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consacré à Alain Mattheeuws s.j. !

L'exigence que constitue la lecture des textes d'Alain Mattheeuws est à notre sens largement récompensée par cette "joie ontologique qui situe la personne en contexte de gratuité et par conséquent en climat d’obligeance éthique par opposition à l’obligation éthique, toujours teintée d’extériorité juridique" dont parle le Cardinal Ouellet, qui ajoute qu' "[Alain Mattheeuws] est marqué par une « philosophie ensoleillée » (R. Habachi) qui retrouve l’étonnement devant le mystère de l’être comme don."

La pensée d'Alain Mattheeuws est comme baignée dans la beauté et la grandeur de ce qu'est l'homme ; la réflexion sur les questions les plus concrètes ne perd jamais cela de vue, pas plus que le respect du sanctuaire de la liberté humaine. Il revivifie en nous cette espérance que, de toute circonstance, peut sans cesse émerger un chemin de joie.

Suggestion : commencer par l'introduction à la pensée d'Alain Mattheeuws par le Cardinal Marc Ouellet (Catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws").

Une bibliographie figure dans la catégorie : "Ouvrages d'Alain Mattheeuws".

Les textes les plus courts sont les recensions d'ouvrages, puis les interviews, puis les articles. Enfin, les cours sont les textes les plus développés.

Conseil pratique pour parcourir le blog : pour mieux retrouver les articles, vous pouvez, dans l'encadré "Articles récents" (colonne de droite), cliquer sur "Liste complète", qui offre une prévisualisation de ceux-ci.

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Gewijd aan Alain Mattheeuws s.j. !

De moeite die ons het lezen van de teksten van Alain Mattheeuws kost, wordt ons inziens ruim beloond door de “ ontologische vreugde die de persoon in een context van vrijgevigheid plaatst, en bijgevolg een klimaat van ethische dankbaarheid schept, in tegenstelling tot een van ethische verplichting, steeds gekleurd door een juridische uitwendigheid” waarover Kardinaal Ouellet spreekt, die eraan toevoegt dat “|Alain Mattheeuws| getekend is door een “zonnige filosofie”(R. Habachi) die terugkeert tot de verbazing over het misterie van de gave van het zijn. ”

De denkwereld van Alain Mattheeuws is als het ware gedompeld in de schoonheid en de grootsheid van het menszijn; de bezinning over de meest concrete vragen verliest dit nooit uit het oog, evenmin als het respect voor het heiligdom van de menselijke vrijheid. Hij laat in ons die hoop heropleven, dat, uit alle omstandigheden, steeds een weg van vreugde kan ontstaan.

Suggestie: begin bij de inleiding tot de denkwereld van Alain Mattheeuws door Kardinaal Marc Ouellet (Categorie : "Werken van Alain Mattheeuws").

Een bibliografie is te vinden in de categorie : "Werken van Alain Mattheeuws".

De korste texten zijn de recensies, dan de interviews, vervolgens de artikels. De meest uitgebreide texten zijn de cursussen.

Practische tip om de blog te raadplegen : om de artikels beter te vinden, kunt u in het kader “Recente artikels” (rechterkolom) op “Volledige lijst” klikken. Hier vindt u een preview van de artikels.

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Mardi 17 février 2009


Carrefour éthique pour notre humanité, l’enfant embryonnaire nous invite à l’aimer et à le respecter. Dès le commencement, il est "habité" à l’image et à la ressemblance de cet enfant de Bethléem.

Professeur de Théologie morale et de Bioéthique - Institut d'Etudes Théologiques (Bruxelles)

Tout a commencé dans la simplicité et l’ordinaire d’une vie humaine, celle d’une jeune fille à Nazareth. Le Dieu "Trois fois Saint", d’une puissance parfois redoutable dans l’histoire d’Israël et dans la vie apostolique de son Eglise, a voulu humblement demander la collaboration de cette fille d’Israël. Son envoyé, l’ange Gabriel, engage une conversation, nous dit saint Luc, qui va changer le cours de l’histoire humaine. Pour Dieu, respecter la dignité de cette femme, c’est lui demander son accord pour "entrer dans le monde", faire sa demeure parmi les siens (Jn 1,11), habiter parmi nous, ses créatures (Jn 1,14).

Nous sommes habitués à cette Annonciation (Lc 1,26-38). Nous n’en percevons pas toujours le caractère "provoquant" et "inouï" pour la foi et les mœurs. Nos frères juifs et musulmans nous le rappellent souvent: comment croire que l’Absolu puisse ainsi entrer réellement dans le relatif, l’éternel dans le temps, Dieu dans le corps personnel d’une créature humaine? Et pourtant, c’est le sens ultime de notre monde et de toute existence qui nous est ainsi livré. Le "Verbe", la deuxième personne de la Trinité, engendrée par le Père dans l’Esprit en Marie, est dès sa conception et pour toujours une clé décisive pour comprendre notre propre origine et notre vie. La fête de Noël nous dit au cœur, mais aussi pour notre intelligence, combien nos existences sont toujours dans un mystère de filiation. La question à poser devant Marie enceinte ou devant la crèche n’est-elle pas celle-ci: ne sommes-nous pas tous des enfants à l’image de cet enfant? "En révélant Dieu à l’homme", dit le Concile (Gaudium et spes n°22), "le Verbe incarné révèle aussi l’homme à lui-même."

Mais le "don" du Père, offert aux hommes par le consentement de Marie, est d’abord silencieux et intérieur. L’enfant conçu entre dans la patience d’une croissance humaine. Nous savons peu de choses de la grossesse de Marie, mais nous savons que notre Dieu a voulu grandir comme tous les enfants du monde. La logique de l’amour de Dieu est d’être livré aux hommes, dans et par la chair de l’homme. "Le Seigneur n’est-il pas pour le corps? Et le corps pour le Seigneur!", nous dira saint Paul (1 Co 6,13)! Pour sauver l’humanité, Dieu la laisse à ce point parler et entrer en Lui qu’il devient un homme comme nous, semblable aux hommes, excepté le péché. Reconnaître cet amour de Dieu dans la vulnérabilité et le silence du corps de chair de son Fils, c’est apprendre à reconnaître qui nous sommes et quelle est la dignité de tout être humain dès les premiers stades de son développement. Si la récente Instruction "Dignitas personae" dit "oui" au corps embryonnaire et appelle à son respect inconditionnel, ce n’est pas seulement en souvenir de l’Incarnation, mais par fidélité à la vérité de cette option divine. La lumière de Noël éclaire les doutes de nos recherches, les tentations eugéniques de nos cultures, les souffrances de nos apparentes stérilités. "A la lumière de ces données de foi, le respect dû à l’être humain et requis par la raison, est encore plus accentué et renforcé. C’est pourquoi il n’y a pas d’opposition entre l’affirmation de la dignité de la créature et son caractère sacré" ("Dignitas personae" n°7). L’homme a une valeur inviolable. La personne humaine est digne d’être aimée en elle-même: elle n’est pas l’esclave de nos désirs ou le simple support de nos projets parentaux ou thérapeutiques.

Tout enfant est un sacrement de la vulnérabilité de Dieu. Attendre un enfant, même à travers les traits tragiques de certaines existences, c’est aimer la vie et chercher à lui donner un sens digne des personnes que nous sommes. Qui aime la vie cherche à la transmettre en respectant les visages de ceux et celles qui sont concernés par cette décision. A toutes les époques, l’Eglise a cherché à dire et à manifester ce "oui" large et profond à la vie dont elle sait l’origine: toute vie appartient à Dieu. "Que je me lève ou m’assoie, que je me couche ou je marche, toi Seigneur, tu le sais" (Ps 139). Comment penser que Dieu puisse créer l’infiniment grand sans prendre "soin" de l’infiniment petit? "Je n’étais qu’une ébauche et tes yeux m’ont vu" (Ps 139,16). Ce qu’il a voulu en son Fils Jésus sur la terre, il le veut pour tout être humain: une reconnaissance confiante de sa dignité.

Poser un regard sur cette naissance à Bethléem, il y a si longtemps, c’est ne pas avoir peur de s’engager comme les "bergers" et les "rois mages" qui cheminent vers ce "Prince de la Paix" qu’ils connaissent si peu. Le silence de la crèche n’est pas vide! Il est plein d’une présence unissant les personnes qui contemplent le Messie tant attendu. Seul l’amour pressent dans cet enfant nouveau-né la grandeur de son identité. Seuls les sens contemplatifs arrivent à "discerner" l’enjeu de cet événement. La simplicité de cette naissance voile avec pudeur l’originalité de la conception de l’Enfant-Dieu. Toute simplicité humaine est à cette "image" et appelle de notre part un surcroît d’engagement pour découvrir la grandeur de la personne qui est devant nous ou avec nous.

La dignité de la personne n’est pas d’abord une idée, un concept, un droit de l’homme: elle est une vérité charnelle qui, avec discrétion, nous dit la beauté de l’homme créé et sauvé par Dieu, en lien immédiat et secret avec le Créateur de toutes choses. L’Eglise aime la "vie" et, à travers tout, la défend des fantasmes et des dérives de chaque culture. L’Eglise, lorsqu’elle contemple l’Enfant qui lui est confié, prend conscience de sa mission maternelle à l’égard de tous les enfants du monde, qu’ils soient dans le sein maternel ou emprisonnés dans l’azote liquide. L’enfant embryonnaire nous est mieux connu et de nombreuses recherches scientifiques nous invitent à l’aimer, à le guérir, à le respecter. Les débats en témoignent: il est un carrefour éthique incontournable pour notre humanité. Car tout enfant "vaut" pour lui-même: il est un don sans commune mesure. Quelques soient les conditions de sa conception, il est digne d’un respect personnel qui passe par le respect du "corps qu’il est". Le corps embryonnaire que nous étudions ou connaissons de diverses manières recèle un mystère pour qui sait voir et aimer. Il est "habité" dès le commencement. Il est en relation avec l’infini dès son origine. Il est "à l’image et à la ressemblance" de cet enfant de Bethléem.


Alain MATTHEEUWS s.J.


Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ecriture Sainte
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Lundi 16 février 2009

 

Alles is eenvoud en gewoonweg mensenleven, het begon met een jong meisje in Nazareth. God, « drie maal Heilig », met soms een schrikwekkende macht op de geschiedenis van Israël en het apostolische leven van zijn Kerk, heeft bescheiden de medewerking van dit meisje van Israël willen vragen. Zijn gezant, de engel Gabriel, onderneemt een gesprek, dat de loop van de menselijke geschiedenis zal veranderen, zegt H. Luc, de evangelist. God eerbiedigt de waardigheid van deze vrouw. Hij is het, die haar een overeenkomst vraagt om « de wereld » in te gaan, zijn plaats thuis te nemen (Jn 1,11), onder ons te wonen, wij, zijn schepsels (Jn 1,14).

Wij worden aan die boodschap gewend (Lc 1,26-38). Wij bemerken niet altijd « het ondenkbaar »en uitdagende karakter voor ons geloof en ons gedrag. Onze Joodse en Moslims broeders herhalen ons vaak: hoe kan men geloven dat het Absolute aldus werkelijk relatief, de eeuwige in de tijd, God in het persoonlijke lichaam van een menselijk schepsel kan ingaan? En nochtans, dit is de diepste betekenis van onze wereld en van elk bestaan, die ons aldus wordt geopenbaard. Het « Woord » is de tweede persoon van de Drievuldigheid door de Vader en de Geest in Maria geschapen en vanaf zijn geboorte en voor altijd een beslissende sleutel om onze eigen oorsprong en ons leven te begrijpen. Het feest van Kerstmis spreekt ons hart aan, maar ook ons verstand: hoe sterk ons bestaan altijd een afstammingsgeheim blijft. Bij de zwangere Maria of de Krib moet men niet de volgende vraag stellen: zijn wij niet allen kinderen volgens het voorbeeld van het kind van Maria? « Door God aan de mens te openbaren » zegt de Concilie (Gaudium en spes n°22), « heeft het mens geworden Woord eveneens de mens aan zich zelf geopenbaard. »

Maar « het geschenk » van de Vader, die aan de mensen wordt aangeboden door de toestemming van Maria, is op de eerste plaats zwijgend en inwendig. Het kind, ontvangen in zwangerschap, betekent het begin van het leven in het geduld van een menselijke groei. Wij weten weinig over de zwangerschap van Maria, maar wij weten dat onze God heeft willen groeien als alle kinderen van de wereld. Het logische van de liefde van God is aan de mensen geleverd te worden, in en door het lichaam van de mens. « Is de Heer niet voor het lichaam? En het lichaam voor de Heer! », zegt ons de Apostel Paulus (1 Co 6,13)! Om de mensheid te redden, laat God de mensheid in hem spreken zodat hij een mens wordt zoals wij, gelijkwaardig aan alle mensen, behalve de zonde.

Deze liefde van God in de kwetsbaarheid en de stilte van het lichaam van zijn Zoon erkennen, leert ons ontdekken wie wij zijn, en eveneens de waardigheid van elk menselijk wezen vanaf de eerste momenten van zijn ontstaan.

Indien de recente Instructie « Dignitas personae » het embryonale lichaam en zijn onvoorwaardelijk verder leven bevestigt, is het niet alleen ter herinnering van de Incarnatie, maar wegens de trouw aan de waarheid van deze goddelijke keuze. Het licht van Kerstmis maakt de twijfels over ons zoeken duidelijker, betreffende de bekoringen voor eugenese in onze cultuur, het lijden wegens onze zichtbare steriliteit. « In het licht van de gegevens van het geloof, wordt de eerbied voor het menselijke wezen door ons denken nog meer geaccentueerd en versterkt. Daarom is er geen tegenstelling tussen de bewering van de waardigheid van het schepsel en zijn gekroond karakter » (« Dignitas personae » n°7). De mens heeft een onaantastbare waarde. De menselijke persoon is waardig op zichzelf bemind te worden: hij is niet de slaaf van onze verlangens of de eenvoudige steun van onze ouderlijke of therapeutische projecten.

Ieder kind is een sacrament van de kwetsbaarheid van God. Een kind verwachten, zelfs met de tragische trekken van een bepaald bestaan, betekent dat men van het leven houdt en probeert dit een waardige richting te geven in de zin van de personen die wij zijn. Wie van het leven houdt, zoekt het voort te planten door de wezens ervan te eerbiedigen en deze die bij deze beslissing betrokken zijn. In alle tijdperken heeft de Kerk geprobeerd van dit « brede en diepe jawoord te zeggen en te geven » aan het leven; de Kerk kent de oorsprong van het leven: elk leven behoort aan God. « Dat ik recht sta of zit, dat ik lig of loop, Mijn Heer, Gij weet het » (PS 139). Hoe geloven dat de God oneindig groot kan scheppen zonder « zorg te nemen » van het oneindig klein? « Ik was slechts een schets en Uw ogen hebben mij gezien » (PS 139,16). Wat Hij voor zijn Zoon Jezus op aarde gewild heeft, dat wil Hij ook voor elk menselijk wezen: een trouw erkennen van zijn eerwaardigheid.

Laat ons een blik werpen op deze geboorte in Bethléem, zo lang geleden; het is zeker dat wij, zoals « de herders » en « de 3 wijzen », niet vrezen de « Prins van de Vrede » die zij zo weinig kennen, op te zoeken. De stilte van de Krib is niet leeg! Hij is vol van een aanwezigheid die de personen verenigt, die naar de zolang verwachte Messias kijken. Enkel de liefde heeft in dit pasgeboren kind een voorgevoel over de oneindigheid van zijn identiteit. Enkel de beschouwende betekenis slaagt erin de inzet van deze gebeurtenis « te onderscheiden ». De eenvoud van deze geboorte sluiert met eerbaarheid de originaliteit van de geboorte van het Kind-God. Alle menselijke eenvoud is aanwezig in dit « beeld », en vordert van onze kant een toename van verplichting om de oneindigheid van de persoon te ontdekken die voor ons of met ons is.

De eerwaardigheid van de mens is niet vooral een idee, een concept, een mensenrecht: zij is een lichamelijke waarheid die, met bescheidenheid, ons de schoonheid van de mens geschapen en gered door God, in directe en geheime verbinding met de schepper van alles. De Kerk houdt van « het leven » en eerst en vooral, verdedigt « het leven ». tegen de droombeelden en de « afwijkingen van de hedendaagse cultuur ». De Kerk, wanneer zij het kind beschouwt dat haar wordt toevertrouwd, wordt bewust van haar moedertaak ten opzichte van alle kinderen van de wereld: Zij zit midden in de moeder of in de vloeibare stikstof. Het embryonale kind wordt ons beter bekend door talrijke wetenschappelijke onderzoeken om het te behouden, om het te genezen, om het te eerbiedigen. De debatten getuigen erover: het is een niet te ontwijken ethische kruising voor onze mensheid. Want ieder kind « geldt » voor zichzelf: het is een gift zonder maatschappelijke maatregel. Welke ook de manier van conceptie weze, het is persoonlijk achtenswaardig door middel van het lichaam dat het kind is. Het embryonale lichaam dat wij bestuderen of op verschillende manieren kennen verbergt een geheim: iemand die kan zien en lief hebben. Het wordt vanaf het begin « bewoond ».Het is in verband met oneindigheid vanaf zijn oorsprong. Het is het beeld en de « gelijkenis » met dit kind van Bethléem.


Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ecriture Sainte
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Lundi 16 février 2009


Ce livre sera certainement utile pour l’évangélisation ! Il met chaque lecteur au niveau du cœur et l’engage dans une relation immédiate avec son Dieu. Car la prière n’est pas la réflexion : sans nier la place de l’intelligence, l’a. montre plus d’une fois à quel niveau d’intériorité l’homme peut et doit accéder pour rencontrer Dieu qui le devance toujours. Se fondant sur le désir irrésistible inscrit par Dieu en l’homme sa créature, des chemins sont offerts pour « s’exercer à la prière » et « prier » sa vie. Réapprentissage bienvenu pour ceux et celles qui prient déjà ; école de prière simple et imagée pour ceux qui sont au seuil, ce parcours donne les thèmes familiers de la prière chrétienne : nécessité de prier, réciter le chapelet, prier pour les morts, prier à Noël, prière de louange, prier avec la Bible, demander pardon, prière pascale, prière trinitaire, adoration eucharistique. Des points pratiques, sous forme de synthèses, questions et suggestions sont offerts après chaque chapitre. Ils se relisent facilement et sont une aide pédagogique. Ce parcours n’est pas exhaustif. Il illustre de manière heureuse quelques traits de la IVe partie du Catéchisme de l’Eglise catholique. Il est l’œuvre d’un spirituel et d’un pasteur désireux de voir les chrétiens entrer en profondeur dans le rythme de l’année liturgique par une prière franche, ouverte, régulière et centrée sur le mystère de la Trinité.

 

 

                                                           Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Lundi 16 février 2009

Préface de Mgr H. Brincard

Le célibat est une situation déconcertante, surtout si elle dure ou devient permanente sans que la personne ne l’ait vraiment choisie. Il est une question posée en termes nouveaux dans nos sociétés occidentales et dans l’Eglise. Il concerne de nombreuses personnes. Ce livre dépeint avec beaucoup de délicatesse ce temps d’attente, avec ses luttes, ses espoirs, ses doutes. La réflexion est discrètement menée vers la place de Dieu dans ses débats du cœur et de la liberté. L’a. montre avec pudeur combien l’enjeu est spirituel : Dieu tarde à manifester son projet sur une vie. Comment lire sa volonté et l’accepter si elle apparaît clairement ? De fait, les issues de ces situations peuvent être bien variées et le mystère demeurer. Une seule certitude : Dieu seul donne de quoi combler un cœur humain ! Pour le dire avec les mots de la préface écrite par Mgr H. Brincard : « Le célibat… rejoint alors le geste apparemment inutile de Marie-Madeleine répandant le parfum sur les pieds de Jésus. Il est accueil de Dieu dans le don de soi ». Ce livre peut être source de lumière et de grand réconfort pour ses lecteurs. Il est un enseignement pour les conjoints unis dans le mariage et éclaire certainement la condition de ceux et celles qui se sont consacrés dans le célibat.

 

 

                                                                       Alain Mattheeuws s.j.

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Lundi 16 février 2009

Ce volume donne une synthèse éclairante du travail, du souci et des enseignements fournis par le Conseil Pontifical pour la famille durant plus de dix ans. Il indique aux chercheurs les thèmes les plus controversés et les réponses apportées par des spécialistes durant des sessions destinées principalement à la formation des évêques. Les auteurs sont nombreux, même si on pourrait souhaiter une plus grande variété selon les sujets abordés.

Soulignons brièvement le parcours thématique et ses enjeux. Le chapitre 1 (c.1) traite du « mariage, de la famille et de l’amour conjugal ». Les fondements doctrinaux sont clairement explicités par C. Caffara, A. Lopez Trujillo, F. Gil Hellin, T. Anatrella, D. Tettamanzi. Cette exposition ample donne la cohérence des enseignements de l’Eglise, souligne les défis, la responsabilité des évêques, les points délicats : confusions affectives et idéologiques dans les couples, paternité et maternité responsables, unions de fait. L’articulation de la sexualité à l’intérieur de la famille est réfléchie (c.2) en situant le cadre culturel (E. Sgreccia, P. Eliot) et la mission éducative de l’Eglise (P. Eliot).

Les questions difficiles de la famille et de la procréation sont ensuite rassemblées (c.3) et discutées à partir d’une excellente présentation de la doctrine conciliaire de l’amour conjugal (F. Gil Hellin), du contexte sociétaire actuel (F. Di Felice) et des moyens de contrôle de la procréation (F. Fernandez et J. Suandeau). Un rappel des fondements de l’enseignement de l’Eglise concernant la procréation (G. Kaszak) et un état de la question sur la fécondation assistée (F. Fernandez) sont bien évocateurs des thèmes les plus délicats. Un chapitre plus bref mais important (c.4) traite du lien entre le don conjugal et le don de l’enfant (C. Caffara), de l’affectivité et de la sexualité des handicapés (T. Anatrella) et du droit des mineurs (D. D’Agostino). Le lien entre la famille et la société est plus amplement réfléchi (c.5). La famille n’est-elle pas la base de la société (F. D’Agostino) ? L’éthique y a sa place (F. Di Felice). Les questions démographiques, des forums internationaux, de la globalisation et les politiques familiales sont étudiées longuement (A. Lopez Trujillo, M. Schooyans, G-F. Dumont). La dernière partie affronte les questions médicales et bioéthiques les plus actuelles (E. Sgreccia et D. B. Gomez), la dignité de l’embryon humain et son statut (A. Serra, F.C. Fernandez) avant de cerner l’objet moral de l’avortement (J. Saudeau), de l’euthanasie (I. Carrasco de Paula), le refus de l’acharnement thérapeutique (F. B. Gomez), le diagnostic prénatal (E. Sgrecia), le clonage (J. Suandeau).

L’information fournie est donc ample et précise. Elle affronte les grands défis actuels posés à la famille. Les divers articles donnent de précieuse indications pour ceux et celles qui mesurent l’accélération de l’histoire dans ces domaines et la remise en cause des options fondamentales de l’anthropologie chrétienne au sein de nombreuses cultures. Parmi les textes retenus, nous aurions aimé voir explicitement des réflexions sur la spiritualité conjugale telle qu’elle a été mise au plein jour depuis Vatican II. Dans ce même enseignement, l’articulation avec la condition de la vie consacrée et son rapport aux familles mériterait plus d’attention. Un auteur attentif à la « matrice théologique » fondamentale vérifiera par ailleurs combien les interpellations morales contemporaines et la réponse à celles-ci restent inscrites dans le milieu familial. La théologie catholique y trouve des sources toujours neuves : elle élabore sa réflexion et ses arguments dans le cadre de l’union conjugale voulue par Dieu dès l’origine et sauvée en Christ. C’est un aspect de la fécondité sacramentelle du mariage pour la raison humaine.

 

 

                                                                                              Alain Mattheeuws s.j.

 

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Dimanche 28 décembre 2008

Mis en ligne le 16/12/2008

Carrefour éthique pour notre humanité, l’enfant embryonnaire nous invite à l’aimer et à le respecter. Dès le commencement, il est "habité" à l’image et à la ressemblance de cet enfant de Bethléem.



Professeur de Théologie morale et de Bioéthique - Institut d'Etudes Théologiques (Bruxelles)

Tout a commencé dans la simplicité et l’ordinaire d’une vie humaine, celle d’une jeune fille à Nazareth. Le Dieu "Trois fois Saint", d’une puissance parfois redoutable dans l’histoire d’Israël et dans la vie apostolique de son Eglise, a voulu humblement demander la collaboration de cette fille d’Israël. Son envoyé, l’ange Gabriel, engage une conversation, nous dit saint Luc, qui va changer le cours de l’histoire humaine. Pour Dieu, respecter la dignité de cette femme, c’est lui demander son accord pour "entrer dans le monde", faire sa demeure parmi les siens (Jn 1,11), habiter parmi nous, ses créatures (Jn 1,14).

Nous sommes habitués à cette Annonciation (Lc 1,26-38). Nous n’en percevons pas toujours le caractère "provoquant" et "inouï" pour la foi et les mœurs. Nos frères juifs et musulmans nous le rappellent souvent: comment croire que l’Absolu puisse ainsi entrer réellement dans le relatif, l’éternel dans le temps, Dieu dans le corps personnel d’une créature humaine? Et pourtant, c’est le sens ultime de notre monde et de toute existence qui nous est ainsi livré. Le "Verbe", la deuxième personne de la Trinité, engendrée par le Père dans l’Esprit en Marie, est dès sa conception et pour toujours une clé décisive pour comprendre notre propre origine et notre vie. La fête de Noël nous dit au cœur, mais aussi pour notre intelligence, combien nos existences sont toujours dans un mystère de filiation. La question à poser devant Marie enceinte ou devant la crèche n’est-elle pas celle-ci: ne sommes-nous pas tous des enfants à l’image de cet enfant? "En révélant Dieu à l’homme", dit le Concile (Gaudium et spes n°22), "le Verbe incarné révèle aussi l’homme à lui-même."

Mais le "don" du Père, offert aux hommes par le consentement de Marie, est d’abord silencieux et intérieur. L’enfant conçu entre dans la patience d’une croissance humaine. Nous savons peu de choses de la grossesse de Marie, mais nous savons que notre Dieu a voulu grandir comme tous les enfants du monde. La logique de l’amour de Dieu est d’être livré aux hommes, dans et par la chair de l’homme. "Le Seigneur n’est-il pas pour le corps? Et le corps pour le Seigneur!", nous dira saint Paul (1 Co 6,13)! Pour sauver l’humanité, Dieu la laisse à ce point parler et entrer en Lui qu’il devient un homme comme nous, semblable aux hommes, excepté le péché. Reconnaître cet amour de Dieu dans la vulnérabilité et le silence du corps de chair de son Fils, c’est apprendre à reconnaître qui nous sommes et quelle est la dignité de tout être humain dès les premiers stades de son développement. Si la récente Instruction "Dignitas personae" dit "oui" au corps embryonnaire et appelle à son respect inconditionnel, ce n’est pas seulement en souvenir de l’Incarnation, mais par fidélité à la vérité de cette option divine. La lumière de Noël éclaire les doutes de nos recherches, les tentations eugéniques de nos cultures, les souffrances de nos apparentes stérilités. "A la lumière de ces données de foi, le respect dû à l’être humain et requis par la raison, est encore plus accentué et renforcé. C’est pourquoi il n’y a pas d’opposition entre l’affirmation de la dignité de la créature et son caractère sacré" ("Dignitas personae" n°7). L’homme a une valeur inviolable. La personne humaine est digne d’être aimée en elle-même: elle n’est pas l’esclave de nos désirs ou le simple support de nos projets parentaux ou thérapeutiques.

Tout enfant est un sacrement de la vulnérabilité de Dieu. Attendre un enfant, même à travers les traits tragiques de certaines existences, c’est aimer la vie et chercher à lui donner un sens digne des personnes que nous sommes. Qui aime la vie cherche à la transmettre en respectant les visages de ceux et celles qui sont concernés par cette décision. A toutes les époques, l’Eglise a cherché à dire et à manifester ce "oui" large et profond à la vie dont elle sait l’origine: toute vie appartient à Dieu. "Que je me lève ou m’assoie, que je me couche ou je marche, toi Seigneur, tu le sais" (Ps 139). Comment penser que Dieu puisse créer l’infiniment grand sans prendre "soin" de l’infiniment petit? "Je n’étais qu’une ébauche et tes yeux m’ont vu" (Ps 139,16). Ce qu’il a voulu en son Fils Jésus sur la terre, il le veut pour tout être humain: une reconnaissance confiante de sa dignité.

Poser un regard sur cette naissance à Bethléem, il y a si longtemps, c’est ne pas avoir peur de s’engager comme les "bergers" et les "rois mages" qui cheminent vers ce "Prince de la Paix" qu’ils connaissent si peu. Le silence de la crèche n’est pas vide! Il est plein d’une présence unissant les personnes qui contemplent le Messie tant attendu. Seul l’amour pressent dans cet enfant nouveau-né la grandeur de son identité. Seuls les sens contemplatifs arrivent à "discerner" l’enjeu de cet événement. La simplicité de cette naissance voile avec pudeur l’originalité de la conception de l’Enfant-Dieu. Toute simplicité humaine est à cette "image" et appelle de notre part un surcroît d’engagement pour découvrir la grandeur de la personne qui est devant nous ou avec nous.

La dignité de la personne n’est pas d’abord une idée, un concept, un droit de l’homme: elle est une vérité charnelle qui, avec discrétion, nous dit la beauté de l’homme créé et sauvé par Dieu, en lien immédiat et secret avec le Créateur de toutes choses. L’Eglise aime la "vie" et, à travers tout, la défend des fantasmes et des dérives de chaque culture. L’Eglise, lorsqu’elle contemple l’Enfant qui lui est confié, prend conscience de sa mission maternelle à l’égard de tous les enfants du monde, qu’ils soient dans le sein maternel ou emprisonnés dans l’azote liquide. L’enfant embryonnaire nous est mieux connu et de nombreuses recherches scientifiques nous invitent à l’aimer, à le guérir, à le respecter. Les débats en témoignent: il est un carrefour éthique incontournable pour notre humanité. Car tout enfant "vaut" pour lui-même: il est un don sans commune mesure. Quelques soient les conditions de sa conception, il est digne d’un respect personnel qui passe par le respect du "corps qu’il est". Le corps embryonnaire que nous étudions ou connaissons de diverses manières recèle un mystère pour qui sait voir et aimer. Il est "habité" dès le commencement. Il est en relation avec l’infini dès son origine. Il est "à l’image et à la ressemblance" de cet enfant de Bethléem.

http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=467977
 
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Dimanche 12 octobre 2008
40e anniversaire de l’encyclique de Paul VI

 

ROME, Jeudi 2 octobre 2008 (ZENIT.org) - « La conception de l'enfant s'inscrit dans la fécondité spirituelle et sacramentelle d'un couple , mais celle-ci ne se réduit pas à la présence des enfants », rappelle le P. Mattheeuws.

A l'occasion du 40e anniversaire de la promulgation de l'encyclique de Paul VI, « Humanae vitæ » (25 juillet1968), le P. Alain Mattheeuws, jésuite belge, revient en effet sur l'importance de ce document du magistère.

Après avoir défendu sa thèse en théologie morale à l'Institut Catholique de Toulouse, le P. Mattheeuws est devenu professeur ordinaire de théologie morale et sacramentaire à la Faculté de Théologie de la Compagnie de Jésus à Bruxelles (Institut d'Etudes théologiques). Sa première étude publiée concernait la genèse de la doctrine du mariage concernant l'acte conjugal : « Union et Procréation. Développements de la doctrine des fins du mariage » (Cerf, 2006). Le livre est préfacé par le cardinal G. Danneels. Publié en français, il a été traduit dans d'autres langues.

Carine Brochier - La question de la contraception est-elle si importante ?

P. Mattheeuws - Certains acceptent encore d'en parler, d'autres nient que ce soit encore une question éthique. Que ce soit sous forme de déni ou de refus, d'acceptation paisible ou douloureuse, la réalité d'une possible dissociation des significations unitive et procréative de l'acte conjugal, reste bien présente dans la vie et la conscience des hommes et des femmes de notre temps. L'enjeu n'est pas celui des slogans ou des statistiques : « l'Eglise est contre la pilule » ou bien « la plupart des couples chrétiens ont une contraception chimique ». Signalons au passage que le mot « contraception » n'apparaît pas dans l'encyclique ! L'enjeu est celui d'une bonne ou meilleure compréhension de la grandeur de l'acte conjugal et de la signification des corps sexués. L'homme et la femme ont une grande responsabilité lorsqu'ils posent cet acte qui les unit aussi au Créateur. Quelle est la vérité de cette union intime et personnelle ? Est-il possible de faire le bien en se donnant charnellement et ainsi de grandir en sainteté dans la relation conjugale et parentale ?

C. Brochier - Pourriez-vous nous rappeler-nous les affirmations décisives de l'encyclique ?

P. Mattheeuws - Du point de vue doctrinal, Humanae vitæ affirme que « chaque acte conjugal doit rester ouvert à la transmission de la vie humaine » (HV n°11). Il s'agit de respecter « le lien indissoluble que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation » (HV n°12). Du point de vue doctrinal et pastoral, les implications morales sont les suivantes : que « le couple ne se pose pas en maître de la vie humaine mais plutôt en ministre du dessein établi par le Créateur » (HV n°13). Poser l'acte conjugal en période infertile reste une expression de l'amour car il est « ordonné à exprimer et consolider l'union des conjoints » (HV n°11). Les deux significations « unitive et procréative » ne sont pas des fonctions biologiques mais des traits essentiels de l'acte à respecter. Cette présence simultanée des deux significations authentifie la vérité du don conjugal. C'est pourquoi il faut éviter « toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation » (HV n°14, repris par Familiaris consortio n°32). Ce qui dissocie les significations de l'acte conjugal n'est jamais un « bien ». La responsabilité du ou des époux est toujours engagée mais de manières très diverses : disons-le clairement.

C. Brochier - N'est-ce pas une question d'ordre privé, intime, personnel ?

P. Mattheeuws - Certainement, et il faut veiller à en parler avec tact, discrétion et pudeur dans les échanges pastoraux entre couples et aussi avec des célibataires, conseillers conjugaux ou spirituels. Il y a divers langages pour parler de la même question et il est bon de les respecter. Pour la même vérité, le langage est différent dans l'enseignement, la recherche, le dialogue personnel ou le sacrement de réconciliation. N'oublions pas que la question spirituelle ou morale n'est pas seulement celle d'un conjoint. Elle dépasse déjà le cadre strictement privé et individuel pour les époux. Bien sûr, il est bon et indispensable qu'ils puissent parler ensemble de la manière dont ils exercent leur parenté responsable, ou pour mieux dire, parler de la manière dont ils sont « responsables de la paternité » de Dieu. Car la régulation des naissances dans l'acte conjugal concerne le Créateur. La plupart du temps, dans les débats, les témoignages et les arguments utilisés, le grand absent, c'est Dieu. La plupart d'entre nous, peinons à « voir » combien l'acte conjugal est un « signe » de l'amour divin dans l'histoire humaine et qu'il y est présent. Sa présence discrète, mais ultimement décisive pour l'union et la procréation, est à respecter. Dans la manière de poser l'acte conjugal, l'homme et la femme accueillent ou refusent une présence divine dans l'histoire. Personne ne vient à l'existence sans avoir été voulu par Dieu. Toute procréation humaine suppose une intervention créatrice de Dieu. Nos actes humains correspondent-ils à la grandeur de l'acte Créateur ? Telle est la question : elle atteint une profondeur infinie dans cette intimité des corps et dépasse ainsi l'ordre des sphères du privé et du public. Les époux sont les coopérateurs de l'amour de Dieu dans l'histoire humaine.

C. Brochier - Pourquoi tant de difficultés à comprendre le message ?

P. Mattheeuws - Les causes sont multiples, mais il faut éviter de juger les personnes. Ces difficultés peuvent aussi varier suivant les générations et les couples. Il est instructif de relire les principaux documents des conférences épiscopales au moment de la publication de l'encyclique. Ne faisons pas cependant d'anachronisme : nous ne sommes plus en 1968 ! Aujourd'hui, je soulignerais trois points : une ignorance et une méconnaissance des enseignements de l'Eglise, un appauvrissement de la compréhension des expressions de l'amour conjugal souvent réduites à l'acte sexuel, une peur réelle de donner la vie car elle n'a plus toujours une signification éternelle.

Pour rendre compte de l'ampleur de la difficulté à travers le temps, j'ajouterais deux points. Il me semble qu'Humanae vitæ en 1968, ainsi que d'autres textes de Jean-Paul II par la suite, commencent à expliciter un enseignement renouvelé de la beauté et de la grandeur de l'acte conjugal. Qui dit grandeur, dit exigence spirituelle. Cette « nouveauté » est dans la tradition, mais elle s'est révélée comme « neuve » à notre époque. Je dirais même qu'on a assisté à une continuité évolutive qui concerne non pas le dogme mais un point précis de la doctrine morale concernant l'amour conjugal. Il est normal qu'il faille du temps à l'Eglise comme corps pour intégrer ce « nouvel » apport de la Révélation.

Par ailleurs, les aspects techniques ou les argumentations qui entourent l'intuition d'Humanae vitæ cachent parfois un point central : s'il s'agit vraiment d'un enjeu vital, d'une manière décisive d'aimer Dieu et le conjoint, il est clair que les difficultés à vivre ce qui est proposé et à l'intégrer en profondeur sont signes d'un combat spirituel et non pas d'un malentendu, d'une argumentation défaillante ou d'une incompréhension des situations historiques. L'horizon de la civilisation de l'amour et du respect de la vie éclaire pour chacun de nous l'enjeu de ce combat spirituel.

C. Brochier - Est-ce une affaire de conscience pour les chrétiens ?

P. Mattheeuws - La conscience d'un chrétien n'est ni une île ni une caverne : elle s'éclaire d'un enseignement qui vient toujours d'au-delà d'elle-même. La conscience chrétienne est toujours « dépassée » par une révélation qui vient d'ailleurs : elle s'appartient dans l'abandon d'elle-même et dans la libre démaîtrise. C'est le sens profond du baptême, où nous ne revêtons pas le Christ de manière superficielle et extérieure. Notre conscience est en communion avec ce que disent et pensent les autres membres du peuple chrétien. Sur le point de la contraception, cette communion est souvent incompréhension ou division. La conscience doit tendre à rester en communion avec l'enseignement ecclésial. Cette lumière est dès lors décisive. Chacun de nous ne peut pas - sans erreur et sans dommage pour lui et pour les autres - juger juste et bon ce que l'Eglise déclare contraire au bien commun et à l'économie sacramentelle. Le « mal » moral non perçu comme mal reste un mal et « fait mal ».

Le Concile Vatican II a affirmé que la conscience est un « sanctuaire » personnel. Cette expression souligne l'intimité du jugement ultime de chacun. Elle dit aussi comment Dieu est intime à ce jugement. Ce sanctuaire où s'élabore un jugement et où se prend une décision, appartient à Dieu : il est le lieu d'une prière qui peut lui être adressée, que ce soit dans le jugement, la réflexion, la décision. Il y est présent. Il l'habite. Dieu est proche de celui qui se décide. Il le fait avec discrétion et amour. A nous d'observer comment l'Esprit saint illumine notre esprit pour nous donner de comprendre toute l'amplitude de l'amour dont nous pouvons vivre.

C. Brochier - Ne faudrait-il pas une nouvelle encyclique sur cette question ?

P. Mattheeuws - La question est posée par certains chercheurs et par des pasteurs. On me la pose régulièrement. Je ne crois pas que ce soit nécessaire en ce moment. Nous n'avons pas encore intégré, en région francophone et occidentale, tous les apports réflexifs du Pontificat de Jean-Paul II. Nous découvrons à peine, surtout dans les nouvelles générations, la beauté de sa théologie du corps et les intuitions personnalistes de sa pensée. Nous ne mesurons pas assez la profondeur de sa vision trinitaire de la Création ni les conséquences de sa vision du « don » dans l'acte libre de celui qui cherche à faire le bien.

J'invite pour ma part ceux et celles qui sont de bonne volonté à suivre le chemin tracé par les catéchèses de Jean-Paul II. Ensuite, je les convie à réfléchir à partir de la présentation « unifiante » de l'amour faite par Benoît XVI dans son encyclique Deus caritas est. L'amour est « un » et ses dimensions diverses, particulièrement l'éros, acquièrent leur statut dans la personne unifiée et dans une relation conjugale qui respecte cette unité de la personne et du couple.

C. Brochier - Que pensez-vous des méthodes naturelles pour une paternité et une maternité responsables ?

P. Mattheeuws - En quelques années, les recherches se sont fort bien développées dans ce domaine. La plupart de ces méthodes sont reconnues scientifiquement fiables, mais elles sont peu connues du grand public et peu enseignées. C'est vraiment dommage. Par ailleurs, j'attirerais l'attention sur trois points en ce qui concerne les méthodes. Ce n'est pas leur caractère « naturel » qui les rend catholiques. Il vaut mieux parler de méthodes d'auto-observation. Elles comportent d'ailleurs toutes un aspect « artificiel ». La nature pure est un mirage et l'adjectif « naturel » n'est pas à soi seul un argument.

Par ailleurs, du point de vue moral, ce n'est pas la méthode (l'objet matériel) qui rend un acte « bon » ou « mauvais ». Il n'y a pas de méthode « catho ». Il y a des méthodes qui permettent de respecter le « lien indissoluble des deux significations de l'acte » et que les époux peuvent utiliser à bon escient.

Un dernier point : mon expérience pastorale et de nombreux témoignages montrent que parmi les méthodes « naturelles », certaines conviennent mieux à tel couple, à telle épouse, et pas à d'autres. Il s'agit donc de chercher celle qui s'adapte au mieux. Il ne faut pas « absolutiser » l'usage d'une méthode ni surtout, dans la vie pastorale, se disputer entre chrétiens sur l'efficacité d'une méthode. La sagesse et la prudence doivent s'exercer également dans ce domaine.

C. Brochier - Le point difficile, n'est-ce pas la continence périodique que supposent toutes les méthodes « naturelles » ?

P. Mattheeuws - Oui, c'est le plus souvent une difficulté de la vie conjugale puisqu'il faut dialoguer et prévoir, si on a le désir de postposer une naissance, de ne pas s'unir durant les périodes fécondes. Le défi premier est la maîtrise du désir et la libre décision à prendre. Mais plus profondément (en morale fondamentale), ce qui est en jeu, ce n'est pas une « pratique » ni une « vertu », mais la bonté d'un acte. La continence périodique n'est pas « négative » : elle est positive. L'abstention d'une relation conjugale est aussi une manière d'exprimer son amour. L'acte conjugal est un signe privilégié de l'amour dans le mariage, mais son abstention peut également, dans certaines circonstances, être un signe d'amour. L'abstention est un comportement bon, choisi pour un temps. Il vise à dire l'amour pour autrui. Il vise la vérité de l'amour mutuel. La continence périodique n'introduit pas de division dans la personne et dans l'amour qui s'offre. Dans la continence périodique, les époux ne s'aiment pas moins : ils continuent à dire en leur corps ce qu'ils veulent se dire : leur amour. L'abstention de relations sexuelles comporte en raison la décision de ne pas générer d'enfants et de rester dans la vérité du langage de l'amour.

C. Brochier - Selon vous, quels sont les point délicats, peut-être encore à approfondir ?

P. Mattheeuws - Ils sont nombreux, tant du point de vue doctrinal que pastoral. S'ils sont à approfondir, cela ne signifie pas que la doctrine enseignée est fausse ! Au contraire, c'est la richesse de l'intuition et des affirmations de Paul VI qui poussent à réfléchir et à vivre.

Comment tout d'abord ne pas identifier la fécondité d'un couple ou d'une famille à la seule procréation des enfants ? Il convient de montrer l'ampleur de la fécondité spirituelle et sacramentelle d'un couple : la conception de l'enfant s'inscrit dans cette fécondité, mais celle-ci ne se réduit pas à la présence des enfants (1). L'acte conjugal, posé dans le mariage est un acte commun aux époux, mais leur conscience n'épouse pas de la même manière la décision d'unir ou de dissocier les significations « unitives et procréatives ». Il n'y a jamais fusion des consciences des époux. Le vade-mecum sur le sacrement de réconciliation l'explique très bien (2). Les méthodes dites « naturelles » ne qualifient pas ultimement ce que font les époux : ils peuvent être respectueux de la méthode avec une réelle intention contraceptive (3). Comment appliquer avec justesse la fameuse « loi de gradualité » dont parle Familiaris consortio n°34 à cette situation conjugale (4) ? Dans ce contexte, quelle est la valeur visée dans la continence périodique ? Quelle est la place de Dieu dans l'union conjugale ? L'ouverture à la vie est-elle toujours possible (5) ? Quels liens tisser historiquement entre le refus de la doctrine d'Humanae vitæ et l'anti-life mentality ? Comment cette « nouvelle » exigence éthique de l'encyclique (en 1968) montre-t-elle encore son actualité à l'intérieur des nouveaux débats bioéthiques (6) ?

C. Brochier - Un dernier souhait ?

P. Mattheeuws - Que la conscience chrétienne visite à nouveau cette période difficile de l'Eglise et découvre la richesse de la personnalité de Paul VI. Ce pape courageux, d'une grande intelligence et délicatesse de cœur mérite qu'on le connaisse mieux. Qu'on puisse voir tout ce qu'il a fait sans réduire toute son action à la promulgation d'Humanae vitæ et aux critiques qu'on lui a faites. On percevra ainsi son souci des pauvres et du respect de leur dignité personnelle, en lien avec Populorum progressio. Les questions sont d'ailleurs liées entre elles. Et pour ceux et celles qui le peuvent, qu'ils lisent le discours de Paul VI aux Equipes Notre Dame (1970) : ils y trouveront un commentaire personnel que le pape fait de son encyclique Humanae vitæ. Il témoigne de sa bienveillante bonté.

 

Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Articles - Ethique/morale
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Samedi 2 août 2008



PREFACE

 

            Au cœur de la morale conjugale telle que l'Eglise la propose, se trouve le problème de la relation entre les deux dimensions - unitive et procréative - de l'acte conjugal. Ceci vaut notamment pour les questions de la contraception et de la fécondation in vitro. Dans un cas comme dans l'autre, ce sont les mêmes principes moraux fondamentaux qui sont mis en oeuvre, si bien qu'il existe une continuité très claire entre Humanae Vitae (1968) et Donum Vitae (1987). Ces deux documents se heurtent aux mêmes difficultés et font appel aux mêmes moyens pour les surmonter.

            Pour comprendre ces problèmes et les débats dont ils font l'objet, il est important de connaître l'histoire de la doctrine de l'Eglise sur les fins et la double signification de l'acte conjugal. C'est cette histoire que le Père A. Mattheeuws s.j. expose magnifiquement dans ce livre. En cette matière, la doctrine de l'Eglise a connu tout un développement au cours de l'histoire, et pourtant elle demeure constante dans ses principes fondamentaux. L'auteur réussit à mettre cela en vive lumière, et ce n'est pas le moindre de ses mérites. Il montre comment la pensée a évolué, mais aussi comment de nombreuses difficultés actuelles en ce domaine trouvent leur origine dans la mentalité technique ambiante et diverses idéologies.

                        Après avoir rappelé les réponses classiques d'Augustin et de Thomas d'Aquin à la question des fins du mariage et parcouru à larges enjambées l'histoire postérieure, l'auteur s'arrête longuement au débat et à la doctrine de Vatican II, et en particulier à Gaudium et Spes, n°47-52. Ce texte exprime-t-il une pensée absolument nouvelle, ou ne doit-il pas plutôt se comprendre dans la ligne d'une vraie fidélité à la doctrine traditionnelle de l'Eglise?

            Vient ensuite une étude détaillée des numéros 12-14 d'Humanae Vitae, l'encyclique que Paul VI publia en 1968. Le Pape souligne comment il existe une unité d'inspiration entre la doctrine classique des fins du mariage et celle de l'indissociabilité des deux significations unitive et procréative de l'acte conjugal.

            Le dernier chapitre du livre parle de l'exhortation apostolique Familiaris Consortio, fruit du Synode des évêques de 1980 et publiée par Jean-Paul II en 1981. Pendant deux ans, le Pape a lui-même commenté ce texte, éclairant les consciences et les coeurs avec un grand sens pastoral.

            Le thème du livre se situe au carrefour de la théologie morale, de la dogmatique, de l'exégèse et de la théologie des sacrements. Ce fait, à lui seul, témoigne de l'importance et de la centralité de la problématique abordée, et donc de l'importance des résultats de l'enquête. Ce livre contribuera sans aucun doute à une meilleure compréhension, ainsi qu'à un meilleur accueil de la parole officielle de l'Eglise en ce domaine.

 

 

+ Godfried Cardinal DANNEELS,

    Archevêque de Malines-Bruxelles.

 

Malines, le 10 mai 1988
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Recension d'ouvrages
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Mardi 6 mai 2008

Ce temps pascal qui se termine et s’accomplit dans les grandes fêtes qui viennent  (Ascension et Pentecôte) n’est pas lié seulement au printemps qui vient enfin, aux feuilles qui apparaissent et à la température extérieure qui monte. Nous avons une assurance dans notre cœur : Le Christ est vivant. Il est ressuscité. « C’est bien le Seigneur, le Christ, que vous devez connaître dans vos cœurs comme le seul saint », nous disent les « Actes des Apôtres ». Etre renouvelé dans sa foi, c’est clairement se centrer sur la personne du Christ : son existence, ce qu’il a fait pour nous, sa présence parmi ses disciples. L’époque des professions de foi et des confirmations pour les jeunes, est une époque favorable pour nous tous. Le credo de Pâques a mis une lumière nouvelle dans nos vies bien occupées. Il nous faut l’entretenir, encore mieux que la flamme olympique qui se promène de par le monde. Mais comment être sûrs de connaître Jésus ? Considérons 4 chemins qui mènent tous au Christ : la prière, le témoignage, une vie dynamique et de respect des commandements, l’accueil de l’Esprit saint.

 

1. Par la prière ? Il faut du temps et un lieu pour prier en famille, avec son conjoint, en communauté. Il faut oser prier seul dans sa chambre, aux pieds de son lit, dans un clair silence. Comme les jeunes à Taizé, comme dans les nuits d’adoration, comme dans les retraites de confirmation, ne négligeons pas ces carrefours décisifs où notre âme est intérieure au Christ. Les formes de prière sont variées, mais il s’agit toujours d’être présent et attentif à l’hôte intérieur de nos âmes : à la Trinité qui nous habite. Sans cette prière ordinaire des chrétiens, l’Eglise est vide ou elle se transforme en une multinationale. Un temps pour Dieu, un temps avec Dieu. La prière exprime la gratuité de notre amour.

 

2. Par le témoignage ? Saint Pierre nous y invite : « soyez prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous, avec douceur et respect ». Nous ne sommes pas appelés à parler à la radio ou à la télévision, mais nous sommes souvent interpellés par ceux qui connaissent mal le Christ. Quelle est notre manière de répondre ? Quel est notre courage pour expliquer ? Les chrétiens silencieux dans une société pluraliste doivent prendre une autre attitude que du temps de l’expo 58 ; ils doivent parler pour dire qui ils sont, ce qui les fait vivre, le bonheur qu’ils ont reçu. Il ne faut pas attendre que vos enfants aient quitté la maison pour leur dire combien vous aimez le Christ. Il ne faut pas attendre d’avoir terminé vos études pour expliquer ce que vous vivez et les valeurs auxquelles vous croyez. Il ne faut pas attendre d’être parfaits pour faire le bien et tout le bien que l’on peut faire. Rien n’est perdu de ce que nous semons au nom du Christ et pour Lui. Les uns sèment, les autres moissonnent. Depuis que le Christ est ressuscité, les chrétiens sont appelés à être sans peurs, à vivre dans la confiance, à construire une culture de vie et un royaume de l’amour. Le Christ est retourné à la droite du Père pour nous confier cette mission. Nous ne sommes jamais seuls, mais chacun de nous est irremplaçable dans ce témoignage : petits et grands, jeunes gens et jeunes filles, les vieillards et les enfants, tous sont appelés à prophétiser, à dire leur foi aux autres : sans arrogance, mais sans peurs, avec amitié et sans esprit de lobbying.

 

3. « Si vous m’aimez, dit Jésus, vous resterez fidèles à mes commandements ». Cette insistance peut nous paraître dépassée, difficile, impossible. Nous voyons bien pourtant que dire à quelqu’un qu’on l’aime et faire amitié avec de nouvelles personnes, passe par des gestes et des paroles concrètes. La vie avec le Christ n’est pas une « vie virtuelle » construite sur un logiciel. La foi est toujours concrète : elle se dit dans nos histoires. Rechercher ce qui est bien et le faire n’est pas toujours facile, mais lorsque nous le faisons, nous éprouvons souvent une joie intérieure, une paix profonde, un goût secret. Car les commandements conduisent à « devenir » de nouveaux Christ là où nous sommes. Etre des « théophores », des porteurs de Dieu, particulièrement après la communion, c’est une mission délicate mais passionnante. Observer les commandements, c’est ressembler de plus en plus au Christ là où est. Quand tu me regardes, dit une épouse à son mari, il me semble que le Christ lui-même pose son regard sur moi. Chacun de nous rêve de donner sens à sa vie, de faire quelque chose de grand, comme le Christ qui est mort et ressuscité pour nous. Et il nous faut participer à de grandes choses et les construire. Le témoignage du Christ qui est mort et ressuscité pour tous, ce témoignage nous rassure : son amour n’est pas du vent. C’est du solide. Ainsi de nous, les uns pour les autres : à travers les commandements, nous dessinons concrètement le visage du Christ dans nos familles et nos lieux de vies.

 

4. Quel est l’enjeu du départ du Christ et de l’envoi de l’Esprit ? Continuer et fortifier dans nos vies la construction du corps du Christ. Si le Christ s’efface, et quitte en quelque sorte l’histoire humaine, c’est pour manifester un autre type de présence par le « Défenseur », l’esprit de vérité. Aimer comme le Christ, c’est une grâce. C’est un cadeau que Dieu lui-même dépose en nos cœurs. L’Esprit est celui qui s’insinue au plus intime de notre personne et de nos vies pour nous transformer en « nouveau Christ ».

Il s’adapte à chacun, mais pour faire ressembler à Celui qui n’est que don : tous, nous sommes appelés à devenir des saints et à sanctifier notre vie. Ces changements, offerts à nos libertés, se font dans la puissance de l’Esprit. L’Esprit, c’est un vent de tempête ou une brise légère : c’est l’Esprit de Jésus qui nous est plus intérieur à nous que nous-mêmes. Sans l’Esprit, pas de prière vraie. Sans l’Esprit, pas d’audace ni de courage pour témoigner. Sans l’Esprit, pas d’amour pour les commandements.

Comme l’eau, le vent, le feu, l’air qui le symbolisent, l’Esprit entre dans tous les recoins de notre âme et dans tous les lieux de l’Eglise. Il ne prend pas la place du Christ, ni la place d’aucun d’entre nous, mais il nous aide à trouver notre « place » dans le plan de Dieu : dans sa mission aujourd’hui. Il fait la vérité dans nos vies. Il nous dit la vérité de nos vies. Une lumière nouvelle sur nos vies vient par l’Esprit : les bonnes idées viennent de lui ou avec lui. La force de nos actions vient par Lui. Tout ce qui nous dépasse ou que nous éprouvons comme difficile est simplifié et rendu plus facile grâce à l’Esprit.

On comprend l’impatience de Jésus à nous l’envoyer et à nous l’offrir. L’Esprit est l’humble serviteur de notre sanctification et de celle du monde entier. Voici que par l’Esprit, sans visage, les grands défis de l’amour peuvent être relevés. Nous voyons ce que nous avons à faire. Nous prenons le visage même du Christ les uns pour les autres. « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous ». Cette nouvelle manière d’agir du Christ nous fait du bien. Il faut apprendre à l’observer dans nos vies : nous en goûterons ainsi toute la saveur. La vie chrétienne a du piquant et de la douceur : le piquant de la joie et la douceur de la paix. Le plus beau des chemins pour suivre le Christ et en témoigner, c’est d’invoquer l’Esprit et de goûter sa présence dans nos vies.


Alain Mattheeuws s.j.
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Homélies
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Mardi 4 mars 2008

Eglise en Ille-et-Vilaine n°131, 25 février 2008

Du 18 au 20 février, 61 évêques participaient au Centre de La Hublais à une session de formation sur les débuts de la vie, organisée par la Commission doctrinale des évêques de France. Le généticien Axel Kahn et le théologien jésuite Alain Mattheeuws, deux des experts qui intervenaient à cette session, ont accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi étudier aujourd’hui
les questions éthiques
posées par le début de la vie ?

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Alain Mattheeuws :
Il faut vivre avec son temps et ne pas ignorer les découvertes biomédicales ni les projets scientifiques nouveaux. Il s’agit le plus souvent de questions qui touchent l’homme de près, en son corps, en son intimité.

En ce qui concerne la transmission de la vie, rien n’est « neutre ». L’homme y est appelé à faire le bien. Il en est capable même dans des situations frontières. L’être humain est un « monde », mais il n’est pas une « île ». Prendre soin du début de la vie, c’est prendre soin de ce qui nous dépasse puisque personne n’a demandé de venir au monde, mais chacun est responsable de la manière dont un autre être humain est conçu.

L’enjeu éthique se vérifie : l’homme est le gardien de son frère. Il l’est particulièrement quand l’autre n’a ni voix pour dire qui il est, ni force pour vivre par lui-même. Prendre soin de l’origine, c’est s’assurer du bonheur au présent et construire l’avenir. Si l’origine de l’homme est respectée, c’est un gage de paix pour toute sa vie.

Si nous apprenons à respecter l’humanité d’autrui dans sa vulnérabilité, nous l’aimerons en tout temps et en tout lieu. Le respect de l’embryon humain est un « signe privilégié » de cet appel éthique à respecter tout homme quelle que soit son apparence.

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Axel Kahn :
La question de « l’animation de l’embryon » est posée en des termes variés par toutes les religions. Discutée par les Grecs de la haute époque, elle agite les églises chrétiennes depuis les origines du christianisme.

Les non-croyants posent bien sûr ce problème en d’autres termes. Ils s’interrogent sur les relations entre la personne, dont la valeur et son respect sont au centre des injonctions éthiques, et la cellule-œuf originelle dont elle est issue. En d’autres termes, quelle part du respect due à la personne l’est aussi à la cellule unique ou au « grumeau » de cellules qu’est l’embryon  ?

La multiplicité des études et recherches susceptibles d’impliquer ce stade du développement rend aujourd’hui ce débat d’une acuité particulière.

Quelle est la question
qui vous préoccupe le plus ?

Alain Mattheeuws :
Le statut de la recherche sur les cellules souches et les découvertes concernant la différenciation et la reprogrammation cellulaire, sont décisives pour le monde biomédical et pour la reconnaissance de l’homme en tant qu’homme.

Les débats scientifiques se cristallisent sur l’utilisation de ces diverses cellules (embryonnaires, souches adultes, du cordon ombilical) et désormais sur la possibilité d’obtenir des cellules toti ou pluripotentes à partir de cellules différenciées.

Comment et pourquoi poursuivre des recherches aux enjeux si cruciaux sans respecter à la fois l’individualité et les traits personnels de l’embryon humain ? Comment ne pas en faire un objet d’expérience, un embryon congelé, une nouvelle lignée cellulaire ? Les traits de l’humain sont inscrits dans la chair : dans le corps tel qu’il se donne, dans le génome, dans la puissance de vie qui traverse les cellules qui le composent.

Mais l’homme passe l’homme, dit Pascal. Il nous faut des yeux pour voir ce que nous ne voyons plus : la présence aimante de Dieu dans tout le créé. Ouvrir les yeux sur l’ultime réalité de l’homme et sa dignité incontournable me semble être un défi incontournable.

Axel Kahn :
Les questions posées par l’embryon, le foetus et les premiers âges de la vie restent nombreuses et difficiles. Je ne puis ici que les énumérer.

·      Je ne reviendrai pas sur ce que comporte la singularité de l’embryon, prémices éventuels d’une personne.

·      Les limites entre les techniques admissibles de lutte contre la stérilité et des pratiques de plus en plus audacieuses, voire incertaines – ce que j’appelle acharnement procréatique – sont difficiles à préciser.

·      La mise en oeuvre de méthodes de diagnostics prénatals, voire préimplantatoires, d’affections dont la menace se fait sentir tardivement dans la vie, soulève aussi de redoutables questions éthiques et s’intègre à une pensée eugénique dont la prégnance croît. Les débats à propos de l’affaire Perruche en 2001 et 2002 illustrent bien la montée des périls en ce domaine.

·      La situation des grands prématurés dont le poids de naissance avoisine 500g, qui ont été réanimés et sauvés mais qui ont des lésions cérébrales incompatibles avec un éveil ultérieur de la conscience, est un drame auquel il n’existe pas de réponse satisfaisante.

Toutes ces circonstances témoignent des interrogations morales nouvelles qui découlent des avancées scientifiques et médicales sur les débuts de la vie.
Par Alain Mattheeuws - Publié dans : Interviews
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