Ce temps pascal qui se termine et s’accomplit dans les grandes fêtes qui viennent (Ascension et Pentecôte) n’est pas lié
seulement au printemps qui vient enfin, aux feuilles qui apparaissent et à la température extérieure qui monte. Nous avons une assurance dans notre cœur : Le Christ est vivant. Il est
ressuscité. « C’est bien le Seigneur, le Christ, que vous devez connaître dans vos cœurs comme le seul saint », nous disent les « Actes des Apôtres ». Etre renouvelé
dans sa foi, c’est clairement se centrer sur la personne du Christ : son existence, ce qu’il a fait pour nous, sa présence parmi ses disciples. L’époque des professions de foi et des
confirmations pour les jeunes, est une époque favorable pour nous tous. Le credo de Pâques a mis une lumière nouvelle dans nos vies bien occupées. Il nous faut l’entretenir, encore mieux que la
flamme olympique qui se promène de par le monde. Mais comment être sûrs de connaître Jésus ? Considérons 4 chemins qui mènent tous au Christ : la prière, le témoignage, une vie
dynamique et de respect des commandements, l’accueil de l’Esprit saint.
1. Par la prière ? Il faut du temps et un lieu pour prier en famille, avec son conjoint, en communauté. Il faut oser prier seul dans sa
chambre, aux pieds de son lit, dans un clair silence. Comme les jeunes à Taizé, comme dans les nuits d’adoration, comme dans les retraites de confirmation, ne négligeons pas ces carrefours
décisifs où notre âme est intérieure au Christ. Les formes de prière sont variées, mais il s’agit toujours d’être présent et attentif à l’hôte intérieur de nos âmes : à la Trinité qui nous
habite. Sans cette prière ordinaire des chrétiens, l’Eglise est vide ou elle se transforme en une multinationale. Un temps pour Dieu, un temps avec Dieu. La prière exprime la gratuité de notre
amour.
2. Par le témoignage ? Saint Pierre nous y invite : « soyez prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous, avec douceur et
respect ». Nous ne sommes pas appelés à parler à la radio ou à la télévision, mais nous sommes souvent interpellés par ceux qui connaissent mal le Christ. Quelle est notre manière de
répondre ? Quel est notre courage pour expliquer ? Les chrétiens silencieux dans une société pluraliste doivent prendre une autre attitude que du temps de l’expo 58 ; ils doivent
parler pour dire qui ils sont, ce qui les fait vivre, le bonheur qu’ils ont reçu. Il ne faut pas attendre que vos enfants aient quitté la maison pour leur dire combien vous aimez le Christ. Il ne
faut pas attendre d’avoir terminé vos études pour expliquer ce que vous vivez et les valeurs auxquelles vous croyez. Il ne faut pas attendre d’être parfaits pour faire le bien et tout le bien que
l’on peut faire. Rien n’est perdu de ce que nous semons au nom du Christ et pour Lui. Les uns sèment, les autres moissonnent. Depuis que le Christ est ressuscité, les chrétiens sont appelés à
être sans peurs, à vivre dans la confiance, à construire une culture de vie et un royaume de l’amour. Le Christ est retourné à la droite du Père pour nous confier cette mission. Nous ne sommes
jamais seuls, mais chacun de nous est irremplaçable dans ce témoignage : petits et grands, jeunes gens et jeunes filles, les vieillards et les enfants, tous sont appelés à prophétiser, à
dire leur foi aux autres : sans arrogance, mais sans peurs, avec amitié et sans esprit de lobbying.
3. « Si vous m’aimez, dit Jésus, vous resterez fidèles à mes commandements ». Cette insistance peut nous
paraître dépassée, difficile, impossible. Nous voyons bien pourtant que dire à quelqu’un qu’on l’aime et faire amitié avec de nouvelles personnes, passe par des gestes et des paroles concrètes.
La vie avec le Christ n’est pas une « vie virtuelle » construite sur un logiciel. La foi est toujours concrète : elle se dit dans nos histoires. Rechercher ce qui est bien et le
faire n’est pas toujours facile, mais lorsque nous le faisons, nous éprouvons souvent une joie intérieure, une paix profonde, un goût secret. Car les commandements conduisent à
« devenir » de nouveaux Christ là où nous sommes. Etre des « théophores », des porteurs de Dieu, particulièrement après la communion, c’est une mission délicate mais
passionnante. Observer les commandements, c’est ressembler de plus en plus au Christ là où est. Quand tu me regardes, dit une épouse à son mari, il me semble que le Christ lui-même pose son
regard sur moi. Chacun de nous rêve de donner sens à sa vie, de faire quelque chose de grand, comme le Christ qui est mort et ressuscité pour nous. Et il nous faut participer à de grandes choses
et les construire. Le témoignage du Christ qui est mort et ressuscité pour tous, ce témoignage nous rassure : son amour n’est pas du vent. C’est du solide. Ainsi de nous, les uns pour les
autres : à travers les commandements, nous dessinons concrètement le visage du Christ dans nos familles et nos lieux de vies.
4. Quel est l’enjeu du départ du Christ et de l’envoi de l’Esprit ? Continuer et fortifier dans nos vies la construction du corps du Christ. Si
le Christ s’efface, et quitte en quelque sorte l’histoire humaine, c’est pour manifester un autre type de présence par le « Défenseur », l’esprit de vérité. Aimer comme le Christ, c’est
une grâce. C’est un cadeau que Dieu lui-même dépose en nos cœurs. L’Esprit est celui qui s’insinue au plus intime de notre personne et de nos vies pour nous transformer en « nouveau
Christ ».
Il s’adapte à chacun, mais pour faire ressembler à Celui qui n’est que don : tous, nous sommes appelés à devenir des saints et à sanctifier
notre vie. Ces changements, offerts à nos libertés, se font dans la puissance de l’Esprit. L’Esprit, c’est un vent de tempête ou une brise légère : c’est l’Esprit de Jésus qui nous est plus
intérieur à nous que nous-mêmes. Sans l’Esprit, pas de prière vraie. Sans l’Esprit, pas d’audace ni de courage pour témoigner. Sans l’Esprit, pas d’amour pour les commandements.
Comme l’eau, le vent, le feu, l’air qui le symbolisent, l’Esprit entre dans tous les recoins de notre âme et dans tous les lieux de l’Eglise. Il ne
prend pas la place du Christ, ni la place d’aucun d’entre nous, mais il nous aide à trouver notre « place » dans le plan de Dieu : dans sa mission aujourd’hui. Il fait la vérité
dans nos vies. Il nous dit la vérité de nos vies. Une lumière nouvelle sur nos vies vient par l’Esprit : les bonnes idées viennent de lui ou avec lui. La force de nos actions vient par Lui.
Tout ce qui nous dépasse ou que nous éprouvons comme difficile est simplifié et rendu plus facile grâce à l’Esprit.
On comprend l’impatience de Jésus à nous l’envoyer et à nous l’offrir. L’Esprit est l’humble serviteur de notre sanctification et de celle du monde
entier. Voici que par l’Esprit, sans visage, les grands défis de l’amour peuvent être relevés. Nous voyons ce que nous avons à faire. Nous prenons le visage même du Christ les uns pour les
autres. « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous ». Cette nouvelle manière d’agir du Christ nous fait du bien. Il faut apprendre à l’observer dans nos
vies : nous en goûterons ainsi toute la saveur. La vie chrétienne a du piquant et de la douceur : le piquant de la joie et la douceur de la paix. Le plus beau des chemins pour suivre le
Christ et en témoigner, c’est d’invoquer l’Esprit et de goûter sa présence dans nos vies.
Alain Mattheeuws s.j.