'approfondissement mutuel en humanité et/ou un être nouveau. «Dans sa réalité la plus profonde, l'amour est essentiellement don, et l'amour conjugal, en amenant les époux à la «connaissance» réciproque qui fait qu'ils sont «une seule chair», ne s'achève pas dans le couple; il les rend en effet capables de la donation la plus grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopérateurs avec Dieu pour donner la vie à une autre personne humaine. Ainsi les époux, tandis qu'ils se donnent l'un à l'autre, donnent au-delà d'eux-mêmes un être réel, l'enfant, reflet vivant de leur amour, signe permanent de l'unité conjugale et synthèse vivante et indissociable de leur être de père et de mère» [36] .

3.2. L’acte conjugal: un acte personnel

«Le don intra-conjugal est en même temps trans-conjugal: il trouve son terme au-delà des époux, dans l'enfant. En se donnant l'un à l'autre les époux se donnent à l'enfant ou «plus profondément, reçoivent l'enfant comme «don»: l'un de l'autre, et ensemble de l'Amour et de la Vie» (p. 67). Il s'ensuit donc que dans le genre humain, la transmission de la vie se fait «de personne à personne» (p. 62): d'un époux à l'autre, des époux à l'enfant; de Dieu aux époux, de Dieu à l'enfant» [37].

L'acte conjugal est animé de ce mouvement et de l'originalité du don. Il ne peut être posé «par procuration». On ne peut pas «se donner» par personne interposée. Le don est lié à la liberté de chacun. A l'acte conjugal est lié un droit inamissible. Sa beauté est issue de sa participation au don créateur, participation libre, consciente et joyeuse [38] . Le don parental laisse surgir le don qu'est l'enfant, et réciproquement [39] . Il est une parabole de l'amour de Dieu. L'amour des époux est aussi prophétie de la venue à l'existence de l'enfant. Le don des époux peut ainsi donner à chaque être humain l'assurance qu'il est aimé. L'accueil du don qu'il est, donne à l'enfant la responsabilité éthique d'honorer la propre vocation à l'amour dont il est issu [40] . «Donnés à nous-mêmes, nous ne deviendrons nous-mêmes que dans le don. Ce qui n'est pas donné est égaré» [41] .

Ainsi l'embryon est issu d'un acte de donation mutuelle qui le qualifie dès l'origine [42] . «L'origine d'une personne est en réalité le résultat d'une donation. L'enfant à naître devra être le fruit de l'amour de ses parents» [43] . Le don des époux est à l'image du don créateur divin. De leur double don, naît un don nouveau, pénétré par la gratuité de l'être. Cette dynamique du don se rapporte au «nom» de Celui qui donne: nom paternel de Celui qui «engendre» de toute éternité. La paternité divine transparaît dans le désir des parents de se donner l’un à l’autre et de donner la vie.

Ce don qu’est l’embryon humain advient, selon sa perfection, à travers un acte d’amour personnel passant par le corps des époux. Nous sommes tous - et nous aspirons à l’être - issus d’une étreinte des corps, d’une étreinte de deux libertés personnelles et amoureuses. Les époux se donnent l’un à l’autre et ils reçoivent ensemble l’enfant. Ils collaborent au don de Dieu qui les met en vérité face à face, dans une logique de don. Celle-ci n’est pas un «calcul», mais un mouvement gratuit où toute nouveauté apparaît comme un surcroît. Les parents, avec l’aide de Dieu, témoignent de la surabondance de l’amour. L’embryon humain est la perle de cet écrin humano-divin. L'union des époux laisse à Dieu la libre initiative de se donner encore à l'humanité comme Créateur et de se donner des enfants. En agissant avec Dieu et en son Nom, les parents rendent visible la logique du don consubstantielle à l'amour de Dieu.

Par Alain Mattheeuws
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 20 novembre 2006

4. Il est un «don» à l'image du Christ

4.1. L'embryon est à Dieu

4.1.1. Dès l'origine, «quelqu'un» porteur d'une vocation

Sans faire un relevé exhaustif des textes concernant l'embryon humain dans l'Ecriture, nous essaierons de rendre compte de la réflexion à son propos et d'en préciser quelques traits [44]. Rappelons d'abord la bénédiction inaugurale au début de la Genèse (Gn 1). Elle révèle la bonté de la procréation et la mission confiée à l'homme et à la femme à l’aube des temps. Que signifie cette bénédiction biblique sinon la révélation et la promesse d’une présence active du Créateur, au début de l'univers et à tout instant de l'histoire? Dieu fait croître toute créature en lui donnant aussi d’être féconde. Dieu est encore présent aux grandes institutions humaines au service de la bénédiction divine originelle: la famille, le culte et l'institution politique.

Par ailleurs la connaissance relativement précise des processus de la fécondation humaine est récente. Elle date du siècle dernier. Ainsi n'est-ce pas ce thème qui peut attirer notre attention dans la Bible, mais bien la vision de l'embryon humain qui se dégage des quelques passages scripturaires qui en parlent.

«La Bible hébraïque est fort discrète sur la formation de l'être humain dans le sein maternel» [45] . «De même que tu ignores le chemin du souffle (de vie), comme des os, dans le sein d'une femme enceinte, ainsi ignores-tu l'oeuvre de Dieu» (Qo 11,5). Quel que soit l'état de nos connaissances, le lien entre Dieu et l'apparition de l'embryon et ce qu'il est, est explicitement souligné (cf. aussi Ps 51,6). La vocation de l'homme est déjà dessinée dès cet «instant» de la conception et la présence de Dieu aux origines est fortement affirmée. «Avant de te former au ventre maternel, je t'ai connu, avant que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré, comme prophète des nations, je t'établis (Jr 1,5)».

«Cette même idée que le Seigneur prend en charge l'être humain dès le sein maternel revient plusieurs fois, sous forme d'image, chez le deutéro-Isaïe; c'est le Seigneur qui, dès le sein maternel, a formé Israël, son serviteur (Is 44,2.24; 49,5), s'en est chargé (Is 46,3), l'a appelé (Is 49,1 utilisé par Paul en Ga 1,15) (...) Tous ces textes considèrent l'embryon humain comme personne humaine» [46] .

Dans la description poétique de l'embryon humain par Job (Jb 10,10-12), «les trois termes, vie, faveur et souffle, sont des dons de Dieu à l'embryon» [47] . Le psaume 139 est relativement important pour la description de l'embryon. Soulignons dès à présent que «comme dans tous les textes déjà vus, l'embryon est déjà le «moi» et il est l'oeuvre de Dieu, qui, par conséquent, le connaît, lui, personnellement, dès l'origine de son être» [48] . La sagesse divine embrasse l’espace et le temps. Elle pénètre de l’intérieur l’humanité de l’embryon et le connaît ainsi mieux qu’il ne se connaît à l’origine. Cette connaissance divine est animée de puissance et d’amour. Dieu connaît l’embryon dans l’unité qu’il est dès l’origine.

«Nous sentons avant tout, de nos jours, le côté biologique, psychosocial, économique aussi, de la conception, de la grossesse et de l'enfantement. Le point de vue religieux sur l'origine humaine très souvent disparaît. L'homme de la Bible et la Bible elle-même, c'est vrai, ne disposent d'aucune donnée proprement scientifique sur les processus initiaux de la vie. En ce domaine comme en tout autre, la Bible omet tous les intermédiaires, biologiques ou humains, pour mettre en plein relief l'action décisive de Dieu. Elle voit, elle montre en lui le maître d'oeuvre irremplaçable de la création tout entière et de chaque être humain en particulier. (...) Eh quoi, la bible serait-elle enlisée dans la chair et le sang, serait-elle, elle aussi, victime et prisonnière d'un «biologique» qui n'appartiendrait pas encore à l'humain? Nullement. Dès le premier instant, en effet, au regard de la Bible, «quelqu'un est là, englouti dans l'opacité du ventre de sa mère, mais connu de Dieu, aimé, choisi, discerné par Lui». «Avant de te former au ventre maternel, je t'ai connu; avant que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré; comme prophète des Nations je t'ai établi», déclare Yahvé à Jérémie (1,5)»  [49] .

Un texte magnifique tiré de la Bible grecque, du livre des Macchabées (2 M 7,22-23) explicite la conscience intime de la mère des 7 fils martyrs. Pour elle, il est évident que ses enfants ne lui appartiennent pas. Ils lui ont été confiés par Dieu. «Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles; ce n'est pas moi qui vous ai gratifiés de l'esprit et de la vie, ce n'est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé l'homme à sa naissance et qui est à l'origine de toute chose, vous rendra-t-il dans sa miséricorde et l'esprit et la vie, parce que vous vous sacrifiez maintenant vous-mêmes pour l'amour de ses lois».

Selon M. Gilbert: «On retrouve dans ces versets (cf. 2 M 7,22-27) l'essentiel de ce que disait la Bible hébraïque: le mystère de la formation de l'embryon, le fait qu'il est gratifié de l'esprit et de la vie, dons de Dieu, le fait que l'enfant dans le sein maternel est déjà considéré comme personne humaine et qu'il doit son existence à Dieu. L'élément nouveau est la durée de la gestation: neuf mois» [50] . L'auteur poursuit sa réflexion à propos du livre de la Sagesse (Sg 7,1-2; 8,19-20; 15,11) en vue de trouver matière dans le débat théologique concernant l'animation de l'embryon.

Pour les anciens, auteurs de ces textes, l'ignorance du «comment» de la formation et de la croissance de l'être humain n'enlève pas la haute conscience de l'identité «offerte» de l’embryon et de la grandeur de son mystère. Quelle que soit la conception de l'unité «âme-corps», une évidence demeure: l'embryon est bien un «Je», un «sujet» distinct sur lequel nous n'avons pas une maîtrise absolue. Il est issu de l'oeuvre créatrice de Dieu qui lui fait don de l'être, de la vie, du souffle.

4.1.2. Dès l'origine, un être-de-don connu et aimé

Revenons au Ps 139 et à son commentaire par les Pères P. Beauchamp et J.-M. Hennaux. Ils nous aident à prendre conscience du don qu'est l'enfant.

Le psaume affirme une connaissance particulière par Dieu de tous les hommes. Le Seigneur sonde et connaît chacun à travers l'espace et le temps. Les versets 1 à 6 manifestent cette connaissance globale et intime: elle touche l'extérieur comme l'intérieur de l'homme. Rien n'échappe à Dieu. «Yahvé, tu me sondes et me connais (1); que je me lève ou m'assoie, tu le sais, tu perces de loin mes pensées (2); que je marche ou me couche, tu le sens, mes chemins te sont tous familiers (3). Ce savoir divin n’est pas abstrait, mais au contraire très concret et très précis: la route, les chemins empruntés expriment l’agir de l’homme; ses projets, les directions prises, les engagements projetés et réalisés. L’omniscience divine est imprégnée de son amour. Elle est lumière qui éclaire la vie humaine et lui donne son sens à tout instant.

L'«oeil» de Dieu porte sur l'homme: il s'agit d'un regard aimant. En ce sens, la connaissance de l'homme par Dieu est complète et vraie. Cette connaissance que Dieu a de ses créatures est fréquemment masquée, oubliée ou niée dans la réflexion courante sur l'identité de l'homme et particulièrement de l'embryon humain. La dynamique du psaume demeure actuelle: elle nous aide à discerner la véritable «connaissance». «Si je veux me connaître en vérité, il me faut donc tendre à me connaître comme Dieu me connaît. Il me faut opérer ce renversement de la connaissance: me connaître à la lumière de Dieu, de son savoir» [51] . Les versets 7-12 confirment cette attention particulière de Dieu à chacun: l'homme ne peut pas se cacher de Dieu. Point de ténèbres pour Dieu qui voit tout, sait tout et pénètre tout. Pas un repli de son être qui n’échappe au regard de Dieu. L’homme pressent cette connaissance comme «totalisante», touchant l’ensemble de son être. Ce savoir transcende la conscience que l’homme a de lui-même. Il lui révèle un mystère qu’il n’appréhendait pas.

Cette mise en présence nous conduit au coeur du psaume qui concerne l'action divine aux origines de l'homme.

13. C'est toi qui m'as formé les reins,

qui m'as tissé au ventre de ma mère;

14. Je te rends grâce pour tant de prodiges:

merveille que je suis,

merveille que tes oeuvres.

15. Mon âme, tu la connaissais bien, 

mes os n'étaient point cachés de toi,

quand je fus façonné dans le secret,

brodé au profond de la terre

16. Mon embryon, tes yeux le voyaient;

sur ton livre, ils sont tous inscrits

les jours qui ont été fixés,

et chacun d'eux y figure.

D'après P. Beauchamp, «Tout le mouvement du Psaume conduit à ces versets comme au «point central» - qu'il appelle «point de création». C'est à partir de ce point, dit «point de création» ou «point de vue», que le Psaume se construit, dans une belle opposition entre l'étendue - espace disséminé qui est le dehors de la rencontre ou le lieu de l'action négative de Dieu - et la boule chaude de l'embryon dans la nuit du sein de sa mère, où Dieu agit positivement». «Le Psaume 139 achève son périple spatial par un nouveau départ dans l'élément spatial, où le presque-né occupe le centre le plus caché du monde, dans la germination du vivant (...). Avant ma conscience, se trouve mon corps; avant mon corps, mon être embryonnaire dans le sein de ma mère et c'est là que Dieu me voit. Pour le «Je», qui parle dans ce poème rédigé à la première personne, le centre du corps prénatal est à la fois le centre de la terre et celui de la présence divine (quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre)» [52] .

Cette connaissance de l'être humain par Dieu est intime et parfaite: Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes. Dieu est le premier à connaître l’existence de l’embryon humain. Celui-ci, alors même que sa présence n’est pas encore reconnue physiquement, est déjà connu de Dieu. Un poète, A. Lerbret, l’exprime ainsi:

«Au ventre de la vie

dans la chaleur de grotte de ma mère

Lorsque la patience brodait une enfance d’homme

selon la trame de l’amour

Tu contemplais le mystère nu

en tisserand ravi» [53]

Comment se reconnaître comme une «merveille» (v.14) sinon grâce à Lui, au milieu des résistances intérieures et des événements qui parfois contredisent cette affirmation. Un combat spirituel est engagé dont nous sommes contemporains à chaque époque.  «Je suis donc connu de Dieu jusqu'en mon plus lointain passé; Avant que je sois conscient, avant d'exister pour moi, avant même d'exister pour ma mère, j'existais déjà pour Dieu. Dieu me connaissait. Et cela parce qu'Il me créait. Dans ces versets, la présence divine apparaît clairement comme la présence créatrice. Puisqu'Il crée tout, Dieu connaît tout. Ainsi l'embryon est, de toujours, déjà connu par Dieu. Aussi loin qu'il remonte dans son passé, le psalmiste se découvre créé par Dieu, connu de Dieu, voulu par Dieu. Pas de «no man's land» où il aurait été simplement fruit de la Nature, de la Terre ou de ses parents» [54] .

Cette réalité est perçue comme un don particulier par le psalmiste. Aucun homme ne vient à l’existence sans que Dieu ne le sache et n’agisse. Il y a un lien immédiat entre tout embryon humain et le Créateur. La connaissance de Dieu et de son action pousse à l'action de grâce pour tant de prodiges: «merveille que je suis, merveille que tes oeuvres» (Ps 139, v.14). Action de grâce et prière pour une existence reliée à Dieu, en alliance depuis les origines, «suspendue à Son Acte» [55] . Le psalmiste - et l'homme moderne avec lui - est amené à louer Dieu pour ce moment où l'être humain n'existait que pour Dieu, pour son Amour qui se révèle premier. Cette prise de conscience du don toujours offert depuis l'origine, imprime en l'homme l'appel à répondre à tant de gratuité. Face au don originel, tout homme s'éprouve en dette du don qu'il est et de la vie reçue. Le retard de la liberté humaine sur sa création est le «signe indélébile de l'«avance» (indevançable) de Dieu» sur elle [56].

Nous sommes en obligeance dès notre origine, en «dette d'être»  de par le don originaire que nous sommes. La perception de notre être créé en face du Créateur bouleverse l'élan du débiteur vers un visage. C'est face à son Créateur et Père que la créature s'éprouve en dette inépuisable et incapable de «rendre». Cette incapacité la stimule sur le chemin de la «reddition» et du consentement. La perception joyeuse du visage personnel de son Créateur, à travers la mémoire priante du psaume, encourage à retourner à Lui par le don de nous-mêmes à Lui et aux autres. Dieu aime l’embryon que nous avons été, que tout homme a été. Il aime l’embryon que nous restons comme personne toujours appelée à croître dans l’amour.

«Dieu n'est pas seulement le «créateur du monde». Il est mon créateur. Dans l'expérience existentielle de ma création, j'éprouve en vérité qu'Il est le Créateur de tout. Le mouvement vers Dieu est mouvement vers la Source de l'Etre, vers l'Origine, et ce mouvement est inséparable d'un retour à soi, d'un consentement à soi comme créé et comme enfant de Dieu. Le retour à Dieu est accès à soi-même, au vrai soi. Trouver Dieu, c'est trouver la Source de son être, et se reconnaître jaillissant de Dieu. C'est dans une seule et même alliance que s'effectue cette double et unique trouvaille. Se connaître en vérité, c'est donc se connaître à la lumière de Dieu et non plus à partir de soi» [57] .

La lecture et le commentaire de ce Psaume nous permettent de révéler la profondeur du don de la création. Le temps est lui aussi créé par Dieu: l'homme, dont les jours sont définis, est entre les mains de son Créateur depuis ses origines. La dignité de l'enfant conçu est toujours et à jamais singulière: «Il est le lieu de la Présence créatrice et du travail divin. C'est bien moi que Dieu créait dès ces premiers instants de mon existence; c'est moi que l'Eternel avait en vue (Toi qui m'as formé..., qui m'as tissé...)» [58] . La mémoire des origines personnelles de chaque homme le conduit au don qu'il est et au Donateur inconnu. Que ce dernier prenne le Visage du Père et la joie du Don devient action de grâce éternelle.

«La rencontre du Seigneur conduit à la mémoire du premier moment d'existence. Ce premier moment est signe de l'absolue priorité de Dieu et requiert une assomption libre et amoureuse de soi - pour Dieu - dans l'action de grâce. L'expérience actuelle de ma création, parce qu'elle est création par l'Eternel, m'amène à communier à l'Acte créateur de Dieu dès ma conception. C'est ce que le psalmiste a célébré. La prière implique le retour au commencement, à la conception, au «point de création». Ainsi n'est-ce pas seulement la raison philosophique qui nous indique ce chemin de la mémoire. Avec toute la tradition biblique, le Psaume est attentif à la révélation de Dieu dans l'histoire, à la présence de l'Eternel dans le temps» [59] .

Ainsi la prière dans le psaume mène à la reconnaissance de son état de créature et permet à l'homme de se connaître à partir de Celui qui lui a donné d'être.

«De soi comme créé, comme terme de l'action divine donatrice de l'être, l'embryon est un symbole. Qui d'autre que Dieu peut avoir fait surgir une nouvelle vie au ventre de la mère, au profond de la terre? De toute évidence, l'apparition d'un nouvel être humain dépasse la puissance d'un homme et d'une femme. Qu'est-ce qui pourrait mieux dire le passage du non-être à l'existence, qu'est-ce qui pourrait mieux exprimer l'action proprement créatrice de Dieu, que le commencement pur, la conception, le premier instant d'existence? Reconnaître le Créateur, n'est-ce pas reconnaître sa priorité absolue? Son action absolument première au moment où la créature est incapable d'aucune action propre et est seulement en train d'accéder à l'existence? Dans ce premier instant - et ces premiers moments - seul brille le «travail» divin. Se reconnaître et s'accepter comme créé sont des actes inséparables d'une reprise du premier instant d'existence, d'une assomption de la propre conception» [60] .

De cette manière nous est suggérée la reconnaissance de la trame du monde. L'oeuvre de Dieu est donation. Le geste qui nous fait advenir dans l'être est de même nature. L'acte d'accueil de l'être humain sera de la même saveur. Cette reconnaissance nous engage dans l'histoire. Comme la perception anthropologique de la «dette» que nous sommes est le fondement du dynamisme éthique, la connaissance du visage du Donateur, nous porte à agir «comme Lui». Il s'agit de vivre en Alliance, comme un fils avec son père [61] .

4.2. A l'image du Christ

Car toute naissance ajoute à la Beauté du Monde [62] . Nous ne pouvons terminer ce parcours biblique sans regarder la personne même de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Don du Père aux hommes. En quoi la contemplation de sa vie peut-elle nous aider à percevoir le mystère de l'enfance comme don? S'attacher à l'enfance du Christ et lui attacher l’importante signification théologique qu’elle recèle, c'est aller contre une mentalité ambiante qui définit l'homme par son état adulte. Ce «privilège» de l'état adulte et sa mythologie ne cachent-ils pas un a priori qui nous pousse à «mesurer l'être d'une personne à ses capacités avérées, à ses performances quantifiables, à son équilibre confirmé dans une viabilité poursuivie» [63] ?

Le mystère de l'Incarnation du Fils unique dans notre chair provoque la raison sur le poids et la valeur des «choses» de la vie. «Lui qui est de condition divine, n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu, mais il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devant semblable aux hommes, et, par son aspect, il était reconnu comme un homme; il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix» (Ph 2,6-8). Saint Paul célèbre la profondeur de la kénose divine. Le Père nous livre son Fils, éternellement engendré, pour notre salut et pour le salut du monde. «En révélant Dieu à l'homme, le Verbe incarné révèle aussi l'homme à lui-même» [64] . En donnant le Christ, Dieu donne à l'homme de comprendre sa propre humanité, de se découvrir comme être d'esprit, être-de-don, appelé à devenir éternellement fils dans le Fils. Il est bon de contempler ce mystère pour reconnaître la Source de tout don et admirer la logique divine. Il est juste de mesurer que le Christ a assumé les diverses étapes de nos vies et leur a conféré un sens nouveau, éternel. Ne sommes-nous pas tous des enfants à l'image de CET enfant? «Dieu, lui que l'homme ne peut pas voir, lui dont le visage demeure caché et échappe au regard de l'homme, Dieu se livre vraiment lui-même dans cette figure muette d'un enfant qui nous est livré. Nous pouvons alors espérer que, nous aussi, avec cet enfant, nous sommes en train de naître»  [65] .

La conception de Jésus dans le sein de la Vierge Marie n'est pas création d'une nouvelle personne. L'humanité du Christ appartient au Verbe fait chair. La conception virginale du Christ, Dieu fait homme, vrai Homme et vrai Dieu, appartient au don du Père à l'humanité qui le reçoit dans le Oui de Marie. Dieu est offert en son Fils, livré pour nous dès sa conception. Ce mystère du don ne passe pas inaperçu dans la rencontre de Marie avec Elisabeth ni dans le tressaillement du précurseur en son sein (Lc 1,44). Mais le Don qui transfigure l'histoire de l'humanité est d'abord silencieux et intérieur. L'enfant conçu et offert entre dans la patience d'une croissance humaine. Il ne devient visible qu'à sa naissance dans les bras de Marie, emmailloté de langes et couché dans une mangeoire (Lc 2,7). Nous savons peu de choses de la grossesse de Marie. Ce que nous savons, c'est que notre Dieu a voulu grandir comme tous les enfants du monde. C'est la logique de sa vie: Il s'est livré aux hommes  [66] .

Les mystères de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte sont intérieurs à celui de l'Incarnation comme le terme d'une vie s'anticipe en son origine. L'Enfant - comme tout enfant - prophétise l'Adulte et Il en révèle déjà la mission.

«Le matin de Pâques carillonne la grandeur de Dieu, Noël murmure son renoncement: le naissant, comme le périssant, n'a rien à soi. Jésus ne s'illustre pas en ses premiers jours, n'accomplit aucun prodige de geste ou de parole, comme Hercule au berceau qui étouffe des serpents, ou Minerve sortie tout armée du crâne de Jupiter. Il ne peut rien, étant un enfant vrai. Son état misérable confirme la loyauté de son incarnation. Celui que l'ange appelle le Fils de Dieu passe les infime étapes de notre humanité, l'embryon, le foetus, le nouveau-né, l'enfant en sa longue tutelle. Rien, pendant trente ans, ne laisse deviner qui il est. En regard d'un tel incognito, ses trois années publiques pèsent peu.» [67] .

La kénose du Fils passe par ce chemin d'abaissement parcouru pour rejoindre l'humanité et la transfigurer. Le Don du Fils aux hommes et pour eux est vulnérabilité et fragilité. Pour sauver l'humanité, Dieu la laisse à ce point parler et entrer en Lui qu'il devient homme, semblable aux hommes, excepté le péché. Le don d'un enfant à Marie et à Joseph, puis à toute l'humanité, est une parabole de la logique trinitaire du don et de la communion.

Le mystère de Noël est enfantement dans la gratuité [68] . Dès que l'enfant paraît, il est «offert» à l'adoration. La Parole faite chair n'a pas les mots de notre langue pour dire le sens de sa venue, mais son corps prophétise et parle pour Elle. Dieu parle et nous «apparaît» sous le visage d'un enfant ensommeillé. Son silence et ses vagissements sont paroles, le visage de tout homme offert à nos regards et à notre reconnaissance. «Il ne sait pas encore parler; mais, sans mots, il révèle à l'intelligence et au coeur des hommes la vie à laquelle ils sont appelés dans la vérité, le pardon, la bonté; bref, l'Enfant, dans sa faiblesse, dit sans paroles la grandeur divine de la vie humaine. La grandeur de votre vie» [69] .

Reconnaître la divinité du Christ dans la vulnérabilité et le silence de l'enfance aide à reconnaître la dignité de l'être humain dans tous les stades de son développement. L'enfant est un sacrement de la vulnérabilité de Dieu. L'enfance du Christ est une parabole qui renvoie à une similitude du Don de Dieu pour l'éternité. «Ce Fils nous est donné pour que le visage de Dieu, reconnaissable dans le visage d'un Enfant, illumine aussi notre propre visage» [70] .

L'Enfant est donné à tous les hommes parce que le Fils se livre à tous les hommes pour leur salut. «l'Enfant est donné à tous les hommes, comme lorsqu'un don est fait, y compris à ceux qui le gaspillent. Oui, l'Enfant est donné à tous les hommes parce qu'il doit être livré pour tous les hommes» [71] . C'est l'enfant de la Promesse faite à Israël: «Et voici que la Vierge a enfanté» (Is 7,14). Il est reçu là où il est attendu avec humilité. Il est reconnu là où il est aimé. Tout don, même attendu et accueilli, surprend l'attente des hommes. En Christ, il dépasse toute espérance. En tout enfant, il ouvre au mystère d'une altérité offerte en sa richesse toute neuve. Le monde recommence avec la naissance de chaque enfant. «Chaque enfant qui naît porte en lui l'espoir que Dieu n'est pas découragé au sujet de l'homme» (R. Tagore). Comme cette parole est vraie, appliquée au Christ! Si le Père de toute paternité confie et offre  à l'humanité son propre Fils, l'espérance en l'homme en est affermie!

Ce mouvement de la raison comme du coeur en face de l'Enfant-Dieu est paradigmatique. Il laisse comprendre les conditions de la reconnaissance et de l'accueil de l'embryon humain comme «frère en humanité».

L'abaissement du Verbe dans le corps et le visage d'un enfant nous dit quelque chose de la «puissance» de Dieu. Il nous initie aussi au mystère de l'homme, créé à l'image de cet Enfant. Toute la vie du Fils est de même, mystère, sacrement, exemple. Poursuivre la contemplation du Christ, c'est reconnaître à chaque instant de nos vies, la bénédiction du Père et de ses frères. A ce propos, l'Evangile selon saint Jean est fort explicite. Depuis le Prologue avec l'annonce de l'Incarnation, puis les premiers appels qui inaugurent la vie publique, à l'Heure de tout donner sur la Croix, le mouvement du Don imprègne la vie du Seigneur. Il révèle le mystère exemplaire du Fils de l'Homme, de celui qui sera aussi désigné comme «l'Homme» (Jn 19,5) [72] . De la naissance à sa vie d'adulte, Jésus donne l'exemple d'un don permanent. Le don définit son être et sa mission parce qu’il est un acte d’amour. La perfection du Fils est dans le don, à chaque instant reçu du Père, à chaque instant livré pour la vie du monde. Telle est la source de notre adoption filiale.

Cette contemplation du Christ éclaire la recréation de l'homme avec Dieu dans le Christ. Tout homme doit être «mis avec le Fils» [73] , être fait «don avec le Don» pour être «fils du même Père». Le dessein de Dieu sur chaque enfant des hommes est porté par le regard qu'Il pose sur son Fils dans le sein de Marie, à sa naissance, durant sa croissance et son âge adulte. Nous sommes «créés dans le Christ» (Col 1,16). Tout être est aimé du Père dans son Fils Unique Jésus et destiné à devenir fils dans le Fils. En tout embryon humain, Dieu voit son Fils. Quant à nous, en contemplant Jésus, le Bien-Aimé, nous épousons ce regard divin. «Dieu, le Père... nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et immaculés en sa présence, dans l'amour» (Eph 1,3-4). Ce regard intérieur à l’acte de foi est animé de l’amour et comble l’espérance que nous avons dans toutes les situations humaines.

Ainsi, dans le Christ, tout homme est-il appelé dès sa conception à être un «fils adoptif» et à dire les mêmes mots que ceux que Jésus adressait à Dieu son Père: «Abba, Père». Cette familiarité et cette intimité de la créature avec le Créateur est grâce. Chacun de nous peut se reconnaître fils du même Père et entrer ainsi dans le mystère d’une filiation commune. C’est d’ailleurs l’enjeu du respect absolu de la dignité de tout être humain. Dieu, en faisant alliance, a décidé d’être Père de tous les hommes. Cette paternité divine est particulièrement inscrite dans l’histoire du peuple élu. Il se révèle par son appel, sa parole d’élection. Toute paternité humaine à son image, est plus reconnaissance du fils par la parole que par un test chromosomique. La paternité divine nous dit qui nous sommes. Elle est tourné vers le passé (le père est toujours «avant» le fils), mais elle nous libère dans le présent de notre histoire pour nous orienter vers l’avenir. La définition de l’être paternel de Dieu est fondamentale pour récapituler tous les moments de notre histoire. Parler d’un Dieu Père et d’une adoption de tout embryon dans le Christ, ce n’est pas seulement reconnaître que nous venons de Lui, mais c’est aussi affirmer que nous allons vers Lui. Cette vision de la paternité et de la filiation ouvre un horizon éternel à tout être humain: un horizon où il est attendu et espéré. Le Père n’est pas l’absent, retiré dans sa transcendance; il est celui dont le coeur et les bras nous attendent.

Dans l’embryon humain qu’Il crée, Dieu s’exprime comme créateur et père. Il est maître des temps: l’Eternel. Il voit déjà l’homme libre, donné à lui-même, capable de reconnaître un jour le don qui lui est fait de la vie. Il voit dans tout embryons humain celui qui l’aimera un jour, celui qui répondra à son amour. La création est alliance paternelle entre Dieu et chacune de ses créatures. Cette alliance se noue historiquement dans la personne du Christ, l’unique Fils du Père. C’est le Christ lui-même qui nous permet d’entrer dans son état de Fils: nous sommes créés «dans le Christ. Dans la création, Dieu le Père nous destine à devenir fils dans le Fils, participants de l’alliance nouvelle et éternelle qu’il conclut en son Fils pour toute l’humanité. En tout embryon humain, Dieu voit l’image de son Fils. L’affirmation est lourde de sens. Tout embryon humain qui surgit dans l’existence participe à l’éternité du Dessein créateur et sauveur de Dieu (Ep 1,3-4). Au-delà des circonstances et des événements qui conditionnent ou expliquent notre venue au monde, Dieu lui-même est notre origine et notre fin parce que Créateur et Père.

Par Alain Mattheeuws
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 20 novembre 2006

 5. L'accueil et le refus du «don» qu’est l’enfant

Le don de l'embryon humain plonge parfois ses parents dans la perplexité et dans des interrogations radicales. N'est-il pas un intrus? un imprévu? un désir assouvi? un rêve imparfait? Son existence est d'un grand poids: elle bouleverse une vie rien que par sa présence [74] .

Comment l'accueillir aux commencements de sa vie et tout au long de l'éveil de ce qu'il est?

«Je ne considère autrui comme «autrui», c'est-à-dire comme un autre, comme une personne, que si je le laisse s'imposer à moi. En lui quelque chose me dépasse, que je ne puis réduire à mes besoins, à mes attentes, à mon point de vue. Si je ne laisse pas autrui apparaître dans cette transcendance, je l'ai déjà tué comme autre, je l'ai déjà ramené à moi, à ce que je suis, à ce que je veux. Mon attitude éthique devant autrui doit donc être une attitude d'accueil, d'humilité. C'est la condition pour que les êtres puissent être pour moi ce qu'ils sont en eux-mêmes. Je dois laisser les êtres se révéler, se dévoiler, se montrer selon ce qu'ils sont. Loin de leur imposer ma mesure, je dois les laisser m'imposer la leur. Pour tout dire, mon attitude doit être une attitude de soumission et de vénération devant la réalité d'autrui, réalité sacrée au premier sens du mot: autrui se meut dans un espace irréductible au mien, où je ne peux pénétrer, à moins de le profaner, sans sa permission.

Hors même de toute foi explicitement religieuse, autrui représente un espace de transcendance et de sacré qui appelle la piété. Dans l'autre, il y a toujours un absolu qui parle. C'est au minimum l'absolu d'un devoir. Devoir de respecter celui qui se présente comme autre. Autrui est celui que je ne puis réduire, que je ne puis faire disparaître, que je ne puis tuer. Il est là comme une exigence absolue de respect. Ce devoir constitue le fondement de toute vie sociale possible. Depuis des millénaires, les civilisations l'ont formulé dans l'interdiction du meurtre: «Tu ne tueras pas»» [75] .

L'interdit du meurtre est l'envers du respect et de la reconnaissance de l'être humain comme être-de-don en lui-même et pour Dieu, visage qui me précède et m'oblige dès sa conception [76] . Le respect de la Transcendance de l'autre toujours «offert» à ma vénération, à ma protection, à mon amour, est un appel et un grand devoir. Par la science, nos contemporains sont mis visuellement face aux commencements de la vie humaine (pour la première fois dans l'histoire). Beaucoup perçoivent difficilement l'absolu de cet appel manifesté dans «l'insignifiant paquet cellulaire» ou la «petitesse corporelle» du fruit de la conception humaine. Comment obéir déjà à un Visage qui se dérobe encore à nos yeux? Que penser de la réalité humaine et personnelle de celui que les biologistes observent comme une «morula»? Il est au moins aussi malaisé d'espérer la «vision béatifique» après une fausse couche qu'après le décès accidentel d'un jeune enfant? Pourtant «la sollicitude pour l'enfant, dès avant sa naissance, dès le premier moment de sa conception, et ensuite au cours de son enfance et de son adolescence, est pour l'homme la manière primordiale et fondamentale de vérifier sa relation à l'homme» [77] .

Certes, «la condition précaire de l'embryon ne pèse jamais sur lui, sans peser tout autant sur les autres. (...) Conditionné, et combien, l'enfant encore à naître ou déjà né est, de ce fait même, conditionnant» [78] . Il faut interpréter cette condition symbolique de notre précarité. Pourquoi l'homme est-il si fragile et le demeure-t-il? Pourquoi une telle vulnérabilité? L'image de l'incarnation du Dieu Tout-puissant dans la chair d'un enfant et dans son silence éclaire cette contingence de la créature et sa filiation originelle!

Il est un temps de la vie de chaque personne où elle n'existe que par autrui et en dépendance entière d'autrui. A l'origine, nous sommes donnés, livrés aux autres. Dans la fragilité des apparences - et l'imprévu de notre surgissement - l'homme se présente comme un «don» toujours bouleversant de la Paternité divine. Les hommes peuvent reconnaître ce don ou le refuser. «Et voici l'enfant sans voix. Il n'est pas encore né ni en état de se défendre. Mais il est là, annoncé, peut-être inattendu. Il est si silencieux. Mais il crie d'autant plus fort: «Donne-moi un nom. Donne-moi ton nom: accepte-moi et offre-moi la chance de devenir ce que je suis déjà: ton enfant. Prends-moi donc tel que je suis: même inattendu. Regarde Jésus qui ne s'est pas cramponné à sa propre sécurité; il s'est dessaisi de sa richesse au sein de Dieu pour apporter la vie à tous les hommes» [79] . Tout le champ de la moralité se déploie face au don qu'est l'enfant. Toute reconnaissance est un appel, une exigence, un devoir, parfois une souffrance. Car elle suppose l'engagement libre et fort, et le dévouement personnel de ceux qui sont confrontés au «visage» de l'humanité du don.

Ces difficultés sont-elles insurmontables? On ne voit pas pourquoi la reconnaissance d'une personne humaine dans l'embryon serait plus facile que dans la vie quotidienne vis-à-vis des autres êtres humains. Nous savons qu'il y faut beaucoup d'amour et d'efforts. Pour l'embryon humain, nous connaissons les conditions scientifiques d'une telle reconnaissance. Comment et de quoi sera faite celle-ci?

Cette attitude de reconnaissance sera faite de raison et de coeur: elle suppose une réflexion sur la nature de l'embryon humain et un accueil de sa personne. La réflexion nous ramène à notre propre origine et au mystère de notre dépendance. «Car enfin, si à un moment il était important que nous fussions témoins, c'est bien à celui de notre naissance. Or notre vie a commencé à notre insu, en notre absence. Peut-on vraiment accepter sans discussion que cet événement nous échappe alors que nous lui étions le plus indispensables? Lors même que nous en sourions, il y a là quelque chose de si violent, un rapt si injustifié, une telle contrainte - parce qu'alors vraiment nous fûmes contraints - que cela me paraît ardu d'y consentir dans explication. Moi, cela me scandalise» [80] .

Nous n'avons pas été témoins de notre conception et nous n'avons pas «voulu» venir à l'existence. La mémoire de cette «tache aveugle» s'éclaire dans la lumière divine, par la puissance du Père qui nous a appelés à être.

L'ombre des corps - la procréation naturelle se love à l'intérieur d'un secret charnel et de l'obscurité des corps - préside à la conception. Elle est symbole non d'un tabou, mais d'un amour qui reçoit humblement de communiquer la vie reçue. L'homme et la femme oeuvrent pour que se noue le mystère d'alliance entre Dieu et chaque nouvelle créature pour toujours. L'âme humaine n'est pas donnée par les parents [81] : elle leur est confiée [82] .

L'humanité de chacun de nous ne se réduit pas aux apparences et aux signes que nous en donnons [83] . Bien sûr, les phénomènes nous aident à identifier l'humain, à l'aider à grandir, à en découvrir la vocation. C'est notre tâche de les déceler. Mais pour être capable de déceler les signes de l'humain, la technique ou la science ne suffisent pas (l'électro-encéphalogramme, l'échographie, par exemple). La reconnaissance d'autrui passe par un libre accueil de ce que nous sommes: un don les uns pour les autres. La reconnaissance passe par l'amour  [84] . Sans la volonté d'aimer et de se donner, l'homme ne peut pas reconnaître l'homme. Plus les apparences de l'humain semblent obscures, plus il nous faudra aimer, croire et espérer dans la dignité cachée d'un être. Ce que la raison nous suggère, l'amour nous permet de le voir.

«Nous pouvons toujours douter d'un être, si nous ne nous décidons pas à tirer de nous-mêmes une force de surcroît, un don gratuit, un consentement qui recouvre l'abîme de son mystère. Or cela s'accomplit spontanément en nous dès que nous faisons crédit à la parole d'un autre, en toute occasion, en plein jour. C'est cependant un rendez-vous dans la nuit, chacun éclairé seulement par sa lumière intérieure, et par l'invitation de l'autre» [85] .

L'embryon humain, comme tout être humain, est plus que l'apparence qu'il donne de lui-même. Ce qu'il est en acte, ne s'est pas encore manifesté ni exercé en toute sa puissance: un don en soi. D'ailleurs, l'apparence dessert le nouvel être humain. Les «sens» sont aveuglés sur l'identité humaine. Une barrière doit être franchie par l'amour, pour que la raison reconnaisse l'être-de-don en acte, avant qu'il ne puisse exercer toute sa «puissance humaine».

De même, dans le long chemin de l'éducation, l'enfant et ses dons ne peuvent éclore ni se développer que par l'accueil personnel d'autrui. Le don personnel qu'est l'enfant grandit par et sous le regard aimant des autres personnes. La réflexion psychologique et la sagesse populaire soulignent fort à propos l'importance de la «caresse» et des gestes de tendresse dans les relations avec les tout-petits, le rôle de la voix du père ou de la mère, l'odeur des corps perçue par l'enfant. Le corps qui exprime la tendresse est le véritable berceau de l'être humain. «Il est bien vrai que le bébé, pour être éveillé à la vie consciente, a besoin du sourire, des soins, de l'amour et de la parole de ses parents. L'être humain n'accède à la conscience de soi qu'en face d'une autre conscience. Oui, nous pouvons éveiller la personne humaine, la susciter, la faire grandir (...)» [86] . Devant ces nécessités, comment ne pas considérer la famille comme le lieu d'accueil idéal de l'enfant dans sa fragilité [87] ?

«L'être humain est déjà et de toujours personne en lui-même et pour Dieu: il a simplement à être reconnu comme tel par autrui et d'abord par les parents. Autrui humanise ce qui est humain déjà» [88] . Parce que son être dépend directement de Dieu, nous avons à le recevoir comme une créature, à son image [89] . L'accueil du don qu'est l'enfant «signe» moralement la relation de l'homme à l'homme, mais aussi la relation de l'homme à Dieu. «En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25,40).

Le don appelle la reconnaissance à sa mesure [90] . Refuser de considérer la personne comme un don, c'est la blesser grièvement, c'est voiler sa beauté. C'est aussi risquer sa perte. Toute négation du don qu'est l'enfant ou du don de ses parents l'un pour l'autre, fait gravement obstacle à la surabondance de la vie et à son partage [91] .

Par Alain Mattheeuws
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 20 novembre 2006

 [1] M. ZUNDEL, Recherche de la personne, Paris, Desclée de Brouwer, 1990, p. 54.

[2] J.-L. BRUGUÈS, La fécondation artificielle au crible de l'éthique chrétienne, Paris, Communio/Fayard, 1989, p. 91.

[3] M. ZUNDEL, Je est un autre, Québec, Anne Sigier, 1991, p. 131.

[4] J.-H. NICOLAS, «Etre créé», dans Revue Thomiste XCII (1992) 641.

[5] «O toi l'au-delà»:  Prière attribuée à saint Grégoire de Nazianze.

[6] Ibid.

[7] «On ne saurait méconnaître pourtant que si la création est, ce ne peut être que par participation, de sorte que cette propriété de l'étant qu'est la permanence dans l'être ne peut être en lui que reçue, comme l'être même: reçue continûment de celui qui lui a donné l'être en le créant; reçue par une autre action, mais qui continue ce don: l'action conservatrice».(J.-H. NICOLAS, «Etre créé» ..., p. 629). Et il précise encore: «Et saint Thomas de s'expliquer en cette phrase remarquable: «Comme donc le devenir de l'étant ne peut se continuer si cesse l'action qui produit ce devenir (si par exemple la fleur de l'arbre est paralysée en son développement par le gel), de même l'être de l'étant ne peut continuer, si cesse l'action de l'agent qui est sa cause non seulement selon son devenir mais selon son être (I, q. 104, a. 1)». Cet agent c'est le Créateur, même dans le cas où il donne l'être par l'intermédiaire de causes secondes, donc par une action non créatrice, présupposant cependant une action créatrice antérieure» (J.-H. NICOLAS, «Etre créé», dans Revue Thomiste XCII (1992) p. 630).

[8] JEAN-PAUL II, Lettre aux Familles, Paris, Mame/Plon, 1994, N  9.

[9] Ibid., N  9.

[10] Nous pensons aussi aux cas extrêmes d'un viol fécond dans lequel l'acte sexuel est privé de son sens obvie.

[11] «Je veux dire que l'homme est un absolu naissant d'un absolu, une liberté choisie par une liberté, un sommet d'existence engendré par une autre existence qui accédait elle-même à son propre sommet.

Voilà donc ce qui fait les niveaux de la paternité. L'homme peut engendrer organiquement, et ce n'est point en tant qu'homme. Il peut engendrer comme malgré lui, et ce n'est pas une paternité. L'enfant peut naître d'un accident, et son existence est sans raison, absurde. Il peut naître enfin d'une liberté ou d'une tentative de liberté: à ce moment seulement la paternité commence à être humaine. Et la filiation en retour le devient» (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 141).

[12] «(La vie) Elle est un don parce qu'elle surgit d'un amour, l'amour créateur. Et c'est pourquoi aussi elle doit surgir de l'amour. Elle ne peut être communiquée qu'à l'intérieur d'un amour, l'amour conjugal, et dans un acte d'amour. «Dieu, qui est amour et vie», a lié indissolublement dans l'homme l'amour et la vie» (J.-M. HENNAUX, «L'Instruction «Donum Vitae»», dans Vie consacrée (1987) 179).

[13] J.-M. HENNAUX, «L'embryon est une créature de Dieu», dans Vie consacrée n  2 (1989) 111-112.

[14] Ibid., 112.

[15] «La souveraineté de Dieu sur sa créature est sans limites, mais elle est fondée sur le don généreux de l'être et tout occupée du bien de la créature. Celle-ci ne saurait en attendre que bienfaits» (J.-H. NICOLAS, «Etre créé»..., 613).

[16] JEAN-PAUL II, Lettre aux Familles, Paris, Mame/Plon, 1994, N  11.

[17] «A la racine de mon existence se tient l'inappropriable, qui seul me permet d'exister réellement; au coeur intime de mon être réel se joue le renvoi à Dieu qui me pose dans la vie, ouverte au monde, à autrui et à soi. Il est donc question là de Dieu; et question de l'existence comme telle: l'existence comme ouverture, confiance, réception, dessaisissement; l'existence comme expérience d'une perte apparente et d'une entrée en étrangeté qui peut se révéler au secret d'un surcroît. Ce surcroît est suspendu à Dieu, il m'inscrit en un geste d'offrande, en excès, un geste qui me dépasse et où je vais me retrouver assumé au-delà de ce que je puis savoir et connaître» (P. GISEL, Corps et esprit. Les mystères de l'incarnation et de la résurrection, Genève, Labor et Fides, 1992, 39-40).

[18] «L'altérité (plutôt que la différence), (...) est le premier des dons que Dieu entend nous faire. Ajoutons que ce don présente cette exceptionnelle singularité que son «bénéficiaire», si ce terme peut être employé, n'est pas là pour le recevoir, puisque, dans cette «donation» (création), le «donateur» (créateur) constitue le «donataire» (l'homme comme créature) en tant que donataire; le don, peut-on encore dire dans une formule paradoxale, s'identifie avec celui qui le reçoit. Dans la ligne de la pensée lévinassienne, l'expression de création ex nihilo connote à la fois et la radicale passivité de la créature (ce que nous venons d'exprimer en d'autres termes) et sa positivité de créature autonome: « dans cette passivité, écrit Silvano Petrosino à propos de Lévinas, la créature est créée, elle est faite autonome, elle est elle·même; voilà la merveille qu'annonce l'idée de création: dans le mouvement passif de l'être-fait, s'engendre la nouveauté et l'énergie du nouveau qui est fait» (D'un livre à l'autre. Totalité et infini - autrement qu'être, dans Emmanuel Lévinas, Cahiers de la Nuit surveillée, Lagrasse, Verdier, 1984, p. 207). La dimension éthique de cette manière de comprendre la Création est évidente» (R. SIMON, Ethique de la responsabilité, Paris, Cerf, 1993, p. 235-236).

[19] «A l'irrésistible montée de la vie, la nature ne doit-elle pas son nom? La nature est «ce qui doit naître». Or la naissance humaine surpasse encore le miracle végétal. D'une confuse agitation de molécules, un être surgit, marqué au front par l'empreinte de Dieu. Rien n'étonne davantage que cette épiphanie qui fait saillir du néant une conscience vive» (F. QUÉRÉ, Jésus enfant, Paris, Desclée/Bégédis, p. 33).

[20] J.-M. HENNAUX, «L'Instruction «Donum Vitae»», dans Vie consacrée (1987) 175.

[21] A. CHAPELLE, Sexualité et Sainteté, Bruxelles, IET, 1977, p. 244.

[22] C'est le danger de l'eugénisme doux et libéral du DPI, dénoncé par J. TESTART, Le désir du gène, Paris, F. Bourin, 1992, p. 187-557.

[23] «Les lumières que la science nous donne sur les premières étapes de chaque individu ne peuvent pas supprimer l'amour dont Dieu l'investit aussitôt. Pas plus qu'on ne saurait nier l'esprit parce qu'on ne le voit pas sur une «coupe» fine, car il est d'un autre ordre, on ne peut davantage contester l'amour créateur de Dieu au nom des processus biologiques mis en jeu afin que l'homme soit. L'amour de Dieu dont nous parle la Bible, a pour objet cet homme même que la science nous décrit; il n'est pas pour autant un processus physiquement repérable. On atteint cet amour par un autre chemin, ouvert par la Parole et la Révélation» (G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 32).

[24] J.-L. BRUGUÈS, «Les langages du corps», dans Ethique n  2 (1991) 40.

[25] «Chaque personne humaine, dans sa singularité absolument unique, n'est pas constituée seulement par son esprit, mais par son corps. Ainsi, dans le corps et par le corps, on touche la personne humaine dans sa réalité concrète. Respecter la dignité de l'homme revient par conséquent à sauvegarder cette identité de l'homme corpore et anima unus» (JEAN-PAUL II, «Discours aux participants à la 35e Assemblée générale de l'Association médicale mondiale, 29 octobre 1983», dans AAS 76 (1984) 393).

[26] J.-L. BRUGUÈS, «Les langages du corps», dans Ethique n  2 (1991) 41.

[27] «Le couple ne donne jamais jour à une vie humaine dans les étreintes de l'amour, sans que Dieu n'accomplisse Lui-même de façon transcendante ce que l'homme ne peut qu'ébaucher en en posant les conditions. Dans sa grandeur commise, le couple humain doit donc donner le signe irrécusable de son rôle associé et de sa dépendance consentie. En respectant ainsi les sources de la vie, où les conduit l'amour, l'homme et la femme attestent leur identité de créatures dans l'acte même qui peut les faire procréateurs» (G. MARTELET, «Morale conjugale et vie chrétienne», dans NRT 87 (1965) p. 261).

[28] Cf. PIE XII, Humani Generis, AAS 42 (1950) 575; PAUL VI, Solennelle Profession de Foi, 30 juin 1968: AAS 60 (1968) 436.

[29] C. BRUAIRE, «Le don de Dieu», dans Communio n  IV (1979) 3.

[30] «Quand, de l'union conjugale des deux, naît un nouvel homme, il apporte avec lui au monde une image et une ressemblance particulières avec Dieu lui-même: dans la biologie de la génération est inscrite la généalogie de la personne. En affirmant que les époux, en tant que parents, sont des coopérateurs de Dieu Créateur dans la conception et la génération d'un nouvel être humain, nous ne nous référons pas seulement aux lois de la biologie; nous entendons plutôt souligner que, dans la paternité et la maternité humaines, Dieu lui-même est présent selon un mode différent de ce qui advient dans toute autre génération «sur la terre». En effet, c'est de Dieu seul que peut provenir cette «image», cette «ressemblance» qui est propre à l'être humain comme cela s'est produit dans la création. La génération est la continuation de la création» (JEAN-PAUL II, Lettre aux familles, Paris, Mame/Plon, N 9.

[31] J.-L. BRUGUÈS, «Les langages du corps», dans Ethique n  2 (1991) 40.

[32] J. RATZINGER, «Aspects anthropologiques de l'Instruction »Donum Vitae«, dans DC n  1937 (1987) 362-364.

[33] J.-M. HENNAUX, «Questions de bioéthique», dans NRT 109 (1987) 97.

[34] C. BRUAIRE, «Réflexions d'un philosophe», dans Des motifs d'espérer. La procréation artificielle, Paris, Cerf, 1986, p. 72-73.

[35] GS n  50 et HV n  9.

[36] FC n  14.

[37] J.-M. HENNAUX, «Questions de bioéthique. A propos d'ouvrages récents», dans NRT 109 (1987) 97. Dans ce passage, l'A. rend compte de la position de D. TETTAMANZI, Bambini fabbricati. Fertilizzazione in vitro, embryo transfer, coll. Azione pastorale, 5, Casale Monferrato, Piemme, 1985.

[38] «La tradition chrétienne a toujours présenté l'acte conjugal et le rôle des époux sous la forme d'une collaboration à l'oeuvre créatrice de Dieu. Ils sont des «coopérateurs», des «collaborateurs», des «ministres» du dessein de Dieu. «Nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur» (HV n  13). Le rôle des parents est décrit par les mots suivants: pro-créateurs (de la préposition «pro» qui signifie «pour, à la place, en faveur de, en lieu tenant de) ou co-créateurs (de la préposition «cum» qui signifie «avec»)» (A. MATTHEEUWS, «L'homme et la femme: ensemble en Dieu», dans Carmel n  67 (1993/1) 27).

[39] «Les enfants qu'ils ont engendrés devraient - là est le défi - consolider cette alliance, en enrichissant et en approfondissant la communion conjugale du père et de la mère» (JEAN-PAUL II, Lettre aux Familles, Paris, Mame/Plon, 1994, N  7).

[40] «Que notre aventure temporelle, qui est simultanément intemporelle, ait pu être l'enjeu d'un pari entre spermatozoïdes et ovules sans que nous, les intéressés, ayons arbitré la situation: voilà le vrai problème sans solution. Il signifie ceci: il n'est pas possible qu'étant nous-mêmes forcément absents de notre naissance, nos parents nous aient également oubliés à cet instant, nous condamnant à naître d'un accident organique par devers eux et par devers nous. Il y a donc au fond de notre question un appel, lancé à nos parents, de ne pas nous avoir conçus sans qu'eux, au moins, n'aient été les témoins conscients et libres du commencement de notre histoire personnelle. C'est à partir de là que le problème ouvre sur un mystère» (R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 135).

[41] J.-L. BRUGUÈS, «Les langages du corps», dans Ethique n  2 (1991) 45.

[42] «Les prémisses de chacun et de chacune de nous s'enracinent dans la belle geste conjugale qui porta nos deux parents l'un vers l'autre: acte personnel d'amour, lui-même moment et parcelle de la grande et large attirance des hommes vers les femmes, et réciproquement. Ce commencement se situe à un instant du temps et en un point de l'espace où nous ne sommes pas encore. Il se passe sans nous mais il met déjà en oeuvre des éléments qui contiennent potentiellement le «nous» à venir» (M. AUMONT, L'aventure hommes-femmes à la croisée des chemins, Paris, Mame, 1992, p. 26).

[43] DV II B n  4 p. 28.

[44] Nous nous inspirons principalement de l'article de M. GILBERT, «La procréation. Ce qu'en sait le Livre de la Sagesse», dans NRT 111 (1989) 824-841.

[45] Ibid., p. 824.

[46] Ibid., p. 825.

[47] Ibid., p. 826.

[48] Ibid., p. 827.

[49] G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 30-31.

[50] Ibid., 827.

[51] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 169.

[52] Cité par J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 171-172.

[53] ALAIN LERBRET, Chants du silence. Les Psaumes pour aujourd’hui, Paris, Centurion, 1979, p.145-147.

[54] Ibid., p. 171-172.

[55] Ibid., p. 172.

[56] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 172.

[57] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 173.

[58] Ibid., p. 174.

[59] Ibid., p. 175.

[60] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 180-181.

[61] L'engagement du psalmiste aux côtés de Dieu le pousse même à souhaiter la mort des impies (v.19 à 22). Il voit dans les ennemis de Dieu ses ennemis personnels. «Que les pécheurs disparaissent de la terre; les impies, qu'il n'en soit jamais plus!». N'en soyons pas surpris et comprenons ce cri comme un désir radical de tout donner et rendre à Dieu, sans compromis.

[62] Extrait d'une préface de mariage, emprunté au sacramentaire gélasien du Ve siècle.

[63] C. BRUAIRE, «Réflexions d'un philosophe», dans Des motifs d'espérer. La procréation artificielle, Paris, Cerf, 1986, p. 73-74.

[64] GS n  22.

[65] J.-M. LUSTIGER, Petites paroles de nuit de Noël, Paris, de Fallois, 1992, p. 34.

[66] «Ceux qui reprochent aux évangiles (de l'enfance) leur allure de conte n'ont pas vu combien, hormis quelques fioretti, eux-mêmes soumis à des règles strictes, ils étaient homogènes à la prédication du Christ adulte et combattaient avec lui - avant lui - fausses grandeurs, richesses, vanités, pouvoirs, vieux cultes de dieux forts. L'enfant ne peut encore parler, mais son corps parle. Enfance, toute de grâce et de fragilité. Obscure soumission, leçon de kénose. Quand, pour la première fois, Jésus exprimera sa pensée à lui, ce sera pour évoquer les souffrances du prophète et la mystérieuse élection des plus rejetés (Lc 4,24-28)» (F. QUÉRÉ, Jésus enfant, Paris, Desclée/Bégédis, 1992, p. 36).

[67] Ibid., p.  34-35.

Par Alain Mattheeuws
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 20 novembre 2006
[68] Gratuité que F. QUÉRÉ exprime avec respect et perspicacité féminine: «Marie enfante, tandis qu'Elisabeth engendrait. Saisissons la nuance. Elisabeth comblait une ancienne frustration, elle octroyait une descendance à Zacharie. Rien de tel chez Marie! Le verbe «enfanter», écrit deux fois, la concerne seule sans souci de lignage. Elle ne répare en effet aucune amertume, ne continue pas une dynastie, ne donne pas un fils à Joseph, elle le donne au monde. Elle enfante un secret partagé entre le Ciel et les anges», dans Jésus enfant, p. 164-165.

[69] J.-M. LUSTIGER, Petites paroles de nuit de Noël, Paris, de Fallois, 1992, p. 14.

[70] Ibid., p. 21.

[71] Ibid., p. 28.

[72] «La présentation que fait Jean, par le moyen de successives rencontres ne le révèle pas selon une ligne ascendante que l'on attendrait, en partant de l'aspect le plus médiocre pour s'élever à la messianité cachée. Jean adopte la démarche inverse. Les interlocuteurs découvrent un personnage de moins en moins théologal: son humanité est perçue la dernière. Verbe, Fils unique, Seigneur, Agneau de Dieu, Elu, rabbi, Messie, prophète, Jésus de Nazareth, fils de Joseph, Nazaréen; le Christ descend dans l'opinion des siens comme il descend sur la terre: en prenant modeste figure. Avec Nathanaël, le dernier rencontré, il touche le fond, et Nathanaël de s'esclaffer: «De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon?» L'abaissement que Luc et surtout Matthieu ont vu déjà tracé dans la généalogie du Christ, avant qu'il ne s'incarne, se raconte ici dans la perception qu'en prennent les hommes. Du sein de Dieu, dont parle l'évangéliste, nous voici à Nazareth, stupide bourgade, dont se gausse Nathanaël. On est vraiment tombé de haut. La première appréhension de la kénose est dans les récits de rencontre, sous la forme de ces confessions de foi» ( F. QUÉRÉ, Jésus enfant, p. 20).

[73] «Récit du Pèlerin» n  96. Dans l'autobiographie de saint Ignace de Loyola, cette expression rappelle une grâce particulière de mise au service du Christ. Cette grâce lui fut accordée dans ce que l'on appelle communément «la vision de la Storta».

[74] «Personne n'est plus étonnamment autre que l'enfant. Il est le fruit du couple, mais il est totalement autre. au début, l'enfant aussi apparaît à ses parents comme leur second moi, leur image parfaite. C'est pourquoi ils l'aiment. Mais l'enfant est autre, entièrement autre. De jour en jour sa demande se fait alors plus pressante: «Prenez-moi donc tel que je suis. Aimez-moi non parce que je vous ressemble. Aimez-moi pour ce que je suis. Mettez-moi au monde, une seconde fois».

Car il y a une double paternité et maternité. Lors de la naissance physique, l'homme et la femme reprennent la parole de la Bible. Ils disent: nous avons engendré notre semblable. Et ils l'aiment à cause de cette ressemblance.

Mais il est une seconde paternité et maternité: celle qui laisse l'enfant devenir autre en l'aimant pour lui-même, tel qu'il est. Tout enfant est engendré une deuxième fois lorsque les parents acceptent ce paradoxe: cette chair de notre chair et ce sang de notre sang, il est tellement différent» (G. DANNEELS, Accepter l'autre car Dieu le premier, nous a acceptés, Malines, Service de Presse de l'Archevêché, 1981, p. 7).

[75] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 20.

[76] «Cependant le respect absolu qu'on lui (à l'homme) doit dans son infirmité signifie que l'homme fait réellement partie de l'ordre du «sacré, car l'homme est ce que l'on sert et non ce qu'on domine. Ainsi compris, le sacré est tout proche de ce qu'un Lévinas met sous la notion de «visage». (...) La «vie» pour laquelle l'Eglise s'engage ici n'est jamais réductible au seul biologique, c'est toujours cette vie qui a déjà, même caché, le visage de l'homme» (G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 75 et p. 76).

[77] FC n  26, citant un «Discours à l'Assemblée générale des Nations Unies», 2 octobre 1979, n  21: AAS 71 (1979) p. 1159.

[78] G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 50.

[79] G. DANNEELS, Accepter l'autre car Dieu le premier, nous a acceptés, Malines, Service de Presse de l'Archevêché, 1981, p. 9.

[80] R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 132.

[81] Nous ne voulons pas entrer dans le débat de l'animation médiate ou immédiate. Nous voulons simplement affirmer une primauté ontologique de l'action divine.

[82] «C'est là un acquis de la génétique, de l'immunologie, de la biologie contemporaines: à la fécondation apparaît une unité absolument irréductible aux autres, constituée génétiquement dès la conception, capable de déclencher des réactions de défense immunitaires, de vivre un développement embryonnaire autonome et d'assurer sa propre régulation physiologique» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 21).

[83] Nous pensons aux importants travaux effectués par Ph. CASPAR pour fonder cette thèse dans L'individuation des êtres: Aristote, Leibnitz et l'immunologie contemporaine, Paris-Namur, Lethielleux/Le Sycomore, 1985; ID., Penser l'embryon, Paris, Ed. Universitaires, 1991.

[84] «Les conditions scientifiques de la reconnaissance d'une personne sont donc données dès la conception, mais cette reconnaissance ne pourra avoir lieu si fait défaut l'attitude d'accueil, de soumission, de respect, évoquée plus haut, et que nous devons avoir en fait devant toute personne humaine. A priori l'on peut dire que s'il y a dans l'embryon une personne humaine, elle ne pourra se révéler telle qu'à celui qui est prêt à l'accueillir. Si cette attitude d'accueil est présente, l'embryon pourra se révéler pour ce qu'il est, (...) une personne. En ce qui concerne l'avenir, il est hors de doute que si je le laisse être, il se manifestera comme une personne. Mais cet avenir est lié au présent. La preuve c'est que si je supprime l'embryon, cet avenir n'existera pas. Respecter cette personne en avenir n'est donc rien d'autre que la respecter maintenant» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 21).

[85] R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 37.

[86] J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 26.

[87] «La famille est également le lieu de l'accueil inconditionnel de l'autre en la personne des enfants (Familiaris Consortio, n  26). A un enfant, on ne demande jamais de justifier sa présence: cela est lourd de sens. Si vous entrez dans une usine, dans un parking gardé, dans un bureau de vote, ou dans un cinéma, on vous demandera de justifier votre présence... L'enfant, lui, n'a pas à le faire en entrant dans sa famille: plus il est fragile et menacé, plus - normalement - il est accueilli dans la famille. Cela est très évangélique: sa force est précisément dans sa faiblesse; et plus il est faible et vulnérable, plus il est désarmant. Nous sommes ici dans le voisinage des Béatitudes» (J. JULLIEN, Demain la famille, Paris, Mame, 1992, p. 138).

[88] A. CHAPELLE, Sexualité et sainteté, Bruxelles, IET, 1977, p. 262.

[89] «Il existe donc une convergence singulière entre la tradition culturelle occidentale et la tradition chrétienne. L'une et l'autre, en effet, voient dans l'âme, principe spirituel d'immortalité, la source de cette dignité. Le christianisme ajoute que, non seulement tout être humain est créé à l'image de Dieu, mais qu'il se trouve appelé par Dieu à entrer dans un régime salvifique d'alliance. Il ne nous répugne pas de croire que cette alliance est nouée entre Dieu et chacun des embryons humains. Jean-Marie Thévoz ne serait pas loin de l'admettre, lorsqu'il écrit: «L'être humain reçoit sa dignité dès qu'il est reconnu par Dieu et/ou par l'homme, indépendamment de ses qualités, donc de son âge». Pour nous, la reconnaissance par Dieu - dans l'âme - suffit à fonder l'identification humaine et donc la dignité intrinsèque de l'être humain. La reconnaissance par les autres (les parents, par exemple) n'est pas fondatrice de cette dignité. L'âme ne vient pas de la société et sa destinée dépasse le simple horizon social. Cette reconnaissance sociale est seconde, quoique fort importante. Elle est facteur de personnalisation (construction de la personnalité), mais non pas de «personnification» (constitution de la personne en tant que telle (cf. p. 220). «Si mon père et ma mère m'abandonnent, le Seigneur m'accueillera». Rédigé dans une perspective évidemment autre, le Psaume 26 (verset 10) trouve cependant ici une résonnance singulière» (J.-L. BRUGUÈS, La fécondation artificielle..., p. 239-240).

[90] «Accepter un enfant, c'est aller au-devant de bien des histoires. Mais c'est entrer dans l'histoire. Pour les couples, comme pour les peuples. Pas d'enfants, pas d'histoire, mais plus d'histoire. Avec l'enfant c'est l'à-venir qui fait irruption. Le futur, on peut le préparer, le programmer, le construire. Mais l'enfant est un à-venir, on n'a pas barre sur lui à l'avance. Il faut accepter la part d'inconnu qu'il apporte, l'aventure qu'il représente. Cette loi de l'enfant, qui projette les parents, et les peuples dans l'à-venir, l'inconnu, l'aventure, le temps, l'histoire, n'est-ce pas la loi de la vie? Refuser le risque, le temps, l'aventure, c'est refuser la vie. Les accepter, c'est une exigence humaine tout simplement, une question de vie ou de mort» (J. JULLIEN, Demain la famille, Paris, Mame, 1992, p. 96).

[91] «Pour le chrétien, l'embryon humain est créé par Dieu, il est l'apparition d'une volonté de Dieu. A ce titre, il doit être respecté absolument. Il est aussi quelqu'un pour qui le Christ est mort, quelqu'un qui a une valeur infinie au regard de la Croix. Dans la foi, l'embryon n'est pas considéré isolément. Il est relié à Dieu, son Fondement, qui le pose, qui le crée, qui le donne, qui le sauve. Il est aussi relié à l'acte procréateur d'un homme et d'une femme, acte qui doit être pris en considération et respecté dans son fruit. L'Eglise proclame la valeur infinie de tout homme, y compris du plus petit, du plus faible» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 35).

Par Alain Mattheeuws
- Voir les 0 commentaires - Recommander

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus