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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

Vous êtes invités à prolonger votre visite par le site web du père Alain Mattheeuws en cliquant sur le lien suivant: http://www.mattheeuws.be/site/


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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

Verder kunt u ook u bezoek vervolledigen met de website van pater Alain Mattheeuws door te klikken op de volgende hyperlink: http://www.mattheeuws.be/site/

Mardi 26 février 2008

La session annuelle de formation de la Commission doctrinale des Evêques de France a travaillé sur les « débuts de la vie humaine » (cf. La Croix, 20 février). Dans l’horizon bioéthique et les révisions des lois, il s’agissait de réfléchir sur l’embryon qui « n’est pas une chose ». Les évêques (une soixantaine) étaient aidés par des scientifiques comme le généticien Axel Kahn, un juriste (le conseiller d’Etat Alain Christnacht) et le théologien jésuite belge Alain Mattheeuws. Cette session a eu un fort retentissement médiatique en lien avec une intervention du Cardinal André Vingt-Trois qui a posé explicitement la question d’un statut de l’embryon humain. Ces questions délicates montrent le désir de la réflexion théologique et des pasteurs de « donner un visage » social (Mgr. d’Ornellas, président du groupe de travail sur la bioéthique) à celui qui est « unique », « singulier », « enfant embryonnaire », comme l’a souligné l’exposé du moraliste belge. Le secret de l’origine de l’embryon est un enjeu pour tout homme.

On peut poursuivre une réflexion bioéthique sur ces thèmes à l’Institut d’Etudes Théologiques.

Une heure/semaine du 3 mars au 2 juin 2008:  le lundi de 9h 40 à 10 h 40

Ces cours sont donnés par le Père Alain Mattheeuws s.j. à l’Institut d’Etudes Théologiques, 24 Bd St Michel - 1040 Etterbeek -

La maîtrise du vivant engage la responsabilité de tout homme vis-à-vis de l’univers, de soi-même, des autres et de Dieu. La bioéthique est une éthique du vivant. Pour l’origine de l’homme comme pour la fin de sa vie, elle traduit toujours un appel concret à agir bien dans les situations les plus complexes. La vie est un mystère plutôt qu’un problème. Elle appartient au Dieu Créateur et Sauveur. Il est possible de réfléchir théologiquement sur elles. Ce cours aborde les défis posés par certaines nouvelles techniques biomédicales : procréation médicalement assistée, diagnostic prénatal et préimplantatoire, congélation d’embryons, clonage et cellules souches. Nous rendrons compte des documents ecclésiaux concernant le respect de la vie (Donum vitae, Evangelium vitae). Nous déploierons en théologie morale la bonté et la beauté de la vie telles qu’elles s’énoncent dans l’Écriture et la Tradition.

Contact : info@iet.be  -  Tél. : 02 739 34 51

 

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Annonces
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Mardi 5 février 2008

            Ce livre sur « le mariage et son avenir » est original car la perspective est celle du philosophe qui réfléchit sur le sens des mots et leur réalité dans l’histoire humaine. Interrogeons-nous sur ce mariage qui semble ne plus « fonctionner » et sur ce divorce qui semble « triompher » et mettons en questions ces « fausses évidences ». « Le mariage est plus ancien que le divorce, et lui survivra sous d’autres formes. Mais le divorce est le véritable index du concept du mariage que nous cherchons ici à discerner. Or le divorce est en crise, beaucoup plus gravement que nous ne le croyons » (p.17-18). La thèse est la suivante : si le divorce marquait une émancipation, actuellement, dans un monde gangrené par l’exclusion, il voile les conflits sous une façade de consensus. Le premier chapitre cerne cette thèse, en soulignant combien la question est sociale et politique. L’a. déploie ensuite (c.2) l’originalité occidentale de l’alliance amoureuse et l’invention du divorce. Il en tire quelques conséquences sur les comédies de remariage et le désastre des solitaires. Il développe ensuite les éclatements symboliques et politiques dans le lien conjugal et leurs conséquences : « A quoi bon divorcer ? ». La dé-liaison elle-même n’a plus de raison ! Le dernier chapitre n’offre pas une « solution » facile, mais donne à penser sur la nécessité d’une « courtoisie », d’une manière de vivre qui dépasse le lien amoureux pour construire en unifiant les sujets et l’institution. « Il nous faut donc refuser la séparation entre des passions désinstituées et une institution réduite à l’utilitaire » (p.129). La régulation du mariage, du lien homme-femme, ne concerne pas seulement les sujets mais les sociétés. Elle touche à la fois la conjugalité et la parentalité : « Comment sera-t-il père celui jamais n’a été époux ? » (p.112). Qu’en est-il de la place de l’homme, du père, de l’époux ? Il y a un temps pour démolir, un temps pour construire. Dans la relation homme-femme, « on en peut pas tout le temps tout dire, ni d’un coup. Là se tient la fidélité comme disposition courtoise » (p.141). La relation humaine doit se raconter dans le temps. Il nous faut marcher de manière plus ferme dans cette direction : vers « une société capable de conversations et de disputes amoureuses » (p.127). Les propos finaux donnent réellement à penser à tout homme de bonne volonté.

 

                                                                                    A. Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Mardi 5 février 2008

Dans nos sociétés occidentales, la conjugalité fait l’objet de choix de vie et de formes d’union désormais multiples. Ces choix apparaissent en même temps qu’un phénomène de fragilisation sans précédent du mariage civil et religieux. Non seulement on se marie de moins en moins, mais on se sépare de plus en plus. Des corrélations peuvent être établies entre ces faits. L’objectif de ce livre est d’une toute autre ampleur réflexive. Suscité par une démarche des Associations familiales catholiques, divers chercheurs ont été invités à aborder la conjugalité sous un même angle, fort original, comme en creux : celui du « coût du non-mariage ». Les enjeux philosophiques cernés rapidement par J.M Ghitti concernent la dynamique des mœurs envisagées de manière normative ou descriptive (p.24) dans l’ensemble des interventions. La définition du concept de « non-mariage » est très heureusement développée par P. Benoit. Le « non » implique une privation, une voie originale de réflexion, une complicité avec la mentalité « utilitariste » : en fait, la réflexion doit aller jusqu’au bout et évaluer le « coût anthropologique (p.40) et éthique (p.43)». C’est à ce prix que l’originalité du mariage catholique peut probablement apparaître. Il s’agit bien d’une question sociale comme l’explicite avec bonheur G. Eid (p.69). Son aspect juridique est incontournable (p.97). Ce développement magistral étonnera ceux qui n’ont pas de formation juridique : il montre de manière éclairante l’évolution dans le domaine du lien et les glissements opérés ces dernières années. Cette partie très objective nous conforte sur la capacité du droit à « traduire les mœurs d’une société » et sur la nécessité, comme le souligne l’a. d’une éthique même du droit à développer. On trouvera de précieux renseignements sur le mariage, la filiation, le concubinage, le PACS, les unions de fait et leurs conséquences sur les personnes concernées. J.M Ghitti montre avec brio l’influence du non-mariage sur l’idéal de la démocratie. Le maître-mot est celui de « confusion » : du public et du privé, des pouvoirs, du psychologique et du juridique, du normatif et du juridique. En un mot : il y a crise du modèle démocratique.

L’intérêt ne faiblit pas si on lit le « coût psychique » (J. Arènes) du non-mariage. L’a. nous y donne des mots pour nommer les types de souffrance qu’on observe et pour expliciter tous les non-dits des options contemporaines. Comment s’opèrent les séparations ? Quelle est la figure du père qui disparaît ou tâche de se dire à travers les dénis et les conflits ? Comment se situent les générations face à une autorité qui ne se dit plus de la même manière ? « L’individu moderne est de plus en plus seul face à son angoisse d’abandon » (p.227). Le non-mariage y participe certainement. Faudrait-il faire nôtre la thèse de W. Granoff que l’a. cite : « La décision de se rendre le père, de le ré instituer après l’avoir écarté… peut seule arriver à fonder le réel » (p.227). X. Lacroix finalement plaide avec brio pour l’articulation saine et concrète de la conjugalité et de la parentalité. Paroles de sagesse qui ne nient pas la disjonction et ses effets et manifestent tous les enjeux de cette articulation dans l’unité de la filiation qui définit tout être humain et lui donner « souffle ». L’originalité de la réflexion théologique y apparaît dans toute sa lumière. En sa foi dans le dessein Créateur du Dieu unique, l’Eglise catholique ne sert pas une idéologie, mais elle dit toujours au mieux pour l’époque où elle vit et avec d’humbles paroles, ce qui est bon pour que l’homme reste homme dans sa différence sexuelle et de génération. Les enjeux théologiques du non-mariage ne sont pas minces. L’ensemble des interventions les manifestent et plaident, sans complaisance et avec une convergence qui donne à penser, pour une richesse anthropologique et spirituelle contenue en soi dans le lien conjugal et matrimonial.

 

 

                                                                                                Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Jeudi 24 janvier 2008

Ce livre sera certainement utile pour l’évangélisation ! Il met chaque lecteur au niveau du cœur et l’engage dans une relation immédiate avec son Dieu. Car la prière n’est pas la réflexion : sans nier la place de l’intelligence, l’a. montre plus d’une fois à quel niveau d’intériorité l’homme peut et doit accéder pour rencontrer Dieu qui le devance toujours. Se fondant sur le désir irrésistible inscrit par Dieu en l’homme sa créature, des chemins sont offerts pour « s’exercer à la prière » et « prier » sa vie. Réapprentissage bienvenu pour ceux et celles qui prient déjà ; école de prière simple et imagée pour ceux qui sont au seuil, ce parcours donne les thèmes familiers de la prière chrétienne : nécessité de prier, réciter le chapelet, prier pour les morts, prier à Noël, prière de louange, prier avec la Bible, demander pardon, prière pascale, prière trinitaire, adoration eucharistique. Des points pratiques, sous forme de synthèses, questions et suggestions sont offerts après chaque chapitre. Ils se relisent facilement et sont une aide pédagogique. Ce parcours n’est pas exhaustif. Il illustre de manière heureuse quelques traits de la IVe partie du Catéchisme de l’Eglise catholique. Il est l’œuvre d’un spirituel et d’un pasteur désireux de voir les chrétiens entrer en profondeur dans le rythme de l’année liturgique par une prière franche, ouverte, régulière et centrée sur le mystère de la Trinité.

 

 

                                                            Alain Mattheeuws s.j.
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Dimanche 16 décembre 2007
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Jeudi 29 mars 2007

        

A chacun sa vérité ! Cette affirmation se loge spontanément dans l’actualité individualiste de nos sociétés occidentales. Elle épouse sans mal les critiques fréquentes proférées à l’encontre d’une vérité universelle, impersonnelle, sans changement. Au cœur de l’agir humain, il serait donc contradictoire de penser un « invariant » qui en fasse la noblesse. Ne faut-il pas une fois pour toutes se centrer sur l’unique « essentiel » qu’est le sujet agissant dans son autonomie propre ?

A chacun sa vérité ? On perçoit sans peine toutefois ce qu’une telle proposition contient d’interrogations et d’obstacles. Au nom de quoi devrais-je réviser ma vision morale propre : l’expérience ? le bonheur ? la relation avec celui qui me parle ? l’ordre social ? la foi ? Une « morale de situation » semble incontournable. Comment participer à l’élaboration d’un bien commun ? Tout dialogue authentique désireux de rejoindre un au-delà de la vérité individuelle s’épuise dans une litanie de consensus dès lors que chacun possède « sa » vérité.

Si « chacun a sa vérité », faudra-t-il nous taire ? Si parler à autrui revient à imposer ses propres sentiments, son ressenti de la vérité, l’éphémère de l’instant tel qu’il s’énonce dans une vie, l’échange demeure vain. Nommer les choses est pourtant le « premier acte éthique » (M. Vacquin). L’acte de parole est un acte de liberté. Marquer un désaccord ou confirmer la parole d’autrui, c’est « sortir de soi » dans la confiance. Quelle vérité, donc, pour chacun ?

Nous voulons montrer combien cette vérité est d’abord personnelle (1), marquée à son origine par un dynamisme éthique (2). Elle est inscrite dans le cœur humain appelé à découvrir son Sauveur « dans l’Esprit-Saint » (3).


1. Une vérité personnelle


L’action humaine, si elle n’est pas un pur réflexe, provient d’un sujet libre « unifié en son corps ». Responsable de soi, toute personne mesure, au moins partiellement, la portée de ses actes. Ce qu’il lui faut faire surgit en elle comme un « appel », que suit un « discernement » opéré dans le temps et dans l’espace. Phénomène complexe que la perception de cet appel ! Discernement qui mobilise toutes les facultés et qui aboutit à un jugement personnel : la vérité de mon acte est bien celle-là. On appelle communément conscience le lieu de maturation de ce discernement et d’élaboration de ce jugement à travers questions et réponses, doutes et certitudes. En un sens, la vérité du sujet est bien la sienne et non pas celle d’un autre. L’autorité morale, c’est lui. C’est sa vérité. Une vérité qui surgit à travers un processus d’intégration de normes extérieures. La seule loi serait plutôt celle de la vie, « la mienne ».

Cette vérité au cœur de la vie est une « ligne de conduite » et une « expérience ». Mais ce qui est intégré par le sujet n’est pas uniquement de l’ordre du concept. C’est toujours symbolique « d’autrui comme personne ». Ce ne sont pas les objets et les choses du monde qui nous « jugent » et nous dictent le « bien agir ». L’appel vient d’un réel habité : d’un monde des personnes, du monde de Dieu. Ce qui est intégré transcende toujours le « je », le transperce de part en part, ne le laisse jamais indemne ou solitaire. La vérité devient bien sienne, mais en sa racine, en sa croissance et en son fruit, elle n’est jamais purement auto créatrice : c’est une vérité communionnelle. Elle passe par le creuset de la liberté qui assume la condition réelle de toute vérité dans l’histoire : celle d’être intersubjective. « Le sujet humain n’est pas insulaire, dit souvent M. Vacquin.

La vérité morale est un « dévoilement » de ce qui est bon pour toute liberté humaine. Ce qui est moralement bon fait du bien à l’homme, à tous les hommes, s’inscrit dans l’histoire, et la joie d’autrui est un critère de la découverte en soi de cette vérité morale. Si le sujet a « bonne conscience », quelqu’un d’autre que lui doit pouvoir lui attester le vrai bien qu’il a atteint. Oui, la découverte de la vérité est pour la personne. Si elle se réduisait à la perception et à l’assentiment de l’individu ; si elle ne pouvait être ni partagée ni éprouvée librement dans l’amitié interpersonnelle, quelle signification revêtirait-elle ? La vérité vise une communion. Si elle demeure une pure expression anarchique du désir, elle mène à l’absurde ou à l’incommunicable. La vérité d’un acte est toujours et nécessairement intersubjective.

A chacun sa vérité : oui ! Cette affirmation rappelle avec raison combien, dans l’ordre moral, la vérité est toujours existentielle et personnelle. Elle nous indique combien cette vérité n’est pas non plus d’emblée « claire » à la conscience. L’enfer est pavé de bonnes intentions ! Un apprentissage est donc nécessaire. Il faut du temps à l’être humain pour « faire siennes » les découvertes morales. D’ailleurs, ses libres décisions supposent une intériorité : un centre, un cœur, un lieu où ce qui lui était « étranger » devient « sien ». C’est à ce prix que la vérité devient personnelle.

Les questions du sens de la vie font ainsi « sortir » le sujet de lui-même pour connaître cette vérité et pour bien la vivre. « Maître ; que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » demande le « légiste » ou le « notable » au Christ. Ces doutes et les réponses recueillies appartiennent à la découverte de la vérité morale. Même si le Christ rappelle l’importance des commandements, l’observance de la Loi ne semble pas épuiser le mystère de ce qui est « bon ». La perfection de l’observance exprime comme en « creux » la vérité morale. Ces épisodes évangéliques sont symboliquement forts : ils nous montrent une nécessaire ouverture. Ces dialogues avec Jésus nous disent clairement que les « commandement font signe » vers l’origine et vers la fin, vers Celui qui nous donne d’aimer et que nous pouvons aussi aimer.


2. Une vérité marquée par son origine


Si la vérité est à la fois personnelle et communionnelle, y-a-t-il un point commun fiable et vrai, communicable entre les hommes et qui leur permette de rencontrer la vérité de leur être et de leur agir ? L’être de l’homme est-il commun à tous de telle manière qu’un universel de l’agir soit non seulement rendu possible mais nécessaire à l’homme ? Pouvons-nous reconnaître que tout embryon humain est une « figure » éthique originaire et décisive ?

L’homme commence dans le temps. Nous cherchons avec anxiété à discerner cet « instant » du commencement de la vie humaine. Il nous reste énigmatique même si nous savons de mieux en mieux comment l’embryon est conçu et se développe. Mais notre commencement n’est pas notre origine. Notre origine est en Dieu. Personne ne vient au monde sans avoir été voulu par Dieu. Cette relation immédiate d’alliance révèle et définit l’être au monde de chacun.

Nous ne sommes pas à l’origine de notre être. Sans que nous parvenions toujours à la nommer de la même manière, l’origine partagée de notre humanité est bonté et vie. Elle perce les murailles que nous construisons en nous et autour de nous. Elle définit notre communion à la même vérité : nous sommes créés par Dieu et pour Lui. Cette vérité est notre vérité à tous. Elle transcende toute autre vérité. Elle livre le sens le plus profond de nos agir si différents. Elle s’est offerte à nous à l’origine de notre vie et demeure gratuitement en nous et pour nous comme une perle précieuse à découvrir et à faire briller.

La question de cet « invariant » se pose ainsi de manière dynamique à partir de l’histoire de tout être humain. Chacun de nous en prend conscience lorsqu’il s’éprouve en quête de son origine et de sa fin, et comme en dette de lui-même. Quelle signification possède ce trou noir de l’origine, lieu où chaque être humain s’éprouve comme « jeté ou confié » à l’univers par un homme et une femme, ou par un vouloir technicien ? La quête du « pourquoi » de l’origine de la vie personnelle demeure donc comme un abîme et un horizon : un abîme infranchissable pour nos propres forces et un horizon ouvert sur un espace ou un temps dans lequel nous sommes tous enracinés et vers lequel nous sommes tous en marche.

Le mystère de notre origine est don. Il est grâce. Et c’est ce même mystère qui s’atteste en chaque homme et qui fonde sa dignité. Avouer paisiblement que nous ne sommes pas maîtres de notre origine, ce n’est pas seulement prendre acte d’une impuissance passagère ou permanente ; ce n’est pas nous révolter devant un sort absurde qui nous échoit ; c’est tout simplement rejoindre la condition commune de tout être humain : celle d’un être donné à lui-même, capable de se comprendre comme tel, et dès lors invité à se donner lui-même. Le mystère de l’origine est l’invariant dynamique qui fonde non seulement la profonde égalité entre les hommes, mais également leur désir et leur capacité d’agir en vérité : en reconnaissance, en fidélité à ce mystère. A chacun sa vérité : oui ! C’est-à-dire à chacun de rencontrer cet invariant, ce don qu’il est à l’origine pour le Donateur de toute vie et pour tout autre être humain.

Cet invariant du don recèle une « puissance de vie morale ». Il nous pousse à nous « trouver nous-mêmes » et à nous « donner aux autres » en vérité. Tout comme est inscrit dans la constitution génétique de l’embryon un dynamisme de croissance dont nous cherchons encore à déchiffrer les lois, se trouve à l’intérieur de l’origine de notre être une puissance de vie et d’action. Donnés à nous-mêmes, nous sommes libres, et capables de poser des actes de liberté de plus en plus adaptés à la personne que nous sommes et devenons. Nous devenons en effet ce que nous faisons car chaque acte nous transforme. Ce dynamisme de l’agir nous permet de faire le bien, de continuer à faire le bien envers et contre tout, de l’inscrire dans l’histoire telle qu’elle est et de construire ainsi un ethos commun.

La vérité de notre agir, « notre vérité », nous dépasse donc car nos actes nous mettent, consciemment ou non, en relation avec Dieu. Ils nous guident vers Lui ou nous éloignent de Lui. La beauté, la bonté et la vérité de nos actes sont nôtres, mais en même temps leur signification ultime nous échappe car chacun de nos actes est en Dieu. La vie de l’homme est ainsi une parabole de ce qu’il est : dès sa conception jusqu’à sa mort, l’homme advient à sa propre identité par sa liberté, qui épouse les passivités et les activités de l’existence. Il n’y a de vérité pour chaque homme, que dans l’exode de soi à partir d’une puissance offerte dès l’origine.

Que la vérité morale soit un « invariant dynamique », à l’origine, inscrit dans la personne, nous étonne peut-être ! Il nous revient d’ailleurs d’interpréter cette loi intérieure à nous-même : elle est non écrite, ce qui signifie qu’elle est au cœur de l’être et qu’elle précède toutes les lois écrites sur lesquelles le monde, les cultures, les Etats se mettent ou non d’accord. Il nous faut en « faire mémoire » et « lire ainsi cette loi » dans l’épaisseur de la chair. Elle est notre « visage » toujours ouvert sur Dieu dans une relation immédiate vécue dans le « noyau le plus intime et secret de l’homme », dans son « sanctuaire » intérieur. C’est en ce lieu que toute rencontre interpersonnelle est appelée à se vivre en vérité.


3. Une Vérité personnelle en Christ Sauveur

Même si les affirmations, les argumentations ou les questions sont des étapes de la découverte de la vérité morale, sa spécificité se perçoit sous le mode de l’impératif et de l’interpellation. L’axiome « Fais le bien, évite le mal » convoque toujours la liberté à un assentiment ou à un refus. Mais si ce combat entre l’accueil et le refus appartient en propre à la vie morale de toute personne, encore faut-il comprendre d’où vient l’appel éthique ressenti ? L’instance éthique n’est pas uniquement le sujet lui-même : celui-ci s’en rend bien compte à travers ses doutes et ses refus !

Le jugement de conscience est toujours celui de la personne qui perçoit l’appel et y répond ou non. Mais la vérité qui se dévoile dans cet appel ne coïncide pas strictement avec le jugement individuel. Qui nous éveillera à une « nouveauté » morale si nous restons enfermés dans la considération interne de ce qui est bien et bon « pour chacun de nous » ? Si l’enfer, c’est les autres, comment découvrir qu’ils peuvent être aussi ceux et celles qui font le bien, nous veulent du bien, nous appellent au bien ?

Pour le disciple, l’appel éthique surgit du Christ. C’est la découverte progressive ou fulgurante que la liberté est à libérer, que les paroles et les gestes ont besoin d’un « Sauveur ». Reconnaître son être créé est une étape ; reconnaître qu’il nous faut un Sauveur en est une autre. «  Tu es le Seigneur, le Fils du Dieu vivant ». Cette « expérience » que l’homme fait de la vérité morale qui surgit en lui est décisive. Non seulement la limite de son agir et de ses jugements lui saute parfois aux yeux, mais il lui arrive de s’aveugler lui-même sur ce qu’il fait. Il le fait en toute conscience et le « péché » est là « devant lui » : « Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais », dit Paul. Ou bien l’homme agit avec sincérité, mais sans atteindre de fait la vérité : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l'amer le doux et du doux l'amer, dit le prophète Isaïe. L’agir de l’homme doit être sauvé. Car l’homme peut connaître la vérité qui l’appelle et s’y refuser. Il éprouve ainsi sa faiblesse de manière dramatique. Il a besoin de forces, de la main secourable d’un frère, d’une sœur.

Le Christ sauve la capacité d’aimer de l’homme. Sa loi est parfaite « qui redonne vie » en disant : « Viens et tu verras ». « Tu verras de plus grandes choses encore », dit-il personnellement à Nathanaël. Ces paroles sont l’accomplissement d’une promesse. Le Christ n’ajoute ni ne retranche rien. Il dit simplement qui Il est. Le suivre, c’est recevoir la force d’aimer « comme » Lui, sans mesure, « comme » Dieu. Suivre la vérité morale c’est « revêtir le Christ » comme Lui a revêtu notre chair dès sa conception, être et agir « comme » Lui dans l’histoire qui est la nôtre. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », dit saint Paul. Cette phrase exprime soit la plus grande aliénation, soit la plus grande liberté à laquelle homme puisse rêver. Vivre au rythme même de la divinité, vivre et agir comme le Christ, Fils de Dieu. Cette « filiation » adoptive se concrétise dans l’agir. L’apprentissage de ce qui est humain passe ainsi par Celui qui est « Le Verbe », et donc par nos « verbes », dirait M. Vacquin. Le Verbe n’a-t-il pas été un embryon comme nous ?

Il ne suffit donc pas de crier « Seigneur, Seigneur », mais il faut faire la volonté de Dieu qui est dans les cieux. La joie, le plaisir ou le bonheur éprouvés par l’homme « qui agit bien », sont une confirmation de la vérité de sa vie. Pour le croyant, c’est dans les paroles et les actes du Christ que l’homme trouve la vérité de son être. « Je suis la vérité » dit Jésus de lui-même. L’identification à cet agir du Christ se fait progressivement par l’œuvre de l’Esprit : ce que la Tradition, surtout orientale, appelle divinisation. Accéder à la vérité morale, c’est faire alliance avec un Dieu qui respecte la liberté de l’homme. Le disciple ressemble au Christ tout en restant « lui », - mieux : en devenant pleinement lui-même. Dans la puissance de l’Esprit, l’unité personnelle de l’être humain et sa communion avec le Verbe atteignent leur sommet.

A chacun sa vérité ? oui ! C’est l’expérience unique d’une relation sans équivalent avec le Christ. La vérité n’y perd rien : elle grandit dans le cœur de ceux qui s’abandonnent à elle. Ils en témoignent toujours dans leur agir concret. Ainsi par l’Esprit qui se joint à notre esprit, notre être tout entier est-il tourné vers le Père « en agissant comme le Fils ». La connaissance et l’amour du vrai bien ne peuvent pas faire « abstraction » d’un passage à l’acte. Ainsi le respect et l’amour de la vérité morale sont-ils fortifiés dans le témoignage d’hommes et de femmes qui « font ce qu’ils disent ou ce qu’ils pensent ». Déjà dans l’évangile cité, Jésus n’hésite pas à conclure le dialogue avec le légiste par cet envoi : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie ».

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Mardi 27 mars 2007

Dépêche Cathobel - Le P. Alain Mattheeuws et Monette Vacquin, psychanalyste, ont traité le thème : "Agir : à chacun sa vérité ?"

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Interviews
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Samedi 24 mars 2007

23/03/2007 17:24  - La Croix

Pour le jésuite Alain Mattheeuws, de l'Institut d’études théologiques de Bruxelles, nous devenons ce que nous faisons, car chaque acte nous transforme

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Interviews
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Mardi 20 mars 2007

L'exhortation apostolique post-synodale «Sacramentum Caritatis», sur l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise vient de paraître. Elle est le fruit du dernier Synode des Evêques qui s'est tenu du 2 au 23 octobre 2005 et où se sont rassemblés des évêques du monde entier afin de réfléchir et de conseiller le pape sur la question de l'Eucharistie. C'était le premier synode de Benoît XVI comme pape. Au-delà d'une lecture superficielle, cette exhortation apostolique se situe au plus profond du mystère de la foi. Elle nécessite une lecture théologale et pastorale. Quelques questions posées au Père A. Mattheeuws, professeur de théologie morale et sacramentaire, peuvent nous aider à entrer dans cette démarche qui doit par ailleurs être poursuivie. Le Père A. Mattheeuws, jésuite belge, a été expert à ce Synode 2005 sur l'Eucharistie.

 

Zénit : Qu'est-ce qui vous a le plus frappé pendant le synode 2005 ?

Il s'agissait de recueillir un « héritage » : les « merveilles de Dieu » = les mirabilia Dei, de l'année de l'eucharistie et de l'encyclique de Jean-Paul II, et d'affronter d'anciennes et de nouvelles questions. Le nombre des participants et d'invités à ce synode était très élevé. J'ai été fort sensible aux soucis exprimés librement par ces évêques qui me sont apparus vraiment comme des pasteurs liés à leur peuple, à leur culture, à leur Eglise particulière. Cette particularité était comme un défi pour eux : il s'agissait non seulement d'apprendre à se connaître et à s'estimer, mais de faire l'effort de saisir les questions posées « ailleurs » dans l'Eglise par la célébration de l'Eucharistie. Chacun a pu faire un travail de prise de conscience des enjeux non seulement de sa région, mais de l'Eglise universelle. Les débats étaient ouverts, directs, dans le respect des différences parfois notables de théologie et d'options pastorales.

L'Église à travers le visage de ces pasteurs est aussi face à des défis redoutables, des inquiétudes, des impuissances incontournables : faim et soif de Dieu, faim et soif de justice, faim et soif d'une liturgie adaptée, faim et soif de serviteurs de l'Eucharistie. Dans les lieux où l'Eglise est persécutée ou minoritaire, les évêques témoignaient de la force qu'est l'Eucharistie pour la vie personnelle et ecclésiale. Certains témoignages qui nous ont été offerts (Rwanda, Brésil, Russie, Chine) nous montraient une grande vitalité, un corps à corps direct et non légaliste avec le Mystère pascal, une relation immédiate avec le Seigneur présent dans l'histoire humaine.

Il y avait aussi des contrastes violents entre des Eglises particulières qui ont de grands désirs de se rassembler (Amérique Latine), qui ont faim de l'Eucharistie et qui n'ont pas de célébrants, qui y passent du temps et s'engagent culturellement et d'autres Eglises où les rassemblements sont plus difficiles, de même que les problématiques et les perspectives d'avenir. L'Occident pour sa part apparaissait parfois comme meurtri, comme heurté frontalement par les conséquences de la sécularisation et du manque de vocations.

 

Zénit : Quel était l'enjeu essentiel que vous aviez perçu par rapport au thème choisi ?

Il était évident : laisser l'Eucharistie être le mystère central de la foi. N'est-elle pas l'amour en acte ? Son signe « parfait » dans l'histoire ? Ainsi toute tentative d'instrumentaliser l'Eucharistie (en faire un instrument d'unité au lieu d'un fruit de l'unité par exemple), de l'idéologiser à gauche ou à droite, de la réduire à tel ou tel aspect fut « petit à petit » comme écarté, mis de côté, même parfois maladroitement. Dans une analyse sociologique, certains ont parlé de recentrement, de réajustement. Il me semblait plutôt percevoir, à travers des motivations bien différentes, parfois ambiguës, le désir de laisser Dieu être Dieu parmi nous (« Emmanuel ») pour en éprouver les conséquences et en vivre, même s'il fallait renoncer à ses propres idées : le retour au latin, les règles, l'inculturation à outrance, les concepts théologiques.

 

Zénit : L'exhortation reflète-t-elle pour vous bien le synode ?

Elle reflète plus que le Synode. Le Pape y recueille, confirme et approfondit tout un chemin synodal : depuis les lineamenta jusqu'à l'instrument de travail élaboré dans la préparation, les synthèses (relatio) faites au début (ante disceptationem) des interventions des évêques et à la fin (post disceptationem) et particulièrement toutes les interventions en sens divers, les 50 propositions élaborés dans les « sous-groupes » (circuli minores). Il faut ajouter pour ce synode l'écho des interventions libres en fin de journées voulues par Benoît XVI. C'est une masse d'informations de genres très variés : depuis des affirmations doctrinales jusqu'aux questions pastorales, depuis les plaintes jusqu'aux louanges, depuis les témoignages émouvants jusqu'aux argumentations plus ou moins pointues.

Depuis la publication de l'exhortation je n'ai pas eu le temps de faire une étude « scientifique » de l'usage des « propositions » que nous connaissons tous depuis octobre 2005, mais à première lecture, le pape en fait un très grand usage : je ne vois guère que la proposition 21 (sur les acclamations dans la prière eucharistique) qui ne soit pas citée ou référée. Ce qui m'étonne le plus, c'est l'abondance et le « mot à mot » de ces reprises : comme si le pape voulait s'effacer comme théologien devant une manière de sentir des membres du synode. La plupart d'entre nous, nous connaissons les livres écrits par le Cardinal J. Ratzinger et ses thèses sur la liturgie et l'eucharistie. Comme il l'avait dit simplement lors de son unique intervention (repris par ailleurs dans l'exhortation), il y a plus de 50 ans qu'il étudie ce sujet. Mais la priorité donnée dans l'exhortation semble être « ailleurs ». Comme si le pape avait voulu laisser parler de manière « prioritaire » un collège d'évêques, en essayant de mettre paix et sérénité sur des questions difficiles, complexes et controversées. Bien sûr, il assume tout à la première personne. Bien sûr, il a mis sa touche personnelle : en reliant ce document avec son encyclique sur l'amour, la vision trinitaire de cet amour, l'unité de la vie sacramentelle (les 7 sacrements), l'importance de célébrer et de vivre de l'eucharistie. En citant aussi souvent aussi Saint Augustin ! Il nous redit de manière vigoureuse, en suivant une option christologique : l'amour s'est dit « une fois pour toutes » en Jésus Christ. Peut-être n'est-ce que dans cet « espace »-là, dans cette personne du Christ, que toutes nos questions peuvent trouver petit à petit leur réponse ?

 

Zénit : Qu'est-ce qui vous frappe le plus dans l'exhortation ?

Tout d'abord le désir du pape d'unifier des « propositions » parfois fort diverses qu'il reprend à son compte à travers les yeux de la foi, de l'espérance et de l'amour : le mystère eucharistique, l'action liturgique et le nouveau culte spirituel. Ce sont les trois parties de l'exhortation. Il reprend ainsi la constitution conciliaire Sacrosanctum concilium n°7. De manière sobre et subtile, il montre que l'Eucharistie est le véritable « espace de l'amour ». Cet amour trinitaire prend forme dans l'histoire de manière continue, sans ruptures, à travers des rites différents et suivant les cultures variées.

Par ailleurs, la réforme liturgique de Vatican II est une expression voulue par le Concile de cet amour pour notre temps. Non seulement il l'approuve, mais il nous pousse à l'approfondir. Il n'y a pas d'hésitation sur ce point tout comme il n'y en avait pas dans le discours des Pères synodaux aux chrétiens du monde entier.

Théologiquement il prend position et manifeste plus clairement combien l'Eucharistie fonde l'Eglise et pas l'inverse. C'est l'acte de Jésus Christ sauveur qui est toujours premier. Cela donne la mesure de nos réflexions, de nos débats, de nos actions, de tous nos documents. Nos mots et nos liturgies disent en vérité le mystère de Dieu, mais ne l'enferment pas. La meilleure preuve se trouve être la présence de l'Esprit dans toute eucharistie : sans lui, tout ne serait que rite et souvenir du passé. Avec Lui, le Christ est rendu présent personnellement à nos yeux : son corps et son sang nous sont offerts. L'apport de l'Orient et de sa pneumatologie est sensible. Le Christ fait de nous en vérité son propre corps. C'est Lui qui agit et qui construit l'Eglise dans la puissance de l'Esprit.

Ce qui m'a touché aussi, c'est le lien fait par Benoît XVI entre la beauté de la liturgie et l'humilité, la simplicité des gestes et des rites : ce lien n'est pas d'ordre formaliste mais théologique et s'appuie sur le revalorisation d'une esthétique théologique.

Enfin, il ne faut pas oublier que le synode a voulu réfléchir sur la relation entre l'Eucharistie et la mission. Ce thème parcourt toute l'exhortation, depuis la fondation de la mission dans la Trinité et l'acte d'Amour de Jésus dans l'institution de l'Eucharistie, jusqu'à la perspective eschatologique dans la relation de l'Eucharistie avec l'écologie, en passant par la participation des personnes handicapées à la forme eucharistie de la vie chrétienne.

 

Zénit : Que dites-vous du style et de la méthode de l'exhortation ?

L'exhortation a plutôt le style d'une méditation. Les références scripturaires en témoignent. Elles sont surtout johanniques. Ne serons-nous pas jugés sur l'amour, sur le sacrement qui nous nourrit ? Les lettres de saint Paul sont aussi régulièrement citées. Le thème central du « culte spirituel » est abondamment commenté (Rm 12, 1). Personnellement, je regrette la référence plus que modeste aux textes de l'Ancien Testament : l'équilibre « Ecriture et Tradition » en est fragilisé. Cette manière de faire ne facilite pas l'intégration paisible de la pensée magistérielle (celle du pape et des évêques). Par ailleurs, le langage « sacramentel » est richement explicité, même s'il nous est difficile d'accès et de compréhension : c'est une question pastorale et théologique décisive pour des sociétés post-industrielles et fortement sécularisées.

L'exhortation traite de l'économie sacramentelle et du sacrement par excellence qu'est l'Eucharistie. Le langage lui-même dépend du sujet traité. Ne nous trompons pas en interprétant trop vite certaines affirmations de l'exhortation. Une affirmation simple et nette n'est pas la négation stricte de son contraire, surtout dans le domaine du langage symbolique et des sacrements. Elle peut dire un souhait, une décision, une prise de position, une demande, une exhortation sur un point précis sans nier d'autres points passés sous silence ou jugés inopportuns à redire ou à dire en ce moment.

Notre culture n'est pratiquement plus apte à recevoir une vérité symphonique et cela se reflète souvent dans les commentaires que nous entendons à propos des documents du magistère, dans nos interprétations même ecclésiales, dans nos querelles fraternelles, pastorales et théologiques. Nous oublions également que certaines questions sont suscitées par d'autres univers que le nôtre. Nous oublions aussi la nécessaire médiation des réflexions théologiques par les évêques, les conférences épiscopales et surtout le langage « pastoral » qui assume ce que dit l'Esprit saint dans le c'ur de la personne et de telle communauté. Cela signifie le plus souvent que deux propositions différentes ne peuvent plus être assumées par notre intelligence (et donc aussi par notre affectivité !). Notre esprit est parfois pénétré d'une telle négativité qu'il nous est impossible de penser le « paradoxal » sans le nommer « contradictoire ». Dans l'ordre sacramentaire, c'est très dommageable. Pensons à ce que peut être la beauté liturgique. Pensons, par exemple, à l'unité entre l'art de célébrer et la participation active et fructueuse des fidèles : elle concerne d'abord l'ensemble du peuple sacerdotal et pas la distinction prêtre-laïcs. L'affirmation de l'unité entre les deux Tables, celle de la Parole et celle du Pain et du vin, est un antidote contre une telle herméneutique. D'un point de vue méthodologique, Benoît XVI reprend la plupart des points qui concernent l'eucharistie dans un esprit unifié, désireux de manifester l'unité d'un seul geste liturgique : d'un seul acte sauveur dont l'Eglise fait mémoire et qui la fonde.

 

Zénit : Quelle « nouveauté » dans ce texte ?

La vraie « nouveauté » comme le disait la proposition 3 des Pères synodaux, c'est le Christ. Benoît XVI le dit à de nombreuses reprises dans l'exhortation (cf. par exemple les n°11-12, 22, 70-79). Si ce synode et l'exhortation permettent de mieux observer la présence du Christ dans notre histoire personnelle, dans celle de nos communautés et dans le monde : c'est gagné. Mais il ne suffit pas d'observer le Christ, il faut « être nouveau » avec Lui : entrer dans son corps, être « par lui, avec lui et en lui » offert au Père. Cette considération me permet d'indiquer que si la charité (l'agapè) ne grandit pas, la « nouveauté » n'est pas encore advenue : c'est un critère de l'Eucharistie. Qu'elle soit clairement articulée à un changement de vie et que ses implications morales sociales et personnelles soient joyeusement perçues. L'Eglise doit servir le Christ. Elle ne peut pas faire mémoire de son acte sauveur sans être changée elle-même, sans être réévangélisée. La mission en est le fruit espéré.

Ajoutons le point suivant : le synode concluait l'année de l'Eucharistie. Il montrait à nouveau l'importance de l'acte du Christ : une répétition, une expérience conclusive comme une « confirmation spirituelle » que l'Eucharistie est bien le centre de la vie chrétienne. Qui dit centre, dit qu'on ne passe pas à côté de l'essentiel : du don total du Christ pour chacun. L'Eucharistie comme thème synodal a montré les poids et les peines qui restent à résoudre. L'humanité, les chrétiens eux-mêmes souffrent et leur vie est en hiatus avec la grâce. Il nous faut à tous un sauveur : le synode l'a bien montré. L'exhortation le redit. Sans le Christ, rien de solide ne se construit. Tous les membres de l'Eglise peuvent vivre ensemble certaines impuissances : ne pas avoir réponse à tout, ne pas résoudre telle difficulté, attendre qu'une réconciliation s'opère (avec les frères séparés). Déjà la décision de Benoît XVI de laisser les propositions qui lui sont faites à la disposition de tous, telles qu'elles sont, était un acte de courage et d'humilité. A leur lecture, chacun de nous pouvait voir que ce n'était pas si simple. Des questions restent encore à approfondir, même après l'exhortation. Et puis la vie de l'Eglise est plus large qu'un Synode !

 

Zénit : Plusieurs sujets restent « controversés », montrez-nous ce qui apparaît comme décisif et original dans cette exhortation.

Ce que j'ai dit dans la première interview, en novembre 2005 sur les points délicats tels que le célibat sacerdotal, les divorcés remariés, la cohérence morale me semble pouvoir encore être utile pour comprendre ce qu'en dit maintenant l'exhortation. Par ailleurs, pour répondre à votre question, il me semble qu'il faut souligner trois points théologiques décisifs et approfondis de manière originale : la beauté, le culte et la vie, l'adoration.

Commençons par la Beauté. En italien, le mot « stupore » a une belle sonorité : il chante le mystère. Il évoque et traduit pour l'eucharistie, les mots d' « émerveillement », de « stupeur », d'« étonnement ». La liturgie eucharistique est un acte de louange qui ouvre les personnes devant le mystère. Elle est « veritatis splendor », splendeur de la vérité (titre d'une encyclique consacrée à la théologie morale !) (n°34). En soi, la liturgie est liée à la beauté. Cette beauté est à comprendre non pas comme un esthétisme de bon ou de mauvais aloi. Elle est « christologique » : elle fait resplendir le visage du Christ dans l'histoire humaine. En ce sens, l'eucharistie est bien d'abord le fait de Dieu avant d'être le fait de l'Eglise. Elle lui est confiée. Elle la construit dans le temps et dans l'espace. Mais il est primordial de comprendre les traits de ce visage : ils appartiennent au mystère pascal (n°36). Jésus est à la fois « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 45,3) et celui qui « n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards » (Is 53,2). Ces paroles de l'Ancien Testament nous aident à comprendre celles du Nouveau : « Qui m'a vu, a vu le Père » (Jn 14,18) ou bien, les mots de Pilate présentant Jésus : « Voici l'homme » (Jn 19,5). Contempler le Christ et son action, c'est ne jamais détourner son regard de ce qu'est l'homme. L'Esprit seul nous découvre son passage en nos vies.

 

Zénit : Ensuite le culte et la vie ?

Le culte spirituel dont nous parle saint Paul (Rm 12,1) n'est pas spiritualisant au point de nous abstraire du temps. Au contraire, il nous place dans le temps. Le Christ se fait « nourriture de vérité et d'amour » en nous pour que nos vies deviennent « cohérentes » dans nos actions et nos pensées. La vie morale est intimement liée à cette offrande du Christ. Cette « vie » nouvelle est à la fois transformée et transformante. L'eucharistie ne nous mène pas au ciel sans nous placer en responsabilité sur la terre, face aux hommes et au cosmos. Les mots « cohérence », « dynamisme », « transformation », « fission nucléaire », « sacrifice saint », « communion », tâchent de rendre compte de cette articulation entre la liturgie eucharistique et la liturgie de la vie qui nous est confiée et qui est la nôtre. Le culte agréable à Dieu, c'est de « vivre selon le dimanche » (n°72). C'était la terminologie d'Ignace d'Antioche pour qualifier les chrétiens.

 

Zénit : Enfin, l'adoration ?

Plusieurs interventions ont souligné l'importance en Occident de l'adoration eucharistique (n°66-67). L'évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr J. Perrier, avait noté son actualité pour la prière des jeunes et donné des critères de discernement et d'accompagnement. L'adoration du côté latin a surgi non pas comme une nouvelle forme de prière ou de dévotion, non pas d'abord pour « garder Jésus auprès de soi » ou risquer même de le chosifier, mais pour inscrire la « forme » eucharistique dans l'histoire humaine (n°76). Saint Augustin (cité au n°70) dit de belle manière que si nous mangeons le corps du Christ et nous buvons à la coupe de son sang, le mouvement réciproque est encore plus vrai : c'est le Christ qui nous prend en son corps et fait de nous son corps. L'acte de manducation est de totale et mutuelle confiance. Il doit être fait en « adoration véritable ». Cependant la plus belle des Eucharisties, puisque et tant que notre vie se poursuit, ne nous permet pas d'être totalement mis en Lui, transformé. L'Eglise elle-même est appelée à grandir et à se sanctifier encore et toujours comme « corps du Christ ». Cette « extériorité » que nous pouvons éprouver par rapport à l'acte sauveur du Christ nous est manifestée dans l'acte d'adoration de son corps. Il nous faut passer du temps devant Lui pour que notre être passe en Lui. C'est la Pâque ! Le temps que nous sommes, l'histoire qui est la nôtre a besoin de ce temps d'adoration pour « passer en Lui » totalement. L'acte du Christ sauveur a besoin de temps pour opérer en nous les fruits du salut. Dans l'adoration véritable et humble de son corps eucharistique, nous avouons notre désir d'être tout entier en Lui et en même temps nous avouons que seule sa grâce peut « faire » cela et que Dieu prend son temps. Toute une théologie de l'histoire est comprise dans ce lien entre l'Acte pascal du Christ et l'adoration de son corps. Ce point est décisif pour la mission et pour l'évangélisation.

 

Zénit : De nombreuses questions se posent encore. D'autres points sont douloureux ou restent controversés quand on lit les commentaires ? Que faut-il donc faire de cette exhortation ?

Il faut la lire ! Avec les yeux ouverts ! Si on se fixe uniquement sur ses propres désirs et attentes, on sera frustré ou bien, pire encore, dans la variété des points de l'exhortation, on trouvera toujours un point sur lequel se bloquer et se rigidifier. Avant d'en parler il faut lire l'exhortation calmement, seul ou en bonne compagnie, avec un commentaire. Chacun trouvera dans le texte des points qui l'attireront ou le contraire. Il faut s'arrêter sur les consonances que l'on a pour telle ou telle expression. Ce qui ne résonne pas avec notre mentalité, notre manière de voir, notre sensibilité : il faut l'affronter et essayer de comprendre. Toutes les questions ne sont pas résolues dans une exhortation ou même dans un compendium. Mais voyager paisiblement entre ce qui attire et ce qui éloigne, nous permet peut-être d'approfondir un Mystère qui est au-delà des mots. Tel est le but poursuivi : approfondir le sacrement d'un amour qui nous dépasse.

 

Note : Le texte de l'exhortation présentée par le Cardinal G. Danneels et avec un « guide de lecture » rédigé par les P. A. Mattheeuws s.j., expert au Synode et A. Massie s.j., théologien, est disponible aux éditions « Fidélité » à partir du lundi 19 mars.

 

 

 

 

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Interviews
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Jeudi 15 mars 2007
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