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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

Verder kunt u ook u bezoek vervolledigen met de website van pater Alain Mattheeuws door te klikken op de volgende hyperlink: http://www.mattheeuws.be/site/

Samedi 25 novembre 2006
A ceux et celles qui sont éprouvés par une séparation conjugale, qui vivent séparés ou qui ont divorcé



« Je frémis sous les coups de l’ennemi » (Psaume 54)

Pourquoi tant aimer les psaumes sinon parce qu’ils appartiennent déjà aux écrits de la Bible et qu’ils sont parole de Dieu pour les hommes et paroles d’hommes adressées à Dieu. Ils ont en effet un statut particulier car comme paroles humaines, ils retentissent depuis des siècles dans le cœur et sur les lèvres de priants. On peut méditer et contempler le récit du « don de la loi à Moïse au Sinaï » ou la « parabole du bon samaritain » et ils deviennent pour nous prière. On peut faire de même pour les psaumes, mais ils sont déjà la prière d’un peuple. Le plus souvent, nous entrons facilement dans cette forme de prière et surtout dans la variété des sentiments qui s’y expriment. De plus, nous les prions en sachant que Jésus les priait. Ainsi faisait également la première communauté à l’origine. Ainsi ont fait les chrétiens d’origine juive et païenne depuis des siècles. La fidélité à cette forme de prière a été maintenue dans les monastères, mais de soi les psaumes sont la prière de tous. Bénissons le Seigneur pour cet enseignement et cette manière de prier qu’il nous offre. Entrons dans le psaume 54 et faisons-nous frères et sœurs de celui ou de celle qui le prie. Par cette communion, notre propre souffrance peut certainement être portée en Eglise et par le Christ. Et nous expérimenterons la profondeur de l’amour et de la puissance divine en nos vies. N’est-ce pas dans les liens d’amitié et d’amour offerts que nous sommes à la fois les plus heureux, les plus vulnérables et parfois les plus blessés ? Ces paroles nous concernent tous. Se fier à Dieu, c’est partir gagnant. Se fier à Dieu, c’est être capable de traverser les plus hautes trahisons. Etre fidèle, c’est continuer à aimer au cœur de la déchirure.

Ce psaume est un cri vers Dieu : « Ecoute ma prière. Ne te dérobe pas lorsque je te supplie » (v.2). Celui qui prie est désemparé. Il a essayé de multiples moyens pour être heureux et sortir de ses angoisses. Il a fort probablement compté sur des amis, sur des membres de sa famille ou de sa communauté. La vie est dure et paraît à certains jours « invivable » au sens propre du terme. « Qui nous délivrera de ce mal qui nous entoure ? », de ce mal qui est entré jusqu’à l’intime du cœur et de la chair ? Les expressions de la détresse humaine peuvent être multiples. Ici, comme le priant l’avoue au Seigneur, il sent le sol se dérober sous ses pas : il est en face du mal et ne peut plus rien. Dieu est l’ultime refuge de celui qui voit l’ennemi prendre place tout près de lui. Le mal semble être le maître partout. Qui peut être le recours du suppliant sinon Dieu ? Le mal semble se déchaîner partout autour de lui : « Je suis troublé ». Ce monde créé par Dieu n’en est plus du tout l’image. Tout est violence, déchirure, rupture. Est-ce la vérité de la vie offerte ou une apparence qui voile l’harmonie espérée ? Le priant est face aux méchants, aux méfaits, à la colère : « Les gens m’accablent de leurs méfaits ; avec colère, ils me pourchassent » (v.4). Il n’est ni apathique ni en dépression, mais au contraire lutte pour sa vie : « Mon cœur se serre dans ma poitrine, la terreur de la mort vient m’assaillir, des craintes et des tremblements m’ont envahi, et je frissonne, saisi d’horreur » (v.5 et 6). Réactions fortes, question de vie et de mort : l’angoisse a envahi le cœur car on ne sait pas comment s’en sortir, comment survivre, comment trouver une issue, comment quitter l’impasse dans laquelle on se trouve.

Deux chemins sont imaginés : quitter le sol, cette terre qui n’est plus « ferme », échapper au quotidien de cette existence pénible, « avoir les ailes de la colombe » (v.7), changer de vie, d’état de vie pour échapper à ce que l’on voit, à ce que l’on ressent, à ce que l’on subit : « Je m’enfuirais bien loin d’ici, pour demeurer dans le désert » (v.8). Un des chemins est la solitude du désert : se dégager de cette situation sans issue pour découvrir un abri sûr ; « un refuge contre le vent de la tempête » (v.9). Il faut quitter ce que l’on vit, sortir à tout prix de cette impasse, gagner la paix d’un autre monde peut-être.

L’autre désir est celui de voir Dieu prendre les choses en main et mettre sa justice là où elle n’existe plus. Que Dieu intervienne à nouveau dans l’histoire des hommes puisqu’ils ne l’assument plus comme Il l’a voulue, selon son plan créateur. Qu’il vienne comme à Babel, mettre la confusion dans leur langage pour que l’alliance du mal ne puisse plus agir, se fortifier, détruire la ville jusqu’en son centre. Qu’il combatte à nouveau avec nos armées. Qu’il vienne nous sauver des Philistins, des Amalécytes et de tous nos ennemis. Qu’il vienne rétablir la Royauté en Israël. Si Dieu est contre nous, s’il ne nous écoute pas, qui sera pour nous ? Que sa main puissante nous arrache des ravins de la mort, de la main des étrangers, de ceux qui nous veulent du mal.

La situation est dramatique. Elle apparaît dans toute son horreur quand le priant nous découvre à quel niveau d’intimité il est touché et qui est l’ennemi. Ce n’est pas l’étranger, ce n’est pas l’inconnu, c’est celui qui a été le plus proche et qui est son égal : c’est lui qui fait mal parce qu’il a fait le mal. Il a trahi. Il sait bien ce qui fait mal puisqu’il touche une relation existentielle, amicale, amoureuse, conjugale, familiale. Il est le proche qui « connaît » et qui maintenant « méconnaît ». Cette connaissance même augmente la douleur. « Si l’insulte me venait d’un ennemi, je pourrais l’endurer ; si mon rival s’élevait conte moi, je pourrais me dérober. Mais c’est toi, toi qui es un homme de mon rang, toi mon ami et mon intime, avec qui j’échangeais des confidences quand nous allions ensemble avec la foule dans la maison de Dieu » (v.13-15).

La clé de la souffrance, comme le centre de la prière, se trouvent dans ces versets. Au cœur de l’alliance, dans la relation qui nous menait ensemble au Temple pour prier, se sont installées la rupture et la trahison. La prière ne peut pas être « douce et suave », « tranquille et assurée », « paisible et réconciliée » : elle demeure un cri, un désir de vengeance qui souhaite même la mort de « celui-là », de « ceux-là ». « Que la mort les surprenne. Que, vivants, ils descendent dans le séjour des morts » (v.16). Ils ne sont que « méchanceté » : extérieurement et intérieurement. Au fond, tout ce qui les concerne, semble comme « perdu », « corrompu » : la méchanceté est à la fois dans la maison et dans le cœur.

L’appel est une prière forte, un cri, avons-nous dit. Il souhaite la punition des méchants, mais ne les maudit pas. Celui qui prie voudrait que les autres paient et souffrent comme lui. Et pourtant le priant ne se fait pas justice à lui-même. Peut-être n’en a-t-il pas la force. Car il faut être fort pour pouvoir se venger. Au contraire, il avoue sa faiblesse et son impuissance en confiant sa cause au Seigneur. « Moi, j’en appelle à Dieu, et l’Eternel me sauvera » (v.17). Phrase puissante de confiance en Dieu, de dégagement de sa propre haine et de ses propres sentiments. L’enjeu est le salut. Notre Dieu est un Dieu de tendresse et de pitié, mais peut-il nous sauver ? La justice est un des chemins de ce salut. On se confie au Seigneur, maître des temps et de toute histoire humaine. La référence au titre de Dieu, l’Eternel, suggère que rien n’échappe à la justice de Dieu et qu’un jour la plainte sera entendue et exaucée. Le temps est une créature de Dieu. Le temps est un ami et un allié de l’homme. Dieu y inscrit son salut, sa justice, sa réconciliation : le priant attend une réponse divine adéquate. Dieu écoute à toute heure du jour et de la nuit. Il entendra les gémissements, délivrera le priant de ce combat inégal où les ennemis sont très nombreux. L’Eternel est celui qui règne sur le temps : il offre dans le temps la paix (le shalom) à celui qui souffre tant et qui l’invoque avec une telle confiance. Il est éternel. Il règne depuis toujours. Il règnera un jour encore même si certains événements dans l’histoire paraissent contredire cette affirmation. La souffrance présente n’est pas un destin puisqu’Il règne en vérité.

La prière reste bien une supplication tout au long de ce psaume, même si le désir de vengeance et la révolte s’expriment clairement (« Exauce-moi, je t’en prie, réponds-moi »). Elle est une plainte qui se tourne vers Dieu de plus en plus profondément malgré ou à travers les actions de désespoir ou la constatation du mal incontournable ou croissant. L’inquiétude mord la vie d’un homme : elle est lancinante. Elle lui dit que sa vie n’a plus de sens, que ce qui était « ordonné » n’a plus d’ordre : haine et violence règnent en maître. Les « cris de l’ennemi et les injures des méchants » éclatent et se répètent comme une litanie inachevée.

Tant d’épisodes de nos vies sont inclus dans ces citations. Qui ne s’est jamais senti mis injustement au banc des accusés : dans une fratrie, dans une relation de couple, dans une communauté. Il s’agit parfois de détails. Dans certains cas, l’enjeu est la vie ou la mort de la relation. « Mon cœur en moi se tord, la peur de la mort tombe sur moi ; crainte et tremblement me pénètrent, un frisson me saisit ». De fait, l’horreur transit toujours le cœur quand l’on s’aperçoit que c’est l’ami, l’intime, le conjoint, le familier qui est devenu une menace pour notre vie, pour notre amour, pour nos enfants. Bien des efforts peuvent avoir été faits. Bien des espoirs peuvent avoir surgi ou avoir été suscités. « Eux ne s’amendent pas. Ils n’ont aucun respect pour Dieu » (v.20).

La pause du psaume exprimait un espoir. Le temps de l’homme offre des hauts et des bas. Pourtant il y a des actes irrémédiables et des décisions définitives. Il y a parfois de l’irréversible à nos yeux, de l’incompréhensible, de l’irrémédiable. Pourquoi espérer contre les évidences. « Sa bouche est pleine de douceur, elle est plus onctueuse que la crème, mais la guerre est tapie tout au fond de son cœur » (v. 22). Que d’illusions perdues ! « Ses propos sont plus doux que l’huile, et pourtant ce sont des épées nues » (v.22). Ce qui paraît et devrait être bon, ne l’est pas. Où est le nord ? Où est le sud ? Si ce qui est doux devient amer, si la réalité n’est pas ce qu’elle doit être ou ce qu’elle paraît ? Tout ne serait-il que mensonge ?

Le fardeau de cette épreuve est toujours trop lourd pour l’homme. La supplication est bien justifiée : un seul peut t’aider. « Rejette ton fardeau sur l’Eternel : il prendra soin de toi » (v. 23). La référence doit être et rester celle-là. Dieu seul mon appui, ma délivrance et mon salut. Pour toi qui prie, il prend le fardeau. Pour chacun de nous, il est la référence ultime car l’Eternel est maître de tout et rien ne lui échappe. « Il ne laissera pas le juste s’écrouler pour toujours » (v. 23). Des événements ponctuels peuvent contredire cette affirmation, mais la foi du priant et de celui qui le conseille sont claires à la fin de ce combat spirituel. Dieu est le rocher, la citadelle et le rempart du juste. Il prend soin de lui et ne le laissera pas mourir pour toujours. Le salut est encore clairement affirmé dans cet acte de confiance. Le psaume se termine sur cette confiance personnelle dans l’action de l’Eternel. Car pour un juif, Dieu est toujours concret : « Ces hommes fourbes et sanguinaires n’atteindront pas la moitié de leurs jours » (v. 24). Cette longueur de la vie est un signe de la justice. Le priant croit que Dieu agira dans l’histoire humaine. Il dessine cette action divine sans pouvoir imaginer autrement le pouvoir divin. Mais il renouvelle sa confiance : « Mais moi, je me confie en toi » (v. 24). Prier, c’est toujours laisser Dieu agir dans notre vie et plaider lui-même notre cause.



Alain Mattheeuws

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ecriture Sainte
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Samedi 25 novembre 2006
Une fidélité qui ouvre un chemin entre la terre et le ciel

Le désir d’être libre et de le rester est inscrit profondément en nous. Cette liberté de nous donner aux autres et à Dieu nous donne de ressembler au Créateur de l’univers. Ne sommes-nous pas créés à « son image et à sa ressemblance » (Gn 1,27) ? Seul un homme libre peut s’engager. Seul un homme libéré de certaines servitudes peut entrer dans un engagement sûr et durable. Est-ce possible ? Ne sommes-nous pas le plus souvent conditionnés par des tas d’éléments ? Il est bien vrai que notre liberté n’est pas une « chose abstraite », en dehors du réel, et surtout en dehors de notre corps et de notre temps. Dans tout engagement, le temps est un facteur déterminant. La durée fait peur aujourd’hui.

Serions-nous condamnés à ne vivre que dans l’instant, dans un court moment favorable ou gratifiant ? L’amour dont nous voulons vivre serait-il condamné à l’éphémère et au transitoire ? L’enjeu de ces questions est essentiel tant pour la vocation au mariage que pour le célibat consacré. Est-il possible de durer dans la promesse ? Est-il possible de grandir dans une promesse ? Certainement ! Mais prenons conscience des conditions de cette route humaine.

Le temps est l’allié de l’homme

Nous pensons et agissons le plus souvent comme si le temps était notre ennemi. On dit que l’amour s’use avec le temps, que les belles promesses s’étiolent avec les années qui passent. Ne faut-il pas faire vite ce que nous avons à faire de peur de ne pas y parvenir ou de ne pas « saisir la chance » ? Or, le plus souvent le temps défait ce que l’on fait sans lui. Car le temps n’est pas que le rythme de nos montres et l’étalement de nos calendriers. L’homme est intérieur au temps et le temps est en lui également. C’est à cette condition qu’il parvient à grandir, à se développer, à trouver sa véritable identité, à goûter les fruits d’un engagement. Celui qui ne vit que dans l’instant ne peut éprouver certaines joies qui comme les boutons d’une fleur rare, ne s’ouvrent qu’à la faveur du temps qui s’écoule ou d’un temps de confiance mutuelle et d’amour. Si nous nous faisons l’ami du temps, nous saisirons plus facilement qu’il construit nos vies avec nous. D’ailleurs l’histoire sainte et personnelle de chacun de nous n’est pas la somme de plusieurs instants : elle est le fruit de notre liberté qui déploie toutes ses aptitudes dans le temps.

Pour s’engager dans le mariage ou dans la vie consacrée, il faut se laisser réconcilier avec le temps sauvé par Dieu. Jésus est entré dans notre temps : il donne consistance à chaque instant. Il ouvre nos actions à l’éternité. Ce que nous faisons est inscrit dans le cœur de Dieu : nos engagements nous transforment et ils nous placent directement dans l’éternité sur la terre. Le temps qui passe et dans lequel nous vivons prend une dimension définitive, incontournable, magnifique : ce qui s’y fait n’est jamais perdu. Aucun engagement ne perd son sens quand il est situé dans le temps de Dieu. Le sacrement de mariage engage les fiancés « à la vie, à la mort » : quel lien fort et constructeur. Les vœux d’un consacré témoignent que la vie sur terre est déjà une prophétie d’un temps sauvé. Sur notre route quotidienne, l’engagement qui prend le temps de se dire et de se déployer, qui s’ouvre au définitif, atteste que chacun de nous est plus grand qu’il ne le pense, plus noble qu’il ne le croit, plus beau qu’il ne lui apparaît.

La promesse concerne la personne

Le lien fort rend fort. Toute promesse lie la personne. Ce lien donne consistance et vie aux personnes qui s’y engagent. Si le mariage est indissoluble, ce n’est pas une « loi extérieure » ou « religieuse » qui oblige les époux de l’extérieur. C’est la force même de l’amour qui trouve une expression vigoureuse dans une promesse qui lie les cœurs. Cette promesse ne touche pas l’extérieur de la personne puisque la liberté s’y offre tout entière. Dans le mariage, ce qui est en jeu, c’est la présence d’un absolu dans les personnes qui s’aiment et qui s’engagent l’une envers l’autre. L’autre que j’aime est un « mystère » qui me dépasse. Il ne peut jamais devenir un objet ou un moyen de mon affectivité. Cette personne me dépasse au point que le don et la promesse de me donner à elle ne s’épuiseront ni de disparaîtront comme l’eau s’évapore dans le désert.

Comment épuiser l’amour offert s’il concerne la grandeur de la personne ? L’homme possède cette capacité de se donner totalement à autrui et à Dieu. Sa liberté prend cette dimension. Malgré les saisons de l’amour, à travers les obstacles, les faiblesses et les péchés, tout homme peut librement se donner dans un « toujours » qui lui fait du bien, le transforme, lui donne vie, le rend heureux. L’homme se trouve et s’accomplit par un don d’une telle dimension. La fidélité se fonde sur cette aptitude de l’homme et la nourrit. Un don sans retour donne une saveur à la vie. Il signifie à la personne qui le pose, qu’elle est vraiment elle-même. Il fait honneur également à celui qui reçoit un tel don. Une fidélité inconditionnelle est la mesure d’un amour qui même à travers les aléas de l’histoire, construit solide, pour toujours, déjà dans l’éternité. Ce qui est promis renvoie à la personne qui est unique et que l’on ne peut remplacer. C’est la beauté et la grandeur de notre liberté quand notre parole est donnée à une personne.

L’engagement touche Dieu

S’engager dans le sacrement de mariage, c’est offrir à Dieu l’amour reçu et lui rendre grâce pour le conjoint aimé. Dans le « oui » du mariage, il y a une force qui traverse le temps. Le « oui » d’un instant transforme la vie du nouveau couple. Désormais, ils sont « un » pour aimer, pour s’aimer. Dieu ne reste pas extérieur à cet engagement. Le sacrement est un signe de l’Eglise qui dit plus que nos pauvres mots humains. Il atteste la présence au cœur de nos « oui » de la grâce divine. Dieu est au plus intime de nos vies. L’amour promis des jeunes époux touche Dieu. Il s’y engage également. Sa fidélité va à la rencontre de la fidélité des hommes : elle ne faiblira jamais. La fidélité de Dieu est une force pour la fidélité des époux. Elle n’est pas une « rustine » de l’amour. Elle montre les bienfaits d’un amour qui cherche à aller jusqu’au bout. Cette fidélité enracine l’espérance des époux et lui donne une consistance qui traverse toute mort : « Que mon nom soit gravé dans ton cœur, qu’il soit marqué sur ton bras. Car l’amour est fort comme la mort, la passion est implacable comme l’abîme. Ses flammes sont des flammes brûlantes, c’est un feu divin » (Ct 8,6).

En lisant la Parole de Dieu, une évidence jaillit : Le Dieu de l’Alliance est un Dieu tendre et fidèle, lent à colère et miséricordieux. Ce visage d’un Dieu « fidèle éternellement » nous dit quelque chose de notre propre fidélité. S’il est fidèle, nous pouvons et nous devons être fidèles nous aussi dans nos relations, nos amitiés, nos amours. Nous vivons et agissons à son « image ». Ceux qui sont fidèles reflètent la gloire de Dieu : ils disent quelque chose de sa lumière là où ils se trouvent. Pour celui ou celle qui s’offre à Dieu pour l’aimer dans le célibat, le don de soi apparaît peut-être plus comme un saut dans la foi : celui à qui on donne sa vie est le Très-Haut. Se donner à Lui, c’est lui offrir toute sa personne, avec ses désirs du cœur et tout l’élan du corps. La fidélité pour le Royaume témoigne que « le ciel est déjà parmi nous » : elle est un signe prophétique de ce que nous vivrons tous par amour dans l’éternité. Cette fidélité est peu reconnue de nos jours, pour les garçons et pour les filles. Et pourtant, elle comble aussi le cœur de Dieu : qu’une personne donne tout un jour et pour la suite des années à son Seigneur et son Sauveur, n’est-ce pas un signe qu’il est vivant, qu’il n’est pas une idée ? La fidélité du consacré est parfois dure à porter dans notre culture, mais elle fait la joie de Dieu. Dieu entre en contact personnel avec celui qui l’aime de cette manière. Dieu le soutient, le fortifie, lui donne de parcourir des chemins secrets de complicité et d’amitié. Aucune fidélité ne tient à « la force des poignets ». Ne parlons pas de volontarisme dans ce domaine, mais de confiance d’amour : de cœur à cœur avec l’autre et avec Dieu. Toute fidélité est fondée sur un lien personnel avec Dieu présent dans notre histoire.

La fidélité est créatrice

La fidélité n’est pas seulement un état « passif » ou une volonté ferme qui s’exprime dans le temps. Elle est « dynamique », comme la sève qui monte et descend dans les arbres. Elle est vie. Elle est en mouvement, en croissance. Elle est un cheminement des libertés qui se sont données une fois pour toutes à un moment du temps et qui se fortifient elles-mêmes dans cette attitude de don de soi. La fidélité est le berceau de nombreuses relations humaines : l’amitié et l’amour sont enracinées dans cette confiance que des personnes se font les unes aux autres. Des sentiments tels que la tendresse et la douceur, des vertus telles que la chasteté et la force, des valeurs telles que le dialogue et le respect sont enracinées dans la fidélité. A tel point que la fidélité fonde une manière particulière de vivre et d’agir. La fidélité est l’humus où de nombreuses plantes peuvent être semées, grandir et fleurir. Sans la fidélité, il est des choses de la vie qu’un être humain ne peut pas goûter. Dans l’amour conjugal, la fidélité donne confiance aux époux et les mène avec joie et audace à concevoir, porter, enfanter et éduquer des enfants. L’aventure de la parenté est rendue possible et fortifiée par la fidélité. La foi-confiance des époux leur permet d’affronter les épreuves de la vie et de s’épauler mutuellement. Dans la vie consacrée, la fidélité dessine des espaces où l’éternité de l’Amour fait sa demeure et témoigne ainsi très concrètement de sa Présence.

Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Anthropologie
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Samedi 25 novembre 2006

Une problématique d’avenir ?

À Paris, du 11 au 15 septembre, s’est tenu un colloque intitulé “Guerre et paix des sexes”. Des spécialistes internationaux de la question de la différence sexuelle y ont confronté leurs points de vue. Le père Alain Mattheeuws, de l’Institut d’Étude théologique de Bruxelles, nous aide à y voir clair dans cette problématique née aux USA au début des années 1970.

Pouvez-vous préciser la question, ce que l’on entend par sexe et par genre ?

Quand on parle de sexe, on se réfère principalement à des déterminations naturelles, liées au corps, aux traits morphologiques et endocriniens du sexe masculin et féminin. Spontanément, on distingue deux sexes génitalement caractérisés. Le genre féminin ou masculin évoque tout ce que culturellement un homme et une femme font, développent, construisent, épousent comme responsabilité sociale, politique et religieuse. Le genre et ses traits spécifiques surgissent de l’interaction entre « nature et culture » et revêtent ainsi des figures différentes selon l’époque et les lieux. La question délicate est la suivante : pour certains, seul importe une nouvelle définition du « genre » compris « uniquement » comme produit par la culture. Peu importe le corps qui est sien, si psychiquement ou socialement, l’homme désire pour toujours ou pour un temps déterminé « se définir » comme homme ou comme femme.

 

La différence des sexes serait-elle remise en question ? Quelles sont les questions que cache cette question ?

Dans l’horizon d’une logique de conflits, d’une dialectique « maître-esclave », d’une nouvelle revendication féministe, la différence sexuelle n’apparaît plus comme « fondatrice ». Elle est ce qu’il faut nier ou affirmer selon le pouvoir culturel ou les discriminations vécues par les femmes et les hommes. La différence sexuelle n’est plus le lieu de rencontre d’une véritable altérité ni le modèle d’une unité originelle voulue par Dieu. «On ne naît pas femme, on le devient », disait Simone de Beauvoir en 1949. Cette part de vérité et de contestation aboutit actuellement à affirmer que l’identité sexuelle importe peu face à la décision personnelle. C’est la volonté individuelle inscrite, développée et choisie dans une culture donnée, qui nous fait appartenir à un genre : hétérosexuel masculin, hétérosexuel féminin, homosexuel, lesbienne, bisexuel ou indifférencié. La nouvelle interprétation du « gender » se combine ainsi avec les postulats de la révolution sexuelle (W. Reich), les désirs de promotion sociale de l’homosexualité, un féminisme plus radical pour affirmer que chacun est à même et a le droit de choisir son genre ; peu importent son sexe et son identité sexuelle. La liberté « néolibérale », individualiste, est à ce prix.

Quels sont les faits ou les idées qui remettent en question la vision classique de la différence sexuelle ?

De nombreuses études ethnologiques ont montré que les rôles et les comportements de l’homme et de la femme varient d’une société à l’autre. Certains déterminismes liés à la nature biologique ont été érigés en système : instinct de maternité, suprématie d’un sexe sur l’autre. Des faits historiques montrent que des rapports de force ont gouverné et souvent blessé les relations sociales hommes-femmes : il faudrait donc repenser l’organisation sociale selon d’autres modèles. La « révolution sexuelle » serait non seulement un fait, mais un bienfait : elle est la matrice d’une évolution culturelle radicale. L’hétérosexualité ne serait pas l’unique modèle : en témoigne la vague homosexuelle qui revendique des droits civiques communs (mariage, adoption). Certaines réflexions philosophiques poussent aussi à la « déconstruction » de qui ne serait finalement qu’arbitraire. Même l’altérité serait aliénante, surtout si elle est fondée sur le sexe.

Jusqu’où est-ce compatible avec l’anthropologie chrétienne ? Comment formuleriez-vous celle-ci ?

Le genre est certainement issu d’une interaction entre le corps personnel et la culture. L’éducation a donc une importance pour révéler à chacun la beauté de son être et lui permettre de vivre en « relation » avec d’autres. Le genre peut suggérer des liens relationnels plus profonds entre les hommes, entre les femmes et « appeler » au respect de ce qui est féminin ou masculin. La variété des cultures suggère des coutumes, des rôles, des responsabilités différentes pour l’homme et la femme dans la société. Au niveau relationnel, que de changements et d’améliorations possibles ! Mais si l’identité sexuelle est polymorphe et ne dépend que d’une construction arbitraire de l’individu, nous ne rencontrons plus la vérité fondamentale exprimée dans les premiers chapitres de la Genèse. La différence sexuelle n’est pas seulement de nature biologique : elle est personnelle et corporelle. Elle souligne une relation immédiate entre tout être humain et Dieu, puisque l’homme et la femme sont créées à l’image et à la ressemblance du Créateur. Leur union également. Cette « nature » est le réel de l’être humain en tant qu’il lui est offert. Elle est un « don ». Autrement dit, chacun devient soi à travers la relation à un autre qui est différent en son corps sexué. La différence sexuelle, signe d’une relation plus profonde avec Dieu, ne devrait ni être niée ni exagérée, mais assumée en vue d’une croissance des relations personnelles dans la société.

Recueilli par Charles DELHEZ

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Interviews
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Mercredi 22 novembre 2006

BOLDO P.-M. et CH., Tout enfant est une histoire sacrée. L’adoption différente, Bierges, Mols s.a ., 2002.

 

Ce livre fait mémoire des 20 ans d’expériences, de luttes, de témoignages de la Providence et de l’ouverture du cœur des nombreuses familles qui ont adopté un enfant porteur d’un handicap ou d’une maladie grave.

« Folie de Dieu, folie des hommes », ce livre «  tombe bien », car il rend raison des cheminements de la liberté et de l’expérience anthropologique acquise dans l’adoption différente. Il ne s’agit pas d’expliquer totalement ce type de décision parentale que l’amour confirme toujours, mais de nous montrer, dans une culture qui peut difficilement « supporter » ce genre de choix, combien le sens de la vie humaine est sacré. L’enfant malade et handicapé nous pose par son existence les questions essentielles de l’humanité. Il aide ainsi ceux et celles qui l’accueillent à bien les poser et à y trouver des réponses.

Le plan du livre suit l’histoire sacrée d’une famille et de l’enfant. L’accueil de la différence, la place du parent biologique, le cheminement vers l’adoption pleine et entière, la rencontre, les enjeux de l’adoption, la vie quotidienne des familles adoptives, le défi de l’handicap, la « double identité » de l’enfant, le témoignage des frères et sœurs et de l’entourage, l’importance du soutien fraternel (groupes de partage) et de la persévérance dans le temps (durer dans l’adoption). Tout homme de bonne volonté apprendra beaucoup de ce parcours réaliste et plein d’espérance. Soulignons l’enjeu des réflexions annexes sur les types de handicap, la blessure d’abandon, le déracinement, l’apprivoisement, la résilience, les loyautés familiales.

Le « vécu » de ce livre atteste l’unification d’une attitude humaine paradoxale et qui vient du cœur et de l’intelligence. Il donne également un bel exemple d’intégration des sciences humaines de l’éducation avec les options spirituelles que l’œuvre « Emmanuel » inscrit dans ses structures. Hymne à la vie, il est bon de lire ce livre : on en sort meilleur et plein d’espérance en l’humanité.

 

Alain Mattheeuws, s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Mercredi 22 novembre 2006
La réflexion théologique est-elle importante pour la vie consacrée ? Dans ce cas, il est bon de parcourir ce « panorama » qui décrit les différents courants de notre siècle ainsi que la personnalité comme l'originalité des meilleurs théologiens connus. L'A. est l'un des grands spécialistes de la théologie contemporaine. Il nous met en contact direct et précis avec l'essentiel des débats. Les réflexions les plus significatives sont situées dans leur source et dans le contexte philosophique et religieux de leur époque. Parmi les 16 chapitres qui recouvrent autant d'écoles théologiques différentes, relevons celui qui traite de la controverse moderniste et du centrement anthropologique qui en a surgi (C.7). La lecture de ces pages aide à comprendre les enjeux ecclésiologiques et pastoraux actuels. Soulignons aussi l'ouverture de la pensée à des chemins originaux et culturels : théologie de la culture (C.4), de la libération (C.13), la place de la sécularisation (C.6), de l'histoire (C.8), de la politique (C.10), du tiers-monde (C.15). La race (C.13.) et le sexe (C.14) ont marqué également le développement de la pensée de notre siècle : l'A. le souligne avec bonheur et compétence. En bref, un ouvrage de référence, aux larges horizons, très utile pour la formation permanente.



A. Mattheeuws s.j.

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Mercredi 22 novembre 2006

VANHOYE A., Le don du Christ. Lecture spirituelle, Paris, Bayard, coll. «  Christus », 2005, 243 p.

Le don du Christ, c’est à la fois le don qu’est le Christ et le don qu’il fait de lui-même au Père et aux hommes, ses frères. Ce livre est une admirable lecture spirituelle centrée sur la personne du Christ, sur sa prière et son action sacerdotale. Le chemin parcouru est celui des Ecritures, à la suite d’un exégète (ancien professeur de l’Institut Biblique à Rome et Président de la Commission biblique pontificale) qui nous offre le meilleur de sa recherche et de son interprétation personnelle. Contenu dense et profond, mais qui n’est pas a priori destiné à des spécialistes.

« La prière du Christ » (c.1) est décisive pour la prière du chrétien : elle lui donne force et vérité. Elle est le cœur de la relation filiale du Christ à son Père. Elle est le centre de l’action du chrétien. En montrant comment elle est filiale, traversant les angoisses humaines (Gethsémani) et faisant œuvre de vie, l’a. nous introduit dans l’offrande libre du Fils, creuset de sa liberté et de son agir sur la terre. Les thèmes johanniques attestent de la beauté de l’œuvre du Fils. Ils s’ouvrent largement ensuite à l’interprétation sacerdotale de l’épître aux Hébreux que l’a. connaît admirablement.

L’offrande du Christ est un « sacrifice » (c.2). Traduisant et interprétant avec attention certains passages de l’épître, l’a. en souligne les enjeux et l’actualité. En cette année de l’Eucharistie, la signification du « sacrifice » est utile à réfléchir. L’offrande du Christ ne le « sépare » jamais des hommes qu’il a voulu rejoindre dans le mystère de l’Incarnation. Cette offrande l’unit au Père en même temps qu’aux hommes. Le Christ est « rendu parfait » dans le creuset de son obéissance d’amour. Son histoire révèle jusque dans sa mort et son entrée en gloire combien il est bien l’unique Médiateur entre le Père et les hommes. Son intervention est décisive : il est le Sauveur, l’unique Grand Prêtre. L’a. nous montre ainsi la perfection miséricordieuse de l’acte du Christ dans l’histoire humaine, dans les relations entre les personnes créées et sauvées par Lui.

« De l’Alliance à la communion » (c.3), telle est le sens de l’oblation sacerdotale du Christ. Ce dernier chapitre est centré sur son action sacerdotale telle qu’elle est décrite dans l’épître. Le Christ a « offert des demandes » (He 5,7) et bien plus, Il s’est offert lui-même jusqu’à traverser la mort. Le cœur sacerdotal du Christ s’est formé à l’intérieur de la Passion. La Loi est désormais inscrite historiquement dans son cœur et, par grâce dans nos cœurs. Cette transformation des cœurs, particulièrement de Celui qui est le Juste et l’Innocent par excellence, témoigne de l’action de l’Esprit dans l’histoire et de la puissance de Résurrection qui anime les libertés humaines. L’acte sacerdotal du Christ opère un renversement paradoxal à travers la souffrance et la mort. Le sens profond de son sacrifice y apparaît. Seule la puissance divine peut opérer un tel renversement.

Livre étonnant fondé sur un texte difficile et souvent négligé lorsque l’on pense au sacerdoce du Christ et à son acte de salut. Le lecteur y recevra des lumières profondes et aux conséquences spirituelles déterminantes pour qui cherche l’action rédemptrice de Dieu dans l’histoire humaine.


Alain Mattheeuws s.j.

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Mercredi 22 novembre 2006
JEAN-LOUIS BRUGUES, Dictionnaire de Morale catholique, Ed. C.L.D., 1991, 478p., 250FF

Editer un dictionnaire de Morale catholique n'est pas sans signification à l'heure du retour de l'éthique et des conflits de valeurs dans la vie quotidienne. Le but de l'A., membre de la Commission Théologique Internationale et Professeur à l'Institut Catholique de Toulouse, est de repenser la morale chrétienne comme une « éthique de construction de soi », comme un « style de vie ». Ce dictionnaire est donc une première étape : il s'agit de « visiter notre mémoire » afin de ne pas « commencer à partir de rien », et de « permettre que des valeurs-mères enfantent des valeurs-filles propres à relever les défis du moment »(p.15).

L'A. a réussi à éviter le danger de la fragmentation des thèmes : ce livre n'est pas un index “amélioré” ni une casuistique. Au contraire, le lecteur y trouvera une prise de position sobre et assurée sur des points délicats de morale fondamentale, personnelle et familiale. La morale sociale n'est pas absente, mais est moins représentée (on peut trouver les articles “apartheid”, « Doctrine sociale de l'Eglise », « Droits de l'homme », “écologie”, “patriotisme”, “pouvoir”, “totalitarisme”). Chaque article (il y en a 400 !) comporte une part d'enseignement, fondé évidemment sur l'Ecriture et la Tradition, ajusté toujours au Concile Vatican II (pas moins de 93 chapitres des « Documents conciliaires » sont cités), confronté aux problématiques des Eglises anglo saxonnes et illustré souvent grâce à la tradition littéraire française. Nous avons aimé particulièrement le lien fréquent que l'A. manifeste entre la Morale et la Théologie spirituelle (p.267,318). De tradition thomiste, il présente en détail et avec beaucoup d'actualité les principales vertus chrétiennes (charité, constance, patience, respect, etc...). Ceux qui sont intéressés par les grandes questions éthiques du moment ne seront pas déçus : qu'ils consultent les mots « “apartheid, bioéthique, diagnostic prénatal, drogue, écologie, érotisme, euthanasie, fivete, insémination artificielle, option fondamentale, peine de mort, régulation des naissances, responsabilité, violence”. Nous avons spécialement apprécié pour le fond comme pour la forme les articles sur “la gourmandise”, “le bonheur” et “la joie”. L'absence de certains mots comme “intériorité” ou “jansénisme” nous a étonné. Nous aurions aimé aussi que soit davantage développée la signification de “loi de gradualité”, “égoïsme” et “épikie”. Remarques mineures. La lecture de ce dictionnaire, dont la présentation agréable et belle rend la consultation fort aisée, est toujours éclairante. Elle est à la portée de tout chrétien cultivé.

A. Mattheeuws s.j.

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Mercredi 22 novembre 2006

DANIEL-ANGE, Les saints de l'an 2000. Pourquoi les massacrer ?, Versailles, Ed. Saint-Paul, 1996, 206 p.


Cette sixième édition d'un livre-étape dans la prédication de Daniel-Ange est utile et toujours actuelle. L'A. y synthétise ses nombreuses intuitions spirituelles et considère également toutes les confirmations reçues dans sa vie apostolique depuis 1981. Il situe ses appels à l'aube du troisième millénaire et avant le prochain voyage de Jean-Paul II en France. « La beauté d'un saint n'est pas celle d'un mannequin, mais celle d'un visage blessé : la sainteté se mesurera à la vulnérabilité » (p.17). Situant les drames de Bosnie et du Ruanda, l'A. encourage tous les membres de l'Eglise sur ce chemin de sainteté (C.1), en réclamant des frères qui s'aiment (C.2.), en décrivant ces « brigades de pauvres que l'Esprit nous prépare » (C.3). Nous avons particulièrement apprécié sa « phénoménologie » de l'appel (p.106-112). Son C.5 sur le visage du prêtre de demain reste très beau et inspirant. Les témoignages sont éclairants, quoique toujours à discerner (cf. celui de la religieuse en Bosnie) ! Le genre littéraire reste celui d'un « cri » qui résonne à nos oreilles pour le salut du monde : « vivons » une rencontre vraie et qui engage au combat pour la sainteté. L'A. nous invite avec son « don de force » à rendre grâce pour les bouleversants témoignages d'une jeunesse qui aspire à se livrer entièrement au feu de l'amour.


A. Mattheeuws s.j.

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Mercredi 22 novembre 2006

FLECHA J.-R., La fuente de la vida. Manual de bioetica, Coll. Lex mundi, 78, Salamanca, Sigueme, 1999, 21 x 13, 458 p.


Les questions bioéthique traversent les cultures et les manuels de bioéthique commencent à fleurir depuis quelques années. La complexité des valeurs morales en jeu est telle qu’un nouveau champ éthique s’est développé. Professeur de théologie morale à l’Université pontificale de Salamanque, l’a. nous offre à la fois des données bio-médicales encore intéressantes (tout va très vite : cf. peu d’indications sur la congélation-décongélation d’embryons), une vision positive de la vie morale, une méthodologie appliquée à ce secteur particulier. Son manuel nous introduit très justement à des questions fondamentales (I) : la défense de la vie humaine, le statut de la bioéthique, la manipulation de la vie humaine et les problèmes éthiques de la biotechnologie. Ces thèmes demeurent encore débattus. Puis il réfléchit sur « le commencement de la vie (II) en affrontant la reproduction humaine assistée, le clonage, l’avortement. Les racines bibliques de ces thématiques n’apparaissent que pour l’avortement. Il poursuit l’étude de cette morale sectorielle par la santé et la maladie (III) : les transplantations d’organes, la drogue, le traitement des maladies mentales et du sida. La dernière partie est consacrée aux questions éthiques avant la mort (IV) : le suicide, la torture, la peine de mort, l’euthanasie et la mort digne, l’écologie.

Ce livre traite des problématiques communes et contemporaines mais il nous ouvre l’esprit et le cœur au monde espagnol. Chaque chapitre est introduit par des références intéressantes et propres à l’auteur. Elles complètent agréablement la bibliographie générale. Riche de données biomédicales, sociétaires et ecclésiales, ce livre est la figure d’un manuel puisqu’il permet à chacun de rencontrer l’avis de l’a. sur des questions précises et de parcourir un large horizon des questions éthiques.



A. Mattheeuws s.j.

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Mercredi 22 novembre 2006

DOZE A.,Joseph, ombre du Père, Ed. du Lion de Juda, 1989, 163p.


p.24 : « Dans tout mariage, l'union des cœurs s'établit à ce point que l'époux et l'épouse sont appelés une même personne. Aussi à la Vierge son épouse, Joseph ne peut pas ne pas ressembler. Comment alors un esprit clairvoyant pourrait-il penser que l'Esprit Saint aurait uni d'une union aussi étroite, à l'âme d'une vierge telle que Marie, une autre âme, si celle-ci n'avait eu avec elle une grande similitude par la pratique des vertus ? Je le tiens pour certain, ce saint Joseph fut donc l'homme le plus pur en virginité, le plus profond en humilité, le plus élevé en contemplation ».

Cahiers de Joséphologie, vol 2, juillet 1953, p.186-187.



p.27 : L'aspect sans doute le plus surprenant, c'est qu'elle (Sainte Thérèse) considère saint Joseph comme son maître à prier ! « Que celui qui n'a pas de maître dans l'oraison prenne ce glorieux saint pour guide, il ne risquera pas de d'égarer ». Thérèse, le maître à prier de l'Eglise, Docteur en la matière, a compris clairement une vérité que l'Eglise n'en finit pas d'apprendre : Joseph a été le passage vers le Père, mystérieusement établi par Dieu, pour Marie et pour Jésus lui-même. Joseph a été le maître à prier de la Reine des anges et du Fils de l'Homme.



p.29 : Joseph est celui qui doit se décider à partir de nuit pour une direction lointaine. Il avait dû accepter la singulière vocation de son épouse et, encore plus étonnant, l'éducation du Fils de Dieu. C'est l'homme des basculements, des ébranlements, des premiers pas souvent si durs à faire, même pour de petites choses. C'est l'homme de la mort à soi-même.


p.53 : comme saint François de Sales, Monsieur Olier pense (et en quels termes !) que la Sainte Famille était une sorte de paradis sur la terre où tous les contraires se marient.


p.78 : On ne peut s'empêcher de penser que cette descente de Jésus, s'arrachant au Temple, n'ait été profondément douloureuse, comme celle de Bernadette s'arrachant à Lourdes, son cher pays, son seul pays, et à la maison de son père. Jésus, comme Abraham, quitte, lui aussi, son pays et la maison de son père, pour descendre dans une sorte d'abjection, de silence et d'anonymat qui stupéfiaient et fascinaient Bossuet, le Père de Foucauld et tant d'autres. Joseph est comme un moniteur de l'art de mourir à la manière du grain de blé.


... Jésus quitte l'ancienne Jérusalem, qui ne cessera de dériver vers des perspectives de plus en plus dangereuses. Par sa présence et son rayonnement unique, il fait de la maison de Joseph la Nouvelle Jérusalem, le monde nouveau caché sous d'humbles apparences. Ces deux mondes, l'ancienne et la Nouvelle Jérusalem, s'écartent l'un et l'autre, progressivement, comme deux continents.


p.89 : A douze ans, sur une parole de sa mère qu'il ne comprend pas du premier coup, semble-t-il, Jésus doit identifier « être avec son Père » - son plus cher désir... - avec « être avec Joseph ». Et il disparaîtra dans cette « ombre où il va grandir et se fortifier étonnamment, pendant dix-huit ans. Je ne peux m'empêcher de penser qu'un tel mystère, cette longue et si profonde formation, n'ait des prolongements dans la vie de Jésus tout entière, de même que dans la vie de l'Eglise de tous les temps.


p.115 : Si Marie est le secret de ce nouvel espace, Joseph est le secret de ce nouveau temps qui en permet l'entrée. En effet, ce qui caractérise l'espace marial est une qualité supérieure d'attention, cette attention amoureuse qui est le chef-d'œuvre de l'Esprit Saint et ce qui rend possible cette attention, c'est l'art de glisser dans le temps sur la réalité, comme l'oiseau sur l'air, en prenant en compte tout le réel, sans se laisser enliser ou troubler par rien. Quel art ! Il y faut tout le réalisme et tout le détachement de Joseph.


p.132 : Comme Jésus dormant au milieu de la tempête, le sommeil exprime la parfaite confiance en Dieu qui, lui, ne dort ni ne sommeille (Ps 121,4) et qui s'occupe d'autant plus de nous que nous le laissons faire. Voilà pourquoi le Seigneur fait grandir la moisson du juste, pendant son sommeil instruit Joseph de ses volontés secrètes, propose un visage de la mort totalement dédramatisé, en ce qui concerne la mort du juste (la fillette n'est pas morte, elle dort...(cfr. Mt 9,18) ; de même pour Lazare).

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