Les premières pages de la Bible sont les fondements de toute vie chrétienne, car elles nous livrent le dessein d'amour créateur de Dieu. La Parole de Dieu révèle ses innombrables facettes au fil des multiples lectures qu'on en fait, au fil du temps qui passe et qui est le temps de notre vie. Relisons encore ces textes fondateurs. Relisons encore ces textes fondateurs.
Rappelons-nous qu'il y a deux récits de la création du monde : au chapitre 1 et au chapitre 2 du livre de la Genèse. Ces deux récits sont deux manières différentes de raconter le même mystère de la Création. Ils se confirment mutuellement et montrent combien le langage humain reste inadéquat pour « enfermer ce qui le dépasse ». Dit positivement, il faut tout le langage humain, dans sa variété et sa richesse, pour déployer le dessein créateur de Dieu. Il nous revient d'en développer quelques points à présent.
1. Création et commencement
« En un commencement où Dieu créa le ciel et la terre »... Ces premières paroles de la Genèse nous placent à la jointure de l'œuvre divine et de la réflexion humaine. La création est inscrite dans le temps : elle a commencé à un moment précis. Cette création est d'ailleurs aussi création du temps. « Au moment de »... cela signifie que le temps survient, que l'histoire du monde, des plantes, des animaux, des hommes... que cette histoire commence un jour pour la plus grande gloire de Dieu. Le temps comme l'espace sont deux catégories dans lesquelles nous sommes plongés comme êtres humains, comme êtres créés : impossible de penser, de faire un projet, de nous présenter, de nous rencontrer, sans situer toutes ces opérations dans l'espace et le temps.
Mais d'une certaine manière, l'espace et le temps ne préexistent pas à notre propre être créé. Comme créatures, nous sommes dans le temps et l'espace. Le temps et l'espace sont des créatures, car ils surviennent en même temps que le reste des créatures.
« Il y eut un commencement... et Dieu vit que cela était bon ». Ce commencement nous fait penser à une rupture entre ce qui n'était pas et ce qui vient à l'existence. Il suggère aussi de nombreuses questions : Dieu avait-il besoin de créer ? d'avoir un monde pour manifester sa puissance, pour s'en convaincre, pour que ses créatures lui rendent honneur, gloire et puissance ? Si Dieu est amour, avait-il besoin d'un amour en retour pour être heureux ?
Manifester ainsi de manière abrupte que toutes les créatures auraient pu ne pas être, c'est manifester la différence infinie qu'il y a entre Dieu et toutes ses créatures. Entre le néant et quelque chose, il y a tout. Il y a l'existence. Il y a une différence radicale. D'un point de vue philosophique, du côté de chacun d'entre nous, le mot « création » signifie « avoir commencé à exister à un moment du temps ». Notre existence par ailleurs ne présuppose rien de notre part : nous n'avons rien voulu, nous n'étions rien, nous n'avions aucun préalable ni droit, ni invitation, ni préformation. Des éléments du monde peuvent expliquer le « comment » de notre présence, mais le « pourquoi » radical, l'ultime raison ne nous appartient pas, ni à nos parents par ailleurs. Il ne suffit que de remonter dans le temps pour se rendre compte de notre condition contingente.
Comment vivre cet état d'être créé ? En le niant, en le regrettant, en l'acceptant, en essayant de comprendre son sens, en réfléchissant à sa portée dans notre histoire humaine et personnelle ? Autant d'attitudes fondamentales qui forment la trame quotidienne - consciente ou non - de nos vies. Concrètement, cela signifie qu'un des enjeux de notre existence réside dans la reconnaissance de notre condition de créature. Rappelons qu'au début des Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola pose le fondement de toute aventure spirituelle en réfléchissant sur la condition d'être créé. Il écrit : « L'homme est créé pour louer, servir et respecter Dieu Notre Seigneur et par là sauver son âme ». Une des questions spirituelles fondamentale consiste en ce décentrement parfois nécessaire de la créature qui se reconnaît joyeusement créature et non créateur au sens absolu du terme. L'idée de création atteint son maximum d'intensité chez l'être humain dans la prise de conscience de son existence personnelle et dans le constat étonné que chacun peut faire : « je suis et j'aurais pu ne pas être. Je n'ai rien fait pour venir au monde. Je n'y suis pour rien ». L'homme peut refuser son être créé et même l'existence d'un Créateur. Il ne peut pas, sans se détruire lui-même, nier qu'il n'est pas à l'origine absolue de lui-même ni d'autrui.
2. La création comme mystère d'alliance
Une relation personnelle
Se savoir créé est plus qu'une perception intuitive ou nécessaire d'une contingence radicale. Elle est la découverte progressive d'une relation : la vie est un don et ce don même nous met en lien étroit avec le Donateur, même inconnu. L'amour de Dieu est gratuit, infini, inépuisable : il s'offre dans la relation même où nous venons à l'existence. La création est l'établissement d'un lien, d'une alliance entre le Créateur et chaque personne en particulier. Cette relation est mise en évidence dans le deuxième récit de la Genèse : Dieu est comparé à un potier qui travaille et qui, de ses mains d'artisan, modèle l'homme (Gn 2,7). Il lui souffle sa propre « haleine de vie ». Il place l'homme dans un jardin. Il lui parle. Il prend souci de lui et lui cherche « une aide qui lui soit accordée » (Gn 2,18). Il écoute son cri de louange lorsque l'homme voit la femme pour la première fois.
L'homme est ainsi constitué en alliance. Cette relation n'est pas fortuite : elle constitue son être. Elle le définit. Dès l'origine, l'homme est en contact intime avec son créateur. Cette relation n'est pas non plus ponctuelle : si l'homme reste homme, c'est parce qu'il est créé. Il demeure à chaque instant dans la relation qui le constitue. Il peut la refuser librement. Cette mise « en alliance », offerte dès l'origine dans le don de l'homme à lui-même, ne peut être détruite. Dieu reste fidèle à ce qu'il fait. Qui dit création, dit alliance offerte, dit une liberté mise en relation et appelée à donner un sens singulier à cette alliance. Autrement dit, si tout homme est une créature de Dieu, il est et reste dans ses mains. Les mains de Dieu sont cependant ouvertes. La création n'est pas un emprisonnement, mais un soutien dans l'existence. Cette alliance est la condition dans le temps et dans l'espace d'une « histoire du salut », d'une « économie du salut ». Cette création n'est pas un simple processus mécanique ou biologique. Cette création demeure toujours comme une relation existentielle assumée, acceptée, refusée, blessée. L'homme est créé pour toujours, c'est-à-dire mis en relation avec le Donateur de sa propre vie, de son propre mystère.
Une décision divine
Dans cette relation que Dieu établit avec ce qu'il crée, l'homme occupe une place privilégiée. Les deux récits bibliques l'attestent. La création de l'homme relève d'une décision divine : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1,26). Ce pluriel peut être interprété bien sûr à la lumière de la révélation en Jésus Christ : l'Ancien Testament se lit à la lumière du Nouveau. Le surgissement de l'homme est issu d'une décision personnelle, de l'amour trinitaire qui préside à l'origine de l'être humain.
Du point de vue de Dieu, il ne s'agit pas d'une nécessité, d'un besoin à assouvir, mais bien plutôt d'une abondance d'amour qui se répand comme par surcroît. C'est à l'intérieur d'un flux et d'un reflux d'amour que l'homme est conçu : il n'épuise en rien cet amour intense qui se communique éternellement du Père au Fils et à l'Esprit. L'homme apparaît dans le jaillissement infini de leur amour. La litanie symbolique des 5 premiers jours de la création montre la profusion du monde des créatures : la lumière, le firmament, les luminaires, la terre et le ciel, les eaux qui grouillent... Une vitalité impressionnante se dégage de ce récit : elle rappelle la force qui habite les bourgeons au printemps, ou la sève qui coule de la vigne fraîchement taillée.
Dieu décide : l'homme n'est donc pas issu du hasard, d'un accident, d'une imprécision du projet créateur. Il a été voulu par Dieu. Cette décision constitue l'homme dans son être profond, dans sa dignité. Quelles que soient les époques, les races, les conditions de l'avènement à l'existence de l'homme, il peut acquérir cette conviction et recevoir cette foi qu'il a été voulu par Dieu. L'homme est à l'image de Dieu, c'est-à-dire qu'il est « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (Gaudium et spes n24,3). Cela ne signifie pas que Dieu fasse abstraction des lois de la nature et des conditions humaines. Cela signifie que dans la conscience de tout homme peut être conservée et fortifiée la certitude qu'il est « voulu pour lui-même » et qu'il « ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même » (GS n24,3).
Dieu décide : la révélation nous en donnera toutes les composantes à travers la personne de Jésus. Ce Dieu n'est pas une abstraction, une idée, une invention, une projection. C'est une unité d'amour. Cette volonté qui nous constitue est aussi personnelle. Ce n'est pas un système, un programme. Le mot « projet » pourrait même nous mettre sur une fausse piste : le mot « dessein » est plus ample. Dieu dessine avec l'homme un horizon de dignité et de vie tel qu'il est et peut devenir chaque jour plus « image et ressemblance divine ».
Dieu décide : on devine l'importance de cette décision à l'intérieur des récits de création. A l'origine, Il est. A l'origine, le souffle de Dieu planait à la surface des eaux (Gn 1,1). A l'origine, Dieu « dit » : Dieu parle. Le verbe « dire » est un terme fort. Saint Jean parle ainsi de la deuxième personne de la Trinité : le Verbe s'est fait chair. Quand Dieu parle, il fait. Quand Dieu dit, il manifeste sa volonté. Cette parole n'est pas verbiage : elle réalise vraiment ce qu'elle dit. C'est une parole créatrice où Dieu exprime sa volonté : un souhait est exprimé et réalisé « Que les eaux inférieures au ciel ... » Cette volonté s'exprime dans une bénédiction et une exhortation face à l'homme : « Soyez féconds et prolifiques... 1,28 ».
3. La création de l'homme et de la femme
La place privilégiée de l'homme dans la nature
Les deux récits soulignent la connivence de l'homme avec toute l'œuvre créatrice de Dieu. L'homme surgit dans un univers qui est déjà dans la main de Dieu. Le premier récit marque d'une manière liturgique les étapes de la création de ce monde dans lequel l'homme est posé « à l'image et à la ressemblance » divine. Le récit de création atteint un sommet à ce moment. Dieu confie ensuite ce monde à l'homme. C'est une manière pour l'homme (en son humanité) d'y découvrir sa véritable identité et sa mission : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-là. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et toute bête qui remue sur la terre » (Gn 1,28).
L'homme acquiert une conscience de lui-même à travers ce « travail » qui lui est confié. Il se fortifie lui-même. Dans le deuxième récit, l'homme (ish) est appelé à « désigner par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs » (Gn 2,19). Dans cette « nomination », l'homme prend conscience de sa propre identité. D'un point de vue négatif, puisqu'il ne « trouve pas l'aide qui lui soit accordée ». D'un point de vue positif, puisqu'il se saisit dans sa radicale différence du monde des vivants, des animaux et des plantes. D'un côté, il découvre une solitude qui lui fait aspirer à l'« aide qui lui soit parfaitement accordée » (Gn 2,20) ; d'un autre côté, il s'éprouve comme être d'esprit, différent du monde créé, particulièrement établi comme « image et ressemblance » divine.
Cette solitude originelle nous éclaire sur notre condition humaine face à Dieu : nous sommes en attente, assoiffés d'un lien, d'une communion personnelle et singulière avec le Créateur. Nous sommes créés dès l'origine avec cette aspiration, avec cette soif qui ne peut être comblé par le monde de la nature. Cette solitude originelle nous montre que nous sommes « ordonnés à une communion » humaine d'un type particulier. L'homme est un être social. Nous sommes faits pour aimer, pour nous aider, pour partager l'être d'esprit que nous sommes. Nous sommes structurés en quelque sorte pour l'altérité et pour l'infini de cette altérité. On peut exprimer cette évidence en disant que « mis en alliance par le Dieu créateur, nous sommes des êtres faits pour l'alliance » ; nous sommes créés pour entrer en communion. Chacun de nous a une structure nuptiale. C'est même cette image qui nous définirait le plus profondément...
Cette capacité d'aimer est notre condition de créature : elle s'exprime dans la louange, le respect et le service de Dieu Notre Seigneur. Soulignons l'importance de cette capacité pour tout homme d'un lien nuptial avec Dieu : l'alliance créatrice a une image conjugale. Que cette capacité s'exprime dans le célibat consacré ou dans la relation conjugale, c'est l'histoire de la vocation de chacun qui en témoignera. A l'origine, pour tout homme, il y a une égalité structurelle qui le rend capable d'aimer son Créateur.
La création de la femme
N'est-ce pas Dieu lui-même qui se rend compte de l'inachèvement de son œuvre créatrice quand il dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée » (littéralement « comme son vis-à-vis ») (Gn 2,18) ? Dans le dessein créateur divin, l'homme est appelée sur la terre à un dialogue d'égal à égal. Les vis-à-vis de l'homme sont à la fois Dieu comme créateur, et tout « autre homme ». Le monde animal ne comble pas l'humanité. Cette structure sponsale de l'humanité est une capacité à entrer en communion avec l'autre. Ce point est fondamental car l'altérité n'est pas d'abord l'étrangeté ni la différence : l'altérité est conçue comme communion. Si deux êtres sont appelés, comme « ordonnés », offerts l'un à l'autre, c'est qu'ils sont égaux en dignité en même temps que différents.
Nous savons bien que ce statut de l'homme et de la femme, et la manière de le vivre en couples et en société, est une des questions les plus fondamentales de notre temps. Elle l'a toujours été ! Actuellement nous en mesurons peut-être plus certaines conséquences et enjeux pour le bien commun, la vie en couple, la vie en Eglise. La réflexion sur les origines de l'humanité nous rappelle que l'homme est bien un être social, ouvert aux autres. Il n'est pas « misanthrope » par nature. La peur de l'autre est une réalité, mais elle exprime toujours une blessure. Elle peut être un refus, un péché, une faute de l'homme contre l'homme. Cette dialectique d'opposition ou d'agressivité entre les hommes est le fruit de la liberté et les conséquences d'un refus du plan de Dieu.
De fait, l'intersubjectivité appartient à la nature de l'homme. Elle est appelée à s'exprimer dans l'histoire, dans la rencontre entre l'homme et la femme. Le face à face dans l'humanité est bon. Il est pluriel. Il se vit dans la différence. Il est voulu par Dieu. L'homme est homme dès sa création : dans sa relation originelle entre lui et son Créateur. Mais cette humanité s'exerce, s'actue, entre dans l'histoire à travers toute rencontre. La rencontre elle-même, surtout quand elle est découverte de l'autre dans son mystère d'être créé, est voulue par Dieu. C'est le sens aussi du sommeil d'Adam.
Il est intéressant de noter dans le récit que la création d'Eve - événement important -, s'effectue durant le sommeil de l'homme (Gn 1,21). Dans cet acte créateur, la femme ne dépend pas d'une volonté explicite de l'homme, mais directement de Dieu. L'égale dignité de l'homme et de la femme en face du créateur est ainsi directement affirmée. Par rapport au premier récit où les deux sexes sont créés simultanément, il n'y a pas contradiction. Dans le premier récit, la création de l'humanité est création de « l'homme et de la femme ». Le temps du premier récit n'est pas un temps des actions humaines habituelles, c'est le temps liturgique de la « semaine ». En Gn 2, le temps du récit est plus celui des actions humaines et communes : modeler, insuffler, placer, cultiver, nommer. L'expression est plus existentielle, plus dramatique. L'affirmation est la même : la femme comme l'homme est créée par Dieu. Dans l'ordre de l'histoire, le récit manifeste plus la question des libertés placées face à face dans la création. L'homme reçoit sa femme de Dieu durant son sommeil. Il est appelé à l'accueillir des mains de Dieu. Son bonheur fait plaisir à voir et à entendre. Il se dit dans une louange et un cri : « Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l'appellera femme car c'est de l'homme qu'elle a été prise » (Gn 1,23). La première parole de l'origine, rapportée par l'Ecriture, est une louange de l'homme pour ce qu'il voit et reçoit des mains du créateur. La femme est donnée à l'homme par Dieu. Ils sont donnés l'un à l'autre à travers leur histoire personnelle. Dans l'histoire de la création, il y a donc toute une place pour le don des libertés.
Cette symbolique du sommeil et du réveil nous montre l'importance des libertés au cœur de la création. Un travail est fait par Dieu. Il reste à l'homme à l'accomplir dans l'histoire. Dans le plan de Dieu, la femme est donnée à l'homme et l'homme à la femme. Ce don réciproque ne les diminue ni ne les amoindrit. Donnés l'un à l'autre par Dieu, ils conservent leur dignité propre. Ils ne sont pas donnés comme objet mais comme sujet, comme des personnes.
Que la femme soit créée en second lieu n'est pas signe d'une infériorité par rapport à l'homme. Cet épisode n'est pas purement chronologique. Dans l'ordre des libertés, ce serait plutôt le signe d'une finalité. La femme est créée pour l'homme. Leur union est pour une communion. La phrase qui conclut le récit (Gn 2,24) est assez explicite : « C'est pourquoi, il quittera son père et sa mère ... ». L'homme est appelé à quitter son lieu d'origine pour écrire son histoire personnelle avec la femme. L'homme n'est pas créé pour lui-même, comme un en-soi. Il est créé pour une communion qui dépasse l'origine comme les générations. La femme n'est pas complémentaire de l'homme au sens où il en a besoin pour combler une « mauvaise solitude » : elle est complémentaire au sens où elle conduit l'homme à la perfection de son être créé. L'homme et la femme ne se donnent pas ce qui leur manque. Que ce soit au niveau de leur être profond comme de l'expression de leurs désirs, ils ont à se recevoir de Dieu et à se donner l'un à l'autre dans une véritable reconnaissance de leur être profond. Le plus court chemin entre moi et autrui, c'est Dieu. La différence dans l'autre, et la différence la plus forte qu'est la sexualité, est pour une communion, une perfection mutuelle.
4. Sous forme de conclusions
On peut donner plusieurs définitions de l'homme et chercher aussi à le décrire de multiples manières. En lisant l'Ecriture, nous comprenons mieux ce qu'il est. Nous sommes situés dans une nature qui dépend de Dieu. Nous sommes à la fois dans ce monde et différents de ce monde : nous sommes des êtres créés, mais nous avons une place particulière dans la création. Dès l'origine, nous baignons dans une bonté et un amour débordants. Se reconnaître créé, c'est affirmer cette bonté ; c'est dire qu'à la source de notre existence tout est don.
L'homme est une créature : il perçoit ses limites sur l'horizon de la transcendance de Dieu. Chacun de nous aurait pu « ne pas être ». Constater que nous existons, c'est entrer dans une action de grâce dont le motif peut être éternel.
La création est une manière de vivre en alliance. Toute alliance va symboliser aussi la création dans sa vie, sa bonté, son dynamisme. Cette alliance a les caractéristiques des épousailles humaines : l'homme a une structure nuptiale, une capacité de se donner amoureusement à Dieu et aux autres.
Il y a deux modalités d'appartenance à l'humanité : la différence entre l'homme et la femme est radicale. Elle surgit sur une égalité de dignité. L'homme et la femme sont ordonnés l'un à l'autre. Une part du mystère de l'homme reste obscurci s'il n'est pas éclairé par celui de la femme et réciproquement.
A. Mattheeuws s.j.