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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

Verder kunt u ook u bezoek vervolledigen met de website van pater Alain Mattheeuws door te klikken op de volgende hyperlink: http://www.mattheeuws.be/site/

Articles - Théologie

Jeudi 1 février 2007
Si l’esprit est agité ou déprimé, le cœur inquiet, les sens en-dehors d’eux-mêmes, le corps fatigué ou malade, la personne tout entière le ressent et en vit. Nous ne sommes pas des femmes ou des hommes à tiroirs. La paix est liée à une unité de notre être, unité dont nous connaissons intuitivement l’origine et dont nous recherchons toujours, dans les cris ou la souffrance, le chemin et l’actualité. L’être humain, parce qu’il est une personne, une créature, un enfant de Dieu aspire à la paix : une paix intérieure, une paix profonde, une paix qui puisse se lover au fond de l’être comme un enfant l’est au fond de sa mère. Les causes de nos déchirements intérieurs sont multiples et il est parfois difficile dans le moment d’une rcncontre de « résoudre un problème », de « guérir la blessure », de « faire l’anamnèse des événements ». Comment faire ? Comment ne pas fuir notre propre indigence ?

Dans la gratuité de la rencontre et de l’écoute, nous pouvons offrir ce que nous ne possédons pas. L’impuissance joyeuse ou paisible de l’homme qui accueille et qui écoute, peut atteindre et apaiser le mal d’autrui à la racine et offrir ainsi ce qu’il ne possède pas et qui ne lui appartient pas : le shalom. Parlons d’humilité ! La paix est une grâce qui dépasse l’homme et cependant passe toujours par lui puisque Dieu l’a voulu ainsi. Il nous a montré le chemin : « La paix soit avec vous », dit le Christ ressuscité pour dire qui Il est et l’abîme de la mort qu’il a franchi pour nous. « La paix soit avec toi », dit le bon berger que le prêtre représente dans le dialogue liturgique avec chacun de nous. « La paix soit avec toi », mon frère, puisque tu te confies à moi. Je te donne ce que je n’ai pas en priant Celui qui est la paix de te rencontrer tel que tu es et dans ce que tu vis.

Ce « Shalom » est appelé à reposer sur nous, sur chacun de nous comme l’Esprit de Jésus reposait sur lui en tout temps de sa vie terrestre. Si un des fruits du bon esprit est la paix des cœurs, c’est d’abord parce que l’Esprit lui-même est « paix, don, vie et amour ». La paix signe la présence du divin qui s’approche de l’être humain, qui ouvre la porte, entre, converse à l’intime du cœur et y demeure. La paix est donc une présence, une personne qui passe les obstacles, les nœuds, les refus, et même le péché et ses conséquences. Quand la langue de la Bible prophétise la venue du Sauveur, elle parle du « Prince de la Paix ». A Bethléem, la paix est offerte dans la rencontre d’un enfant et l’écoute du chant des anges : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ». La paix intérieure est la grâce d’une présence : on en jouit. Elle nous rend légers ! On se laisse prendre dans ses bras comme un enfant, à l’endroit précis de l’être où la vérité et l’amour s’enlacent et s’embrassent. Chacun de nous, parce qu’il appartient à l’humanité, peut être un « artisan de paix » dans un lien personnel. Si une rencontre est vraiment de « personne à personne », elle peut être de paix. Elle peut offrir la paix, celle qui vient d’au-delà de nous mais par nous. L’expert est compétent et nécessaire. La personne comme personne est le berceau de la conception, de la naissance, de la croissance de la paix dans toute relation.

Pour vivre de cette paix ou la partager dans nos vies, il nous faut chercher la « bonne compagnie » du temps et le reconnaître comme un ami. Ce temps qui passe nous signifie bien que « nous sommes dépassés » et toujours en retard d’une patience ou d’une miséricorde qui nous précèdent. Le temps n’est pas qu’un stress, un passage d’une minute supplémentaire, l’apparition d’un âge qui restreint l’horizon spirituel de notre humanité. Le temps est un allié de l’homme, pour ses peines et pour ses joies. Dans l’angoisse qui nous habite, l’instant peut être insupportable. S’il est situé dans la mémoire et dans l’avenir, tout instant retrouve sa vraie saveur: celle de l’éternité. La paix recouvrée suppose la redécouverte du temps que nous sommes, d’une force amicale qui nous habite et qui dure. Le temps éprouve nos patiences, nos limites, nos désespoirs. Il est aussi le lieu où la paix peut habiter en vérité et demeurer. Il fait ainsi « histoire avec nous ». Pour que la paix « niche » dans le cœur de l’homme, le temps doit faire son œuvre amicale et fraternelle. C’est sa mission. C’est son fruit. Le temps est notre ami. Il s’inscrit paisiblement comme compagnon de nos vies.


Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws
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Mardi 21 novembre 2006

« Par les cieux devant Toi, splendeur et majesté,

Par l’infiniment grand, l’infiniment petit,

 Et par le firmament, ton manteau étoilé,

 Et par frère soleil, je veux crier ;

 Mon Dieu, Tu es grand, Tu es beau. Dieu vivant, Dieu très haut, Tu es le Dieu d’amour !

 Mon Dieu, Tu es grand, Tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut, Dieu présent en toute création."

  

 Nous connaissons ce chant qui nous rappelle le poème d’amour de saint François d’Assise pour la splendeur de la création. La parole de Dieu, particulièrement le psaume 104 (103), nous plonge régulièrement dans les mêmes attitudes : admiration, louange, humilité, étonnement face aux splendeurs du monde créé. Entrer dans cette louange est à la fois facile et difficile : s’émerveiller devant la beauté de la nature surtout quand elle s’éveille au printemps ou quand les paysages nous stupéfient la nuit et le jour durant le grand camp : quoi de plus normal ! Trembler face au désastre du tsunami, aux éruptions volcaniques ou à la cruauté animale : quoi de plus normal aussi ! La nature n’est pas Dieu. La création nous dépasse et en même temps nous en sommes responsables. La création sans son lien de vie avec le Créateur peut même nous apparaître absurde, étrange, incompréhensible.

La création, c-à-d. tout ce qui nous entoure, tout ce que qui n’est pas Dieu, est comme un livre que chacun de nous peut lire à son aise. Certains passages restent obscurs, d’autres sont lumineux. On peut lire ce livre avec passion. Parfois on s’habitue, on s’ennuie à parcourir les images. Tout ce qui est créé peut être une fenêtre ouverte ou bien une fenêtre aux volets fermés. Quel est le carrefour à ne pas rater ? Pourquoi est-elle si importante dans la vie scoute ? Si l’air, le feu, l’eau et la terre ne sont que ce nous voyons et nous en faisons : quel désastre ! Ne sont-ils pas aussi des « signes » qui renvoient à une autre réalité ? A travers la Bible par exemple, ces 4 éléments sont utilisés pour nous dire qui est l’Esprit Saint. Si le frère ou la sœur de la même patrouille, de la même unité, de la même nation, de la même humanité, n’est qu’un copain interchangeable et qu’on peut oublier : quelle catastrophe ! Ne sont-ils pas une « image particulière » de Dieu dans nos vies ? Les rencontres et les événements que nous vivons renvoient toujours à un mystère plus profond que ce que nos yeux de chair parviennent à voir. Entrer dans ce « mystère de la création », c’est passer régulièrement du visible à l’invisible, du concret au plus concret, de la beauté extérieure à la beauté intérieure.

 Tout ce qui nous entoure : ce qui est beau, ce qui est vrai, ce qui est bon est « signe » d’une présence particulière de Dieu dans nos vies. Aimer la création, respecter la nature comme de nombreuses activités nous y invitent, croire dans la dignité de tout homme, c’est affirmer simplement que Dieu est bien présent parmi nous. Il nous faut « chercher son visage ». Mystère d’une présence dans la nuit et au cœur de la prière qui précède notre sommeil… Mystère d’une présence dans le jour qui se lève, qui nous réchauffe sous la tente, nous encourage à nous lever…« Au soleil levant, les peurs nous quittent et le cœur s’enflamme »… Mystère d’une présence dans les activités, les jeux, les services de la journée… Le cœur à l’ouvrage, la joie, l’amitié et le partage, la vigueur de nos chants et de nos constructions ne sont-ils des « signes » de cette présence ? Il ne suffit pas qu’un camp soit bien organisé ou que le CP soit efficace, que tout roule bien : il faut que cette présence soit indiquée, perçue, vécue dans nos cœurs, dans nos corps, dans nos pensées. Dieu Créateur est vraiment parmi nous. Toute l’aventure spirituelle et donc l’aventure scoute consiste à « bien observer » les signes, à les distinguer, les interpréter pour s’en réjouir et s’en fortifier.

Tout ce qui existe est un « don » de Dieu, une « piste » vers Lui. « Plus puissant que la voix des grandes eaux ; plus grandiose que le chant des vagues ; plus beau et plus grand est le Seigneur » (Ps 93,4).

 

Alain Mattheeuws, s.j.

Par Alain Mattheeuws
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Vendredi 17 novembre 2006

L’austérité de cette réflexion et le rappel de documents anciens peuvent dérouter. Ils sont la preuve cependant de la sollicitude maternelle de l’Eglise dans ce domaine depuis toujours. L’auteur souligne avec clarté ce travail de l’intelligence en lien avec les questions concrètes des hommes et des femmes de bonne volonté. Ce point doit être source d’espérance et de confiance dans l’amour de Dieu qui aime et respecte chacun tel qu’il est parce qu’Il connaît chacun par son prénom. La force de l’Esprit est inscrite dans le cœur des croyants et y imprime la paix et la confiance : face aux questions les plus intimes comme les plus désarmantes, Dieu nous fait éprouver sa présence aimante et de consolation. Nous le découvrirons à travers des développements ultérieurs de ces réflexions et particulièrement l’enseignement de Jean-Paul II. L’invitation de ce dernier, au début de son Pontificat, reste d’actualité : « N’ayez pas peur ». La peur est toujours mauvaise conseillère. La confiance et la paix, dons du Christ Ressuscité, peuvent régner dans nos vies si nous nous tournons vers Lui dans la prière et l’amour.


Dans la célébration du mariage, le prêtre invite les fiancés à s’engager librement. La promesse faite à ce moment définit le sacrement : fidélité pour la vie, engagement unique et monogame, ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants. « Dans le foyer que vous allez fonder, acceptez-vous la responsabilité d’époux et de parents ? » Cette question du prêtre dans la liturgie reprend le contenu de la déclaration d’intention des époux signée avant la célébration du sacrement. Soulignons la responsabilité de chacun. L’union conjugale n’est-elle pas le lieu où l’homme collabore de manière intime et privilégiée à l’action créatrice de Dieu ? Comme le soulignait le dernier Concile Vatican II : « Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d’être des éducateurs (ce qu’il faut considérer comme leur mission propre), les époux savent qu’ils sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes » (Gaudium et spes n50,2).


Risque de transmission dune maladie héréditaire

Préparer des fiancés à ce don mutuel et sacramentel est toujours délicat, surtout lorsqu’il s’agit de situer l’expérience et la signification chrétiennes de la sexualité. L’histoire personnelle de chacun est le plus souvent marquée de blessures. Mais quand, avec pudeur, et, le plus souvent avec angoisse, un couple parle de la présence d’une maladie héréditaire dans l’une des deux familles et de la possibilité pour l’un des deux partenaires de la transmettre, le dialogue prend une tournure dramatique. La densité de la vie humaine apparaît tout à coup avec une nouvelle dimension : la maladie et la mort appartiennent à notre expérience sur la terre. La destinée éternelle de l’homme s’y joue.


A quoi faut-il être attentif ?

Tout d’abord à nommer les choses avec le plus de clarté et de compréhension possible. Dans ce domaine, ce que dit le monde médical doit être intégré paisiblement mais clairement : la maladie génétique, ce qu’elle est et le poids de ses conséquences physiques, les risques de transmission, la place de cette maladie dans la généalogie familiale. Le dialogue entre les fiancés est essentiel : le respect du corps de l’autre avec son handicap, avec les dangers potentiels, la conscience vive de l’unité de la personne d’autrui doivent être développées. Puissions-nous ne pas réduire l’autre à sa déficience et aux menaces qu’elle fait peser sur l’union conjugale et la famille !

Il est nécessaire de parler en vérité entre fiancés pour que le don mutuel soit transparent dans l’amour et pour que les histoires personnelles puissent s’unir. Cacher un problème serait blesser l’amour et la confiance dès le départ. Il ne convient pas non plus de plonger dans l’imaginaire des fantasmes car ils ne permettent pas de poser des jugements droits ni de porter des situations réelles. Regarder la situation en face sans réduire la relation personnelle à un trait du corps, s’astreindre à la réflexion comme aux examens médicaux nécessaires, ne pas nier la réalité du problème posé et en voir toutes les composantes : tels semblent être quelques traits d’une attitude imprégnée d’amour et de vérité.

L’amour suppose l’acceptation de l’autre tel qu’il est. La connaissance des limites humaines est une « matière » de l’amour. C’est par l’amour que les fiancés pourront porter en conscience leurs différences et les limites corporelles, matérielles et psychologiques de leur union. Il est bon aussi que chaque fiancé prenne le temps de réfléchir seul au défi qui lui est posé : l’espace et le temps sont ici des facteurs de liberté pour des amoureux pris dans une relation aux traits parfois fusionnels à cette étape de leur engagement. Que chacun puisse se fortifier seul dans la réflexion avant d’en reparler ensemble et d’assumer librement son choix. Selon la situation familiale des fiancés, il est bon aussi que chacun ait la possibilité de se confier à un membre de sa famille ou à un ami pour lui demander avis et conseil. La prise de conscience dans le dialogue leur permet de mesurer ce que leur amour pourra porter et les chemins à emprunter pour que tout concoure au bien du couple comme de leurs enfants.

Cette prise de conscience suppose pour les fiancés une prise de décision avant le mariage. S’ils ne peuvent pas sans risques importants concevoir d’enfants non-handicapés, ils doivent se mettre d’accord sur le fait de concevoir ou non des enfants de leur propre chair. Dans le cas où ils optent pour une solution « eugénique » comme le souligne Pie XII 1, il est bon qu’ils voient clairement le chemin de leur fécondité : l’adoption, les moyens pour éviter la conception d’un enfant à l’intérieur de leur union conjugale. On peut se soustraire au dynamisme propre de l’engendrement à condition de respecter l’intention de l’amour et les conditions anthropologiques propres à l’acte conjugal. Pie XII s’exprimait déjà en ces termes en disant : « On peut être dispensé de cette prestation positive obligatoire (il s’agit du devoir de procréer, le bonum prolis), même pour longtemps, voire pour la durée entière du mariage, par des motifs sérieux, comme ceux qu’il n’est pas rare de trouver dans ce qu’on appelle l’« indication » médicale, eugénique, économique et sociale. D’où il suit que l’observance des époques infécondes peut être licite sous l’aspect moral, et, dans les conditions indiquées, elle l’est réellement » 2. Une décision claire des fiancés, soit de renoncer à procréer, soit d’avoir un ou des enfants en courant le risque de transmettre la maladie dont l’un des fiancés est porteur, leur permettra d’envisager leur vie de couple avec plus de calme et de respect mutuel. Il ne convient pas que ce point non résolu avant le mariage surgisse après comme lieu de déchirement et d’oppositions.

Cette difficulté dramatique rencontrée n’a pas qu’un aspect négatif : elle peut aider à vérifier la qualité de l’amour promis. Il pourra se faire cependant qu’un des deux partenaires se sente incapable d’assumer la situation qui vient d’être évoquée. Par loyauté, il devra rompre ses relations avec l’autre. Décision toujours douloureuse pour les deux parties. Celui ou celle qui la prend ne doit pas être jugé (e). Il (ou elle) doit plutôt être aidé (e) à ne pas se sentir coupable d’une telle décision. Dans ce creuset de l’épreuve et de ces questions radicales, l’amour peut librement s’éprouver, mûrir et s’approfondir. On n’épouse jamais une « perfection » et l’amour n’est jamais sans limites à assumer. L’amour est ce qui permet de transfigurer les limites humaines et de leur donner un sens d’éternité. Cet abandon de soi et de l’autre que l’on aime à l’amour divin est une des spécificités de la grâce matrimoniale. Il est bon que tout se fasse en liberté et vérité.

L’Eglise ne prône pas la « vie à tout prix ». L’Eglise n’est pas non plus une entreprise aux accents natalistes qui travaille pour elle-même. Par l’Eglise et son enseignement, Dieu cherche à nous rendre attentifs à la dignité de tout être humain, quelle que soit son apparence au début ou à la fin de sa vie. L’homme ne se réduit ni au temps qu’il passe sur la terre, ni aux performances ou déficiences de son corps, ni aux limites de sa personnalité telle qu’elle s’exprime dans l’histoire personnelle. Au regard de Dieu, tout homme est toujours plus grand et plus beau que le sentiment ou la conviction qu’il peut en acquérir ou que ses proches peuvent éprouver. Autrement dit, Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes et cette connaissance même constitue la vérité de notre être qu’il convient de chercher et de trouver par la prière, c’est-à-dire le dialogue avec Dieu. Nous sommes le plus souvent aveuglés sur nous-mêmes et parvenons difficilement à voir la richesse de notre être et de celui des autres.


Une question douloureuse dans le couple

Si un couple marié vit déjà l’expérience d’avoir un enfant handicapé ou malade ; s’il porte le poids quotidien des soins à donner et de l’avenir à porter, s’il mesure ce qu’il en coûte à l’amour de reconnaître la beauté de cet enfant et sa dignité, les questions de l’agrandissement de la famille ne peuvent qu’être vécues de manière aiguës. D’une part, tout couple a le droit moral de concevoir un enfant, même malade ou handicapé. La dignité de l’être humain ne se réduit pas aux apparences qu’il donne de lui-même. Cette dignité et cette noblesse dépassent toute déficience corporelle ou psychique. Il est légitime de concevoir un enfant en ayant en vue avant tout l’éternité : dès qu’il est, l’enfant est pour Dieu, et il l’est pour l’éternité. D’autre part, la responsabilité des parents est engagée et ils doivent considérer à la fois ce qu’ils peuvent porter et ce que leurs premiers enfants exigent aussi comme soins et travail au quotidien. Tout n’est pas possible sur la terre. « Mieux avertis des problèmes posés par la génétique et de la gravité de certaines maladies héréditaires, les hommes d’aujourd’hui ont, plus que par le passé, le devoir de tenir compte de ces acquisitions pour éviter eux-mêmes et éviter à d’autres de nombreuses difficultés physiques et morales. Ils doivent être attentifs à tout ce qui pourrait causer à leur descendance des dommages durables et l’entraîner dans une suite interminable de misères » 3.

Comme pour les couples qui, - sur appel particulier du Seigneur -, adoptent des enfants handicapés, toute conception dangereuse doit être réfléchie et prise de manière responsable. « Au point de vue moral, on peut dire en général que l’on n’a pas le droit de ne pas tenir compte des risques réels que l’on connaît » 4 La beauté de la création est blessée mystérieusement dans la naissance d’enfants malades même s’il nous faut toujours affirmer que la dignité intrinsèque et « l’inviolabilité de la vie d’un innocent ne dépend (ent) pas de sa plus grande ou moindre valeur » 5. La pensée de Pie XII a été reprise par Paul VI dans Humanae vitae quand il a parlé de paternité responsable. C’est ce que ressentent spontanément les parents dont nous parlons. Ce n’est pas seulement la peine ou la tristesse qui les motivent à renoncer à avoir d’autres enfants, ni l’angoisse d’engendrer sous la menace et dans la peur, mais le désir d’éduquer dans la détente et dans la joie les enfants qu’ils ont déjà, ainsi que le souci d’assurer une vie de famille où chacun puisse grandir et s’épanouir selon ce qu’il est.

Aux époux, Dieu confie d’exercer une paternité à l’image de la sienne. L’amour conjugal est appelé à devenir responsable de la paternité même de Dieu. Si parfois des raisons de fatigue physique ou même des situations économiques temporaires difficiles suggèrent à des parents de renoncer à engendrer, a fortiori le danger d’une maladie ou d’un handicap lourd dont on ne connaît pas encore de thérapies, peut être un argument décisif pour éviter, pendant un temps ou pour toujours, de concevoir un enfant de sa propre chair. La responsabilité chrétienne est claire : « Ils (les époux) s’acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité humaine et chrétienne, et, dans un respect plein de docilité à l’égard de Dieu, d’un commun accord et d’un commun effort, ils se formeront un jugement droit : ils prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître ; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation ; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l’Eglise elle-même. Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu » (Gaudium et spes n50, 2). Le poids de toute décision concernant la procréation et l’éducation des enfants doit être assumé par les époux avec la lumière et la force de l’Esprit. Ils ne restent pas seuls car l’Eglise comme communauté de frères et sœurs est appelée à les aider et à leur donner aussi conseils et avis en raison pour affermir leur propre décision.

Les époux ont à lutter ensemble contre ce qui blesse la dignité personnelle des enfants qu’ils ont déjà. Lutter ensemble contre la transmission d’une maladie génétique appartient aussi à la conscience responsable de l’être humain. Il convient de peser avec soin le poids de la souffrance à venir. Comment le faire et de quels moyens disposons-nous ? Beaucoup de maladies génétiques sont identifiables mais non encore guérissables. Il est nécessaire de prendre une décision en amont d’une conception éventuelle plutôt que de passer par la tentation du diagnostic préimplantatoire (DPI) ou du diagnostic prénatal (DPN) lorsque celui-ci est effectué en vue d’un éventuel avortement. Dans ces deux cas, la réalité de la présence de l’embryon dans le sein maternel ou entre les mains des biologistes, est incontournable, et malgré certaines pressions scientifiques ou médicales, il faut réaffirmer que l’embryon humain a droit à un respect absolu dès lors qu’il est et s’impose à nous, même dans son existence blessée et handicapée. « Car l’Eglise croit fermement que la vie humaine, même faible et souffrante, est toujours un magnifique don du Dieu de bonté » (dans l’exhortation apostolique Familiaris Consortio n30).

La stérilisation directe, souvent conseillée par les médecins, n’est pas acceptable. Malgré les progrès techniques, elle demeure d’ailleurs souvent irréversible. Sa réversibilité est liée à un déploiement clinique le plus souvent disproportionné. De plus, - et de manière plus décisive -, stériliser, c’est toucher aux organes sexuels qui revêtent à l’intérieur de l’unité personnelle de l’être humain une symbolique affective et spirituelle spécifique. Les répercussions d’une stérilisation ne se limitent pas aux effets physiologiques d’une ablation organique. Les conséquences négatives d’une stérilisation peuvent s’élargir à l’ensemble de la personnalité et à l’image mutuelle que chacun des époux a de l’autre. Selon Familiaris consortio n30, « toute violence exercée par des autorités en faveur de la contraception, voire de la stérilisation ou de l’avortement provoqué est à condamner absolument et à rejeter avec force ». Jean-Paul II confirme les textes précis de Pie XII rejetant la stérilisation : « La stérilisation directe, disions-Nous le 29 octobre 1951, c’est-à-dire celle qui vise, comme moyen et comme but, à rendre impossible la procréation, est une violation grave de la loi morale, et donc elle est illicite » .

Dans la même intervention, Pie XII affirmait déjà la possibilité morale pour les époux de renoncer dans certaines conditions à la conception d’un enfant. « Le Créateur ( ) a voulu que le genre humain se propageât précisément par l’exercice naturel de la fonction sexuelle. Mais à cette loi positive Nous appliquions le principe qui vaut pour toutes les autres : elles n’obligent pas dans la mesure où leur accomplissement comporte des inconvénients notables, qui ne sont pas inséparables de la loi elle-même ni inhérents à son accomplissement, mais viennent d’ailleurs, et que le législateur n’a donc pas eu l’intention d’imposer aux hommes, lorsqu’il a promulgué la loi » 6. Dans un langage assez juridique, le pape préparait la réflexion ecclésiale sur la responsabilité parentale telle qu’elle prendra corps dans les textes conciliaires et dans l’encyclique Humanae vitae. Comme le souligne encore le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : « Sachant porter en leur corps le risque de transmettre à leurs enfants une maladie redoutable, des personnes peuvent légitimement chercher à ne pas procréer. Cela a été très nettement reconnu par le pape Pie XII » 7. Cette réflexion doit encore se poursuivre en intégrant l’acquis personnaliste des documents ultérieurs.


A. Mattheeuws s.j.



1 PIE XII, « Maladies du sang à transmission héréditaire et conseil génétique» (Discours du 5 septembre 1958), repris par P. VERSPIEREN, Biologie, médecine et éthique, Paris, le centurion, 1987, p.52.

2 PIE XII, «L’apostolat des sages-femmes. Questions morales de vie conjugale» (Discours du 29 octobre 1951), dans DC n1109 (1951) n36.

3 PIE XII, «Maladies du sang à transmission héréditaire et conseil génétique» (Discours du 5 septembre 1958), repris par P. VERSPIEREN, Biologie, médecine et éthique, Paris, le centurion, 1987, p.53.

4 PIE XII, «Moyens de prévenir les naissances en cas de risque de transmission d’une maladie héréditaire», repris par P. VERSPIEREN, Biologie, médecine et éthique, Paris, le centurion, 1987, p. 61.

5 PIE XII, «Vie de la mère, vie de l’enfant» (Discours du 28 novembre 1951), repris par P. VERSPIEREN, Biologie, médecine et éthique, Paris, le centurion, 1987, p.25.

6 PIE XII, «Moyens de prévenir les naissances en cas de risque de transmission d’une maladie héréditaire», repris par P. VERSPIEREN, Biologie, médecine et éthique, Paris, le centurion, 1987, p.60.

7 LE CONSEIL PERMANENT DES EVÊQUES DE FRANCE, Essor de la génétique et dignité humaine, Paris, Bayard/ Centurion/Cerf, 1998, p.17.

Par Alain Mattheeuws
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Vendredi 17 novembre 2006
Les premières pages de la Bible sont les fondements de toute vie chrétienne, car elles nous livrent le dessein d'amour créateur de Dieu. La Parole de Dieu révèle ses innombrables facettes au fil des multiples lectures qu'on en fait, au fil du temps qui passe et qui est le temps de notre vie. Relisons encore ces textes fondateurs. Relisons encore ces textes fondateurs.

Rappelons-nous qu'il y a deux récits de la création du monde : au chapitre 1 et au chapitre 2 du livre de la Genèse. Ces deux récits sont deux manières différentes de raconter le même mystère de la Création. Ils se confirment mutuellement et montrent combien le langage humain reste inadéquat pour « enfermer ce qui le dépasse ». Dit positivement, il faut tout le langage humain, dans sa variété et sa richesse, pour déployer le dessein créateur de Dieu. Il nous revient d'en développer quelques points à présent.


1. Création et commencement

« En un commencement où Dieu créa le ciel et la terre »... Ces premières paroles de la Genèse nous placent à la jointure de l'œuvre divine et de la réflexion humaine. La création est inscrite dans le temps : elle a commencé à un moment précis. Cette création est d'ailleurs aussi création du temps. « Au moment de »... cela signifie que le temps survient, que l'histoire du monde, des plantes, des animaux, des hommes... que cette histoire commence un jour pour la plus grande gloire de Dieu. Le temps comme l'espace sont deux catégories dans lesquelles nous sommes plongés comme êtres humains, comme êtres créés : impossible de penser, de faire un projet, de nous présenter, de nous rencontrer, sans situer toutes ces opérations dans l'espace et le temps.

Mais d'une certaine manière, l'espace et le temps ne préexistent pas à notre propre être créé. Comme créatures, nous sommes dans le temps et l'espace. Le temps et l'espace sont des créatures, car ils surviennent en même temps que le reste des créatures.

« Il y eut un commencement... et Dieu vit que cela était bon ». Ce commencement nous fait penser à une rupture entre ce qui n'était pas et ce qui vient à l'existence. Il suggère aussi de nombreuses questions : Dieu avait-il besoin de créer ? d'avoir un monde pour manifester sa puissance, pour s'en convaincre, pour que ses créatures lui rendent honneur, gloire et puissance ? Si Dieu est amour, avait-il besoin d'un amour en retour pour être heureux ?

Manifester ainsi de manière abrupte que toutes les créatures auraient pu ne pas être, c'est manifester la différence infinie qu'il y a entre Dieu et toutes ses créatures. Entre le néant et quelque chose, il y a tout. Il y a l'existence. Il y a une différence radicale. D'un point de vue philosophique, du côté de chacun d'entre nous, le mot « création » signifie « avoir commencé à exister à un moment du temps ». Notre existence par ailleurs ne présuppose rien de notre part : nous n'avons rien voulu, nous n'étions rien, nous n'avions aucun préalable ni droit, ni invitation, ni préformation. Des éléments du monde peuvent expliquer le « comment » de notre présence, mais le « pourquoi » radical, l'ultime raison ne nous appartient pas, ni à nos parents par ailleurs. Il ne suffit que de remonter dans le temps pour se rendre compte de notre condition contingente.

Comment vivre cet état d'être créé ? En le niant, en le regrettant, en l'acceptant, en essayant de comprendre son sens, en réfléchissant à sa portée dans notre histoire humaine et personnelle ? Autant d'attitudes fondamentales qui forment la trame quotidienne - consciente ou non - de nos vies. Concrètement, cela signifie qu'un des enjeux de notre existence réside dans la reconnaissance de notre condition de créature. Rappelons qu'au début des Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola pose le fondement de toute aventure spirituelle en réfléchissant sur la condition d'être créé. Il écrit : « L'homme est créé pour louer, servir et respecter Dieu Notre Seigneur et par là sauver son âme ». Une des questions spirituelles fondamentale consiste en ce décentrement parfois nécessaire de la créature qui se reconnaît joyeusement créature et non créateur au sens absolu du terme. L'idée de création atteint son maximum d'intensité chez l'être humain dans la prise de conscience de son existence personnelle et dans le constat étonné que chacun peut faire : « je suis et j'aurais pu ne pas être. Je n'ai rien fait pour venir au monde. Je n'y suis pour rien ». L'homme peut refuser son être créé et même l'existence d'un Créateur. Il ne peut pas, sans se détruire lui-même, nier qu'il n'est pas à l'origine absolue de lui-même ni d'autrui.



2. La création comme mystère d'alliance

Une relation personnelle

Se savoir créé est plus qu'une perception intuitive ou nécessaire d'une contingence radicale. Elle est la découverte progressive d'une relation : la vie est un don et ce don même nous met en lien étroit avec le Donateur, même inconnu. L'amour de Dieu est gratuit, infini, inépuisable : il s'offre dans la relation même où nous venons à l'existence. La création est l'établissement d'un lien, d'une alliance entre le Créateur et chaque personne en particulier. Cette relation est mise en évidence dans le deuxième récit de la Genèse : Dieu est comparé à un potier qui travaille et qui, de ses mains d'artisan, modèle l'homme (Gn 2,7). Il lui souffle sa propre « haleine de vie ». Il place l'homme dans un jardin. Il lui parle. Il prend souci de lui et lui cherche « une aide qui lui soit accordée » (Gn 2,18). Il écoute son cri de louange lorsque l'homme voit la femme pour la première fois.

L'homme est ainsi constitué en alliance. Cette relation n'est pas fortuite : elle constitue son être. Elle le définit. Dès l'origine, l'homme est en contact intime avec son créateur. Cette relation n'est pas non plus ponctuelle : si l'homme reste homme, c'est parce qu'il est créé. Il demeure à chaque instant dans la relation qui le constitue. Il peut la refuser librement. Cette mise « en alliance », offerte dès l'origine dans le don de l'homme à lui-même, ne peut être détruite. Dieu reste fidèle à ce qu'il fait. Qui dit création, dit alliance offerte, dit une liberté mise en relation et appelée à donner un sens singulier à cette alliance. Autrement dit, si tout homme est une créature de Dieu, il est et reste dans ses mains. Les mains de Dieu sont cependant ouvertes. La création n'est pas un emprisonnement, mais un soutien dans l'existence. Cette alliance est la condition dans le temps et dans l'espace d'une « histoire du salut », d'une « économie du salut ». Cette création n'est pas un simple processus mécanique ou biologique. Cette création demeure toujours comme une relation existentielle assumée, acceptée, refusée, blessée. L'homme est créé pour toujours, c'est-à-dire mis en relation avec le Donateur de sa propre vie, de son propre mystère.


Une décision divine

Dans cette relation que Dieu établit avec ce qu'il crée, l'homme occupe une place privilégiée. Les deux récits bibliques l'attestent. La création de l'homme relève d'une décision divine : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1,26). Ce pluriel peut être interprété bien sûr à la lumière de la révélation en Jésus Christ : l'Ancien Testament se lit à la lumière du Nouveau. Le surgissement de l'homme est issu d'une décision personnelle, de l'amour trinitaire qui préside à l'origine de l'être humain.

Du point de vue de Dieu, il ne s'agit pas d'une nécessité, d'un besoin à assouvir, mais bien plutôt d'une abondance d'amour qui se répand comme par surcroît. C'est à l'intérieur d'un flux et d'un reflux d'amour que l'homme est conçu : il n'épuise en rien cet amour intense qui se communique éternellement du Père au Fils et à l'Esprit. L'homme apparaît dans le jaillissement infini de leur amour. La litanie symbolique des 5 premiers jours de la création montre la profusion du monde des créatures : la lumière, le firmament, les luminaires, la terre et le ciel, les eaux qui grouillent... Une vitalité impressionnante se dégage de ce récit : elle rappelle la force qui habite les bourgeons au printemps, ou la sève qui coule de la vigne fraîchement taillée.

Dieu décide : l'homme n'est donc pas issu du hasard, d'un accident, d'une imprécision du projet créateur. Il a été voulu par Dieu. Cette décision constitue l'homme dans son être profond, dans sa dignité. Quelles que soient les époques, les races, les conditions de l'avènement à l'existence de l'homme, il peut acquérir cette conviction et recevoir cette foi qu'il a été voulu par Dieu. L'homme est à l'image de Dieu, c'est-à-dire qu'il est « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (Gaudium et spes n24,3). Cela ne signifie pas que Dieu fasse abstraction des lois de la nature et des conditions humaines. Cela signifie que dans la conscience de tout homme peut être conservée et fortifiée la certitude qu'il est « voulu pour lui-même » et qu'il « ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même » (GS n24,3).

Dieu décide : la révélation nous en donnera toutes les composantes à travers la personne de Jésus. Ce Dieu n'est pas une abstraction, une idée, une invention, une projection. C'est une unité d'amour. Cette volonté qui nous constitue est aussi personnelle. Ce n'est pas un système, un programme. Le mot « projet » pourrait même nous mettre sur une fausse piste : le mot « dessein » est plus ample. Dieu dessine avec l'homme un horizon de dignité et de vie tel qu'il est et peut devenir chaque jour plus « image et ressemblance divine ».

Dieu décide : on devine l'importance de cette décision à l'intérieur des récits de création. A l'origine, Il est. A l'origine, le souffle de Dieu planait à la surface des eaux (Gn 1,1). A l'origine, Dieu « dit » : Dieu parle. Le verbe « dire » est un terme fort. Saint Jean parle ainsi de la deuxième personne de la Trinité : le Verbe s'est fait chair. Quand Dieu parle, il fait. Quand Dieu dit, il manifeste sa volonté. Cette parole n'est pas verbiage : elle réalise vraiment ce qu'elle dit. C'est une parole créatrice où Dieu exprime sa volonté : un souhait est exprimé et réalisé « Que les eaux inférieures au ciel ... » Cette volonté s'exprime dans une bénédiction et une exhortation face à l'homme : « Soyez féconds et prolifiques... 1,28 ».



3. La création de l'homme et de la femme

La place privilégiée de l'homme dans la nature

Les deux récits soulignent la connivence de l'homme avec toute l'œuvre créatrice de Dieu. L'homme surgit dans un univers qui est déjà dans la main de Dieu. Le premier récit marque d'une manière liturgique les étapes de la création de ce monde dans lequel l'homme est posé « à l'image et à la ressemblance » divine. Le récit de création atteint un sommet à ce moment. Dieu confie ensuite ce monde à l'homme. C'est une manière pour l'homme (en son humanité) d'y découvrir sa véritable identité et sa mission : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-là. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et toute bête qui remue sur la terre » (Gn 1,28).

L'homme acquiert une conscience de lui-même à travers ce « travail » qui lui est confié. Il se fortifie lui-même. Dans le deuxième récit, l'homme (ish) est appelé à « désigner par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs » (Gn 2,19). Dans cette « nomination », l'homme prend conscience de sa propre identité. D'un point de vue négatif, puisqu'il ne « trouve pas l'aide qui lui soit accordée ». D'un point de vue positif, puisqu'il se saisit dans sa radicale différence du monde des vivants, des animaux et des plantes. D'un côté, il découvre une solitude qui lui fait aspirer à l'« aide qui lui soit parfaitement accordée » (Gn 2,20) ; d'un autre côté, il s'éprouve comme être d'esprit, différent du monde créé, particulièrement établi comme « image et ressemblance » divine.

Cette solitude originelle nous éclaire sur notre condition humaine face à Dieu : nous sommes en attente, assoiffés d'un lien, d'une communion personnelle et singulière avec le Créateur. Nous sommes créés dès l'origine avec cette aspiration, avec cette soif qui ne peut être comblé par le monde de la nature. Cette solitude originelle nous montre que nous sommes « ordonnés à une communion » humaine d'un type particulier. L'homme est un être social. Nous sommes faits pour aimer, pour nous aider, pour partager l'être d'esprit que nous sommes. Nous sommes structurés en quelque sorte pour l'altérité et pour l'infini de cette altérité. On peut exprimer cette évidence en disant que « mis en alliance par le Dieu créateur, nous sommes des êtres faits pour l'alliance » ; nous sommes créés pour entrer en communion. Chacun de nous a une structure nuptiale. C'est même cette image qui nous définirait le plus profondément...

Cette capacité d'aimer est notre condition de créature : elle s'exprime dans la louange, le respect et le service de Dieu Notre Seigneur. Soulignons l'importance de cette capacité pour tout homme d'un lien nuptial avec Dieu : l'alliance créatrice a une image conjugale. Que cette capacité s'exprime dans le célibat consacré ou dans la relation conjugale, c'est l'histoire de la vocation de chacun qui en témoignera. A l'origine, pour tout homme, il y a une égalité structurelle qui le rend capable d'aimer son Créateur.


La création de la femme

N'est-ce pas Dieu lui-même qui se rend compte de l'inachèvement de son œuvre créatrice quand il dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée » (littéralement « comme son vis-à-vis ») (Gn 2,18) ? Dans le dessein créateur divin, l'homme est appelée sur la terre à un dialogue d'égal à égal. Les vis-à-vis de l'homme sont à la fois Dieu comme créateur, et tout « autre homme ». Le monde animal ne comble pas l'humanité. Cette structure sponsale de l'humanité est une capacité à entrer en communion avec l'autre. Ce point est fondamental car l'altérité n'est pas d'abord l'étrangeté ni la différence : l'altérité est conçue comme communion. Si deux êtres sont appelés, comme « ordonnés », offerts l'un à l'autre, c'est qu'ils sont égaux en dignité en même temps que différents.

Nous savons bien que ce statut de l'homme et de la femme, et la manière de le vivre en couples et en société, est une des questions les plus fondamentales de notre temps. Elle l'a toujours été ! Actuellement nous en mesurons peut-être plus certaines conséquences et enjeux pour le bien commun, la vie en couple, la vie en Eglise. La réflexion sur les origines de l'humanité nous rappelle que l'homme est bien un être social, ouvert aux autres. Il n'est pas « misanthrope » par nature. La peur de l'autre est une réalité, mais elle exprime toujours une blessure. Elle peut être un refus, un péché, une faute de l'homme contre l'homme. Cette dialectique d'opposition ou d'agressivité entre les hommes est le fruit de la liberté et les conséquences d'un refus du plan de Dieu.

De fait, l'intersubjectivité appartient à la nature de l'homme. Elle est appelée à s'exprimer dans l'histoire, dans la rencontre entre l'homme et la femme. Le face à face dans l'humanité est bon. Il est pluriel. Il se vit dans la différence. Il est voulu par Dieu. L'homme est homme dès sa création : dans sa relation originelle entre lui et son Créateur. Mais cette humanité s'exerce, s'actue, entre dans l'histoire à travers toute rencontre. La rencontre elle-même, surtout quand elle est découverte de l'autre dans son mystère d'être créé, est voulue par Dieu. C'est le sens aussi du sommeil d'Adam.

Il est intéressant de noter dans le récit que la création d'Eve - événement important -, s'effectue durant le sommeil de l'homme (Gn 1,21). Dans cet acte créateur, la femme ne dépend pas d'une volonté explicite de l'homme, mais directement de Dieu. L'égale dignité de l'homme et de la femme en face du créateur est ainsi directement affirmée. Par rapport au premier récit où les deux sexes sont créés simultanément, il n'y a pas contradiction. Dans le premier récit, la création de l'humanité est création de « l'homme et de la femme ». Le temps du premier récit n'est pas un temps des actions humaines habituelles, c'est le temps liturgique de la « semaine ». En Gn 2, le temps du récit est plus celui des actions humaines et communes : modeler, insuffler, placer, cultiver, nommer. L'expression est plus existentielle, plus dramatique. L'affirmation est la même : la femme comme l'homme est créée par Dieu. Dans l'ordre de l'histoire, le récit manifeste plus la question des libertés placées face à face dans la création. L'homme reçoit sa femme de Dieu durant son sommeil. Il est appelé à l'accueillir des mains de Dieu. Son bonheur fait plaisir à voir et à entendre. Il se dit dans une louange et un cri : « Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l'appellera femme car c'est de l'homme qu'elle a été prise » (Gn 1,23). La première parole de l'origine, rapportée par l'Ecriture, est une louange de l'homme pour ce qu'il voit et reçoit des mains du créateur. La femme est donnée à l'homme par Dieu. Ils sont donnés l'un à l'autre à travers leur histoire personnelle. Dans l'histoire de la création, il y a donc toute une place pour le don des libertés.

Cette symbolique du sommeil et du réveil nous montre l'importance des libertés au cœur de la création. Un travail est fait par Dieu. Il reste à l'homme à l'accomplir dans l'histoire. Dans le plan de Dieu, la femme est donnée à l'homme et l'homme à la femme. Ce don réciproque ne les diminue ni ne les amoindrit. Donnés l'un à l'autre par Dieu, ils conservent leur dignité propre. Ils ne sont pas donnés comme objet mais comme sujet, comme des personnes.

Que la femme soit créée en second lieu n'est pas signe d'une infériorité par rapport à l'homme. Cet épisode n'est pas purement chronologique. Dans l'ordre des libertés, ce serait plutôt le signe d'une finalité. La femme est créée pour l'homme. Leur union est pour une communion. La phrase qui conclut le récit (Gn 2,24) est assez explicite : « C'est pourquoi, il quittera son père et sa mère ... ». L'homme est appelé à quitter son lieu d'origine pour écrire son histoire personnelle avec la femme. L'homme n'est pas créé pour lui-même, comme un en-soi. Il est créé pour une communion qui dépasse l'origine comme les générations. La femme n'est pas complémentaire de l'homme au sens où il en a besoin pour combler une « mauvaise solitude » : elle est complémentaire au sens où elle conduit l'homme à la perfection de son être créé. L'homme et la femme ne se donnent pas ce qui leur manque. Que ce soit au niveau de leur être profond comme de l'expression de leurs désirs, ils ont à se recevoir de Dieu et à se donner l'un à l'autre dans une véritable reconnaissance de leur être profond. Le plus court chemin entre moi et autrui, c'est Dieu. La différence dans l'autre, et la différence la plus forte qu'est la sexualité, est pour une communion, une perfection mutuelle.


4. Sous forme de conclusions

On peut donner plusieurs définitions de l'homme et chercher aussi à le décrire de multiples manières. En lisant l'Ecriture, nous comprenons mieux ce qu'il est. Nous sommes situés dans une nature qui dépend de Dieu. Nous sommes à la fois dans ce monde et différents de ce monde : nous sommes des êtres créés, mais nous avons une place particulière dans la création. Dès l'origine, nous baignons dans une bonté et un amour débordants. Se reconnaître créé, c'est affirmer cette bonté ; c'est dire qu'à la source de notre existence tout est don.

L'homme est une créature : il perçoit ses limites sur l'horizon de la transcendance de Dieu. Chacun de nous aurait pu « ne pas être ». Constater que nous existons, c'est entrer dans une action de grâce dont le motif peut être éternel.

La création est une manière de vivre en alliance. Toute alliance va symboliser aussi la création dans sa vie, sa bonté, son dynamisme. Cette alliance a les caractéristiques des épousailles humaines : l'homme a une structure nuptiale, une capacité de se donner amoureusement à Dieu et aux autres.

Il y a deux modalités d'appartenance à l'humanité : la différence entre l'homme et la femme est radicale. Elle surgit sur une égalité de dignité. L'homme et la femme sont ordonnés l'un à l'autre. Une part du mystère de l'homme reste obscurci s'il n'est pas éclairé par celui de la femme et réciproquement.



A. Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws
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