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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

Verder kunt u ook u bezoek vervolledigen met de website van pater Alain Mattheeuws door te klikken op de volgende hyperlink: http://www.mattheeuws.be/site/

Mardi 19 décembre 2006

1988

« L’enfant est un Don.  Présentation de l’Instruction ‘Donum Vitae’», dans La Foi et le Temps XVIII (1988-  2) 114-139.

 

 1989

« De la Bible à ‘Humanae Vitae’. Les catéchèses de Jean-Paul II », dans NRT 111 (1989) 228-248.

« A proposito di unione e procreazione nel matrimonio », dans La Civiltà Cattolica I (1989) 339-352.

Union et Procréation.  Développements de la doctrine des fins du mariage.  Préface du Cardinal G. DANNEELS, Paris, Cerf, 1989, 286 p.

 

1990

Unión y Procreación.  Evolución de la doctrina de los fines del matrimonio, Madrid, PPC, 1990, 236 p.  Traduction espagnole du livre « Union et Procréation » paru en 1989.

 

1993

« L’homme et la femme : ensemble en Dieu », dans Carmel 67 (1993-1) 20-36.

 

1996

« Les ‘dons’ du mariage », dans NRT 118 (1996-2) 219-236.

Les « dons » du mariage.  Recherche de théologie morale et sacramentelle, Bruxelles, Culture et Vérité, 1996, 677 p.

La foi est une aventure, Namur, Fidélité, 1996, 32 p.

« La sainteté du mariage », dans Beauté de la personne humaine.  La lumière de Vatican II.  Trente ans après.  Préface du Cardinal J.-M. Lustiger, coll. « Cahiers de l’École Cathédrale », Paris, Mame, 1996, 77-97.

« La direction spirituelle : un chemin, une direction, une mission », dans La lettre du séminaire de Paris (1996-8) 2-5.

 

1997

« La direction spirituelle.  Un chemin, une direction, une mission. », dans VC (1997-1) 8-28.

Les origines de la vie.  Quelques repères bioéthiques, coll. « Cahiers de l’École Cathédrale », Paris, Mame/Cerp, 1997, 104 p.

1998

« L’accompagnement spirituel » (dossier), dans Vocations (Île-de-France) 124 (1998) 9-22.

« Accompagner sur son chemin celui que Dieu appelle », dans VC (1998-6) 387-395.

« Vocazione cristiana alla santità dell’amore coniugale », dans Morale coniugale e sacramento della penitenza.  Riflessioni sul « Vademecum per i confessori », Città del Vaticano, Libreria Editrice Vaticana, 1998, 23-37.  Version française du même article, inédit, 1998, 13 p.

« Au carrefour de l’espérance et de la vie.  La femme dans ‘Evangelium vitae’ », dans VC (1998-5) 305-319.

« La dirección espiritual.  Un camino, una dirección, una misión », dans Selecciones de teología 146 (1998) 152-160.  Traduction espagnole et résumé d’A. BONO de l’article paru dans VC (1997-1) 8-28.

« Vocations ? Fécondité et stérilité de la vie consacrée », dans VC (1998-1/2) 100-113.

« Aux origines de l’amour : un Dieu créateur », dans Sanctifier (1998-1) 14-21.

La fe es una aventura, coll. « Semillas » 7, México, Obra nacional de la buena prensa, 1998, 40 p.  Traduction espagnole de La foi est une aventure paru en 1996.

1999

« Les ‘dons’ du mariage » (reprise de l’article publié dans NRT 118 (1996) 219-236), dans Monitor ecclesiasticus vol CXXIV Séries XXXIV (1999-I) 197-214.

En coll. avec A. CHAPELLE et J.-M. HENNAUX, « La production d’embryons humains pour la recherche », dans La Libre Belgique, 02 février 1999, p. 17.

« L’acte conjugal : carrefour d’un dialogue délicat (I) », dans Pâque Nouvelle (1999-3) 34-39.

« L’acte conjugal : carrefour d’un dialogue délicat (II) », dans Pâque Nouvelle (1999-4) 14-20.

« Le sacrement de mariage », dans NRT 121 (1999) 595-611.

« Amour et responsabilité devant la transmission d’une maladie héréditaire », dans Ombres et Lumière 127 (1999) 24-29.

« Aimer l’Église » (interview), dans Bonne Nouvelle 216 (1999) 6-8.

 

2000

« Famille et vie chrétienne », dans Bonne Nouvelle 129 (2000) 10-12.

« L’accompagnement des vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires », dans Communion de prière pour les vocations 17 (2000) 10.

« Sens du corps et significations de la continence », dans VC (2000-2) 163-181.

 

2001

« Le mystère de la conscience », dans Pâque nouvelle 4 (2001) 28-36.

« Le Don à l’origine : une lecture de la création par Jean-Paul », dans Tychique 150 (2001) 57-67.

« Le Don à l’origine : une lecture de la création par Jean-Paul », dans Le meilleur est pour la fin, supplément à Tychique (2001) 137-147.

« Seigneur, Tu me connais… Méditation du Psaume 139 (138), dans Vie Consacrée 4 (2003) 267-277 ?

 

2002

Conduits par l’Esprit Saint. L’accompagnement spirituel, Préface de Mgr P.d’Ornellas, Cahiers de l’Ecole Cathédrale n°52, Paris, Parole et Silence, 2002.

« Se décider à servir. Quelques conseils aux jeunes », dans Bonne Nouvelle 141 (2002) 13-15.

« L’impuissance de la parole », dans Vie Consacrée 1 (2002) 50-56.

« L’accompagnement spirituel. Propos recueillis par P. de Sinety, dans Paris Notre-Dame 942 (2002) 10.

 

2003

Guide Totus des fiançailles, Paris, éd. du Jubilé, 2003,  147 P.

« Znaczenie ciala i wstrzemiezliwosci », dans Pastores 21 (4) (2003) 36-49.

« L’embryon humain, énigme et mystère », dans Pâque nouvelle 1 (2003) 16-23.

« L’embryon humain, énigme et mystère », dans Sanctifier 1 (2003) 28-32.

2004

« L’avenir de l’humanité passe par la famille », dans Sanctifier 3 (2004) 23-27.

« Tonalités nouvelles dans la théologie du sacrement du mariage » (I), dans Intams 1 (2004) 48-60.

« L’Église et l’homosexualité. Débats et interview par I. O’Neill », dans Paris Notre-Dame 1045 (2004) 6-11.

« Serviteurs de la paternité divine », dans Comment être parents ?, Tychique (2004) 54-57.

« L’amour et la vie sont des questions de vérité », dans Bulletin de l’Association de la noblesse du Royaume de Belgique 237 (2004) 70-93.

Union y Procreacion, Evolucion de la doctrina de los fines del matrimonio, Mexico, El Arca, 2004, 228 p.

S'aimer pour se donner. Le sacrement de mariage, Bruxelles, Lessius, 2004.

« Tonalités nouvelles dans la théologie du sacrement de mariage » (II), dans Intams 2 (2004), 185-197.

 « Veritatis splendor : encore et toujours un « signe des temps » ? », dans Camminare nella luce. Prospettive della teologia morale a partire da « Veritatis splendor », a cura di L. MELINA- J. NORIEGA, Roma, Lateran University Press, 2004, p. 643-661.

 

Recensions 2004

SCOLA A., Uomo-Donna. Il « caso serio » dell’amore, Genova/Milano, Marietti 1820, 2002, 21 x 14, 118 p., dans NRT  126 (2004-1) 150.

DELASSUS J.-M. et PAPILLAUD K., Clone ou enfant ?, Paris, Dunod, 2003, 21 x 14, 171 p., dans NRT 126 (2004-1) 150-151.

COUDREAU Fr., L’amour déjà là. Le souffle sur la braise, Paris, DDB, 2002, 20 x 13, 168 p., dans NRT 126 (2004-1) 152-153.

SAGNE J.-Cl., L’itinéraire spirituel du couple. Le Mystère de l’Amour dans le Mariage, T1, Versailles, Saint-Paul / Chemin Neuf, 2001, 21 x 14, 195 p., dans NRT 126 (2004-1) 153.

QUILICI A. et LA BALME D., Pourquoi se marier quand on vit ensemble ?, Paris, Mame / Edifa, 2003, 187 p., 23 x 15, 187 p., dans NRT 126 (2004-1) 153-154.

DELPLANCQ-NOBECOURT M.-P., Oser être mère au foyer, Paris, Albin Michel, 2001, 23 x 15, 189 p., dans NRT 126 (2004-1) 154-155.

BAUDRY G.-H., Le baptême et ses symboles. Aux sources du salut, coll. Le point théologique, 59, Paris, Beauschesne, 2001, 22 x 14, 196 p., dans NRT 126 (2004-2) 343.

SAINT JAMES R., Attends-moi. Les joies de la pureté dans la relation amoureuse. Avec Dale REEVES, tr. A.DORIATI, Marne-la-Vallée, Farel, 2002, 21 x 14, 116 p., dans NRT 126 (2004-3) 519.

SEMEN Y., La sexualité selon Jean-Paul II, Paris, Presses de la Renaissance, 230 p., 2004, dans Pâque nouvelle n°4 (2004) 55-56.

2005

Recensions 2005

GISEL P., Sacrements et ritualité en christianisme. 125 propositions, Genève, Labor et Fidès, 2004, 20 x 13, 94 p., dans NRT 127 (2005) 158.

PONTIFICIUM CONSILIUM PRO LAICIS, Redécouvrir la Confirmation, coll. Laïcs aujourd’hui, Roma, Pont. Cons. Pro Laicis, 2000, 21 x 15, 151 p., dans NRT 127 (2005) 165-166.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Ouvrages d'Alain Mattheeuws
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Lundi 18 décembre 2006

Bibliographie


du Père Alain MATTHEEUWS, s.j.


1981

Analyse histologique des testicules de gardons (rutilus rutilus) et de l’impact des différences thermiques sur la reproduction de ce poisson (1977). Travail de Licence poursuivi au Laboratoire d’Écologie des Eaux-Douces, dans le cadre d’un programme de surveillance de la centrale nucléaire de Tihange. Reprise et publication d’un article à ce sujet dans Hydrobiologia 85 (1981) 271-282.

Quelques réflexions sur la réalité mexicaine, en collaboration avec D. Martinez Martinez s.j., CIAS, 1981.


1982

Étude de la biologie des espèces de poissons du rio San Pedro et de sa zone d’inondation en vue de leur adaptation en pisciculture semi-intensive. Publication des résultats de la recherche par le Laboratoire d’Écologie des Eaux-Douces et la FUCID (FNDP, Namur). En parallèle avec cette publication scientifique, relation officielle de l’ensemble des travaux effectués par l’équipe de Développement intégré FUCID-INIREB : projet de développement intégré à San Pedro, Namur, FUCID, 1982.


1983

Traduction résumée de l’article de GUERRERO José M., « Exigencias de la Opción por los Pobres », Mensaje (1982) 103-110, sous le titre « Exigences de l’option pour les pauvres. Un défi pour la vie de l’Église d’Amérique latine », dans VC (1983-6) 345-359.


1988

« L’enfant est un Don. Présentation de l’Instruction ‘Donum Vitae’», dans La Foi et le Temps XVIII (1988-2) 114-139.


1989

Biologia de los peces del rio San Pedro en vista de determinar su potencial para la piscicultura, Xalapa, INIREB, 1989. Traduction espagnole de l’édition française de la FUCID, (cf. 1982).

« De la Bible à ‘Humanae Vitae’. Les catéchèses de Jean-Paul II », dans NRT 111 (1989) 228-248.

« A proposito di unione e procreazione nel matrimonio », dans La Civiltà Cattolica I (1989) 339-352.

Union et Procréation. Développements de la doctrine des fins du mariage. Préface du Cardinal G. DANNEELS, Paris, Cerf, 1989, 286 p.

1990

Animation à la Foi, Namur, Fidélité, 1990, 48 p. Livret ou Vade-mecum pour un Chef de Patrouille ou un Aîné quant à son rôle dans la transmission de la foi selon l’idéal scout.

La Foi ? C’est MA responsabilité, Namur, Fidélité, 1990, 32 p.

Dix minutes de silence, Namur, Fidélité, 1990, 60 p. Recueil de textes de réflexions et de pensées.

Unión y Procreación. Evolución de la doctrina de los fines del matrimonio, Madrid, PPC, 1990, 236 p. Traduction espagnole du livre « Union et Procréation » paru en 1989.


1991

La prière scoute, commentaires et explications, Bruxelles, 35e Unité scoute Saint-Michel, 1991, 26 p.


1992

Bibliographie du Père Jean-Marie HENNAUX, s.j., Bruxelles, 1992, 23 p.


Recensions

YOU Al., La loi de gradualité : une nouveauté en morale ?, coll. « Le Sycomore », Paris, Lethielleux, 1991, 198 p., dans NRT 114 (1992-2) 264-265.

CUYAS M., Antropologia sexual. Reflexiones éticas y teologicas. Orientaciones pastorales, coll. « Pastoral aplicada » 178, Madrid, Promoción Popular Cristiana, 1991, 130 p., dans NRT 114 (1992-2) 269-270.

BRUGUÈS J.-L., La fécondation artificielle au crible de l’éthique chrétienne, coll « Communio », Paris, Fayard, 1989, 302 p., dans NRT 114 (1992-2) 271-272.

LÉONARD A. (Mgr), Le fondement de la morale. Essai d’éthique philosophique générale, coll. « Recherches morales. Synthèses », Paris, Cerf, 1991, 383 p., dans NRT 114 (1992-3) 419-420.


1993

« L’homme et la femme : ensemble en Dieu », dans Carmel 67 (1993-1) 20-36.


Recensions

HÄRING B., La théologie morale. Idées maîtresses, coll. « Recherches morales. Synthèses », Paris, Cerf, 1992, 184 p., dans NRT 115 (1993-3) 418-419.

JULLIEN J., Demain la famille. Sexualité – Amour- Mariage - Famille, Paris, Mame, 1992, 291 p., dans NRT 115 (1993-3) 424-425.

MARRA Br., s.j., Etica della vita coniugale, coll. « Futur oggi », Napoli, Ed. Dehoniane, 1988, 266 p., dans NRT 115 (1993-3) 426-427.

LIZOTTE A., Le don des époux. Signe de l’amour invisible, coll. « Arc-en-Ciel. Blanc » 6, Chiry-Ourscamp, Éd. du Serviteur, 1992, 71 p., dans NRT 115 (1993-3) 466.


1994

Bibliographie du Père Jean-Marie HENNAUX, s.j., Bruxelles, 1994, 31 p.


Recensions

CHALENDAR X. DE, Pourquoi se marier ? Souvenirs et réflexions d’un prêtre, supplément à Vie chrétienne 376, Paris, Vie chrétienne, 1993, 72 p., dans VC (1994-2) 126-127.

LUBICH Ch., Amour, famille et unité. Allocutions et discours publics, coll. « Vie des hommes », Paris, Nouvelle Cité, 1993, 192 p., dans VC (1994-2) 127.


1995


Recensions

SCHOOYANS M., Bioéthique et population : le choix de la vie, coll. « Lumière », série ‘Lumière Vérité’, Paris, Le Sarment/Fayard, 1994, 284 p., dans VC (1995-2) 123.

COURONNE B., Petite vie du Père Damien, Paris, DDB, 1994, 143 p., dans VC (1995-3) 202.

VALADIER P., Éloge de la conscience, coll. « Esprit », Paris, Seuil, 1994, 270 p., dans VC (1995-4) 270-271.

PHILIPPE Th., Des miettes pour tous, Paris, Saint-Paul, 1994, 222 p., dans VC (1995-6) 393.

PHILIPPE Th., Les chemins de lumière chez l’enfant, Paris, Saint-Paul, 1994, 32 p., dans VC (1995-6) 393.

PHILIPPE Th., Le quart d’heure de prière, Paris, Saint-Paul, 1994, 32 p., dans VC (1995-6) 393-394.

PHILIPPE Th., L’éveil à l’amour du tout-petit, Paris, Saint-Paul, 1994, 32 p., dans VC (1995-6) 394.

PHILIPPE Th., Le temps des forces vives chez l’adolescent, Paris, Saint-Paul, 1994, 43 p., dans VC (1995-6) 394.

GISEL P., Pourquoi baptiser. Mystère chrétien et rite de passage, coll. « Entrée libre » 32, Genève, Labor et Fides, 1994, 98 p., dans VC (1995-6) 400-401.

LACROIX X., Homme et femme. L’insaisissable différence, Paris, Cerf, 1993, 192 p., dans NRT 117 (1995-4) 620.

Centre de Liaison des Équipes de Recherche (CLER), Mariage, amour et famille, Paris, Centurion, 1993, 154 p., dans NRT 117 (1995-4) 620-621.

CHOPELIN N., Hommes et femmes. L’identité relationnelle de l’être humain, Lyon, PROFAC, 1994, 80 p., dans NRT 117 (1995-5) 768-769.

GAUER Ph., Le mariage. Sacrement de l’Amour trinitaire, Chambray, C.L.D., 1993, 123 p., dans NRT 117 (1995-5) 769.

LACROIX X., Le Mariage… Tout simplement, Paris, Éd. de l’Atelier/Éd. Ouvrières, 1994, 137 p., dans NRT 117 (1995-5) 770.

SEGUIN M., La contraception et l’Église. Bilan et prospective, coll. « Notre temps » 46, Montréal, Éd. Paulines ; Paris, Médiaspaul, 1994, 316 p., dans NRT 117 (1995-5) 770-771.


1996

« Les ‘dons’ du mariage », dans NRT 118 (1996-2) 219-236.

Les « dons » du mariage. Recherche de théologie morale et sacramentelle, Bruxelles, Culture et Vérité, 1996, 677 p.

La foi est une aventure, Namur, Fidélité, 1996, 32 p.

« Le rythme de la prière personnelle », dans Fidélité (1996-3) 4-7.

« La sainteté du mariage », dans Beauté de la personne humaine. La lumière de Vatican II. Trente ans après. Préface du Cardinal J.-M. Lustiger, coll. « Cahiers de l’École Cathédrale », Paris, Mame, 1996, 77-97.

« La direction spirituelle : un chemin, une direction, une mission », dans La lettre du séminaire de Paris (1996-8) 2-5.


Recensions

MOLINIÉ M.-D., Le courage d’avoir peur, coll. « Foi vivante-spiritualité » 339, Paris, Cerf, 1994, 230 p., dans VC (1996-2) 131.

LEFEBVRE P., L’Église est notre famille, coll. « Évangéliser », Limete-Kinshasa, Épiphanie, 1995, 42 p., dans VC (1996-3) 192.

MARTELET G., N’oublions pas Vatican II, coll. « Foi vivante-Étudiants », Paris, Cerf, 1996, 128 p., dans VC (1996-3) 193.

FENOYL M. DE, Un sanctoral pour notre prière en Islam, Oran, Évêché d’Oran, 1994, 42 p., dans VC (1996-4) 270-271.

FENOYL M. DE, Propos de soufis. Mystique musulmane et Exercices spirituels de saint Ignace, Paris, Médiasèvres, 1994, 56 p., dans VC (1996-4) 270-271.

SESBOÜÉ B., N’ayez pas peur ! Regards sur les ministères aujourd’hui, coll. « Pascal Thomas-Pratiques chrétiennes » 12, Paris, DDB, 1996, 179 p., dans VC (1996-5) 339.

ALGOUD F.-M., Nouveau Guide Jeunesse, Paris, Duquesne, 1994, 1121 fiches, dans VC (1996-5) 340.

DANIEL-ANGE, Les saints de l’an 2000. Pourquoi les massacrer ?, Versailles, Éd. Saint-Paul, 1996, 206 p., dans VC (1996-6) 396.

BRUGUÈS J.-L., L’Éternité si proche. Conférences du Carême 1995 à Notre-Dame de Paris, Paris, Cerf, 1995, 158 p., dans NRT 118 (1996-1) 119-120.

GRELOT P., La condition de la femme d’après le Nouveau Testament, Paris, DDB, 1995, 166 p., dans NRT 118 (1996-3) 430-431.

SOÉDÉ N.Y., Une morale de la vérité. Un besoin majeur en Afrique. Essai d’une lecture africaine de « Veritatis splendor ». Préface de A. Quenum, Abidjan, ICAO, 1994, 170 p., dans NRT 118 (1996-3) 447-448.

COTTIER G., Scritti di etica, Casale Monferrato, Piemme, 1994, 415 p., dans NRT 118 (1996-3) 448.

DANIEL-ANGE, Homosexuel, qui es-tu ? Où vas-tu ?, coll. « Jeunes » 5, Nouan-le-Fuzelier, 1995, 105 p., dans NRT 118 (1996-3) 449-450.

SAGNE J.-CL., L’homme et la femme dans le champ de la parole. Du lien à l’alliance. Approche psycho-sociale et théologique, coll. « Chemins ouverts », Paris, DDB, 1995, 122 p., dans VC (1996-6) 393, dans NRT 118 (1996-3) 450-451 et dans NRT (1996-5) 746-748.

DANIEL-ANGE, Familles, cœur de Dieu. Une lecture de la « Lettre aux familles » de Jean-Paul II, Paris, Fleurus, 1994, 125 p., dans NRT 118 (1996-3) 461-462.

BREUNING W. et HEMMERLE K., Prêtres : vivre plutôt que survivre. 10 priorités pour aujourd’hui, Montrouge, Nouvelle Cité, 1994, 75 p., dans NRT 118 (1996-4) 621.

CRISPIERO M. DA, Teologia della sessualità. Approfondimenti sui temi del matrimonio e della verginità, Bologna, Ed. Studio Domenicano, 1994, 373 p., dans NRT 118 (1996-5) 746.

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Recensions

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Recensions

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« Prier pour toutes les vocations », « L’accompagnement des vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires », et « À la suite du ‘Bon Berger’ », dans Fidélité (1999-11) 2e, 3e et 4e de couverture.

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2000

«  L’accompagnement des vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires », dans Dieu appelle en Lot-et-Garonne 6 (2000) 4.

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2001

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« Conduits par l’Esprit. Propos recueillis par R. de Dinechin », dans Vocations 143 (2001) 13.

« Seigneur, Tu me connais… Méditation du Psaume 139 (138), dans Vie Consacrée 4 (2003) 267-2777 ?

« Franchise et pureté. Chemins du bel amour, dans Azimuth n°46 (2001) 4.


Recensions

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LUSTIGER J.-M., Les prêtres que Dieu donne, Paris, DDB, 2000, 21 x 14, 176 p., dans NRT 123 (2001-2) 339-340.

CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAÏCS, Redécouvrir le baptême, coll. Laïcs aujourd’hui, Rome, Vatican, 1998, 21 x 15, 97 p., dans NRT 123 (2001-3) 478-479.

PHILIPPE M., Je dors pour toi, Bruxelles, Mols, 2000, 256 p., dans Vie Consacrée 2 (2001) 141.

SAGNE J.Cl., La loi du Don. Les figures de l’Alliance, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1997, 24 x 16, 282 p., dans Vie Consacrée 2 (2001) 130.

VANIER J., Accueillir notre humanité, Paris, Presses de la Renaissance, 1999, 20 x 13, 219 p., dans Vie Consacrée 2 (2001) 130-131.

ROUSSIER S., Veufs, la vie sans elle, Paris, Bayard, 2000, 21 x 14, dans Vie Consacrée 2 (2001) 132.

BRECHET R., Quand Dieu guérit l’homme blessé. Petit traité de la guérison intérieure, Saint-Benoit-du-Sault, éd. Bénédictines, 2000, 55 p., dans Vie Consacrée 3 (2001) 209.


2002

Conduits par l’Esprit Saint. L’accompagnement spirituel, Préface de Mgr P.d’Ornellas, Cahiers de l’Ecole Cathédrale n°52, Paris, Parole et Silence, 2002.

« Se décider à servir. Quelques conseils aux jeunes », dans Bonne Nouvelle 141 (2002) 13-15.

« L’impuissance de la parole », dans Vie Consacrée 1 (2002) 50-56.

« L’accompagnement spirituel. Propos recueillis par P. de Sinety, dans Paris Notre-Dame 942 (2002) 10.

Recensions

MARTINI Card. C. M., Simple propos sur le corps, Versailles, Saint-Paul, 2001, 19 x 11, 107 p., dans NRT 124 (2002-2) 301.

GENOUD Mgr B. et PIRON Cl., Sexualité : un évêque et un psy en parlent, Entretiens avec Marie-Claude FRAGNIERE, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 2001, 19 x 12, 89 p., dans NRT 124 (2002-2) 301-302.

LAFITTE J., MELINA L., Amour conjugal et vocation à la sainteté, Paris, Ed. de l’Emmanuel, 2001, 24 x 16, 229 p., dans NRT 124 (2002-2) 302.

ROCHETTA C., Il sacramento della coppia. Saggio di teologia del matrimonio cristiano, Bologna, EDB, 1996, 22x 14, 314 p., dans NRT 124 (2002-2) 302-303.

LACROIX X., L’avenir, c’est l’autre. Dix conférences sur l’amour et la famille, coll. Recherches morales, Paris, Cerf, 2000, 22 x 14, 235 p., dans NRT 124 (2002-2) 303.

LACROIX X., La traversée de l’impossible. Le couple dans la durée, Suppl. à Vie Chrétienne, 458, Paris, Vie Chrétienne, 2000, 212 x 15, 60 p., dans NRT 124 ( 2002-2) 303-304.

PELISSIE DU RAUSAS I., S’il te plaît, parle-moi d’amour ! L’éducation affective et sexuelle de l’enfant de 3 à 12 ans, coll. Topiques, Versailles, Saint-Paul, 2000, 21 x 14, 334 p., dans NRT 124 (2002-2) 304.

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Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Bibliographie chronologique
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Vendredi 1 décembre 2006
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Biographie
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Samedi 25 novembre 2006

A travers les médias et les nombreuses publications scientifiques, nous sentons depuis quelques années une accélération de l’histoire humaine et l’apparition de défis éthiques nouveaux et fondamentaux pour l’espèce humaine comme pour chacun d’entre nous. Le plus souvent, nous sommes marqués par un débat ponctuel sur tel problème : les procréations médicalement assistées, le clonage, les travaux sur les cellules embryonnaires et les cellules souches adultes. La question surgit cependant dans notre contexte occidental marqué par des progrès scientifiques remarquables et anarchiques, un individualisme croissant, une importance démesurée accordée à l’économique, un processus de sécularisation notable en même temps qu’un retour à un certain religieux « sauvage ». Réfléchir à la loi ou à des repères éthiques stables n’est plus si aisé car le temps « occidental » semble balayer un horizon qui se voudrait encore en référence avec un Dieu créateur ou une « permanence de l’identité humaine ». Les références éthiques et religieuses paraissent d’un autre âge ou peu adéquates. La mode est aux comités nationaux d’éthiques qui cherchent à situer les débats bioéthiques et à les remettre dans le jeu démocratique afin que chacun comprenne un peu mieux ce qui se passe.

Il y eut des époques où l’Eglise avait moins d’autonomie que maintenant par rapport aux pouvoirs politiques. Les discours de Jean-Paul II depuis des années ont montré sa liberté de parole durant ses multiples périples face aux divers régimes politiques et aux situations sociales rencontrées. Cette liberté est une chance et un « signe des temps ». Les appels à la paix, à la justice, à la fraternité peuvent retentir avec force et puissance. Qu’ils dérangent ou non, qu’ils soient entendus ou non, il reste que ces appels éthiques sont respectés, craints et estimés, souvent admirés. L’Eglise peut librement, et avec un certain succès, s’engager pour les droits de l’homme. Cet appel moral spécifique de la mission de l’Eglise semble mieux accueilli dans ce domaine que dans les questions qui touchent la vie sexuelle et familiale, le respect des origines et de la fin de la vie humaine. Les résistances et les oppositions dans ce dernier domaine sont fortes. Les critiques comme les pressions sont nombreuses à essayer de diminuer l’influence des instances ecclésiales.

Le message serait-il plus rude à comprendre et à vivre ? Les obstacles ne sont-ils pas intimement liés à certaines idéologies politiques, culturelles et médicales qui mènent à marginaliser toute réflexion cohérente sur ces thèmes de la sexualité humaine, de la vie et de l’amour ? Ces points pourtant touchent tout le monde. La réalité d’un combat spirituel est nettement visible sur ces sujets aujourd’hui. Le message de l’Eglise paraît moins « écouté », moins « valide ». Les enjeux ne sont pourtant pas minces et tous les baptisés devraient s’en rendre compte ! La vie et la mort s’affrontent à parts inégales en touchant l’homme de près. L’ampleur du phénomène de l’avortement et de la congélation des embryons en est une preuve. Les chiffres sont plus éloquents que les accidents mortels sur nos routes de vacances. L’Eglise expose la cohérence de sa réflexion à partir de l’homme intégral et pour celui-ci. Si l’homme est aimé et respecté dans le plus et le plus pauvre, dans l’enfant et dans le vieillard, il pourra l’être sur toute la terre. Ce principe d’universalisation n’est pas rien. Nous aurons à le garder toujours en mémoire. L’enjeu des débuts comme des fins de vie concerne toute l’humanité et la dignité personnelle de chacun d’entre nous.

Dans cet article, nous voudrions tout d’abord mettre en évidence des évolutions et « interpréter » les logiques qui sous-tendent les principales difficultés bioéthiques actuelles du début de la vie. Nous affronterons ainsi deux sujets brûlants : le clonage et le respect dû à l’enfant embryonnaire. Notre thèse est qu’un lien se défait à travers une abdication morale sur le sens des gestes à poser et à respecter au début et à la fin de la vie. Dans un deuxième temps, nous livrerons une méditation sur le statut de l’embryon en rappelant également les principales indications morales offertes par l’Eglise catholique à la réflexion de tout homme de bonne volonté et particulièrement aux chrétiens qui désirent rester fidèles au dessein du Dieu Père, Créateur et source de toute vie.

 

 

  

1. Une logique mortifère de dissociation

1.1. Le clonage et l’amour

1.1.1. La question posée

Les découvertes scientifiques comme les recherches actuellement poursuivies mettent le thème du clonage en avant de la scène. Les questions surgissent de tous les horizons idéologiques. L’humanité est ainsi amenée à réfléchir sur ce qu’est l’homme et sur ce qu’il peut faire de lui-même. L’éthique est incontournable. Rappelons-nous d’abord que le terme de clonage et sa réalité biologique sont fort anciens : il recouvre des actes techniques différents. Quand nous parlons du clonage actuellement, c’est surtout dans l’univers des cellules embryonnaires (clonage thérapeutique) et dans l’horizon mythique du clonage d’un être humain (clonage reproductif). Du point de vue moral, en plus de l’intention qui guide celui qui réalise le clonage, il conviendra donc de différencier la qualité de l’acte en fonction de ce qu’il est. Comme acte technique, le clonage appartient au mouvement de maîtrise de l’homme sur le réel. Cette maîtrise n’est pas automatiquement bonne ou mauvaise : elle est qualifiée par le type de relation que l’homme pose ou veut poser avec l’objet ou le sujet qu’il désire maîtriser. La maîtrise peut être celle de l’artiste, celle du scientifique, celle du politique...Les diverses techniques du clonage participent de la maîtrise de l’homme sur le monde et sur lui-même.

Il s’agit chaque fois d’une « science » qui lie le sujet au réel à travers une médiation de type rationnel et affectif. La distinction des méthodes et de leurs finalités nous permet habituellement de déterminer l’amplitude comme les limites de ces maîtrises. Nous le savons : la connaissance humaine peut et doit s’exercer sur tout l’ensemble du réel, du créé, mais elle reste soumise ou marquée par ce qu’elle considère. La connaissance d’une personne ne peut être identique à celle d’un pays. Dans les cas de clonages, ce point est encore plus délicat puisqu’il s’agit de l’homme et de découvertes récentes. Autre chose est de connaître les mécanismes de mutations des gênes ou de connaître une jeune fille ou de connaître un enfant qui nous est confié comme éducateur. Comment connaître et exercer une maîtrise humaine sur « la vie », « la vie humaine », la source de l’être humain et qui puisse rencontrer la profondeur et la densité de ce que nous espérons connaître en vérité ? Dit autrement, on ne connaît pas l’embryon humain comme une mécanique de voiture ou d’ordinateur.

 

1.1.2. Une histoire qui unit ou qui sépare

Dans les faits, le dynamisme bio-médical comme les désirs et les volontés humaines ont séparé ce qui était uni ou qui semblait devoir rester uni depuis des siècles pour le bonheur de l’homme. Au nom d’une certaine définition de l’amour, nous sommes passés de l’union sexuelle sans la procréation (dans les années 60) à la procréation sans l’union (années 80) (1). Aujourd’hui, nous réalisons avec le clonage humain de nouvelles séparations (1997) dans l’acte d’aimer. En effet, cloner, c’est faire advenir l’homme à l’existence non seulement sans relation corporelle ni sexuelle mais aussi sans relation parentale et filiale. Où se trouve l’amour ? Comment peut-il s’exprimer ? Faut-il élargir notre expérience et notre idée de l’amour pour accueillir ce type de nouvelles recherches ? Au nom de quel amour justifier ces actes de l’homme ?

 

1.1.3. Un amour de soi

D’un point de vue phénoménologique (2), l’intention la plus commune qui transparaît à travers cette technique est celle d’un amour narcissique qui est recherche de soi, d’une conjuration angoissée et exacerbée de la mort et du temps, d’une volonté de puissance qui devient main mise sur le vivant en sa source apparente. Les finalités médicales (sous l’apparence de la générosité et du combat pour la santé) masquent difficilement ces intentionnalités profondes. Et pourtant, les partisans du clonage n’ont pas tous des idées perverses. Le plus souvent, ils cherchent le bien de l’humanité. Le clonage à visée thérapeutique est la plupart du temps justifié par le désir de guérir autrui. L’homme d’ailleurs ne peut pas vouloir le mal ou se tromper sans trouver au moins un bien apparent à poursuivre ou un alibi. Les êtres humains ne sont-ils pas le plus souvent sincères et désireux de faire le bien ?

Dans les débats de société qui surgissent depuis quelque temps, il y va de la vérité de l’amour humain tant dans son aspect anthropologique que moral et religieux. L’amour est-il radicalement narcissique ou bien est-il essentiellement ouverture à ce qui n’est pas lui, à ce qui est « autre que lui » ? La reconnaissance de l’altérité appartient-elle à l’essence de l’amour humain ? Reprise sous une formule, les thèses en présence - thèses qui révèlent les enjeux de ces nouveaux actes humains - pourraient être les suivantes : « l’avenir, c’est moi » ; ou bien « l’avenir, c’est l’autre » (3). Et cet amour n’est pas une idée, un concept : il passe en effet par le corps humain, par le corps sexué. De plus, l’amour est toujours qualifié : il est fraternel, conjugal, parental, filial. Qu’en est-il de l’amour à la source de l’être humain ? Qu’avons-nous perdu ou que perdons-nous comme bien si précieux que nous cherchons tant à retrouver ?

 

 

1.2. L’amour et le corps

1.2.1. La personne en son corps

On ne change pas de corps comme d’un vêtement. Sans s’y réduire, personne n’existe sans un corps sur la terre. Le corps manifeste la personne : c’est aussi en son corps que l’homme se découvre distinct de l’animal. L’homme se sent toujours en même temps « corps parmi les corps » et « personne en son corps ».

C’est dans la solitude de son corps (et à travers les limites qu’il en perçoit) que l’homme se trouve distinct du monde qui l’entoure et qu’il l’appréhende. L’homme n’est pas en « fusion » avec les autres « corps » et les autres « objets » : il s’en distingue et cette prise de conscience l’individualise. Ces différences observées et éprouvées fondent sa singularité : le sentiment qu’il a d’être unique à ses yeux et aux yeux d’autrui. Dans ces expériences qu’il fait de lui-même, l’homme s’éprouve différent des animaux, des autres, de Dieu. Il « fait corps avec son humanité » et comprend ainsi sa propre dignité. L’homme est une personne corporelle et un esprit incarné.
Jean-Paul II exprime ainsi cette structure de la personne humaine en son corps : « La structure de ce corps est telle qu’elle lui permet d’être l’auteur d’une action typiquement humaine. Dans cette activité, le corps exprime la personne ; il est donc, dans toute sa matérialité (« il forma l’homme avec la poussière du sol » Gn 2,7), pénétrable et transparent, de manière à faire voir clairement qui est l’homme (et qui il devrait être) grâce à la structure de sa conscience et de son auto-détermination » (4
) . Cette insistance sur le lien entre « corps et personne » est fondamentale pour réfléchir les questions morales propres à l’être humain. L’enjeu actuel de nombreux débats réside dans la manière dont nous pensons l’unité du corps humain et son lien particulier avec le statut personnel de chacun.

L’amour passe par le corps qui en est un langage privilégié. Le don des corps dans l’intimité des organes qui conjoignent l’homme et la femme est un signe du don des personnes. L’acte conjugale n’est pas n’importe quel acte : il engage toute la personne. On peut certes dire son amour de diverses manières. Pourtant tous les gestes humains ne disent pas l’amour de la même manière. Certains gestes et paroles sont plus liés à la perfection de l’amour ; d’autres n’en expriment qu’une image ou une approche lointaine. D’autres encore ne font que « mimer » l’amour. La personne en vient parfois à « dire le contraire de ce qu’elle veut » par le corps : elle ment et son corps en témoigne. Ce que nous sommes, - liberté, conscience, amour -, notre personnalité en fin de compte, se dit toujours à travers notre corps, un corps « qui est singulièrement personnel et unique pour chacun ».


1.2.2. Corps et sexualité : une histoire commune

Si nous insistons sur cette notion du corps lié à la personne, c’est pour la distinguer de la sexualité et de son exercice. Le corps est lié plus radicalement que la sexualité à la réalité et à la prise de conscience de l’homme comme personne. L’Ecriture sainte fonde d’ailleurs cette manière de voir la personne humaine quand elle fait précéder la prise de conscience par Adam de son humanité sexuée (homme ou femme) par la prise de conscience d’une solitude originelle. « Le fait, toutefois, que l’homme soit « corps » appartient à la structure du sujet personnel bien plus profondément que le fait que dans sa constitution somatique il soit aussi homme et femme » (5).

Une des conséquences de ces réflexions serait la suivante. Le corps manifeste par exemple dans l’acte conjugal la volonté de s’aimer qu’un homme et une femme se sont « dite » un jour et qu’ils veulent porter et assumer dans le temps et dans l’espace. Le corps est un espace d’union personnelle. Le corps intègre mystérieusement le temps : il se transforme avec le temps, il change avec les années, il entrera un jour « glorifié » dans l’éternité. Si donc l’amour doit intégrer l’espace et le temps, il le fait grâce au corps personnel de l’homme. Le corps permet de faire mémoire de l’amour qui a été promis et d’actualiser cette mémoire : il intègre la réalité du temps de l’homme, d’un projet de vie, d’une construction de la personnalité. Dans l’acte conjugal, les corps des époux signifient que l’amour est offrande de soi, qu’il est un don mutuel de l’homme et de la femme telles qu’ils sont.

Par contre, court-circuiter le corps d’autrui ou/et l’aimer sans son corps et ce que signifie son corps pour lui comme pour nous, c’est court-circuiter l’amour même. Ainsi, par contraste, on voit comment le clonage objective le réel d’une autre manière en l’idéalisant. Il change le rapport de l’homme au corps dans le surgissement d’un nouvel être humain. Ce n’est pas l’amour humain qui conjoint. Le corps personnel et l’acte sexuel ne sont plus utiles ni nécessaires. Au contraire, la parcellisation des parties en cause, des cellules somatiques et germinales, d’une matrice de substitution témoignent clairement d’un projet où le lien de la personne à son corps n’est plus différencié. L’exercice de la sexualité n’est plus à l’intime des corps qui ne font partie du processus que de manière extrinsèque. La connaissance personnelle des corps dans l’unité de l’homme et de la femme n’est plus voulue dans l’acte par lequel un nouvel être humain pourrait venir à l’existence.

 

1.2.3. L’amour sans le corps personnel

Or l’amour est un abandon à la réalité des corps, signifiant les personnes telles qu’elles sont, dans leur unité et leur singularité. Par le clonage, c’est le mystère du corps personnel qui est touché : le corps « originaire » et le corps « cloné ». Le corps est-il le signe de ce que je me donne à moi-même ou bien le contraire ? Est-il le signe qu’autrui, dans sa différence corporelle irréductible, ne peut être possédé ultimement ou bien atteste-t-il que l’autre n’est qu’un pur objet du désir ou de la volonté de puiss?

En effet, quelle que soit la maîtrise de l’homme sur son corps, il ne peut le dominer entièrement. De même pour autrui. Le mystère du corps réside en partie dans cette constatation : comme tel, le corps n’est finalement pas un pur visible. Il ne peut pas faire totalement partie du monde extérieur et du domaine des sciences de l’observation. Il y a un « mystère » du corps, dirait le philosophe Gabriel Marcel. Cette tentative récurrente de mettre mon corps ou le corps d’autrui devant moi est une illusion : c’est une image que je dessine, que je construis ou que j’appréhende. Cette illusion n’est pas perçue par la plupart des techniciens. Croyant saisir le corps et désirant le posséder, ils blessent de fait la personne en dissociant son unité.

 

  

1.3. L’amour asexué et non-sexuel

1.3.1. La sexualité et l’enfant

Nous le constatons régulièrement : d’un point de vue biologique, la sexualité est une richesse et une étape importante dans l’apparition du vivant. Dans le monde du vivant, la nouveauté et les adaptations aux changements sont le fruit d’un mélange de patrimoine. La sexualité humaine participe du monde animal et en même temps le transcende. Sa richesse est issue non seulement de ses échanges biologiques, mais des significations personnelles que l’homme et la femme possèdent en soi et qu’ils parviennent à partager (6). La fécondité humaine est à la mesure de l’acte par lequel un enfant est nouvellement conçu : acte procréateur uni à la volonté divine du Créateur. Quelle que soit la manière dont il est conçu, l’enfant a droit à un respect absolu pour ce qu’il est. Le berceau de sa conception, - l’acte conjugal -, conditionne cependant son identité personnelle et la conscience qu’il en a. L’acte personnel qui préside à la conception de l’être humain dit la vérité de l’amour dont il est issu et dont il pourra faire mémoire pour se trouver et se définir lui-même par la suite.

La sexualité, liée au corps, est un langage. Elle est le langage adéquat, - à respecter -, pour faire advenir l’humain à lui-même. L’homme dans sa masculinité et la femme dans sa féminité, forment le berceau personnel de tout nouvel être humain. Ce dernier ne surgit pas de n’importe quel acte de l’homme. Il convient qu’il soit conçu d’un acte d’amour, personnel, conjoignant la différence la plus radicale en humanité : la différence homme-femme. Le sexuel symbolise la différence. Egalité fondamentale de l’humain au sein d’une radicale différence, la relation homme-femme qui s’engage dans l’union sexuelle dit aussi comment l’humanité peut assumer les différences dans la quotidienneté des jours.

 

1.3.2. L’amour dans le temps

Si cette relation est pénétrée d’amour, elle dit comment l’amour surmonte l’altérité radicale du monde des personnes et les met en communion. Un tel amour, traduit dans et par la sexualité, donne d’interpréter paisiblement le mystère du temps pour chaque être humain. De quel temps sommes-nous ? Dans quelle génération nous reconnaissons-nous ? A quelle époque de l’histoire humaine appartenons-nous ? De quelle histoire sommes-nous responsables ? Pour se trouver, l’homme doit dire le temps qu’il est, la génération à laquelle il appartient et il convient qu’il s’offre comme tel à autrui. Le passé comme l’avenir se condensent toujours dans la parole présente d’une personne. Or cette différence est signifiée par l’homme et la femme qui conçoivent de leur chair. Ils se conjoignent et dans cette communion, ils prennent le temps de se reconnaître comme père et mère. L’enfant un jour peut ainsi découvrir dans l’amour qu’il n’est pas à l’origine de lui-même, matériellement et spirituellement. L’assomption de cette limite est rendu possible par un amour généreux qui est tissé de communion et de différence. La compréhension heureuse du temps qu’il est et qui lui est donné lui est offerte gratuitement par la filiation sexuée et sexuelle.


1.3.3. Le visage du clone

Le clonage détruit ces significations de la sexualité humaine. De manière particulière, il dit le contraire d’un amour qui puisse assumer les différences les plus radicales : différences morphologiques, différences ontologiques. L’altérité n’y est plus signifiée dans un corps personnel et dans des actes appelés à dire l’amour. Or c’est de l’altérité que se nourrit l’amour personnel. Du semblable au même, la vérité de l’amour qui se confronte et se féconde d’altérité, est blessée. Et combien même il resterait certaines différences (ne fut-ce que biologiques ou acquises par l’éducation), elles seront éprouvées dans la violence d’une volonté qui aspire à réduire l’humain à son désir unique ou à son apparence propre (corporelle ou sexuelle). Malgré les apparences qu’il donnera de lui-même, l’être humain cloné apprendra la différence qu’il est à travers une violence qui touche son corps, son sexe, son visage (7).

Les limites qu’il éprouvera dans la connaissance de lui-même comme dans la découverte de son identité, ne seront pas fondées sur un acte d’amour conjugal qui différencie dans la communion. En d’autres termes, la procréation n’est plus enracinée dans les modalités personnelles de l’être humain (masculinité et féminité), l’union de l’homme et de la femme n’est plus fondatrice de l’identité corporelle et sexuée du nouveau. Comment donc l’enfant, - le petit de l’homme -, pourra-t-il s’éprouver comme donné librement à lui-même et destiné à se donner librement à autrui en respectant et en aimant la différence qu’il est ?

 

 

1.4. L’amour sans père ni mère, sans fils ni fille

Ne serait-ce pas une première conclusion ? En effet, le clonage s’oppose directement à un désir originaire de l’homme : celui d’être conçu et de naître d’un geste aimant d’un homme et d’une femme, d’une décision libre et aimante située dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire dans la chair. Cet amour espéré ne peut pas être une pure identification de soi à soi d’un homme ou d’une femme. Il ne peut pas être identifié ou réduit à un projet parental ou socio-culturel. Il n’est pas construction a priori d’un être à l’image de soi. Il n’est pas circularité espérée d’un temps qui ne change pas entre le père et le fils. Il n’est pas un amour qui en arrive à nier les générations et à télescoper le temps.

Si l’être humain a besoin pour se trouver d’une image paternelle et maternelle, s’il a besoin d’un amour qui différencie et d’un amour dont il perçoive le sens et les effets, comment peut-on poser dès l’origine les actes mêmes qui nient cette identité personnelle et la réduise à une apparente copie corporelle ou à une construction génotypique et/ou phénotypique ?

Plus profondément, l’être humain ne désire-t-il pas être conçu et désiré sur terre comme il pressent qu’il l’est par son Dieu, par le Dieu Créateur et Père qui aime tout homme comme il aime son enfant ? Ce qui fonde l’identité de l’homme, nous le savons, c’est d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,27). Peut-être est-ce la cause de la révolte ou la crainte sourde que nos contemporains ressentent face aux techniques nouvelles ! Au fond d’eux-mêmes ne veulent-ils pas ressembler plus à Dieu qu’à l’image mimée qu’un autre homme veut leur imposer a priori en « les jetant dans l’existence humaine » ?

A la question de Jade (8):

Frère Michel, c’est quoi aimer ?

Celui-ci répond : « C’est avoir envie de faire plaisir rien que pour le plaisir de faire plaisir »...

Gratis pro Deo ? Je lui ai dit.

Bravo ! C’est exactement ça : pour l’amour de Dieu.

Ce que tu dois aimer dans l’autre, ce n’est pas son reflet, ce n’est pas le reflet de toi-même, c’est le reflet de Dieu.

 

 

 

2. Le noeud du respect : l’enfant embryonnaire

Parler de notre origine commune et de ce qui fait le mystère de notre « venue au monde » est incontournable dans une réflexion bioéthique. L’enjeu à l’origine définit une certaine manière d’aborder notre propre vie et la vie d’autrui. On le sait : le statut de l’embryon est un sujet controversé et qui fait l’objet de nombreuses réflexions et débats. Dans le concret, nous avons à passer à l’acte : quel respect, quelles attitudes pratiques, quels appels surgissent de l’existence de l’enfant nouvellement conçu ? Nous désirons traiter de l’attitude éthique et religieuse face à l’embryon. Le respect qui lui est dû, se fonde sur son origine humaine même énigmatique (I). La position du Magistère est très claire à ce sujet (II). Une réflexion théologique personnelle peut donner à penser (III).

 

2.1. L’énigme de l’origine

Grâce aux recherches scientifiques, particulièrement bio-médicales, nous avons un grand nombre de données nouvelles sur l’avènement à l’existence de l’être humain, sur ce qu’est l’embryon, sa constitution, les phénomènes qui président à sa croissance. Même s’il nous est possible de dissocier la conception de l’embryon de l’acte conjugal, nous percevons intuitivement combien le « berceau » de l’être humain ne peut pas être n’importe quel acte. La conception et la croissance de l’être humain appartiennent à l’ordre de l’agir de l’homme. Les questions éthiques y sont posées avec acuité. Elles nous renvoient aussi à ce que nous sommes et désirons devenir dans le respect de l’humanité que nous partageons avec les autres. Nous avons tous été un « embryon humain».

Si les observations scientifiques se font de plus en plus précises, elles sont appelées à éclairer nos jugements et ne peuvent se substituer à des réflexions éthiques et religieuses. Définir l’humain n’appartient pas à l’ordre scientifique. Réfléchir sur ce qu’est un individu, une personne, un acte créateur est de l’ordre éthique, philosophique et religieux. La définition de l’homme est à la mesure de ce qu’il est dans toutes ses composantes. Les connaissances que nous avons de l’embryon peuvent laisser ouvertes certaines options : les caractéristiques de l’individu, l’identité entre l’individu et la personne, le refus ou l’acceptation du concept de « personne potentielle », le moment précis de l’acte créateur divin. L’embryon humain est de notre espèce et nos observations doivent s’approfondir : il n’a pas encore livré tous ses secrets. Peut-être n’est-ce d’ailleurs pas à nous de déterminer ce qu’il est ni le moment précis de son avènement à l’existence ? Il nous suffirait de le reconnaître et d’observer un faisceau d’indications visibles.

A supposer que l'on ne tienne pas l’animation immédiate de l’embryon, c’est-à-dire la présence de l’esprit ou de l’âme, dès le premier instant, on ne pourra nier que le pré?embryon ou l'embryon humain est une « personne potentielle », selon les mots du Comité national français de bioéthique (1986), une personne en devenir. C'est cette personne en devenir que l'on veut aujourd’hui “utiliser”, dans un processus qui lui donnera la mort, à des fins de recherche scientifique. Qui ne voit que l'on cède ainsi à une idolâtrie du progrès scientifique ? En fait, de quels enjeux financiers et de quelles compétitions de prestige (universitaires, nationales, pharmaceutiques, ...) ne se rend?on pas esclave ? Cette réduction de l'humain à l'état de matériau biologique contient en germe un totalitarisme eugénique qui se déploie déjà dans les derniers développements du clonage (9).

Son caractère énigmatique et son apparence qui nous déconcertent encore ne peuvent cependant pas être un alibi pour nier sa dignité et risquer sa destruction unilatérale. Sur une question aussi grave, la sagesse humaine nous éclaire par ce dicton : dans le doute de fait, abstiens-toi. Ce principe de « protection » est la mesure de la gravité de la question. Comment penser en effet qu’un embryon puisse devenir un homme s’il ne l’est pas à l’origine ? Ce qu’il est, ne l’avons-nous pas tous été ? Les critères qui définissent des moments adéquats à cette reconnaissance appartiennent tous à une vision réductrice du temps. Ainsi s’il y a questions et doutes sur le statut de l’embryon, il ne peut pas en fait et donc en droit se résoudre au désavantage de ce dernier. Dans une question de doute de fait, la prudence impose à la conscience de plaider pour le respect maximum : on ne tire pas dans les broussailles si on pense que ce qui bouge pourrait être un homme.

Si l'on se met au point de vue de la foi chrétienne, les choses sont plus criantes encore. Tout embryon, dans les apparences qu’il nous donne de lui-même ou que nous parvenons à connaître de lui à notre époque, est en effet le terme d’un acte créateur de Dieu. Dès qu'apparaît un embryon humain, apparaît le dessein de Dieu créateur d'une personne humaine. Cette volonté de Dieu doit être respectée. Dans le respect inconditionnel du statut de l’embryon se joue pour les chrétiens le respect de l’œuvre créatrice de Dieu. De plus tout homme est créé dans le Christ (He 1,2). Il est appelé à être dans le Fils Unique. Ce statut d’enfant de Dieu, reconnu par la foi, confirme l’amour personnel qui lui est dû par ses parents et par tout homme.

 

 

2.2. L’appel de la réflexion catholique

La doctrine de l’Eglise catholique au sujet de l’embryon humain est présentée et argumentée dans deux documents principaux : l’Instruction Donum vitae (DV) de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (1987) ; l’Encyclique Evangelium vitae du Pape Jean-Paul II (1995). Nous résumons dans ce qui suit ces deux documents.

 

2.2.1. Le principe moral fondamental est exprimé dans DV I,1 : « L’être humain doit être respecté - comme une personne - dès le premier instant de son existence ».

« Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père ni celle de la mère, mais d’un nouvel être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors. A cette évidence de toujours la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations. Elle a montré que, dès le premier instant, se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : un homme, cet homme individuel avec ses notes caractéristiques déjà bien déterminées » (DV I, 1). Les récentes acquisitions de la biologie humaine ont reconnu que dans le zygote dérivant de la fécondation s’est déjà constituée l’identité biologique d’un nouvel individu humain.

Le Magistère de l’Eglise ne s’est pas prononcé sur une doctrine philosophique du moment de l’animation. Il pose cependant la question ; « Comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? » (DV I, 1) et il tient, du point de vue moral ou éthique, que le produit de la conception humaine exige le respect inconditionnel moralement dû à tout être humain. Dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne parmi lesquels, en premier lieu, le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie. Puisqu'il doit être traité comme une personne, l'embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri dans toute la mesure du possible, comme tout autre être humain, dans le cadre de l'assistance médicale. C’est un patient à traiter comme tout homme mérite de l’être (10).

 

2.2.2. Par voie de conséquence :

2.2.2.1. La recherche médicale doit s’abstenir d’interventions sur les embryons vivants, à moins qu'il n'y ait certitude morale de ne causer de dommage ni à la vie ni à l’intégrité de l'enfant à naître et de sa mère, et à condition que les parents aient donné pour l'intervention sur l'embryon un consentement libre et informé. Si les embryons humains sont encore vivants, viables ou non, ils doivent être respectés comme toutes les personnes humaines : l'expérimentation non directement thérapeutique sur les embryons est illicite. Dans le cas de l'expérimentation clairement thérapeutique, c'est-à-dire s'il s'agissait de thérapies expérimentales utilisées au bénéfice de l'embryon lui-même comme une tentative extrême pour lui sauver la vie, et faute d'autres thérapies valables, le recours à des remèdes ou à des procédés non encore entièrement éprouvés peut être licite.

 

2.2.2.2 Il est immoral de produire des embryons humains destinés à être exploités comme un matériau biologique disponible. Il faut dénoncer la particulière gravité de la destruction volontaire des embryons humains obtenus in vitro par fécondation artificielle ou fission gémellaire, à des seules fins de recherche.

Les procédures d'observation ou d'expérimentation qui causent un dommage ou exposent à des risques graves et disproportionnés les embryons humains, in vivo ou in vitro, sont moralement illicites. Il n’est pas moral d’utiliser les embryons surnuméraires de la fivete comme matériau de recherche. Il apparaît ainsi combien dès 1987, la congélation d’embryon était dénoncée comme illicite et contraire à la dignité de l’être humain. Les risques de cette congélation et de la décongélation exposent délibérément à la mort des embryons obtenus ainsi « in vitro ». Ces embryons mis hors du temps « demeurent exposés à un sort absurde, sans qu’il soit possible de leur donner des voies de survie certaines et licitement réalisables » (DV 1,5).

 

2.2.2.3. Les tentatives ou projets de fécondation entre gamètes humains et animaux, et de gestation d'embryons humaine dans des utérus d'animaux, l'hypothèse ou le projet de construction d'utérus humains artificiels, sont contraires moralement à la dignité d'être humain qui appartient à l' embryon. De même, les tentatives ou hypothèses faites pour obtenir un être humain sans aucune connexion avec la sexualité, par fission gémellaire, clonage, parthénogenèse, sont à considérer comme contraires à la morale, car elles sont en opposition avec la dignité tant de la procréation humaine que de l'union conjugale. La congélation des embryons constitue une offense au respect dû aux êtres humains. Certaines tentatives d'intervention sur le patrimoine chromosomique ou génétique ne sont pas thérapeutiques, mais tendent à la production d'êtres humains sélectionnés selon le sexe ou d'autres qualités préétablies. Ces manipulations sont contraires à la dignité personnelle de l'être humain, à son intégrité et à son identité ; elles ne peuvent donc en aucune façon être justifiées par d'éventuelles conséquences bénéfiques pour 1'humanité future.

 

2.2.3. La Loi civile

Selon l’Eglise catholique, l’Etat doit reconnaître le droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain depuis la conception jusqu’à la mort. La loi civile ne peut tolérer - elle doit même expressément proscrire - que des êtres humains, fussent-ils au stade embryonnaire, soient traités comme des objets d’expérimentation, mutilés ou détruits, sous prétexte qu’ils apparaîtraient inutiles ou inaptes à se développer normalement. Ceci exclut que l’Etat autorise l’utilisation des embryons surnuméraires de la Fivete pour la recherche scientifique. La législation doit exclure également les banques d’embryons.

 

 

2.3. L’embryon : le pauvre et le petit

Le problème éthique posé par l’embryon humain n’est pas un problème autre que celui de la reconnaissance d’autrui. Nous savons par expérience humaine combien onéreuse se trouve être toute reconnaissance d’une personne dans la vie quotidienne : se laisser interpeller par le « visage » d’autrui , le respecter et l’aimer, est un acte de liberté qui nous engage, avant même d’être une évidence qui nous oblige de manière rationnelle.

La reconnaissance d’une personne dans l’embryon a une dimension ontologique, éthique et religieuse. Elle concerne l’être de l’embryon, mais elle est inséparable d’une attitude humaine d’accueil, de justice et d’amour. Cette reconnaissance n’est pas aveugle. Elle est aidée par les considérations bio-médicales, mais elle s’origine d’abord dans un accueil humanitaire : comment l’embryon pourrait-il se révéler totalement pour ce qu’il est - une personne, si le droit fondamental à la vie ne lui est pas reconnu ? Ce qu’il est maintenant, nous l’avons été un jour. La valeur « humanité » doit être universelle et inconditionnelle. Elle concerne tout homme et tous les hommes. La définition de l’humanité de l’homme n’est pas matière livrée à l’arbitraire de l’homme. L’homme ne crée pas l’homme : il le reconnaît. Les projets de parentalité comme les définitions bio-médicales ne définissent pas ce qu’est l’embryon en soi. Ils le reconnaissent ou pas, le confirment ou l’infirment. Telle est la tâche de nos libertés humaines face à l’acte Créateur de Dieu.

Tout embryon est en effet dans les mains de Dieu. L’infiniment grand comme l’infiniment petit dépendent de Lui. Parler d’un Dieu créateur, c’est affirmer non seulement qu’il est à la source de toutes choses, mais qu’il les soutient dans l’être. Quand on considère la place de l’homme comme être d’esprit dans la création, on ne peut penser que la conception de l’embryon, sa vie et sa croissance soient ignorées de Dieu. Le psaume 139, 13-15 explicite déjà ce lien : « C’est Toi qui m’as formé les reins, qui m’as tissé au ventre de ma mère ; je Te rends grâce pour tant de mystères : prodige que je suis, prodige que tes œuvres. Mon âme, Tu la connaissais bien, mes os n’étaient pas cachés de Toi, quand je fus fais dans le secret, brodé au profond de la terre ». Cette connaissance divine de l’univers, établit un lien immédiat entre tout embryon humain et son Créateur. Dieu connaît l’embryon parce qu’il le crée. Le fruit de la conception humaine est l’enfant embryonnaire (être et vie en lui), non pas parce que Dieu s’y résigne, mais parce que Dieu le veut. Dieu veut toujours l’embryon humain qui est conçu parce qu’il est la source ultime de notre existence et notre origine la plus profonde. « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu » (Donum vitae, Introduction, nE5).

Dans l’embryon humain qu’Il crée, le Créateur s’affirme également comme Père. Il voit dans tout embryon humain celui qui l’aimera un jour, librement ; celui qui répondra au don qui lui est fait par un amour filial. Historiquement, cette grâce nous est offerte dans le Fils unique, Jésus Christ. Tout homme est destiné à être « fils dans le Fils », à être dans l’alliance nouvelle et éternelle. En tout embryon humain, Dieu voit l’image de son Fils. L’affirmation est lourde de sens. Tout embryon humain conçu participe à l’éternité du Dessein créateur et sauveur de Dieu (Ep 1,3-4). Au-delà des circonstances et des événements qui conditionnent ou expliquent notre venue au monde, Dieu lui-même est notre origine et notre fin : « Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi », disait saint Augustin.

Le don qu’est l’embryon humain, son mystère, est confié à notre humanité et au monde tel qu’il est. Ce n’est pas « rien » qui est offert ainsi. C’est tout un monde d’existence et de signification dont l’innocence n’est qu’un signe particulier offert à tous les hommes de bonne volonté. Sa pauvreté est confiée à notre amitié. Son visage n’est pas spectaculaire. Il reste longtemps peu perceptible aux yeux humains et sa pudeur résiste parfois aux longues observations scientifiques. Ce don mystérieux, parce qu’effacé, s’offre à notre reconnaissance à travers un corps humble. Dans l’amas cellulaire germinal et invisible à l’œil nu, tout comme dans sa puissance génétique et de croissance, ce corps embryonnaire est le germe et le gage de toute donation ultérieure. L’embryon conçu est le suppliant par excellence. De la reconnaissance reçue, il vivra, pourra rendre grâce un jour et se donner à son tour. Fragilité, vulnérabilité, faiblesse, apparences surprenantes sont les mots du suppliant. L’embryon humain est une parabole vivante de la volonté créatrice et aimante de Dieu qui nous confie son œuvre. « La seule manière d’être juste avec la vie, c’est de respecter le plus petit des vivants » (11).

Respecter le plus petit dans le mystère insondable de son être , ce n’est pas plonger dans l’archaïsme des sentiments ou la sacralisation de la nature, c’est s’exercer patiemment à mieux connaître l’homme, son origine, sa fin et le respecter en tous puisque nous le respectons dans le pauvre et le petit. Tel est le mystère de l’embryon humain et sa mission pour nos générations : être gardien de l’universalité des valeurs et de l’Autre dont nous dépendons tous.

 

 


3. Sous forme de conclusion

Le souci de l’homme et le respect de sa dignité à tous les stades de sa vie, à l’origine comme à la fin, sont la trame d’une ample réflexion aujourd’hui. Les repères éthiques doivent être repérés avec soin, protégés et fortifiés car ce qui touche l’ordre personnel et privé concerne aussi le champ social, la vie commune, le bien de tous et finalement l’avenir d’une société ou de l’humanité. L’Eglise donne la preuve depuis des années qu’elle ne se désintéresse ni de l’homme ni de ces grands combats. L’honnêteté intellectuelle et la bonne volonté devraient nous aider à chercher à mieux comprendre ce « message » exigeant sur l’homme, créé à l’image et à la ressemblance divine. La conscience est le sanctuaire de toute vie intérieure. Il convient d’y entrer régulièrement et de l’enrichir de ce que nous découvrons de la vérité du monde, de l’homme et de Dieu à travers les témoignages et les enseignements reçus en Eglise.


Père Alain Mattheeuws s.j.
Rue Liétart, 31 Boîte 8
B-1150 Bruxelles

Bibliographie spécialisée en vue d’approfondir les thèmes

ACADEMIE PONTIFICALE DES SCIENCES, « Réflexions sur le clonage », dans DC 2168 (19.10.1997), p. 894-897.

ANDORO R., La bioéthique et la dignité de la personne, Paris, PUF, 1997.

ATLAN H., DELMAS-MARTY M.Y, Le clonage humain, Paris, Seuil, 1999.

BENICHON G., Le chiffre de la vie, Paris, Seuil, 2002.

BOURGET V., L’être en gestation. Réflexions bioéthiques sur l’embryon humain, Paris, Presses de la Renaissance, 1999.

BRUGUES J-L., « Les trois chocs de la bioéthique », dans NRT 112 (1990), p. 859-869.

CANEVET M., « L’humanité de l’embryon selon Grégoire de Nysse », dans NRT 114 (1992), p. 678-695.

CASPAR Ph., Penser l’embryon d’Hippocrate à nos jours, Paris, Ed. Universitaires, 1991.

CCNE, Avis de recherches sur l’embryon, Ed. Actes Sud, 1987.

CHAPELLE A., « Pour lire Donum vitae », dans NRT 109, (1987/4), p. 481-508.

COLLECTIF, L’enfant à naître, Paris, Migne, 2000.

CONGOURDEAU M-H., « L’embryon est-il une personne ? », dans Communio IX (1984), p. 103-116.

CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, « Instruction sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation Donum vitae du 22 février 1987» , dans DC 1937 (5.4.1987) p. 349-361 (p. 361 : renvoie à d’autres textes sur la bioéthique et des prises de position publiques d’épiscopats différents, publiés dans la DC).

CONSEIL DE L’EUROPE, Regard éthique : le clonage, éd. du Conseil de l’Europe, 2002.

CONSEIL PERMANENT DES EVEQUES DE FRANCE, Essor de la génétique et dignité humaine, Paris, Bayard/Centurion/Cerf, 1998.

COTTIER G., « Les bébés-éprouvettes, Problèmes éthiques », dans Nova et vetera 61 (1986), p. 210-239.

DELASSUS J.-M. ET K. PAPILLAUD , Clone ou enfant ?, Paris, Dunod, 2003.

Désirer un enfant, enjeux éthiques des procréations médicalement assistées : Des chrétiens s’expriment, Paris, Centurion, 1994.

DINECHIN O. de, L’homme de la bioéthique. Entretiens avec Yves de Gentil-Baichis, Paris, Desclée de Brouwer, 1999.

FAGOT-LARGEAULT A., DELAISI DE PARSEVAL G., « Qu’est-ce qu’un embryon ? », dans Esprit 151 (juin 1989), p. 86-120.

FAVRAUX P., « L’embryon, personne humaine dès la conception ? A propos d’un débat éthique », dans NRT 116 (1994), p. 201-217.

FRYDMAN R., Dieu, la médecine et l’embryon, Paris, Ed. Odile Jacob, 1997.

FUKUYAMA F ., La fin de l’homme, La Table ronde, 2002.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Cours - Amour, vie, vérité
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Samedi 25 novembre 2006

L’unité engendre la différence. La différence est vocation à l’unité.

Traits de l’anthropologie de Jean-Paul II

 

Les débats de société, les prises de position morales, les affirmations théologiques sont toujours en lien plus ou moins cohérents avec une vision de l’homme. Plusieurs anthropologies peuvent coexister et signifier la richesse de la réflexion sur l’identité de l’homme. Certaines tonalités varient avec le temps et les cultures. Des traits d’une anthropologie peuvent cependant être en contradiction avec ce que la Révélation divine nous dit de l’homme. Car la vision de ce qu’est l’homme n’est pas « fiction de l’esprit » : elle se fonde sur un « donné » où s’articulent le corps et l’esprit, la liberté et la nature, la conscience et le temps. Elle se fonde aussi sur la manière dont Dieu se rend présent à l’histoire humaine, à l’histoire de tout homme. La publication récente d’un corpus de textes de Jean-Paul II témoigne de l’ampleur d’une réflexion théologique sur l’amour humain dans le plan divin. Elle est imprégnée d’une vision anthropologique originale .

Ces quelques lignes serviront de balises pour souligner combien cette pensée se centre sur l’unité de la personne humaine, homme et femme, dans le respect et l’accentuation de leurs différences. Il y a bien deux modalités d’être personne, donc d’être dans l’histoire, de faire histoire et de vivre en relation. La distinction « masculinité-féminité » est signifiée dans le corps, mais pour rendre compte de sa beauté personnelle. Ce qui fonde ces traits de l’anthropologie de Jean-Paul II est l’unité d’un acte créateur (1), qui fait de l’homme une personne-don (2) dont le corps sexué manifeste la grandeur et la noblesse (3).

 

 La création : un acte qui unit dans la distinction 

Les premiers récits du livre de la Genèse sont commentés abondamment par le philosophe et le théologien qu’est Jean-Paul II. Rejoignant la Tradition, il met en lumière dans ses catéchèses combien l’homme est voulu par Dieu « à son image et à sa ressemblance ». Cette volonté créatrice de Dieu est à l’origine de tout être humain. Dieu donne l’existence et dans le même acte, fait alliance avec tout homme. La « solitude » d’Adam (Gn 2,18) signifie à la fois une relation privilégiée avec ce Dieu créateur et une distinction radicale d’avec le monde des animaux (Gn 2,20). N’est-il pas vrai que personne ne vient au monde « sans avoir été voulu par Dieu » ? N’est-il pas vrai que l’homme ne trouve pas d’aide « assortie » après s’être mis à distance des animaux et les avoir nommé, ? L’Ecriture nous le décrit comme en « attente » d’une différence qui puisse lui faire goûter l’unité de l’acte dont il est issu et de l’être-de-don qu’il est.

Etre créé, c’est vivre de cette unité « originelle » et « immédiate » avec le Créateur. Cette alliance est respect de la distinction Créateur-créature. Cette distinction fonde d’ailleurs cette relation d’amitié que l’homme vit avec Dieu. L’œuvre créatrice de Dieu nous est décrite comme « faisant la différence » entre les êtres par sa parole (Gn 1,3-31). Créer, c’est « magnifier » une différence et apprendre à la goûter puisqu’elle est fondée sur un Amour indéfectible, et sans raisons. Je « suis » parce que Dieu a voulu que je « sois », gratuitement, par amour. Cette différence que je suis, homme ou femme, est à « expérimenter » dans l’univers de Don que le Créateur a établi et continue de déployer pour ceux et celles qu’il établit dans son alliance. Cette toute-puissance du Créateur est d’amour, de gratuité, de reconnaissance de la valeur, de l’irréductibilité, de la singularité de la créature humaine. La toute-puissance du Dieu Créateur est celle du «don».

«La toute-puissance révèle aussi l'amour de Dieu qui, dans la création, donne la vie à des êtres différents de Lui et en même temps différents entre eux. La réalité de son don imprègne tout l'être et l'existence de la création. Créer veut dire donner (surtout donner l'existence). Et celui qui donne, aime. L'auteur du livre de la Sagesse l'affirme lorsqu'il déclare: «Oui tu aimes tous les êtres, et n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l'aurais pas formé» (11,24); et il ajoute: «Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie» (11,26)» .

 

 Une personne-don

« Homme et femme il les créa » (Gn 1,27). Et voilà, « c’était très bon » (Gn 1,31) « Puis, de la côte qu'il avait tirée de l'homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l'amena à l'homme » (Gn 2,22). Les deux récits nous content l’apparition d’une différence au sein de l’humanité. N’est-ce pas l’insaisissable différence à laquelle chacun de nous est confronté en soi et en dehors de soi ? La solitude de l’homme n’est pas que « distinction du monde animal » : elle est signe de son immédiateté relationnelle avec son Créateur. Elle manifeste ce qu’est son être en attente dans l’histoire d’une communion à sa mesure. La nature humaine est « une » au sein de la dualité exprimée dans la « masculinité » et la « féminité ». L’homme à l’image de Dieu, c’est aussi l’humanité dans sa dualité homme-femme. Cette dualité imprègne « toute relation entre l’homme et la femme », mais la relation conjugale dans le mariage en est un signe privilégié. C’est Dieu qui signe cette différence. C’est Dieu qui offre la femme à l’homme (Gn 2,18). C’est l’homme qui librement s’enchante de ce don personnel qui dépasse toutes ses attentes. Alors celui-ci s'écria : « Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée “femme” , car elle fut tirée de l'homme, celle-ci ! » (Gn 2,23). Plus qu’un manque ou qu’un besoin, ce cri exprime l’admiration de l’homme face à ce don de Dieu qui signifie un accomplissement et une plénitude pour l’humanité créée. L’humanité prend toute sa mesure dans la découverte de cette « différence » qui repose dans l’écrin d’une égale dignité voulue par Dieu.

«Si la femme, dans le mystère de la création, est celle qui a été «donnée» à l'homme, celui-ci, de son côté, en la recevant comme don dans la pleine vérité de sa personne et de sa féminité, l'enrichit par cela même et, en même temps, lui aussi, dans cette relation réciproque, se trouve enrichi. L'homme s'enrichit non seulement grâce à elle qui lui donne sa propre personne et sa féminité, mais aussi grâce au don de lui-même. Le don de la part de l'homme, en réponse à celui de la femme, est pour lui-même un enrichissement. En effet, il s'y manifeste presque l'essence spécifique de sa masculinité qui, à travers la réalité du corps et du sexe, atteint la profondeur intime de la possession de soi grâce à laquelle il est autant capable de se donner lui-même que de recevoir le don de l'autre» .

Il y a bien une double modalité d’être personnes en ce monde. Cette différence, bonne et voulue par Dieu, témoigne de l’espérance de Dieu sur l’homme. L’amour dont il aime l’homme et la femme cherche à se manifester dans l’histoire. La communion des personnes qui peut surgir d’un libre consentement à cette différence entre l’homme et la femme est à l’image de la communion trinitaire. Si nous pouvons aimer à ce point la différence, c’est pour rejoindre celle qui traverse l’unité divine : Père, Fils et Saint-Esprit. Si l’homme et la femme sont des êtres appelés à se donner, c’est pour rejoindre et témoigner de l’image divine qu’ils sont.

Il y a donc comme deux «incarnations» différentes de l'humanité qui fondent l'unité originelle. Mais l'homme est ontologiquement un au sein de cette dualité. Il n'est créé définitivement qu'avec la création de la femme. «La création «définitive» de l'homme consiste dans la création de l'unité de deux êtres. Leur unité dénote surtout l'identité de la nature humaine; la dualité, par contre, manifeste ce qui, sur la base de cette unité constitue le caractère masculin et le caractère féminin de l'homme créé (HF 73). Il est clair «que l'homme a été créé en tant que valeur particulière devant Dieu (Dieu vit ce qu'il avait fait et voilà que c'était très bien Gn 1,31), mais aussi en tant que valeur particulière pour l'homme lui-même: d'abord, parce qu'il est «homme»; ensuite parce que la «femme» est pour l'homme, et vice-versa, parce que l'«homme» est pour la femme» (HF 73).

L'unité originelle se fonde sur la solitude originelle qui se révèle comme «adaptation «à» la personne et donc comme ouverture et attente d'une «communion des personnes»» (HF 75). Cette communion suppose une existence comme personne, à côté l'une de l'autre: une double solitude distincte des animaux, consciente d'elle-même (auto-connaissance) et déterminée (auto-détermination) à s'ouvrir à l'autre. Aucun être vivant ne pouvait assurer à l'homme cette réciprocité dans l'existence: seulement un être qui expérimente la même solitude face au monde des vivants.

Cette unité originelle exprime finalement la complète et définitive création de l'homme. Le deuxième récit de création nous permet de réinterpréter le premier, quant au concept de l'image. «L'homme est devenu image et ressemblance de Dieu non seulement par sa propre humanité mais aussi par la communion des personnes. (...) L'homme devient image de Dieu moins au moment de la solitude qu'au moment de la communion. En effet «dès l'origine» il est non seulement une image qui reflète la solitude d'une Personne qui régit le monde, mais aussi et essentiellement image d'une insondable communion divine de Personnes» (HF 77).

Ce point est important à souligner: il fonde en l'homme à la fois l'expérience d'une transcendance mais aussi celle d'une ouverture personnelle. La communion avec d'autres personnes fait partie de la nature de l'homme autant que sa transcendance. La personne humaine doit être définie comme ouverture à l'autre personne autant que comme sujet autonome et distinct. L’homme en se donnant et se livrant à la différence sexuée, manifeste la profondeur d’un amour qui unit toujours en respectant, en promouvant, en rassemblant ce qui est distinct et différent. Ainsi l’homme et la femme sont-ils aussi ensemble, dans l’unité qu’ils peuvent former, une image particulière de Dieu dans le monde.

 

Par la sexualité, unir pour distinguer 

La différence sexuelle concerne tout l’être de la personne. Le corps, s’il est bien distinct de l’esprit, n’est pas réductible à une entité extérieure à l’unité personnelle du sujet. Le corps humain appartient à la personne. Il dit ce qu’elle est. Par lui, tout être d’esprit que nous sommes s’inscrit dans l’histoire. La personne humaine est toute présente en son corps : le corps la révèle, la manifeste, fait « voir » ce qu’elle est. La différence sexuelle n’est pas extrinsèque à cette révélation de la personne. La beauté et la dignité de chacun d’entre nous se fondent sur l’unité personnelle du corps et de l’esprit.

 

La sexualité a une signification conjugale. Le conjugal « conjoint » les personnes et par là différencie jusqu’à susciter dans l’acte sexuel une « conception autre et nouvelle », et accueillir ainsi la différence radicale d’une autre personne qu’est l’enfant. L’homme est appelé librement à consentir à cette signification par le don de soi-même dans le célibat ou le mariage. Quel que soit son mode de s’exercer, le sens de la sexualité humaine pointe « vers la différence » et s’ouvre à la vie. De fait, la sexualité de soi ne lie ni ne délie : c’est l’homme qui librement accepte la signification de ce qu’il est, et parvient à développer ainsi dans l’histoire la signification nuptiale de son être sexué.

«Il y a une forte relation entre le mystère de la création comme don qui jaillit de l'Amour et cette «origine» béatifiante de l'existence de l'être humain comme homme et femme, dans toute la vérité de leurs corps et de leurs sexes, et c'est une simple et pure vérité de communion entre les personnes. Lorsque le premier homme, à la vue de la femme, s'écrie: «C'est la chair de ma chair et l'os de mes os», il affirme simplement l'identité humaine de l'un et de l'autre. En s'écriant ainsi, il semble dire: «Voici un corps qui exprime la «personne»!» En s'appuyant sur un passage antérieur du texte, on peut également dire: ce «corps» révèle «l'âme vivante» que l'homme est devenu lorsque Dieu souffla la vie en lui, par laquelle commença sa solitude en face de tous les autres êtres vivants. C'est précisément à travers la profondeur de cette solitude originelle que l'homme émerge à présent dans la dimension du don réciproque dont l'expression est le corps humain dans toute la vérité originelle de sa masculinité et de sa féminité. Le corps qui exprime la féminité «pour» la masculinité et, vice versa, la masculinité «pour» la féminité, manifeste la réciprocité et la communion des personnes. Il l'exprime à travers le don comme caractéristique fondamentale de l'existence personnelle. Tel est le corps, témoin de la création comme d'un don fondamental et, par conséquent, témoin de l'Amour comme source d'où est né ce don lui-même. La masculinité-féminité - c'est-à-dire le sexe - est le signe originel d'une donation créatrice d'une prise de conscience de la part de l'être humain -homme-femme - d'un don vécu pour ainsi dire de manière originelle. Telle est la signification par laquelle le sexe entre dans la théologie du corps» .

Ainsi, dans sa limite, le corps et particulièrement la sexualité, est signe non pas seulement d’un manque ou d’un besoin, mais d’un don permanent, ouvert et gratuit à l’altérité : altérité de Dieu, altérité des hommes. Il est ouverture permanente au mystère de l’autre dans sa différence, au don que ce dernier est pour moi, au don que je puis être pour lui. La différence ne surgit dans sa signification ultime que sur cette horizon d’unité : unité d’un don reçu, unité d’un don qu’est tout homme. Cette unité est faite d’une intégration originelle de la différence la plus radicale éprouvée dans le corps entre toute créature et son Créateur, entre toute créature et ses semblables tellement différentes en apparence mais égales en dignité.

Cette unité du genre humain dans sa différence sexuelle est « grâce et harmonie ». Elle renvoie à l’unité de l’acte créateur, à l’unité de la relation entre Dieu et chaque être singulier, à l’unité entre l’homme et la femme. Cette dernière s’exprime dans l’histoire humaine par et dans l’union conjugale comme dans son abstention. L’unité « sponsale » de chaque être appartient à ce qu’il est avant que de s’identifier à des actes particuliers. Ainsi mari et femme exercent-ils leur être conjugal dans le consentement matrimonial. Ainsi le célibat consacré, à l’image de celui de Jésus Christ, exprime-t-il aussi la structure sponsale de l’être humain.

 

En conclusion

De fait, et en droit, c’est à travers l’unité personnelle qu’est chaque être humain que la beauté de sa (ses) différences apparaissent. L’unité de sa personne-don est au service d’une communion de personnes qui valorise, respecte, promeut, défend, fortifie la distinction. L’amour est source de la distinction. L’inverse n’est éprouvé le plus souvent que dans un deuxième temps. Ce que chaque être humain expérimente dans sa relation immédiate avec Dieu Créateur (union et distinction), il est appelé à le vivre dans l’histoire humaine. C’est par l’amour que l’unité se forge dans le consentement mutuel d’un homme et d’une femme et que s’atteste l’accueil de toute altérité et de ses différences.

Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Anthropologie
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Samedi 25 novembre 2006

Le don de l'embryon humain plonge parfois ses parents dans la perplexité et dans des interrogations radicales. N'est-il pas un intrus ? Un imprévu ? Un désir assouvi ? Un rêve imparfait ? Son existence est d'un grand poids : elle bouleverse une vie rien que par sa présence (1).

1. La radicalité d’un accueil personnel

Comment accueillir l’être humain aux commencements de sa vie et tout au long de l'éveil de ce qu'il est ?
« Je ne considère autrui comme « autrui », c'est-à-dire comme un autre, comme une personne, que si je le laisse s'imposer à moi. En lui quelque chose me dépasse, que je ne puis réduire à mes besoins, à mes attentes, à mon point de vue. Si je ne laisse pas autrui apparaître dans cette transcendance, je l'ai déjà tué comme autre, je l'ai déjà ramené à moi, à ce que je suis, à ce que je veux. Mon attitude éthique devant autrui doit donc être une attitude d'accueil, d'humilité. C'est la condition pour que les êtres puissent être pour moi ce qu'ils sont en eux-mêmes. Je dois laisser les êtres se révéler, se dévoiler, se montrer selon ce qu'ils sont. Loin de leur imposer ma mesure, je dois les laisser m'imposer la leur. Pour tout dire, mon attitude doit être une attitude de soumission et de vénération devant la réalité d'autrui, réalité sacrée au premier sens du mot : autrui se meut dans un espace irréductible au mien, où je ne peux pénétrer, à moins de le profaner, sans sa permission.

Hors même de toute foi explicitement religieuse, autrui représente un espace de transcendance et de sacré qui appelle la piété. Dans l'autre, il y a toujours un absolu qui parle. C'est au minimum l'absolu d'un devoir. Devoir de respecter celui qui se présente comme autre. Autrui est celui que je ne puis réduire, que je ne puis faire disparaître, que je ne puis tuer. Il est là comme une exigence absolue de respect. Ce devoir constitue le fondement de toute vie sociale possible. Depuis des millénaires, les civilisations l'ont formulé dans l'interdiction du meurtre : 'Tu ne tueras pas' » (2) .

L'interdit du meurtre est l'envers du respect et de la reconnaissance de l'être humain comme être-de-don en lui-même et pour Dieu, visage qui me précède et m'oblige dès sa conception (3).

Le respect de la Transcendance de l'autre toujours « offert » à ma vénération, à ma protection, à mon amour, est un appel et un grand devoir. Par la science, nos contemporains sont mis visuellement face aux commencements de la vie humaine (pour la première fois dans l'histoire). Beaucoup perçoivent difficilement l'absolu de cet appel manifesté dans « l'insignifiant paquet cellulaire » ou la « petitesse corporelle » du fruit de la conception humaine. Comment obéir déjà à un Visage qui se dérobe encore à nos yeux ? Que penser de la réalité humaine et personnelle de celui que les biologistes observent comme une «morula» ? Il est au moins aussi malaisé d'espérer la « vision béatifique » après une fausse couche qu'après le décès accidentel d'un jeune enfant ? Pourtant « la sollicitude pour l'enfant, dès avant sa naissance, dès le premier moment de sa conception, et ensuite au cours de son enfance et de son adolescence, est pour l'homme la manière primordiale et fondamentale de vérifier sa relation à l'homme » (4).

Certes, « la condition précaire de l'embryon ne pèse jamais sur lui, sans peser tout autant sur les autres. (...) Conditionné, et combien, l'enfant encore à naître ou déjà né est, de ce fait même, conditionnant (5). Il faut interpréter cette condition symbolique de notre précarité. Pourquoi l'homme est-il si fragile et le demeure-t-il ? Pourquoi une telle vulnérabilité ? L'image de l'incarnation du Dieu Tout-puissant dans la chair d'un enfant et dans son silence éclaire cette contingence de la créature et sa filiation originelle !
Il est un temps de la vie de chaque personne où elle n'existe que par autrui et en dépendance entière d'autrui. A l'origine, nous sommes donnés, livrés aux autres. Dans la fragilité des apparences - et l'imprévu de notre surgissement - l'homme se présente comme un «don» toujours bouleversant de la Paternité divine. Les hommes peuvent reconnaître ce don ou le refuser. « Et voici l'enfant sans voix. Il n'est pas encore né ni en état de se défendre. Mais il est là, annoncé, peut-être inattendu. Il est si silencieux. Mais il crie d'autant plus fort : « Donne-moi un nom. Donne-moi ton nom : accepte-moi et offre-moi la chance de devenir ce que je suis déjà : ton enfant. Prends-moi donc tel que je suis : même inattendu. Regarde Jésus qui ne s'est pas cramponné à sa propre sécurité; il s'est dessaisi de sa richesse au sein de Dieu pour apporter la vie à tous les hommes » (6). Tout le champ de la moralité se déploie face au don qu'est l'enfant. Toute reconnaissance est un appel, une exigence, un devoir, parfois une souffrance. Car elle suppose l'engagement libre et fort, et le dévouement personnel de ceux qui sont confrontés au « visage » de l'humanité du don.

2. Les conditions de l’accueil : la raison et le cœur

Ces difficultés sont-elles insurmontables ? On ne voit pas pourquoi la reconnaissance d'une personne humaine dans l'embryon serait plus facile que dans la vie quotidienne vis-à-vis des autres êtres humains. Nous savons qu'il y faut beaucoup d'amour et d'efforts. Pour l'embryon humain, nous connaissons les conditions scientifiques d'une telle reconnaissance. Comment et de quoi sera faite celle-ci ?

Cette attitude de reconnaissance sera faite de raison et de cœur : elle suppose une réflexion sur la nature de l'embryon humain et un accueil de sa personne. La réflexion nous ramène à notre propre origine et au mystère de notre dépendance. « Car enfin, si à un moment il était important que nous fussions témoins, c'est bien à celui de notre naissance. Or notre vie a commencé à notre insu, en notre absence. Peut-on vraiment accepter sans discussion que cet événement nous échappe alors que nous lui étions le plus indispensables ? Lors même que nous en sourions, il y a là quelque chose de si violent, un rapt si injustifié, une telle contrainte - parce qu'alors vraiment nous fûmes contraints - que cela me paraît ardu d'y consentir dans explication. Moi, cela me scandalise » (7).

Nous n'avons pas été témoins de notre conception et nous n'avons pas «voulu» venir à l'existence. La mémoire de cette « tache aveugle » s'éclaire dans la lumière divine, par la puissance du Père qui nous a appelés à être. L'ombre des corps - la procréation naturelle se love à l'intérieur d'un secret charnel et de l'obscurité des corps - préside à la conception. Elle est symbole non d'un tabou, mais d'un amour qui reçoit humblement de communiquer la vie reçue. L'homme et la femme oeuvrent pour que se noue le mystère d'alliance entre Dieu et chaque nouvelle créature pour toujours. L'âme humaine n’est pas donnée par les parents (8) : elle leur est confiée (9).

L'humanité de chacun de nous ne se réduit pas aux apparences et aux signes que nous en donnons (10). Bien sûr, les phénomènes nous aident à identifier l'humain, à l'aider à grandir, à en découvrir la vocation. C'est notre tâche de les déceler. Mais pour être capable de déceler les signes de l'humain, la technique ou la science ne suffisent pas (l'électro-encéphalogramme, l'échographie, par exemple). La reconnaissance d'autrui passe par un libre accueil de ce que nous sommes : un don les uns pour les autres. La reconnaissance passe par l'amour (11). Sans la volonté d'aimer et de se donner, l'homme ne peut pas reconnaître l'homme. Plus les apparences de l'humain semblent obscures, plus il nous faudra aimer, croire et espérer dans la dignité cachée d'un être. Ce que la raison nous suggère, l'amour nous permet de le voir.

« Nous pouvons toujours douter d'un être, si nous ne nous décidons pas à tirer de nous-mêmes une force de surcroît, un don gratuit, un consentement qui recouvre l'abîme de son mystère. Or cela s'accomplit spontanément en nous dès que nous faisons crédit à la parole d'un autre, en toute occasion, en plein jour. C'est cependant un rendez-vous dans la nuit, chacun éclairé seulement par sa lumière intérieure, et par l'invitation de l'autre » (12).

 

3. Un « visage » éclairé par l’amour et le temps qui passe

L'embryon humain, comme tout être humain, est plus que l'apparence qu'il donne de lui-même. Ce qu'il est en acte, ne s'est pas encore manifesté ni exercé en toute sa puissance : un don en soi. D'ailleurs, l'apparence dessert le nouvel être humain. Les « sens » sont aveuglés sur l'identité humaine. Une barrière doit être franchie par l'amour, pour que la raison reconnaisse l'être-de-don en acte, avant qu'il ne puisse exercer toute sa « puissance humaine ».

De même, dans le long chemin de l'éducation, l'enfant et ses dons ne peuvent éclore ni se développer que par l'accueil personnel d'autrui. Le don personnel qu'est l'enfant grandit par et sous le regard aimant des autres personnes. La réflexion psychologique et la sagesse populaire soulignent fort à propos l'importance de la « caresse » et des gestes de tendresse dans les relations avec les tout-petits, le rôle de la voix du père ou de la mère, l'odeur des corps perçue par l'enfant. Le corps qui exprime la tendresse est le véritable berceau de l'être humain. « Il est bien vrai que le bébé, pour être éveillé à la vie consciente, a besoin du sourire, des soins, de l'amour et de la parole de ses parents. L'être humain n'accède à la conscience de soi qu'en face d'une autre conscience. Oui, nous pouvons éveiller la personne humaine, la susciter, la faire grandir (...) » (13). Devant ces nécessités, comment ne pas considérer la famille comme le lieu d'accueil idéal de l'enfant dans sa fragilité (14) ?

« L'être humain est déjà et de toujours personne en lui-même et pour Dieu : il a simplement à être reconnu comme tel par autrui et d'abord par les parents. Autrui humanise ce qui est humain déjà » (15). Parce que son être dépend directement de Dieu, nous avons à le recevoir comme une créature, à son image (16). L'accueil du don qu'est l'enfant «signe» moralement la relation de l'homme à l'homme, mais aussi la relation de l'homme à Dieu. « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40).

Le don appelle la reconnaissance à sa mesure (17). Refuser de considérer la personne comme un don, c'est la blesser grièvement, c'est voiler sa beauté. C'est aussi risquer sa perte. Toute négation du don qu'est l'enfant ou du don de ses parents l'un pour l'autre, fait gravement obstacle à la surabondance de la vie et à son partage (18).

 

Synthèse

L’accueil du don qu’est l’enfant pose les questions essentielles de notre vie. Dans l’ « autre » qui survient, il y a toujours un absolu qui parle. Ce visage surgit comme un appel et une responsabilité éthique. Il est un temps dans la vie de l’être humain où il n’existe que par autrui et en dépendance entière d’autrui. La raison et le cœur nous aident à reconnaître dans l’embryon qui vient un don personnel. La reconnaissance passe par l’amour, par la mémoire de notre propre avènement à l’existence, par les connaissances scientifiques que nous acquérons. Si nous entrons dans le doute, si nos « sens » sont aveuglés par les apparences d’autrui ou de l’enfant à naître, il nous faut prendre le temps de la reconnaissance. Accueillir l’enfant comme un don, c’est parfois ouvrir ou sauter une « barrière » en nous et poser un acte de confiance en la vie telle qu’elle nous est offerte.

Alain Mattheeuws s.j.

#1 Personne n'est plus étonnamment autre que l'enfant. Il est le fruit du couple, mais il est totalement autre. Au début, l'enfant aussi apparaît à ses parents comme leur second moi, leur image parfaite. C'est pourquoi ils l'aiment. Mais l'enfant est autre, entièrement autre. De jour en jour sa demande se fait alors plus pressante : Prenez-moi donc tel que je suis. Aimez-moi non parce que je vous ressemble. Aimez-moi pour ce que je suis. Mettez-moi au monde, une seconde fois».
Car il y a une double paternité et maternité. Lors de la naissance physique, l'homme et la femme reprennent la parole de la Bible. Ils disent : nous avons engendré notre semblable. Et ils l'aiment à cause de cette ressemblance.
Mais il est une seconde paternité et maternité : celle qui laisse l'enfant devenir autre en l'aimant pour lui-même, tel qu'il est. Tout enfant est engendré une deuxième fois lorsque les parents acceptent ce paradoxe : cette chair de notre chair et ce sang de notre sang, il est tellement différent» (G. DANNEELS, Accepter l'autre car Dieu le premier, nous a acceptés, Malines, Service de Presse de l'Archevêché, 1981, p. 7).
#2 J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme... p. 20.
#3 « Cependant le respect absolu qu'on lui (à l'homme) doit dans son infirmité signifie que l'homme fait réellement partie de l'ordre du sacré, car l'homme est ce que l'on sert et non ce qu'on domine. Ainsi compris, le sacré est tout proche de ce qu'un Lévinas met sous la notion de «visage». La «vie» pour laquelle l'Église s'engage ici n'est jamais réductible au seul biologique, c'est toujours cette vie qui a déjà, même caché, le visage de l'homme» (G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 75 et p. 76).
#4 FC n° 26, citant un Discours à l'Assemblée générale des Nations Unies», 2 octobre 1979, n° 21 : AAS 71 (1979) p. 1159.
#5 G. MARTELET, 2000 ans d'accueil à la vie, Paris, Centurion, 1973, p. 50.
#6 G. DANNEELS, Accepter l'autre car Dieu le premier, nous a acceptés, Malines, Service de Presse de l'Archevêché, 1981, p. 9.
#7 R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 132.
#8 Nous ne voulons pas entrer dans le débat de l'animation médiate ou immédiate. Nous voulons simplement affirmer une primauté ontologique de l'action divine.
#9 « C'est là un acquis de la génétique, de l'immunologie, de la biologie contemporaines : à la fécondation apparaît une unité absolument irréductible aux autres, constituée génétiquement dès la conception, capable de déclencher des réactions de défense immunitaires, de vivre un développement embryonnaire autonome et d'assurer sa propre régulation physiologique» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 21).
#10 Nous pensons aux importants travaux effectués par Ph. CASPAR pour fonder cette thèse dans L'individuation des êtres : Aristote, Leibnitz et l'immunologie contemporaine, Paris-Namur, Lethielleux/Le Sycomore, 1985; ID., Penser l'embryon, Paris, Ed. Universitaires, 1991.
#11 « Les conditions scientifiques de la reconnaissance d'une personne sont donc données dès la conception, mais cette reconnaissance ne pourra avoir lieu si fait défaut l'attitude d'accueil, de soumission, de respect, évoquée plus haut, et que nous devons avoir en fait devant toute personne humaine. A priori l'on peut dire que s'il y a dans l'embryon une personne humaine, elle ne pourra se révéler telle qu'à celui qui est prêt à l'accueillir. Si cette attitude d'accueil est présente, l'embryon pourra se révéler pour ce qu'il est, (...) une personne. En ce qui concerne l'avenir, il est hors de doute que si je le laisse être, il se manifestera comme une personne. Mais cet avenir est lié au présent. La preuve c'est que si je supprime l'embryon, cet avenir n'existera pas. Respecter cette personne en avenir n'est donc rien d'autre que la respecter maintenant» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 21).
#12 R. HABACHI, Commencements de la créature, Paris, Centurion, 1965, p. 37. #13 J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme..., p. 26.
#14 « La famille est également le lieu de l'accueil inconditionnel de l'autre en la personne des enfants (Familiaris Consortio, n° 26). A un enfant, on ne demande jamais de justifier sa présence : cela est lourd de sens. Si vous entrez dans une usine, dans un parking gardé, dans un bureau de vote, ou dans un cinéma, on vous demandera de justifier votre présence... L'enfant, lui, n'a pas à le faire en entrant dans sa famille : plus il est fragile et menacé, plus - normalement - il est accueilli dans la famille. Cela est très évangélique : sa force est précisément dans sa faiblesse; et plus il est faible et vulnérable, plus il est désarmant. Nous sommes ici dans le voisinage des Béatitudes» (J. JULLIEN, Demain la famille, Paris, Mame, 1992, p. 138).
#15 A. CHAPELLE, Sexualité et sainteté, Bruxelles, IET, 1977, p. 262.
#16 « Il existe donc une convergence singulière entre la tradition culturelle occidentale et la tradition chrétienne. L'une et l'autre, en effet, voient dans l'âme, principe spirituel d'immortalité, la source de cette dignité. Le christianisme ajoute que, non seulement tout être humain est créé à l'image de Dieu, mais qu'il se trouve appelé par Dieu à entrer dans un régime salvifique d'alliance. Il ne nous répugne pas de croire que cette alliance est nouée entre Dieu et chacun des embryons humains. Jean-Marie Thévoz ne serait pas loin de l'admettre, lorsqu'il écrit : « L'être humain reçoit sa dignité dès qu'il est reconnu par Dieu et/ou par l'homme, indépendamment de ses qualités, donc de son âge». Pour nous, la reconnaissance par Dieu - dans l'âme - suffit à fonder l'identification humaine et donc la dignité intrinsèque de l'être humain. La reconnaissance par les autres (les parents, par exemple) n'est pas fondatrice de cette dignité. L'âme ne vient pas de la société et sa destinée dépasse le simple horizon social. Cette reconnaissance sociale est seconde, quoique fort importante. Elle est facteur de personnalisation (construction de la personnalité), mais non pas de «personnification» (constitution de la personne en tant que telle (cf. p. 220). Si mon père et ma mère m'abandonnent, le Seigneur m'accueillera». Rédigé dans une perspective évidemment autre, le Psaume 26 (verset 10) trouve cependant ici une résonance singulière» (J.-L. BRUGUÈS, La fécondation artificielle..., p. 239-240).
#17 « Accepter un enfant, c'est aller au-devant de bien des histoires. Mais c'est entrer dans l'histoire. Pour les couples, comme pour les peuples. Pas d'enfants, pas d'histoire, mais plus d'histoire. Avec l'enfant c'est l'avenir qui fait irruption. Le futur, on peut le préparer, le programmer, le construire. Mais l'enfant est un à-venir, on n'a pas barre sur lui à l'avance. Il faut accepter la part d'inconnu qu'il apporte, l'aventure qu'il représente. Cette loi de l'enfant, qui projette les parents, et les peuples dans l'avenir, l'inconnu, l'aventure, le temps, l'histoire, n'est-ce pas la loi de la vie ? Refuser le risque, le temps, l'aventure, c'est refuser la vie. Les accepter, c'est une exigence humaine tout simplement, une question de vie ou de mort» (J. JULLIEN, Demain la famille, Paris, Mame, 1992, p. 96).
#18 « Pour le chrétien, l'embryon humain est créé par Dieu, il est l'apparition d'une volonté de Dieu. A ce titre, il doit être respecté absolument. Il est aussi quelqu'un pour qui le Christ est mort, quelqu'un qui a une valeur infinie au regard de la Croix. Dans la foi, l'embryon n'est pas considéré isolément. Il est relié à Dieu, son Fondement, qui le pose, qui le crée, qui le donne, qui le sauve. Il est aussi relié à l'acte procréateur d'un homme et d'une femme, acte qui doit être pris en considération et respecté dans son fruit. L'Église proclame la valeur infinie de tout homme, y compris du plus petit, du plus faible» (J.-M. HENNAUX, Le droit de l'homme à la vie..., p. 35).

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Samedi 25 novembre 2006

Aimer et respecter la vie


La mort de Jean-Paul II nous a permis de revoir longuement les divers moments de sa vie , de nous émerveiller d’une telle richesse personnelle déployée à travers le temps, d’en percevoir les traits les plus saillants et les signes de la Providence à laquelle il se confiait généreusement. Vie exceptionnelle à plus d’un titre, vie d’un croyant abandonné à son Seigneur en toutes circonstances, vie de service. Du point de vue humain et chrétien, le récit de cette vie ne laisse pas indifférent. A travers ses passions théâtrales et sportives, sa prière et son élan apostolique, nous avons vu combien cet homme aimait la vie. La mémoire de ses nombreuses années sur la terre atteste de son goût pour la vie. Les peines et les joies ne lui ont pas manqué : il les a prises en plein cœur et les a faites siennes. Ses qualités personnelles nous apparaissent exceptionnelles : elles ont été mises librement au service de l’amour de Dieu et de son Eglise. Aimer la vie comme il le faisait en toutes circonstances, c’était poser un acte de confiance dans la présence de Dieu dans l’histoire et s’ouvrir à chaque instant à cette présence. L’horizon de l’action et de la réflexion de Jean-Paul II était celui d’un grand amoureux de la vie. Jamais un pape n’aura rencontré autant de monde durant son pontificat, embrassé autant d’enfants, pris souci d’autant de blessés de la vie, montré tant de courage face aux adversités et à la souffrance. Sa manière de vieillir et sa décision de demeurer dans sa mission voulaient attester que l’homme dépasse les forces physiques et l’image qu’il donne de lui : l’homme est toujours un être d’esprit et de don. Son témoignage permet de mieux situer ainsi son enseignement et son souci du respect de la vie ainsi que les exigences morales qui en découlent. S’il a été un farouche partisan du respect de la vie, c’est en payant le prix, en s’engageant dans la vie qui était la sienne et en réfléchissant sur la dignité sans prix de toute vie humaine.

Les interventions de Jean-Paul à propos du respect de la vie furent innombrables et de styles très variés : homélies, discours de voyages, interventions dans les instances internationales, instructions, exhortations, encycliques. Elles n’ont jamais laissé indifférents les gens auxquels il s’adressait. Elles ont souvent provoqué crispations, critiques, peurs et refus, incompréhensions dans l’opinion publique. Elles ont également mis le doigt avec fermeté autant que douceur sur des désordres importants de notre monde et sur leurs conséquences : des violences, une mentalité fermée sur elle-même et peu ouverte à la vie (antilife mentality), la mort de millions d’êtres humains. Sans peur et avec une ferme constance, il a rappelé aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté la profonde différence entre l’être humain et un objet, l’incomparable dignité de la personne quelles que soient les apparences qu’elle donnait d’elle-même : de l’embryon nouvellement conçu au vieillard en soins palliatifs, du handicapé à l’étranger, du prisonnier au meurtrier. L’homme ne se réduit jamais aux apparences qu’il donne de lui-même : il est toujours plus grand que ses faiblesses ou que ses crimes. Le corps de l’homme dit sa personne : le respect de la vie passe par l’écoute attentive du langage du corps : toute personne y livre « objectivement » des mots, des paroles pour dire ce qu’elle est, comment elle aime et veut se donner.

L’être humain est constitué dès l’origine à « l’image et à la ressemblance » de son Dieu Créateur, Père et Seigneur. La vie humaine est sacrée parce que dès l’origine elle est signe de la présence du Créateur : « elle comporte « l’action créatrice de Dieu » » (Evangelium vitae n°53). Il ne s’agit pas là d’une sacralisation « sauvage » de la vie comme telle, mais de manifester la grandeur et la noblesse de la vie « humaine ». Grand pèlerin de la paix dans le monde, Jean-Paul II s’est fait par la parole et par sa vie le « gardien » de la bonté de tout être humain et le berger de l’humanité en son origine et en sa fin.

 

1. L’accueil de la vie

L’enseignement de Jean-Paul II en la matière s’articule autour de trois documents essentiels : Donum vitæ, Veritatis splendor et Evangelium vitæ. Ces textes magnifiques, parfois difficiles, disent la vérité de la vie humaine, le bien ou le mal que l’homme fait à son semblable spécialement en blessant ou en niant la valeur fondamentale de son être : celle qui lui permet de dire qui il est et de faire du bien. Ils montrent l’enjeu des actes techniques posés à l’origine et à la fin de la vie. Ils dénoncent une « culture de la mort » enracinée dans une conjuration contre la vie et dans des structures de péché. Ils énoncent la doctrine morale qui correspond à la dignité de la personne et à sa vocation intégrale en exposant en raison les critères adéquats. « Ces critères sont le respect, la défense et la promotion de l’homme, son « droit primaire et fondamental » à la vie, sa dignité de personne dotée d’une âme spirituelle, de responsabilité morale, et appelée à la communion bienheureuse avec Dieu » (Donum vitae Intro n°1)

Aucun être humain ne vient au monde sans avoir été voulu immédiatement par Dieu. Dans son origine corporelle et cachée, la conception humaine n’échappe pas à l’amour divin. C’est pourquoi tout homme doit être conçu dans l’écrin d’une promesse de vie (le mariage) et à travers un acte conjugal qui est « donation réciproque » des conjoints. Respecter la vie naissante, c’est lui donner toute sa chance : la concevoir, la porter, la mettre au monde et l’éduquer dans l’amour, par amour et pour l’amour. A cette lumière positive, on comprend les refus constants et solennels de Jean-Paul II de l’avortement directement provoqué. La vie de tant d’enfants n’est-elle pas dans « des situations de grande précarité, lorsqu’elle est privée de toute capacité de défense » et même « à l’intérieur et par l’action de la famille qui, de par sa constitution, est appelée à être « sanctuaire » de vie » ? N’est-il pas paradoxal de voir des institutions et des Etats démocratiques favoriser de véritables « structures de péché » ? Fidèle à la tradition de l’Eglise, le pape a rappelé ainsi contre vents et marée l’inviolabilité de la vie humaine. Face aux nouvelles techniques de fécondation, le critère de respect sera le suivant : « L’être humain doit être respecté – comme une personne – dès le premier instant de son existence » (Donum vitæ I, n°1). Ce critère sera explicité dans la Charte des Droits de la famille et répondra aux principales questions bioéthiques : fécondations in vitro, insémination artificielle, instrumentalisation, destruction et congélation d’embryons, maternité de substitution, interventions thérapeutiques et expérimentation, clonage, etc…



2. Le soin pour celui qui souffre et meurt

La souffrance, la maladie et la mort sont des épreuves lourdes à porter. Comment aimer et respecter la vie de nos frères et sœurs qui portent de si lourdes charges ? Si le goût de vivre vacille, si la foi en la vie éternelle s’efface, c’est le plus souvent le critère d’une « qualité ou d’un confort de vie » au sens humain du terme qui prédomine et qui conditionne les actes de soins et de santé. Or l’être humain transcende les conditions de son existence. Les améliorations des techniques médicales devraient nous faire rechercher les vrais critères de la mort. Mais il n’est pas facile de fixer les frontières entre le refus de l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie. Dans ce domaine, le respect de la vie est essentiel car « mourir » est un acte de l’homme et les conditions dans lesquelles il peut s’abandonner au Père révèlent sa grandeur et la vision qu’il a de l’humanité.

Face à la tentation de l’euthanasie, Jean-Paul II a rappelé régulièrement le strict respect de la personne qui meurt et le refus de provoquer la mort par anticipation pour mettre fin « en douceur » à sa propre vie ou à la vie d’autrui. Une action ou une omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur, ne peut jamais être posée. « Nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même ; si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,7-8).

Ce désir que tout homme soit accompagné jusqu’au dernier moment transparaît à travers toutes les prises de position de Jean-Paul II : souci de ne pas faire de la souffrance un « absolu » et donc promotion de tout ce qui peut la soulager, renoncement à des traitements disproportionnés et à toutes les formes d’acharnement thérapeutique, encouragement au développement des unités de soins palliatifs, désir que tout homme puisse profiter de ce passage qu’est la mort pour en faire un ultime don-de-soi. La mort pour Jean-Paul II est un acte de vie si la personne peut s’y associer à l’acte de salut du Christ. A nous de l’accompagner sur ce chemin. L’euthanasie est tout le contraire : elle est une « grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine » (EV n°65).

Ces affirmations fortes ont été rendues nécessaires par l’évolution et l’acceptation rapide de législations favorables à l’euthanasie. Dans ce contexte, Jean-Paul II souligne la solidarité fraternelle et spirituelle nécessaire à l’intérieur des familles, des communautés religieuses et des sociétés ; parfois la nécessaire désobéissance civile (objection de conscience) face à des lois injustes. Nous appartenons au Christ et aussi au « peuple de la vie et pour la vie » (EV n°101).

La réflexion s’est affinée en face des questions plus aiguës des personnes en « état végétatif ». Quelques exemples « médiatisés » ont déchaînés les passions et placé le débat dans un contexte biaisé. Jean-Paul II a rappelé souvent que la personne ne se réduit ni aux circonstances de sa vie ni aux apparences qu’elle donne d’elle-même. « Un homme ne deviendra jamais un végétal  ou un animal ». La dignité humaine appartient à l’être de la personne. Respecter la vie, c’est assurer à chacun jusqu’au bout les soins qui lui sont dus en tant que personne : l’alimentation et l’hydratation sont l’assistance médicale de base. Prendre soin d’une personne, c’est l’accompagner jusqu’au bout et rester présent à elle en respectant l’intégralité de son être.


3. Un témoin dans des conditions difficiles

Nous le voyons : les défis rencontrés n’étaient pas minces dans ces domaines, surtout face aux rapides et bouleversantes découvertes biomédicales et aux antagonismes des peuples. Le combat de Jean-Paul II n’a jamais dissocié la vie personnelle de la vie des peuples. Même s’il était plus respecté et écouté quand il parlait de la paix, refusait la peine de mort, appelait la conscience universelle à « partager » avec ceux qui meurent de faim, son attention à la vie naissante et son refus de l’euthanasie étaient fondés sur les mêmes convictions : « L’inviolabilité du droit à la vie de l’être humain innocent « depuis le moment de la conception » jusqu’à la mort « est un signe et une exigence de l’inviolabilité même de la personne, à laquelle le Créateur a fait le don de la vie » (Donum vitae, Introduction n°4). Qui dit inviolabilité de la vie humaine ne dit pas qu’elle est « intouchable » : les interventions qui la concerne doivent respecter la structure, les dynamismes et les finalités du corps humain et être mises au service de la personne et de son développement.

Il s’agit bien de reconnaître que seul Dieu est maître de la vie et de la mort. L’homme passe l’homme, car il vient de Dieu et va vers Lui. La liturgie eucharistique de l’Eglise nous le rappelle dans sa Prière IV : « Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as fait l’homme à ton image, et tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant, toi son Créateur, il règne sur la création ». La domination et la maîtrise de l’homme sur le créé ne sont pas absolues : il est le « gardien », le serviteur du monde créé, appelé à l’offrir librement au Créateur à travers le soin et la vigilance qu’il lui porte.

L’enjeu du respect de la vie, c’est la reconnaissance de cette vocation intégrale de tout homme. S’il nous est parfois difficile de le percevoir, si le sens de l’homme et de son mystère s’effacent et s’éloignent de nous, c’est parce que nous avons perdu le sens de Dieu. Jean-Paul II a cherché à raviver en tous ceux qu’il rencontrait le dialogue intime que chacun peut avoir avec son Maître et Seigneur. Raviver cette vie spirituelle, c’est « donner vie à la vie ».

Son dernier pèlerinage à Lourdes (le 15 août 2004) était assez explicite de ce souci pastoral. Démarche émouvante d’un homme qui venait prier Marie, la Mère du Verbe de vie, et lui confier sa vie devenue fragile ainsi que sa mission. Dans sa brève homélie au départ de la procession aux flambeaux, il lançait aux fidèles, « A vous tous, frères et sœurs », un « appel pressant pour que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour que la vie, toute vie soit respectée depuis sa conception jusqu’à son terme naturel. la vie est un don sacré, dont nul ne peut se faire le maître ». Que cette exhortation ait été accompagnée d’un vibrant appel à la paix ne nous surprendra pas. Respecter la vie n’est-il le nouveau chemin des « artisans de paix » dans la vie familiale comme entre les nations de la terre ? Respecter la vie est bien la clé d’une paix durable entre les peuples et le chemin vers l’avènement en vérité de cette paix.

Pour Jean-Paul II, la femme a une mission particulière dans ce combat spirituel. S’exprimant déjà en ce sens dans Evangelium vitae pour les femmes blessées par un avortement (EV n°99), le pape prenait à Lourdes un vocabulaire poétique et prophétique pour définir leur vocation dans cette civilisation de l’amour qu’il souhaitait de tout son cœur. En cette fête de Marie, il redisait « la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation : être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur. A vous les femmes, il revient d’être des sentinelles de l’invisible ». Confiance dans la foi de celles qui disent « oui » à la vie et qui la portent de tant de manières. Confiance dans la vitalité spirituelle de la femme au cœur de l’Eglise et du monde. Les femmes n’aideraient-elles pas l’humanité à porter avec elles la plénitude du mystère de la vie ?

Nous sommes tous conviés à porter ce combat spirituel : « Soyez des femmes et des hommes libres », ajoutait Jean-Paul II. La liberté des enfants de Dieu se dit dans l’histoire humaine par des actes qui font vivre et donnent la vie aux autres. La mort de Jean-Paul II a attesté son abandon confiant au Seigneur de la vie. Son désir de vivre et de servir le Seigneur lui donnait de lutter pour conserver sa vitalité et remplir sa mission. Sa confiance en Dieu lui permit de « passer en Lui » en ne cherchant pas des moyens disproportionnés pour rester en vie : par l’offrande de sa mort, au Vatican même, il donnait un ultime témoignage de ce que peut être la fécondité de toute vie, dès lors qu’elle continue à s’offrir jusqu’au dernier moment.




Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Samedi 25 novembre 2006

Sommaire. - Le sacrement du mariage, l'un des sept sacrements s'inscrit dans la sacramentalité de l'histoire du salut, fondée sur le Christ Premier sacrement et visage du "Bien-Aimé". La structure sponsale de l'Église exprime l'accueil du Fils, le Don de Dieu. Le mariage concerne la relation personnelle de chacun avec le Christ et son Église. L'Auteur décrit la symbolique sponsale historique du sacrement avant d'approfondir le mouvement de "bénédictions et de dons mutuels" tel qu'il s'exprime dans la liturgie. Les traits essentiels du consentement sont revisités à la lumière de cette théologie du don. Des affinités sacramentelles avec le baptême et l'eucharistie montrent l'unité de la geste sacramentelle. La fécondité est présentée comme signe de la gratuité de l'amour. Le lien de grâce entre le Christ et les époux est une alliance, vitrail de l'action divine au coeur de l'amour humain. Il y a une grâce spécifique liéee au sacrement de mariage.

Summary. - Marriage, one of the seven sacraments, must be understood in the whole sacramentality of the salvation history, rooted in Christ who is the very first sacrament. The sponsal structure of the Church expresses our reception of the Son, Gift of God. Marriage affects the personal relation of the Christian with Christ and with his Church. The author describes the historical sponsal symbols of that sacrament and then deals with the movement of "blessiongs and mutual gifts" such as expressed in the liturgy. The essential features of matrimonial consent are studied in the light of this theology of gift. Sacramental affinities with Baptism and Eucharist show the unity of the sacramental economy. Fecundity is shown as a sign of gratuitous love. The link of grace between Christ and the spouses is a covenant, in which God is at work at the heart of human love. There is a specific grace tied to the sacrement of marriage.

 

  

Dans toutes les sociétés, les relations entre l'homme et la femme ont fait l'objet d'institutions avec leurs valeurs, leurs interdits et leurs lois. L'exercice de la sexualité comme l'acte d'engendrer n'ont jamais été soumis au pur arbitraire de l'individu. Quelles que soient les formes, l'anarchie du désir de s'unir comme de procréer a toujours été l'enjeu de débats comme d'apprentissages à travers des rites d'initiation, des coutumes et des lois. Toutes les sociétés ont reconnu dans la relation homme-femme et dans la procréation un lieu précis du bien commun de tous.

De plus, dans de nombreuses cultures, le mariage a été compris comme un acte religieux. Dans la relation entre l'homme et la femme se jouent un mystère, une grandeur, un caractère sacré que l'on pressent lié au monde de la divinité. Dans l'amour humain, il y a de toujours à toujours une référence au divin. Dans la religion comme dans le mariage, c'est d'un lien qu'il est question. Se sentir liés l'un à l'autre, reliés à une réalité qui dépasse chacun, au phénomène de la transmission de la vie au-delà des générations, tel semble être le bien "sacré" dont il faut parler. Le Coran ne dit-il pas: "Celui qui se marie accomplit la moitié de sa religion."

Même si ces aspects culturels, anthropologiques, religieux et sacrés sont essentiels et permettent à l'homme de bonne volonté de saisir l'amplitude des enjeux de la relation homme-femme et de la procréation, nous ne désirons pas en traiter ici directement. Nous nous centrerons strictement sur ce qu'est le sacrement de mariage en montrant dans un premier temps la signification du mot "sacrement", et en développant ensuite le contenu de l'acte posé par les chrétiens lorsqu'ils se marient à l'Eglise. La liturgie nous enseigne sur le contenu de la grâce sacramentelle.

Les enjeux de ce développement sur le mariage se condensent dans les affirmations suivantes:

- Le sacrement de mariage est bon pour l'homme et la femme. Dans l'Eglise comme dans la société occidentale, cette affirmation revêt une actualité étonnante [1].

- La finalité de toute relation sexuelle entre l'homme et la femme est conjugale et à l'exemple des épousailles entre le Christ et son Église. Dans le mariage, l'homme est appelé à mieux connaître le mystère de la femme et réciproquement. Ce faisant, il vit le mystère de l'alliance de Dieu avec son Peuple.

- Pour fonder ces affirmations, il nous faut remonter à l'origine de l'amour humain dans le plan divin. Il nous faut reconnaître joyeusement que le sacrement du mariage est un don de Dieu.

 

   

I.- Un prologue

Le sacrement du mariage est l'un des sept sacrements. Il convient cependant de ne pas l'isoler de l'ensemble des autres sacrements qui sont des signes particuliers de la présence et de l'action du Ressuscité parmi nous. Avec le Concile Vatican II, il est bon aussi de voir combien les sacrements particuliers s'inscrivent dans la sacramentalité de l'histoire du salut. C'est le Christ qui est le premier sacrement, le visage du "Bien-Aimé", le don du Père. Sa présence inaugure une ère "nouvelle". L'économie sacramentelle prend sa source en Lui: dans ses paroles, ses faits et gestes depuis son incarnation jusqu'à sa glorification. Le Christ "fait signe" à travers ce qu'Il est. Sa présence dans notre histoire n'est pas que "figurative": elle est "représentative". Il est la source de toute grâce: ce que l'évangéliste Jean et les Pères nous enseignent lorsqu'ils nous présentent le coeur transpercé d'où jaillit l'eau et le sang, les sacrements de la vie. "De son sein, il sortit du sang et de l'eau" (Jn 19, 34). Les sacrements sont des actes du Christ ressuscité, aujourd'hui, dans son Église. Ils ne sont pas que des "rites". Ils sont des actes personnels liés à la personne du Seigneur qui se donne à son Église et à tous les hommes.

Dans cette livraison du Christ, l'accueil de l'Église est essentiel. L'Église dit "oui" au don du Fils. Pour que ce don s'accomplisse, il faut qu'Il trouve un "oui" à sa mesure. Marie, figure de l'Église, est, par excellence, celle qui a dit "oui". À travers cette réponse libre d'une fille d'Israël, nous pressentons combien l'accueil engage ici notre responsabilité. Si Dieu est premier et devance toujours nos élans, il ne peut être que choisi activement et librement. Cet accueil est empreint à la fois d'une passivité et d'une activité qui rejoignent l'homme à la racine de son être. L'Église symbolise le mystère de l'Épouse qui dit "oui". Pour révéler l'amour et en vivre, il faut donc une communauté. L'Église est le signe privilégié de l'accueil du don de l'amour. Les dimensions de l'univers sacramentel sont d'emblée christique et mariale. Le Christ se donne et est accueilli dans l'histoire humaine. En disant "oui", l'Église est "dans le Christ, en quelque sorte, le sacrement, c'est-à-dire le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (LG 1).

Corps du Christ, Peuple de Dieu, Temple de l'esprit, Épouse du Christ, les images sont variées pour définir les traits de l'Église. Nous privilégions ici celle de l'Église-Épouse. Comme Épouse, l'Église consent à l'amour de son Époux. Elle consent à être vivifiée, purifiée et guidée par Lui. Cette structure sponsale de l'Église est fondamentale pour comprendre le sacrement de mariage. Comme Épouse, l'Église s'ouvre à l'action de son Époux. Elle appelle d'ailleurs cette action par sa prière. Elle laisse faire l'Époux à sa guise et Lui fait une confiance totale.

Cet abandon de l'Église à son Époux rythme toutes les liturgies sacramentelles. L'Église est sacrement et elle vit aussi des sept sacrements. Chaque mariage la construit. De plus le rythme sacramentaire est sponsal et marial et nous nous inscrivons en lui. Dans le "oui" de l'Église, tous nos "oui" de baptisés sont inscrits et portent leur fruit. Car aucun sacrement n'agit automatiquement. Il nous faut librement dire "oui" au don du ciel, à la grâce offerte. Tout sacrement est intersubjectif (et le mariage de manière particulière!), mais cette intersubjectivité est plus profonde qu'il n'y paraît. Elle touche en profondeur ceux et celles qui reçoivent le sacrement. Elle concerne aussi la relation personnelle de chacun avec le Christ et son Église. En soulignant donc la structure nuptiale du sacrement, nous évoquons non seulement l'alliance humaine, mais l'alliance spirituelle entre le Christ et son Église. Il y a une affinité entre l'amour des époux et celui du Christ pour son Église. L'enjeu du sacrement dépasse la singularité du couple en présence. Il concerne toute l'Église.

Cette actualité de la structure nuptiale du sacrement n'est accessible que dans l'Esprit-Saint. "Comme sacrement, l'Église se développe à partir du mystère pascal du "départ" du Christ, en vivant sa "venue" toujours nouvelle par l'Esprit Saint qui accomplit sa mission même de Paraclet, Esprit de vérité" (Dominum et Vivificantem n°63). L'Esprit confirme l'élan d'amour de l'Église vers son Époux. Il permet à cet amour de se renouveler et de trouver dans l'histoire une jeunesse éternelle. C'est avec l'Esprit que l'Église attend le retour de l'Époux. Grâce à l'Esprit, l'amour entre l'Épouse et l'Époux ne s'épuise pas et ne meurt pas dans l'histoire humaine. Au contraire, il s'y enracine et s'y développe jusqu'au retour glorieux du Fils.

II.- Le sacrement du mariage

2.1. Une symbolique sponsale dans l'histoire

La symbolique du don amoureux des époux n'est pas seulement d'ordre naturel, physique, psychique ou culturel. L'importance du mariage dans la vie des peuples et dans leurs cultures signifie que le mariage est lié à l'oeuvre de la création. Cependant, Dieu créant toutes choses dans le Christ et en vue du Christ, il est en quelque sorte sur-déterminé. Cette symbolique nuptiale est historiquement signifiée dans la nouvelle création en Christ.

On le pressent déjà en lisant l'Ancien Testament où les relations entre Dieu et son peuple sont décrites régulièrement en termes d'une alliance d'amour. "Dans l'ancienne alliance, le Seigneur se présente comme l'Époux d'Israël, le peuple élu: un Époux tendre et exigeant, jaloux et fidèle. Toutes les trahisons, les désertions et les idolâtries d'Israël, décrites par les Prophètes de manière dramatique et suggestive, ne parviennent pas à éteindre l'amour avec lequel le 'Dieu-Époux' aime jusqu'à la fin (cf. Jn 13, 1)". [2]

Le Christ accomplit ce symbolisme vétéro-testamentaire du mariage. Il nous montre son respect du mariage à Cana. Il en défend vigoureusement l'unité et l'indissolubilité (Mt 19, 1-9) en éclairant les faiblesses de l'homme et les accommodements de Moïse. Il se présente à plusieurs reprises comme l'Époux de son peuple. "Les invités à la noce peuvent-ils jeûner pendant que l'Époux est avec eux? Tant qu'ils ont l'Époux, ils ne peuvent pas jeûner" (Mc 2, 19). Jésus est l'Époux d'Israël-Église. Il consomme les noces et l'alliance divine en s'offrant par amour sur la croix. Sa mort pour son aimée est la preuve vivante qu'il a tout donné. L'amour nuptial va jusqu'au bout. Ce sont ces gestes et ces paroles qui fondent la mystique paulienne du mariage telle qu'elle est développée en Éphésiens 5, 32: "Ce mystère est grand; je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Église."

De fait, "en se qualifiant comme Époux, Jésus dévoile l'essence de Dieu et confirme son amour immense pour l'homme. Ce choix éclaire la nature même de l'amour conjugal. En y recourant pour parler de Dieu, Jésus montre à quel point la paternité et l'amour de Dieu se reflètent dans l'amour d'un homme et d'une femme qui s'unissent dans le mariage"-[3].

 

Ainsi la grâce sacramentelle des époux nous apparaît-elle comme une participation à l'Amour divin révélé dans l'histoire, qui lie le Christ à son Épouse l'Église. Le Christ lui-même sanctifie le couple et le rend symboliquement partenaire dans l'alliance nouvelle et éternelle avec son Église. Cette grâce rejoint la condition historique de chacun: tel homme, telle femme. La grâce du sacrement de mariage est "définie historiquement" par le don du Bien-Aimé et l'union dans le Christ de Dieu et de toute l'humanité. Elle se "redéfinit" ainsi à chaque génération par l'oeuvre de l'Esprit dans le coeur des époux qui s'engagent l'un vis-à-vis de l'autre. Le don entre l'homme et la femme ne trouve finalement son vrai visage que dans l'amour du Christ.

2.2. L'apport de la liturgie

Nous avons beaucoup insisté sur la personne du Christ comme don offert aux hommes. Sa vie et ses paroles montrent combien tout amour s'enracine en lui. Son enseignement révèle son souci de l'institution matrimoniale. Le sacrement de mariage est enraciné dans la révélation que fait Jésus de la nouvelle alliance en son corps et son sang. La symbolique nuptiale est située "historiquement" au coeur de tout l'Ancien Testament pour s'accomplir en Jésus l'Époux de son peuple, promesse et gage de la fidélité de Dieu à ses dons. L'homme et la femme trouvent la définition concrète de leur amour dans l'Alliance que l'Époux tisse avec son peuple. Le don des époux dans le sacrement intègre l'histoire de tout un peuple, l'histoire du Christ, de Marie, de l'Église. L'union conjugale fortifie, resserre le Corps mystique du Christ, l'alliance et le don mutuel. La relation de don du Christ et de son Église est structurante de la relation d'amour des conjoints et définit une "mission". Le don des époux, dans la logique de celui du Christ, est offrande pour l'Église et pour le monde. Le sacrement de mariage est un don pour l'Église et un "don d'Église". Développons cette idée à travers une réflexion sur le rituel du sacrement et à travers l'explicitation du lien entre le mariage, le baptême et l'eucharistie.

Le mouvement de la célébration liturgique du mariage conduit les fiancés à reconnaître la source de tout don et de tout amour en Dieu lui-même. Quelle que soit l'histoire personnelle de leur rencontre, le désir et les événements de la rencontre, l'acte sacramentel est mémoire plus profonde de la relation d'amour. Avant d'être une conquête, une complémentarité, une séduction, la relation de l'homme et de la femme doit se reconnaître précédée d'un don d'amour. L'autre est un don de Dieu pour moi. Le sacrement signifiera aux yeux de tous que le Christ donne les époux l'un à l'autre. La célébration est "reconnaissance" de leur part et de la part de la communauté de la source ultime du don. Il s'agit de rendre grâce pour le don de Dieu dans l'histoire. Les époux se reçoivent mutuellement de Dieu lui-même. L'Église accueille le nouveau couple comme un "signe" et un "gage" que Dieu s'unit et se donne toujours nuptialement à son peuple. C'est le sens profond de la joie du peuple de Dieu à chaque mariage.

Le rythme de la célébration est alternance de don et d'accueil du don: entre les époux et l'Église, entre les époux eux-mêmes qui s'engagent, entre les époux et Dieu, entre les époux, l'Église et Dieu. Ce flux et ce reflux du don atteignent leur sommet dans le consentement mutuel et l'abondance des bénédictions qui parsèment la liturgie.

Les époux, comme êtres-de-don [4], sont les ministres du sacrement. Le prêtre témoigne de la vérité objective du don qu'ils se font. Ce sont les époux qui se donnent le sacrement. Le prêtre signifie l'insertion de ce don mutuel dans l'ample mystère de l'Église, de l'Épouse qui se donne sans cesse à son Époux, le Christ. La présence habituelle du prêtre ou du diacre rappelle aussi aux époux la présence de l'Autre. Dieu transcende le don promis tout en restant intérieur au don réciproque. Le prêtre signifie cette présence du Christ en personne dans l'échange des dons. Il atteste et signifie le geste du Christ qui donne les époux l'un à l'autre. Il rappelle aux époux que leur don vient d'au-delà d'eux-mêmes, du Christ en eux. S'il y a une célébration eucharistique, le prêtre est aussi celui qui, en leur nom et au nom du Christ, "rend au Père" le don d'amour du nouveau couple. Il manifeste la joie de Dieu face à cette "offrande de grand prix" qu'est le consentement des époux. Par l'épiclèse de l'Esprit, le prêtre transfigure l'offrande des libertés et des corps. Le prêtre assure les époux que rien de leur amour ne doit se perdre et que tout peut être "offert" à Dieu.

En s'engageant librement, les époux réalisent l'essence du mariage qui est un acte de donation de soi à l'autre, au Christ et à l'Église. Le consentement est "donation mutuelle" comme l'exprimaient d'anciens rituels: la jonction des mains et les paroles des fiancés disent le "don" et le réalisent. "N., veux-tu être ma femme? - Oui, je le veux. - Et toi, M., veux-tu être mon mari? - Oui. Je te reçois comme époux et je me donne à toi. - Je te reçois comme épouse et je me donne à toi: pour nous aimer fidèlement dans le bonheur et les épreuves et nous soutenir l'un l'autre tout au long de notre vie" (première formule du Rituel).

Le Christ se donne également dans cet échange et imprègne le "oui" de son sceau. Le consentement est une "donation active et dialoguée": les verbes eux-mêmes traduisent le mystère et la logique du don en acte. L'autre est perçu à la racine de son être comme un "don" nuptial que librement les fiancés "reçoivent" de Dieu. Le don ne devient effectif que dans son accueil. "Ton époux, c'est ton Créateur" (Is 54, 5): l'ordre de la création, déjà nuptial, s'accomplit en Christ dans l'engagement sacramentel. L'homme et la femme représentent désormais le don du Christ à son Église et la réponse de celle-ci à son divin Époux.

Fidélité et unité

Le consentement comme "instant" du don est appelé à prendre chair dans le corps des époux et dans la consommation du mariage. La relation conjugale participe toujours de ce don originel posé en Christ et dans son Église. Le don des époux les saisit tout entiers: il est exclusif et définitif. La promesse de fidélité est promesse de "rester don l'un pour l'autre" à l'image du don fait par le Christ à chacun et au nouveau couple. La fidélité sera donc croissance dans le don et circulation du don. Le don appelle le don. Le don blessé appelle le pardon. À la source et sur le chemin de cette fidélité se trouve et se trouvera toujours l'acte du Christ qui s'est donné en même temps que les époux. La fidélité promise par les époux n'est pas la leur seulement. Elle participe de celle de Dieu, du don que Dieu fait de lui-même aux époux dans le temps. Le sacrement dit plus que nos pauvres mots humains: il professe que Dieu, par son Christ, précédera toujours les époux dans la logique du don mutuel. Le sacramentum est établi par le Christ lui-même dans la pure gratuité de son engagement, le pur don de lui-même, source et terme de tout autre don. Le don humain des époux participe au don de Dieu. Il est sacré.

Indissolubilité

"Les dons de Dieu sont irrévocables" (Rm 11, 29), ainsi le don des époux, scellé par le don divin, a ce caractère fort de l'indissolubilité. Dieu est fidèle à son don. L'indissolubilité du don des époux exprime, à travers la fragilité de nos engagements humains, la puissance de Dieu. Le Christ comme Don est lui-même le lien personnel des époux. Le Don qu'il est et qu'il a fait de lui-même en chacun et dans le couple, ne peut pas être anéanti. En donnant l'homme à la femme et réciproquement, Dieu se donne et leur donne le gage d'un lien indissoluble dans l'histoire des hommes. "Simplement, le Christ a fait de ce qui n'est qu'exigence du don de Dieu une vérité historique dans le mariage. Et s'Il est demeuré parmi les hommes sous la figure de l'Époux de l'Église, c'est bien que la vérité de celle-ci est de continuer de donner le don de Dieu aux hommes [5]. "Le don des époux embrasse en Christ la personne même de l'autre comme don, considéré comme un "autre Christ", dans son présent comme dans son avenir.

2.3. Affinités sacramentelles

Cette logique du don, lisible dans la liturgie du sacramentum du mariage est intimement liée au baptême et à l'eucharistie. Elle a des enjeux moraux et pastoraux évidents.

Par le baptême, l'homme revêt le Christ. L'homme comme être-de-don, s'accomplit et devient "don" à la mesure du Don infini du Christ. Le baptême est déjà "nuptial", comme le souligne Paul pour les Éphésiens. Ce caractère est préparation de ce que sera la relation des conjoints si telle est la vocation du baptisé. Le baptême est oeuvre de "virginité": le Christ y purifie son Épouse (les nouveaux baptisés) et se la donne "sainte et immaculée" (Ep 5, 27). Chaque chrétien vérifie ainsi lui-même, en personne, qu'il ne s'appartient plus parce qu'il est "donné au Christ". Cette vérité qui touche le corps n'est pas sans signification pour le don corporel des conjoints. Elle prépare chacun à recevoir de Dieu le corps de l'autre, de telle sorte que l'union de l'homme et de la femme soit et devienne signe du don du Christ. Le réalisme nuptial du baptême est ainsi confirmé dans le mariage. C'est le Christ qui donne les conjoints l'un à l'autre et qui, dans l'unité de son corps mystique, les convie au don total de leur liberté et de leur corps.

En fait, l'union personnelle du baptisé se spécifie en Christ dans le mariage. Le don de l'amour est pour une mission. En lien avec leur grâce de baptisés, les époux reçoivent des dons spécifiques pour une nouvelle mission. Le premier don est ecclésial: il fait du couple, ouvert aux enfants, une ecclesia domestica. Le sacrement de mariage est "constructeur" d'Église. Les époux sont appelés à se donner l'un à l'autre et aux autres. Les témoins manifestent non seulement le passé des fiancés, mais l'avenir ecclésial du don promis. Ils témoigneront dans le temps de la croissance ecclésiale du don. Cette ecclesia domestica peut grandir dans l'accueil de l'enfant. Procréation, naissance et éducation des enfants sont les signes d'un don qui grandit, se fortifie et s'ouvre toujours plus au don du Christ.

En s'épousant, l'homme et la femme mettent en acte le sacerdoce baptismal: l'agir de l'époux rend le Christ de l'alliance présent à l'épouse et réciproquement, dans le respect de la masculinité et la féminité. Chacun reçoit l'autre de Dieu, et dans le Christ-Prêtre, l'offre à Dieu, le lui "donne", le lui "rend". Ainsi l'amour conjugal est-il "oblatif" en son essence: l'époux est à rendre à Dieu. Se sanctifier mutuellement à travers le sacrement, c'est s'ordonner mutuellement à Dieu. "T'aimer, pour moi, c'est te donner au Christ. Ne pas te garder pour moi, mais t'offrir au Père." L'esprit de cette charité sacerdotale peut animer une aventure spirituelle étonnante pour les époux. Ce sacerdoce commun d'intercession se reçoit du Christ à travers le baptême. Cette gratuité du don, reçu avec ses responsabilités, est rappelée aux époux et fortifiée par le sacerdoce ministériel. Le ministère du prêtre reconduit les époux à la source du sacerdoce de tous et à leur mission propre.

D'un point de vue pastoral, le sacrement de mariage est proposé, et se vit souvent au coeur de l'eucharistie. Cette "association" des deux sacrements éclaire la thématique du don et sa richesse pour la doctrine contemporaine du mariage. Dans les deux sacrements, il s'agit de don total. "Ceci est mon corps livré (offert, donné) pour vous." Corps livré, sang versé: n'est-ce pas là comme une déclaration nuptiale du Christ à son Église? D'une part, en communion à l'amour du Christ qui se donne, les époux communient déjà l'un à l'autre au corps du Christ. D'autre part, en se donnant l'un à l'autre, ils représentent en personne le corps du Christ, le construisent et intensifient leur communion avec Lui et avec tous les hommes. Le mystère de l'alliance en ses multiples visages unit également les deux sacrements. Se marier à l'Église, c'est se marier au sein de l'Église, au sein de l'Alliance entre l'Époux et son Épouse. L'Église est la "matrice" de toute alliance: elle récapitule toutes les alliances de Dieu avec les hommes.

L'alliance primordiale, aux premiers jours de la création, nous montre l'homme dans les mains de Dieu, créé en relation avec lui et en attente d'une communion et d'un don à sa mesure. Créé pour aimer et pour se donner, l'homme reçoit Ève, la mère des vivants (Gn 2, 23). Le premier couple, la première alliance, le sacrement primordial, "signifie" le dessein de Dieu de faire alliance avec toute l'humanité. Après le péché originel et l'histoire mouvementée de cette alliance dans le peuple d'Israël, le don du Fils marque l'avènement d'une nouvelle alliance. Historiquement en Christ, elle se révèle indéfectible. Elle se scelle dans le sang versé et dans le don de l'Esprit à son Église, son Épouse. L'Église est bien "celle qui est comblée" du don de Dieu et qui est "don" offert au monde. Désormais, toute alliance de l'homme et de la femme peut "habiter" celle de l'Église et de son Christ. Au coeur de l'eucharistie, alliance nouvelle et éternelle, les époux sont appelés à se donner d'un amour qui va jusqu'au bout, comme celui du Christ. Le corps du Christ nourrit le corps du couple. Le don conjugal est remise de soi à l'autre et au Christ sauveur. L'eucharistie est cet Acte du Christ en son Église où cet abandon des époux l'un à l'autre peut se vivre et se fortifier en vérité. La vocation au mariage et sa spécificité s'éclairent quand ce ne se sont ni la passion ni la séduction mutuelles qui "mettent" l'homme et la femme ensemble, mais Dieu lui-même qui les donne l'un à l'autre et s'engage dans ce don.

Partager l'eucharistie, c'est faire "advenir" le don du Christ dans l'unité du couple et de la famille. Le Christ lui-même transforme l'amour des époux et le dessine à la mesure du sien au coeur du quotidien de leur vie. Les époux sont appelés à devenir "corps du Christ" et cette incorporation leur donne de sauver le monde avec le Christ. Tel est le sens de l'offrande de leur union au coeur de chaque eucharistie.

Dieu provoque aussi les époux par le don de sa parole. Il les appelle à se donner par la parole et par les oeuvres qui la mettent en pratique. Cet exercice spirituel et eucharistique se prolonge dans la vie conjugale qui doit être "écoute et obéissance mutuelles" du don qu'est l'autre. Tout conjoint est un "autre Christ" qui parle au coeur. Tout conjoint est appelé à écouter. L'un et l'autre ont une "parole" à dire sur l'autre, pour le couple et pour l'Église. C'est la source comme la profondeur de tout dialogue conjugal [6]. De louange en louange, chaque membre du couple est appelé à entrer dans la louange éternelle. L'eucharistie n'est-elle pas action de grâces? Comment "rendre au Seigneur tout le bien qu'il nous a fait", sinon "en élevant la coupe de bénédiction" (1 Co 10, 16)? L'eucharistie est le lieu où les époux avouent leur "dette d'amour" envers Dieu qui les a donnés l'un à l'autre et qui continue à tout leur donner en son Christ, corps et sang livrés. L'action de grâce, germe et fruit d'une attitude intérieure d'humilité, garde les époux dans la conscience de la grandeur du don reçu, de sa beauté comme de sa fragilité. "Il est vraiment digne et juste de te rendre grâces toujours et partout": les préfaces eucharistiques explicitent pour les époux le pourquoi de leur louange. Établis par grâce dans la communion trinitaire, ils sont - en gestes et en paroles - unis à la louange cosmique des êtres qui participent et reconnaissent joyeusement la Source de tout don. Les époux "demeurent", "habitent" dans le Don et Dieu demeure en eux.

La liberté des époux peut se "reprendre", se "renier" et refuser cette dynamique du don qui va jusqu'au bout. L'homme peut prendre la femme pour lui au lieu de se donner à elle. La femme prend prendre l'homme sans se donner ou le recevoir sans l'accueillir de tout son être. L'amour possessif est donc appelé à se purifier et à grandir dans l'oblativité: entraînements, épreuves, combats et défaites appartiennent à l'histoire de toute relation; régénération et croissance aussi. Lorsque les époux ne peuvent s'aimer selon toute l'ampleur du don, du moins sont-ils appelés à s'aimer toujours dans le pardon. C'est la loi de l'amour eucharistique: cette alliance est scellée dans le sang "versé en rémission des péchés". L'alliance des époux est "chemin de don et de pardon". Le Christ en est le garant et la force invincible. Tout don humain doit être racheté par le sang du Christ. C'est ce qu'expérimentent les époux au coeur de l'eucharistie. Ils sont les premiers à éprouver la force régénératrice du Christ ressuscité. Toutes les formes de mort du couple, les dénis du don, peuvent être "élevés" sur la croix du Christ ressuscité. L'épiclèse de l'Esprit sur leur amour, au coeur de l'eucharistie, non seulement purifie les époux de toutes souillures, mais construit un "être-de-don" toujours plus transparent du Don parfait. Dans ce cheminement du don, le Christ est celui qui se "donne à boire et à manger". "Si tu savais le don de Dieu"... c'est toi qui le demanderais au coeur de chaque eucharistie! Nous retrouvons ici une des grandes intuitions spirituelles de l'abbé H. Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.

Car tout comme "l'Église fait l'Eucharistie, et que l'Eucharistie fait l'Église", ainsi chaque couple, ecclesia domestica, est-il appelé à se fonder sur le sacrement eucharistique. Le corps eucharistique du Christ construit "le corps du couple". La famille "fait corps" dans le Corps du Christ. La famille, comme l'Église, grandissent à partir du don du Fils en son corps et en son sang.

2.4. La fécondité, signe de la gratuité de l'amour

Ainsi, vivre le don du sacrement de mariage, c'est s'engager par un don mutuel, entier et définitif, don qui est chemin de salut et de sanctification pour les conjoints. Le dynamisme du don mutuel mène les époux au don à Dieu. Parler de fécondité du couple, c'est toujours montrer la place du Christ dans la donation mutuelle. "Si l'amour peut être défini comme don, la fécondité est comme le don de ce don, son redoublement, son incarnation" [7]. Le sacrement est le lieu et le temps où les conjoints croissent "en âge et en sainteté": en se donnant l'un à l'autre, l'un par l'autre, ils se donnent à Dieu et répondent à son don originel d'amour et au don de son Fils. La fécondité ne se limite pas à la procréation et à l'éducation des enfants, mais les époux ont fait la promesse dans le sacrement d'être ouvert aux enfants que "Dieu leur offrirait". Cette ouverture de l'amour à la gratuité de toute conception est essentielle. Elle montre la vraie place des enfants au coeur du sacrement.

Gaudium et spes, 50, par. 1, contient une sobre définition de ce bien du mariage: "Les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes". De fait, l'enfant "couronne" ce qui est déjà donné. Il exprime le surplus, la surabondance, la confirmation de l'amour. L'enfant n'est pas un "dû", il est un don. L'enfant ne peut être ni l'instrumentalisation de l'amour des époux (on se marie pour avoir des enfants) ni l'absent ou l'exclu permanent de la relation conjugale (on fera un enfant quand le moment sera favorable). L'enfant n'est pas issu d'un "manque" à combler ou d'un "désir" à satisfaire. Il appartient intimement au don des corps scellé dans le sacrement. L'enfant est le fruit d'une plénitude et d'une surabondance de l'amour. Le don "le plus excellent" vient "couronner" comme par surcroît les libertés qui se donnent avec amour. L'enfant, comme être-de-don, comme personne, comble gratuitement le don des époux. Il est un "signe personnel" du don d'amour de Dieu pour le couple. Il porte toujours l'empreinte du Don absolu qu'est son Créateur et Donateur de vie. L'enfant est toujours un don. Quelles que soient les conditions dans lesquelles s'effectue sa conception, son "apparition" est par elle-même "signe" d'un don privilégié. Elle est liée à la geste sacramentelle du mariage, car aucune conception ne relève totalement de l'anonymat, mais toujours de la puissance créatrice de Dieu et de son Nom: "Père de toute éternité". Le don qu'est l'enfant appelle toujours une reconnaissance à la mesure de ce qu'il est. L'ecclesia domestica est le lieu privilégié de cet accueil.

 

III.- La grâce du sacrement

 

La grâce du sacrement est dotée de multiples facettes. Lumen Gentium, 11 affirmait qu'"en leur état de vie et dans leur ordre, ils (les époux chrétiens) ont dans le Peuple de Dieu leur dons propres". Le Catéchisme de l'Église catholique ajoute: "Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l'amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce 'ils s'aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale, dans l'accueil et l'éducation des enfants' (LG 41)" (CEC n°1641). "Le Christ est la source de cette grâce. 'De même que Dieu prit autrefois l'initiative d'une alliance d'amour et de fidélité avec son peuple, ainsi, maintenant, le Sauveur des hommes, Époux de l'Église, vient à la rencontre des époux chrétiens par le sacrement du Mariage' (GS 48, par. 2). Il reste avec eux, Il leur donne la force de le suivre en prenant leur Croix sur eux, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les fardeaux des autres (Ga 6, 2), d'être 'soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ' (Ep 5, 21) et de s'aimer d'un amour surnaturel, délicat et fécond" (CEC n° 1642). Reprenons, sous forme de conclusion, quelques traits de cette grâce.

3.1. Par le sacrement, chacun des époux surgit comme celui que Dieu donne et confie à l'autre. L'être aimé n'est plus seulement celui qui a été séduit ou rencontré par bonheur, mais d'abord celui que Dieu donne pour L'aimer et Le rejoindre pour l'éternité. À la lumière du Nouveau Testament, chaque chrétien peut entrevoir que le modèle de tout amour et de tout don se trouve dans le don trinitaire des Personnes divines [8]. L'amour revêt sa beauté dans le don de la personne à la personne: il est issu de Celui qui est don. Dans le Christ et l'Église, les époux sont chacun pour l'autre source de tout don et, ensemble, créés à l'image et à la ressemblance de Dieu trinitaire. L'union conjugale exprime dans l'histoire humaine la pluralité dans l'unité divine. S'il y a bien un "seul être" [9] dans le mariage, les personnes qui le contractent ne s'y confondent et ne s'y dissolvent pas. L'amour de l'homme et de la femme est promotion mutuelle dans l'être en accord avec la charité qui en Dieu provient de Dieu et se tourne vers Dieu. Le sacrement scelle cette unité et cette harmonie des personnes. Le corps fait écho à la musique intérieure de chacun.

3.2. Dieu se livre dans le sacrement de mariage en établissant un lien de grâce entre le Christ et les époux. Leur don mutuel exprimé dans le consentement est greffé sur le don du Christ. L'Alliance du Christ avec chacun d'entre eux et avec le couple est définitive et sans retour. "En venant rétablir l'ordre initial de la création perturbé par le péché, Il (Jésus) donne Lui-même la force et la grâce pour vivre le mariage dans la dimension nouvelle du Règne de Dieu" (CEC n° 1615). Dans le sacrement de mariage, le Seigneur se fait l'Époux de chacun en s'engageant dans le don mutuel des conjoints. Dans leur don sans retour, le Christ leur accorde sa joie. Dans l'amour du mari et de sa femme, le Christ rend grâces à Dieu et les époux avec Lui. Cet élan "oblige" chaque conjoint à "rendre l'amour" dont il est le sujet. Dieu les a précédés dans l'amour. Le sacrement du Christ et de son Église manifeste cette "primauté" divine. Il les invite en retour au "don désintéressé d'eux-mêmes". Aimer, c'est se donner. Aimer, c'est recevoir et rendre à Dieu ce que l'on a reçu gratuitement.

3.3. Dans toute leur vie, les époux sacramentellement unis représentent le don nuptial du Christ à son Église. Les époux sont appelés à être comme un "vitrail" de l'amour entre le Christ et son Église. Les époux s'aiment de l'amour même du Christ. C'est ainsi qu'ils se sanctifient mutuellement. Dans la relation Christ-Église comme dans celle de l'homme et de la femme, l'amour est "circulation du don": don et accueil du don dans la "gratuité personnelle". L'amour n'est pas un vide à combler, mais un surcroît de vie à offrir. Le sacrement "signifie" cette dynamique du Don et de l'amour divin, livré aux mains des hommes. Modelé par le don du Christ en croix et par la puissance de sa résurrection, le sacrement de mariage est le lieu et le temps d'un don spécifique. L'amour du Christ, royal Époux promis aux noces avec l'Église, sainte et immaculée, transfigure la dynamique nuptiale.

Le mariage signifie cette alliance entre le Christ et son Église. Ce point est manifeste dans le consentement des époux. Celui-ci énonce le "contrat" de fidélité et d'unité que les époux, ministres du sacrement, s'engagent à vivre et à respecter. Dans l'histoire du sacrement, le consentement a été appelé "la donation". Le consentement est un don des libertés: un don volontaire qui détermine la validité du sacrement. Les paroles du consentement révèlent le bien commun des époux et de leur future famille: amour, fécondité, fidélité, unité. Ces propriétés, dons, biens, exigences, fins du sacrement sont reconnus et promis par les époux. Le consentement ou donation réciproque fait jaillir publiquement la beauté du don qui anime les êtres-de-don appelés à se donner au Christ en se donnant l'un à l'autre dans l'Église. Le Christ consomme son union à l'Église en se donnant au Père sous l'action de l'Esprit Saint. L'Église - et en elle les époux -, tendent vers le Bien-Aimé en reprenant, sous la conduite du Saint-Esprit, le chemin d'amour qu'il a ouvert et parcouru: voie d'humilité, de renoncement et d'obéissance au Père. Pour des époux chrétiens, le chemin de l'union réelle et profonde suit ce mouvement de découverte du Père, dans l'offrande de Jésus et sous l'inspiration de l'Esprit.

3.4. L'amour conjugal et parental est un chemin de sanctification des époux. Cet appel à la sainteté matrimoniale et à son témoignage concerne toute la vie. La vie familiale quotidienne, les rapports conjugaux, l'effort déployé pour soutenir économiquement le foyer, accroître sa sécurité et améliorer ses conditions d'existence comme aussi les rapports avec la société civile, constituent les situations les plus communes dans lesquelles les époux sont appelés à se sanctifier et à être un "signe sacramentel" de la charité de Dieu.

Car le don accueilli renvoie au donateur. Le conjoint est un don royal qui rayonne de la présence du Donateur de la vie. L'autre est un être-de-don qui mène au Donateur. L'amour conjugal, par le don de l'Esprit Saint, permet aux époux de vivre en union étroite avec Jésus. La croissance dans la charité conjugale et dans le don mutuel est croissance dans l'amour de Jésus. Le don de soi ouvre le coeur et le rend capable de connaître Dieu et de l'aimer. La structure sponsale de l'être humain est actuée par le don exclusif de soi à l'autre: l'autre mène en vérité à Dieu. Les époux sont un signe de Dieu, de l'Unique, l'un pour l'autre. Le sacrement est aussi guérison de l'amour blessé. La fragilité humaine du don est assumée dans la puissance de l'Esprit, Don infini et Incréé. Le don d'amour s'explicite toujours dans le pardon qui guérit, qui fortifie et qui console.

3.5. L'enfant est le don "le plus excellent du mariage". Sa présence signifie la gratuité de l'amour de Dieu. Son accueil doit être à la mesure de ce qu'il est: voulu par le Père des cieux et frère de Jésus Christ. Ce don est confié comme grâce aux parents qui ne sont pas "expropriés" de la responsabilité et de la joie de la conception: ils procréent, c'est-à-dire qu'ils participent à l'oeuvre créatrice de Dieu. Telle est l'amplitude de leur don mutuel que révèle le sacrement.

3.6. Le sacrement donne aux époux d'être l'icône de l'Église, une communauté qui sauve (FC n° 49), avec sa mission propre et ses dons particuliers. Il constitue le couple comme une nouvelle unité en communion avec l'Église et offerte pour le monde, une "Ecclesia domestica". "C'est pour cela que le deuxième Concile du Vatican appelle la famille, d'une vieille expression enrichie de la réflexion de ce siècle, Ecclesia domestica (LG 11). C'est au sein de la famille que les parents sont "par la parole et par l'exemple... pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée"" (CEC n° 1656).

Ce "cor unum" (Ac 4, 12) que les époux construisent librement avec Dieu, par leur consentement, est une "entité de chair" spécifique et spirituelle. Elle est "corps" dans le Corps du Christ. Elle a son dynamisme unitif propre et sa mission [10]. Dans leur vie, les époux symbolisent sacramentellement l'union de Jésus-Christ avec son Église: ils représentent cette communion et cette mission. Ils collaborent à l'avènement de l'Homme nouveau (Ep 4, 24). Ils rendent l'Église visible et crédible aux yeux du monde.

 

  

Alain MATTHEEUWS, S.J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. [En Belgique sur la cohabitation légale comme en France sur le PACS les débats socio-politiques en sont la preuve vivante.]

2.[ Jean-Paul II, Lettre aux Familles, n°19.]

3. [Ibid.]

4. [Cette expression est celle du philosophe Cl. BRUAIRE lorsqu'il décrit l'être de l'esprit humain et qu'il pose les fondements de son ontodologie (L'être et l'esprit, Paris, PUF, 1983, p.9-86).]

5. [Cl. BRUAIRE, Le don de Dieu, dans Communio 4, n° 5 (1979) 3.]

6. [Nous rejoignons ici le fondement de la pédagogie dialoguale du CLER.]

7. [X. LACROIX, Le mariage ... Tout simplement, Paris, Éd. de l'Atelier/Éd. Ouvrières, 1994, p. 115.]

8. [Ce thème, déjà développé dans certains manuels (P. ADNES, Le Mariage, Tournai, Desclée, 1963), trouve une actualité nouvelle, pastorale et spirituelle (cf. A. et M. LAURIOT PREVOST, Le mariage. Mystère trinitaire, Paris, Fayard, 1987)]

9. [PAUL VI, "Allocution aux Equipes Notre-Dame", dans Doc Cath. 67 (1970) 502-506, n° 5. "Une seule chair, un couple, on pourrait presque dire un seul être, dont l'unité prendra forme sociale et juridique par le mariage, et se manifestera par une communauté de vie, dont le don charnel est l'expression féconde."]

10. [La "mystique" n'est pas absente de la vie conjugale et sacramentaire. Le mot "mystique" désigne l'appartenance au mystère du salut. Son application à la vie conjugale désigne le magnum sacramentum, le "grand mystère" du mariage. L'union de Dieu et de l'humanité est un don sans cesse offert par le Christ à l'homme et à la femme qui s'unissent dans l'Église pour une aventure spirituelle de la charité. Dans l'"économie" sacramentelle du christianisme, la mystique en communion avec Jésus-Christ, est un fruit du mystère de son incarnation et de sa Pâque. La mystique matrimoniale, l'aventure spirituelle des époux, jaillit de leur lien au Christ et sans fin renouvelle cette union. Le sacrement est le gage et le germe de cette vie commune avec Dieu. Comme l'exprime le CEC, "le progrès spirituel tend à l'union toujours plus intime avec le Christ. Cette union s'appelle mystique, parce qu'elle participe au mystère du Christ par les sacrements - les saints mystères - et, en Lui, au mystère de la Sainte Trinité. Dieu nous appelle tous à cette intime union avec Lui, même si des grâces spéciales ou des signes extraordinaires de cette vie mystique sont seulement accordés à certains en vue de manifester le don gratuit fait à tous" (n° 2014).]

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Cours - Couple - Sacrement du mariage
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Samedi 25 novembre 2006

Il est bien vrai qu’on ne pense pas souvent à sa mort. La mort pourtant apparaît souvent sur nos écrans de télévision, mais elle nous paraît virtuelle ou lointaine. Notre société a cherché et cherche encore à « oublier » cette étape de la vie humaine. Dans ce livre sans prétentions, je cherche à montrer au lecteur que  naître et mourir sont deux moments inévitables de nos existences et qu’il est possible et nécessaire de leur donner un sens. La dignité de chacun d’entre nous consiste à chercher et à reconnaître que « mourir est un acte dont l’homme peut librement découvrir et épouser le sens ». Bien sûr, ces réflexions sont développées dans le contexte actuel des débats sur l’euthanasie, du suicide assisté, des soins palliatifs, de l’acharnement thérapeutique, du respect de celui qui « passe sur l’autre rive ». Dans toutes les cultures, ce passage a été l’objet de rites, d’interprétations, de soins car l’homme ne meurt pas comme l’animal.

Beaucoup de personnes généreuses prennent du temps pour soigner et accompagner la souffrance des autres ou de leurs proches. De nombreuses professions sont concernées. Je crois que ce livre peut les aider. Il est précis pour distinguer ce que l’on peut faire à l’approche de la mort, au cœur de la souffrance pour la soulager et la porter. Il s’agit d’une réflexion sur « comment bien faire » car le détail des techniques et des anti-douleurs n’est pas décrit. J’essaie de transmettre de manière pédagogique une « sagesse » liée à la tradition chrétienne. Beaucoup d’entre vous se rendront compte combien cette sagesse est vraiment respectueuse de la dignité de tout homme. Depuis des siècles, des chrétiens accompagnent leurs frères et sœurs dans leurs souffrances et dans la mort. Cette solidarité, en parallèle avec les développements et les progrès de la science, est forte. Chacun peut y découvrir un témoignage de douceur et d’espérance envers notre humanité.

Quelques interventions des évêques aident aussi à préciser l’enseignement actuel de l’Eglise. Cette mémoire ecclésiale m’a poussé à mettre aussi dans ce livre un « ancien » texte d’un de mes professeurs d’éthique : le Père Roger Troisfontaines. Ces quelques pages n’ont pas pris une seule ride : elles disent encore et toujours combien la mort est un passage non pas vers le néant mais vers la vie. Il y a moyen de réfléchir paisiblement sur les questions actuelles posées par la mort et ce livre cherche à aider tout homme de bonne volonté à le faire. Quelques pages succinctes donnent également le « message » spirituel du Christ sur la souffrance et la mort à travers l’interprétation de Jean-Paul II dans une de ses Lettres Apostoliques. Le Seigneur, vrai Dieu et vrai Homme, a fait ces expériences et par là il éclaire notre intelligence et notre cœur.

Avant de se présenter à nous, nous rencontrons souvent la souffrance et la mort auprès de ceux que nous aimons. Accompagner l’autre sur son chemin, c’est toujours être « le gardien de son humanité ». Puissions-nous, là où nous sommes, relever ce défi pour tous ceux que la vie nous fait rencontrer et rester toujours ainsi des « gardiens de l’humanité » en ce troisième millénaire.

 

Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Samedi 25 novembre 2006

Le Concile décrit la conscience comme « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (GS n°16 n°2) et montre ainsi son intériorité en l’homme. On parle de liberté des consciences et de respect de la conscience humaine comme de droits fondamentaux liés à la dignité humaine. Dans le domaine moral, chacun élabore ses propres jugements en conscience avant d’agir, pendant ou après l’action posée. C’est ce « mystère » de la conscience, sa beauté et ses exigences que nous décrivons brièvement dans ces lignes.

 

1. Une figure humaine


La conscience n'est pas une abstraction. Elle s'inscrit dans le mystère de l’homme. Au sens large, qui dit « homme » dit un être conscient de soi et de la portée de ses actes. Le jugement de « conscience » est l’expression de la dignité humaine et de sa différence, dans le monde créé, d’avec les autres créatures : de son être personnel.


1.1. Conscience et création


Que l’homme soit conscience appartient à la réalité de la Création. Dire que l’homme est « créé à l’image de Dieu », c'est sous-entendre qu’il ressemble à son Créateur par ce qu’il est : un être d’esprit, libre et conscient. L’homme est ainsi conscient de son origine comme de sa destinée. Il réfléchit aussi ce qu’il vit dans le présent pour y trouver un sens, le déterminer ou le confirmer. La conscience exprime la dignité de chaque homme et manifeste sa « royauté » sur l’univers créé.

Dans sa conscience psychologique, le sujet peut revenir sur soi, sur ses activités, ses comportements externes et internes. Il peut introjeter des valeurs et des références issues de son milieu familial et de sa culture. Il se construit par ce jeu relationnel. Cette connaissance subjective n’est pas pour autant la conscience morale, même si elle la nourrit et l’influence. La genèse de la conscience morale est éclairée par la genèse du moi, de la conscience psychologique, de l’inconscient et du surmoi. Elle ne se réduit cependant pas à cette genèse.


1.2. Conscience morale


La conscience morale suppose un jugement : la connaissance intérieure et personnelle de la loi divine. Elle sous-entend une connaturalité (connivence) avec cette loi, un accueil, une faculté (capacité) d’exercer son jugement. « Dieu près de toi, avec toi, en toi ». Tout ce qui est extérieur à la conscience doit lui devenir intérieur pour prendre vie personnelle. C’est le statut de certaines normes, attitudes éducatives, données culturelles. L’homme intègre et intériorise les éléments qui le conditionnent. L’homme est constitué, donné à lui-même dans sa liberté et sa raison pour diriger son action et donc en juger dans les situations concrètes 1. Le jugement de conscience n’est pas uniquement le fruit d’une intégration plus ou moins réussie d’éléments extérieurs. L’homme libre est créé responsable doté d’une faculté de juger intérieure à lui-même : il est « conscience ». Il ne s’est pas inventé ainsi. Il se découvre ainsi dans sa beauté et sa dignité.

Les Pères conciliaires s’exprimaient ainsi à Vatican II : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée à lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : 'Fais ceci, évite cela’ ; Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera » (GS n°16).


1.3. Quelques traits du visage de la conscience


La conscience humaine est...


personnelle. Elle n’est pas une idée, mais elle est « à visage humain ». Elle est conscience d’une personne avec son histoire particulière. « Par ses actes délibérés, la personne humaine se conforme, ou non, au bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale » 2. L’usage de la raison et donc le jugement de conscience sont le fruit de cette histoire. Ils évoluent et se transforment dans l’unité personnelle de chacun. Par exemple, les mauvaises expériences comme le péché peuvent perturber le bon fonctionnement de la conscience. Il y a des personnes à la conscience plus exercée et plus délicate que d’autres...


- en communion. Elle ne ferme pas le sujet sur lui-même, ne l’enferme pas dans une indifférence au réel. La conscience est en soi ouverture à l’altérité (dont la différence d’avec le monde et d’avec les hommes) et à la transcendance (au Créateur, à l’Absolu). La conscience est le témoin de la présence divine en chaque homme. J.-H. Newman disait : « Ma nature entend la voix de la conscience comme une personne. Quand je lui obéis, je me sens satisfait ; quand je lui désobéis, je me sens affligé, exactement comme lorsque je fais plaisir ou non à un ami qui m’est très cher... Un écho implique une voix ; une vois, quelqu’un qui parle. Celui qui parle, c’est lui que j’aime et que je vénère ».

La conscience n’est pas qu’individuelle. Sans tomber dans les pièges d’un monde fusionnel, il ne faut pas non plus se faire l’écho d’une conception néo-libérale de l’homme-individu. L’être humain n’est pas solitaire et l’autre lui est toujours intérieur aussi. La conscience est un savoir avec autrui (cf. l’étymologie : cum-sciencia) et avec tel ou tel acte à poser.

La conscience du croyant fait corps avec le Corps de l’Eglise. Elle y est insérée par la foi et la charité. Le chrétien « sent avec l’Eglise » : il pose des jugements et agit dans, pour et avec un corps de frères et de sœurs.


- responsable. L’homme est appelé à éduquer, affiner, fortifier sa conscience : ne gardons pas l’illusion d’une conscience infaillible (Veritatis Splendor n62). La conscience est à l’image d’un corps, d’un organe qui doit grandir, se développer pour devenir lui-même. Avant de devenir responsable devant sa conscience, tout homme est responsable de sa conscience. « La personne humaine participe à la lumière et à la force de l’Esprit divin. Par la raison, elle est capable de comprendre l’ordre des choses établi par le Créateur. Par sa volonté, elle est capable de se porter d’elle-même vers son bien véritable. Elle trouve sa perfection dans « la recherche et l’amour du vrai et du bien » (GS 15, 2). Si la liberté fait bien de l’homme un sujet responsable de ses actes, un sujet moral, il nous faut affirmer également que ces actes transforment l’homme. Dans la conscience de ce qu’il fait, l’homme se construit. Le jugement de conscience qu’il pose sur lui-même ou qu’autrui pose sur lui, manifeste combien qu’il est « pour ainsi dire, le père de ses actes ».


- liée au temps et à lespace. La conscience morale est marquée par lhistoire de la personne, celle de ses proches, celle de son peuple. Lélaboration des jugements de conscience est conditionnée par de nombreux facteurs dont lâge et les données culturelles. Il faut reconnaître aussi une genèse et une croissance de la conscience morale. Elle nest pas un sixième sens donnée au départ et fonctionnant parfaitement. Sa mise en œuvre suppose une éducation.

Ces conditionnements de la conscience ne signifient pas une relativité des jugements qui sexprimerait ainsi : « tout se vaut et tout est bien ». Car si les conditions dexercice de la conscience morale peuvent réduire ou oblitérer son activité, elles ne la limitent pas dune manière absolue.


- qui se fortifie en s'exerçant. Les actes posés par l'homme le font grandir. Faire le bien en connaissance de cause, cest « naître à soi-même », « grandir sous le regard de Dieu », « grandir en âge et en sagesse », cest-à-dire dans son identité propre. Cest dans lexercice de sa conscience, que lhomme advient librement à lui-même, quil devient ce quil est. La conscience nest pas un oracle à consulter régulièrement en dehors de soi-même, mais un organe propre à la personne, organe qui travaille, sexerce, sinforme, se forme, séclaire, se développe, saffine. Elle se perfectionne et se fortifie dans lacte même où elle sexerce adéquatement. Il est bon de réfléchir paisiblement à la portée de ses actes et à leurs conséquences que ce soit dans la solitude, le dialogue, les débats, la prière. Cet exercice consiste à distinguer le bien du mal, à poser un jugement personnel, à précéder, accompagner et suivre lacte posé.



2. Les enjeux humains et spirituels


2.1. - La loi.


La conscience ne décide pas souverainement du bien et du mal. Elle nest pas à elle-même sa propre loi. La conscience se découvre intérieurement structurée, ouverte, offerte à la vérité, préparée. La voix de la conscience, cest la perception intérieure dune loi qui est le témoin de la présence divine au plus intime de lhomme. Lhomme éprouve lirradiation de la vérité de Dieu en son être et participe ainsi par son intelligence à la sagesse de Dieu (Vie, Amour et Don). Cest cela la loi de la conscience. Ce nest pas dabord la perception dun interdit extérieur à soi, mais plutôt une lumière, un attrait, une révélation personnelle.

La loi est la révélation dune présence amoureuse de la Sagesse divine à la raison personnelle de chacun. Cette loi est toujours un appel à la perfection, une exigence intérieure permanente. La loi morale à l'intérieur de la conscience joue le rôle dun messager (dun ange) : elle transmet, elle partage, elle révèle, elle interprète la beauté de la vérité.


2.2. - La vie de la conscience.


La conscience peut en effet saffaiblir ou sobscurcir. La conscience nest pas un donné immuable, impersonnel, acquis une fois pour toutes (c'est l'enjeu de tout apprentissage et de l'éducation d'un enfant). Elle est dépendante de tout notre psychisme et de notre dynamisme vital. Ces évolutions positives et négatives de la conscience sont en lien avec la personnalité profonde et avec les actes posés. Ce que nous faisons et ce que nous pensons nous transforme, touche, affine ou obscurcit la conscience.

Ce qui est mal, fait mal. Ce qui est bien, fait du bien. Faire le bien, nous rend plus dignes de nous-mêmes et nous facilite la prise de décisions en conformité avec le Bien quest Dieu. Le cercle vicieux du mal ne peut être rompu que par le pardon. Le pardon restaure lhomme dans son unité personnelle. Il éclaire la conscience sur ce quelle a fait, mais aussi sur ce quelle pourra faire à lavenir. Le pardon est le creuset de lespérance pour la conscience. On pourrait distinguer ici la conscience pure, mauvaise (habitée par le remords), faible, relâchée (ou large), scrupuleuse, droite (lucide et sincère).


2.3. - La conscience et les doctrines ecclésiales


Lorsquon parle de doctrine ecclésiale ou denseignement magistériel, on entend généralement des textes et commentaires qui manifestent la réflexion de lEglise à propos de questions que lEcriture n'envisage pas expressément. Le lien avec lEcriture peut être lointain ou indirect. Ces textes ont un poids lié à lexercice de lautorité de la personne qui les proclame ou qui les rappelle. Il convient également de situer ces textes dans le contexte où ils sont promulgués. Même sil y a distinction de missions, rappelons que cest toute lEglise qui est « Mater et Magistra ». En pratique, lensemble des évêques et le Pape synthétisent linterprétation fidèle à la Parole du Fils de Dieu. Le Magistère, en charge dinterpréter authentiquement la Parole de Dieu, est lui aussi soumis à cette Parole quil reçoit et écoute (DV n°10). Il convient quil soit attentif aux signes de lEsprit (LG n°12).

Tous les enseignements nont pas le même degré dautorité. La conscience chrétienne, avec bon sens, repère ces nuances non pas pour « désobéir » et « critiquer », mais au contraire pour saisir la profondeur exacte de lenseignement offert. La compétence dun discours, le caractère solennel des propos et leur réitération, luniversalité des propositions sont des critères dappréciation normaux. La culture chrétienne nous permet également de distinguer entre le type de documents (un document conciliaire, une lettre encyclique, une exhortation, une instruction dun dicastère) et le caractère universel de lenseignement (auteurs conciliaires, thème abordé, destinataires). Linfaillibilité de la doctrine est liée à la grâce de la présence du Christ en son Eglise. Lenseignement de lEglise concerne aussi bien la foi (croire en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme) et les mœurs (force et vérité des commandements révélés au Sinaï) (VS, Veritatis Splendor n°64). Lorsque le propos peut être tenu pour infaillible, cest le signe dune prise de conscience par le magistère de sa grande responsabilité dans le domaine concerné. La précision dune définition signe une richesse mais parfois aussi les limites éprouvées dans lexplicitation et la compréhension de la question abordée. Un avis de ce type est aussi un acte dhumilité rendue à la vérité qui demeure en Christ.

Ces avis sollicitent ladhésion des chrétiens. Cest dans leur conscience quils sont appelés à rendre hommage à la vérité. Cette adhésion personnelle nécessite parfois un long travail de réflexion et de conversion, de prière et dascèse de la part du disciple du Christ. Des tensions peuvent être vécues pendant un temps. Il faut chercher honnêtement la vérité par lécoute et laccueil, par la recherche et la mise en pratique du bien à faire. Dans le même temps, nous « sommes tenus dobéir à la loi intérieure » (GS 16 n°1), inscrite en nous. Lélan vers la liberté est constitutif de notre humanité et de sa dignité. Il nest jamais permis de choisir délibérément ce que nous jugeons en conscience être le mal. Pour la conscience chrétienne, il y aura toujours un travail dhumilité pour souvrir aux appels de lEglise3.


2.4. - Des questions délicates : conscience erronée vincible et invincible.


« Lignorance involontaire peut diminuer sinon excuser limputabilité dune faute grave. Mais nul nest censé ignorer les principes de la loi morale qui sont inscrits dans la conscience de tout homme »4. La loi de Dieu est inscrite au cœur de tout homme, créé à limage et à la ressemblance du Créateur. La prise de conscience des lois se réalise à travers les médiations de lhistoire humaine en faisant écho aux principes intérieurs à tout homme. Il revient à chacun en conscience de porter des jugements moraux sur les actes humains. Pour pouvoir le faire, il faut que la personne parvienne à un état de certitude. Pour la conscience, il y a donc un travail dharmonisation des éléments en cause (normes, situations) et puis darbitrage et de jugement. Malgré tous ses efforts et ses informations, le sujet peut se tromper (conscience erronée). Cela arrive souvent, même en toute bonne foi. « Toutefois, il arrive souvent que la conscience ségare, par suite dune ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité » (GS n16). Cependant, lerreur peut surgir aussi dune paresse, dun refus de rechercher le vrai et le bien, dune habitude au péché, dun manque de confiance dans des personnes ou des doctrines proposées. Dans ce cas, la conscience qui fait erreur, porte la culpabilité des jugements quelle pose.


2.5. - Le doute.


Dautres situations humaines sont à ce point complexes que malgré notre bonne volonté et nos recherches, notre conscience ne parvient pas à la certitude. Elle doute et continue de douter. Son jugement ne parvient pas à « coaguler » avec force et assurance. Ces cas de conscience ne sont pas de lordre du passé. De nombreux actes humains prennent aujourd'hui cette tonalité, que ce soit en morale sociale ou morale privée. Dans ce domaine, il sagit de découvrir la référence personnelle et morale la plus adéquate. Car il y a toujours moyen de faire le bien sans être obligé de faire le mieux. Ces situations de doute doivent être examinées avec attention. Elles méritent le respect de la part de ceux et celles qui ne vivent pas ce doute. Elles doivent susciter dans la personne qui doute la confiance que Dieu lui accorde au moment dagir la lumière nécessaire et suffisante pour bien faire et suivre sa sainte volonté. La vie du chrétien ne consiste pas cependant à rester des années durant dans le doute sur des questions fondamentales. La confiance en Dieu, en lEglise, et dans le jugement dautrui permet le plus souvent daller au-delà de nos doutes.



3. Comment former sa conscience ?


Il appartient à lhomme de former et de fortifier la conscience quil est et quil a. Située dans le temps, lhomme se forme. Cet apprentissage et cette éducation de la conscience sopèrent de plusieurs manières.

- par la réflexion : lexercice de lintelligence qui sinstruit, raisonne, argumente.

- par lintégration des enseignements de la sagesse des peuples et de la doctrine de lEglise.

- par la pratique du bien.

- par laccueil des dons de lEsprit et la vie sacramentelle (eucharistie, réconciliation ).

- par lécoute et létude de la Parole de Dieu qui éclaire la conscience .

- par le témoignage et le conseil dautrui.

- par laccompagnement spirituel, la prière personnelle, lexamen de conscience devant la croix du Christ, cest-à-dire devant lacte de miséricorde par excellence (Exercices spirituels n53)



A. Mattheeuws s.j.

1 « Par sa raison, l’homme connaît la voix de Dieu qui le presse « d’accomplir le bien et d’éviter le mal » (GS 16). Chacun est tenu de suivre cette loi qui résonne dans la conscience et qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain. L’exercice de la vie morale atteste la dignité de la personne » (CEC n°1706).

2 CEC n°1700.

3 « En même temps, la conscience de chacun, dans son jugement moral sur ses actes personnels, doit éviter de s’enfermer dans une considération individuelle. De son mieux, elle doit s’ouvrir à la considération du bien de tous, tel qu’il s’exprime dans la loi morale, naturelle et révélée, et conséquemment dans la loi de l’Eglise et dans l’enseignement autorisé du Magistère sur les questions morales. Il ne convient pas d’opposer la conscience personnelle et la raison à la loi morale ou au Magistère de l’Eglise » (CEC n°2039).

4 CEC n° 1860.

« La confession régulière de nos péchés véniels nous aide à former notre conscience... », dans CEC n°1458.

CEC n°1480.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Anthropologie
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